dimanche 21 février 2016

BDS - Lettre de Roger Water aux français



"Photo : Getty image

«Nous n’avons pas besoin de contrôle de nos pensées»
[« we don’t need no thought control» Roger Water


Les musiciens des USA qui soutiennent le boycott d’Israël à cause du problème des droits des Palestiniens sont trop terrifiés pour parler de peur que leurs carrières ne soient détruites, selon Roger Waters.
La star de Pink Floyd – un militant éminent en faveur de la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) ciblant Israël depuis son lancement il y a 10 ans – a dit que l’expérience de l’avoir vu, lui, constamment se faire traiter de Nazi et d’Antisémite avait effrayé les gens et les avait tenus dans le silence.
« La seule réponse au BDS c’est que c’est antisémite, » a dit Waters à The Independent, au cours de sa première grande interview au Royaume-Uni sur le sujet de son engagement activiste à l’égard d’Israël. « Je le sais parce que j’ai été accusé d’être un Nazi et un Antisémite depuis 10 ans.
Mon industrie a été particulièrement récalcitrante à même ouvrir la bouche [contre Israël]. Il y a moi et Elvis Costello, Brian Eno, Manic Street Preachers, un ou deux autres, mais il n’y a personne aux États-Unis où je vis. J’ai parlé à beaucoup d’entre eux, et ils ont peur à se c**er dessus.
S’ils disent quoi que ce soit en public, ils y perdront leur carrière. Ils seront détruits. J’espère encourager certains d’entre eux à cesser d’avoir peur et à se lever pour se faire entendre, parce que nous avons besoin d’eux. Nous avons intensément besoin d’eux dans cette conversation de la même manière que nous avions eu besoin que les musiciens se joignent aux militants contre la guerre du Vietnam.
Waters a comparé le traitement israélien des Palestiniens à l’apartheid en Afrique du Sud. « La façon dont l’Afrique du Sud de l’apartheid traitait sa population noire, prétendant qu’ils possédaient une quelconque autonomie, était un mensonge, » a-t-il dit.
Tout comme c’est aujourd’hui un mensonge qu’il existe la moindre possibilité, sous le statu quo actuel, pour que les Palestiniens atteignent l’auto-détermination et obtiennent, au moins, une règle du droit grâce à laquelle ils puissent vivre et élever leurs enfants, et commencer leurs propres industries. C’est une civilisation ancienne, brillante, artistique et très chaleureuse qui se fait détruire sous nos yeux.
Un voyage en Israël en 2006, où Waters avait prévu de donner un concert à Tel-Aviv, et la fin de l’étape européenne de sa tournée « Dark Side of the Moon », a transformé sa vision du Moyen-Orient.
Après avoir parlé à des artistes palestiniens ainsi qu’à des militants anti-gouvernementaux israéliens, qui lui ont demandé d’utiliser le concert pour parler contre la politique étrangère israélienne, il a transféré le concert de Hayarkon Park [à Tel-Aviv, NdT] à Neve Shalom, un village de paix entre Arabes et Israéliens. Mais comme les billets avaient déjà été vendus, l’auditoire est resté presque entièrement Israélien, Juif.
Waters explique: « C’était très étrange de jouer devant un public sans aucune mixité, du fait qu’il ne s’y trouvait pas de Palestiniens. Il y avait juste 60 000 Israéliens qui n’auraient pas pu être plus accueillants, gentils et loyaux envers Pink Floyd. Mais malgré tout, ça laissait un sentiment de malaise. »
Il a parcouru les villes de Jénine, Ramallah et Naplouse en Cisjordanie, y observant comment les deux communautés vivaient en ségrégation; et il a aussi visité la barrière de sécurité séparant Israël des Territoires Occupés, en y peignant à la bombe un message signé tiré de son œuvre majeure, « Another Brick in the Wall » [Une Autre Brique dans le Mur, NdT], qui lit: « Nous n’avons pas besoin de contrôle de nos pensées » [« we don’t need no thought control », NdT].
La douleur de n’avoir jamais connu son père, qui a été tué alors que Waters était âgé de cinq mois, a influencé certaines de ses chansons les plus célèbres.
Il y a des vétérans qui viennent à tous mes concerts et qui me rencontrent à la pause, au milieu. Pendant un spectacle en 2013, un vétéran s’est approché de moi, m’a pris la main, il ne voulait plus me lâcher et m’a regardé dans les yeux… Je peux à peine vous en parler aujourd’hui sans avoir les larmes qui montent. Il a dit: « Votre père aurait été fier de vous. »
Mon père est mort en combattant les Nazis, ma mère [une militante engagée du Labour et de la Campagne pour le Désarmement Nucléaire] a voué sa vie à faire tout ce qu’elle pouvait pour créer un monde plus humain.
Nous posons des questions qui n’ont jamais été posées jusqu’à ces deux dernières années, et qui attirent avec fracas la colère du lobby israélien sur des gens comme moi, qui osons interroger et critiquer.
[Le lobby israélien] est résolu à ne pas laisser cette conversation se développer assez pour que les gens puissent l’écouter, et c’est pourquoi ils nous accusent d’être des Nazis. Cette idée que le BDS est le début d’une pente savonneuse aboutissant à un autre Holocauste – et bien ce n’est pas le cas.
Nick Mason, le batteur de Pink Floyd, a écrit de Waters dans son autobiographie que: « une fois qu’il a perçu une confrontation comme étant nécessaire, il s’engage tellement pour gagner qu’il met tout ce qu’il a dans la bataille – et tout ça mis ensemble peut être assez effrayant. »
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Roger Waters : "J'ai été accusé d'être un nazi et un antisémite" 
Photo : Getty image




