mardi 1 décembre 2015

Terreur, or noir et peine de mort



Le drapeau de l'Arabie Saoudite avec un sabre-kalachnikov pour rappeler le devoir de soumission



"USA/ Israël/ Russie/ Iran/ Syrie/ Arabie Saoudite/ Egypte/ Qatar/ Vatican/ Pakistan/ Chine : aucun de ces Etats "pro-peine de mort" n'a signé les conventions sur ces sujets. Aucun n’a, non plus, reconnu la compétence de la Cour pénale internationale. Aux USA, les personnalités qui soutiennent cette politique comptent parmi les plus conservatrices et idéologiquement proches des dictatures visées."


"En Arabie, les Saoudiens ont manifesté encore une fois dans l'Est du pays pour se déclarer solidaires avec l'éminent dignitaire religieux chiite le Cheikh Baqer al-Nimr. Des centaines de citoyens saoudiens ont manifesté à Al-Awamiya, dans l’Est de l’Arabie saoudite, pour condamner le verdict de la peine capitale contre le Cheikh Baqer al-Nimr, éminent dignitaire religieux chiite et d’autres prisonniers politiques du pays. Les contestataires saoudiens portaient des images du Cheikh Baqer al-Nimr et dénonçaient le verdict de la peine de mort prononcé à l'encontre de ce religieux combattant et d’autres prisonniers politiques dont deux adolescents chiites. Les protestataires saoudiens ont qualifié d’injustes ces verdicts et ils ont dénoncé la vengeance du régime saoudien des chiites habitant dans la région de Qatif. Les cours suprême et d’appel de l’Arabie saoudite ont récemment confirmé le verdict de la peine de mort décidée contre le Cheikh Baqer Al-Nimr."  Sahartvfrancophone


Ali al-Nimr, jeune Saoudien de 21 ans, est condamné à mort, à la crucifixion et à la putréfaction en place public pour avoir participé à des manifestations lorsqu'il avait 17 ans. François Hollande a "demandé à l'Arabie Saoudite de renoncer à son exécution au nom de ce principe essentiel que la peine de mort doit être abolie et que les exécutions doivent être empêchées". Même son de cloche du côté du Quai d'Orsay, qui n'hésite pas à condamner son allié arabe. Mais l'exécutif ne pourrait-il pas en faire davantage ? Europe1


La dynastie saoudienne compterait plusieurs milliers de membres, dont environ 4.000 princes, descendants du roi Abdel Aziz. Tellement nombreuse, la famille royale constitue quasiment une classe sociale en soi. Une classe de privilégiés, évidemment, "dont la puissance financière est considérable et le train de vie en général ostentatoire", écrivait "Le Point", en 1995. Grâce au pétrole, forcément. 



"L’Arabie Saoudite ou la France offrent chacune un modèle de gouvernance étatique spécifique. Dans le premier cas, la dictature saoudienne fait peu de cas de la nature humaine, de la libre pensée, de la liberté individuelle et la barbarie inqualifiable s’inscrit dans le cadre d’une l’idéologie religieuse. Pour ce qu’il en est de la France, la démocratie laïque donne l’image d’une primauté de l’individu avec une place du Droit au sommet des institutions mais les responsables politiques français (qui ne se privent pas de donner des leçons de morale ou des recommandations pratiques) détournent des fonds publics ou recèlent des sommes résultant de fraudes fiscales, ce qui est une autre forme de mépris du peuple et des droits de la population française. Bien que leur philosophie diffère, les deux pays acceptent toutefois de traiter ensemble, en raison des avantages économiques procurés."





Quand on représente le Peuple Français on ne sert pas la main 
à 1 ordure qui méprise les droits des Femmes & Hommes


Arabie saoudite, dictature, raciste, sexiste, esclavagiste, tortionnaire, terroriste, intégriste, obscurantiste

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Un régime où n’existe ni parti politique, ni élection, ni Parlement autonome, ni magistrature indépendante, ni syndicat, ni organisation de défense des droits de l’être humain…
Un régime où les femmes n’ont aucun droit et où la victime d’un viol collectif est condamnée à 200 coups de fouet par le Conseil suprême de la justice saoudienne.
Un régime où le régime camouflée derrière une soi-disant « loi islamique » prescrit la peine de mort pour l’homicide, le viol, le vol à main armée, le trafic de drogue, la sorcellerie, l’adultère, la sodomie, l’homosexualité, le vol sur autoroute, le sabotage et l’apostasie (le renoncement à l’Islam).
Un régime où la décapitation au sabre des condamnés est publique dans les cours ou aux abords des mosquées les plus fréquentées, après la prière du vendredi.
Un régime où des êtres humains sont condamnés à l’amputation d’un membre ou à l’énucléation.
Un régime où les tribunaux continuent de prononcer régulièrement des peines de flagellations. En 2007, un jeune