Roger Waters interpelle la France sur la campagne BDS
Note de la rédaction : cet article est la traduction d’un billet paru le 28 janvier 2016 sur le site Mondoweiss, site géré depuis les USA offrant une vision alternative des relations israélo-palestiniennes. Il s’agit ici d’une lettre adressée par Roger Waters, ex-Pink Floyd, au peuple de France à la suite des procédures judiciaires engagées contre des personnes soutenant le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) dirigé contre l’état d’Israël, afin que celui-ci cesse de persécuter les Palestiniens. La lettre fut envoyée à une agence de presse française, mais ne fut jamais publiée. Comme il est de notre avis que la liberté d’expression de M. Waters mérite tout notre respect et que celle du peuple français à l’entendre le réclame, nous vous la publions donc ici, traduite en français – Lawrence Desforges

Mes chers citoyens,
De concert avec la plupart des membres raisonnables, sensibles et doués de compassion de la société civile mondiale, je déplore l’occupation de la Palestine et la soumission de tous ses habitants non-juifs. La discrimination anti-palestinienne de l’état d’Israël depuis 1947/8 est inacceptable.
Je suis anti-raciste, anti-colonialiste, anti-oppression et anti-discrimination.
Nous, les peuples du reste de la société civile mondiale vous avons toujours tiré notre chapeau, à vous les Français, pour votre adhésion à la « Déclaration des Droits de l’Homme » en 1789. Il demeurait toujours, pensions-nous, dans votre cœur battant collectif nourri de votre dévotion aux principes de Liberté, Égalité et Fraternité, un attachement à la défense des opprimés partout, et même hors de France !
Aujourd’hui, j’ai lu horrifié qu’un tribunal de votre pays a déclaré illégale une manifestation pacifique voulue par des militants du mouvement BDS contre les politiques du gouvernement actuel en Israël, qui sont racistes, répressives et discriminatoires, en affirmant que la manifestation elle-même était discriminante, et en imposant des amendes aux manifestants pacifiques.
C’est un triste jour pour la France et pour le système judiciaire français. Adopter une telle attitude contre le mouvement BDS, pour l’emploi des mêmes outils non-violents qui ayant été utilisés en Inde contre l’oppression du règne britannique au milieu du vingtième siècle, et par des manifestants américains, blancs comme noirs, dans les contrées du sud des USA ainsi que par des manifestants noirs et blancs du monde entier dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, est une tache sur le noble nom de la République Française.
BDS, BOYCOTT, DÉSINVESTISSEMENT ET SANCTIONS EST, JUSQU’ICI, LE SEUL CHEMIN EFFICACE VERS LA POSSIBILITÉ DE PAIX EN TERRE SAINTE, SUR LES BASES DU BIEN-ÊTRE DES PALESTINIENS ET DES ISRAÉLIENS PARTAGEANT LIBERTÉ, JUSTICE ET ÉGALITÉ.
Pourquoi votre système judiciaire veut-il s’y opposer ? Un tollé public du cœur de votre grand pays devrait exiger une enquête publique sur les bases juridiques de telles poursuites à l’encontre des militants du mouvement BDS. Quoi qu’il en soit, sur une note personnelle, j’affirme ici mon propre intérêt. Les militants du mouvement BDS qui ont été attaqués par votre système judiciaire ont mon soutien sans équivoque, ainsi que mon respect et mon amour.
Tout homme ou toute femme qui monte sur les barricades en soutien à nos frères et sœurs opprimés en Palestine, en fait, est mon frère ou ma sœur.
Ce problème n’est pas compliqué, c’est une affaire de ce qui est bien et de ce qui est mal, une affaire de l’application correcte ou incorrecte de la loi. La loi doit servir les opprimés pas les oppresseurs. Si votre loi protège les oppresseurs, les racistes et les discriminateurs, et punit les hommes et les femmes au cœur bon qui grimpent sur les barricades de la liberté, où que ces barricades puissent exister sur notre petite planète, alors votre loi est bidon.
Avec amour et respect, chers citoyens.
Roger Waters

Traduit par Lawrence Desforges



Source française : Cercle des Volontaires

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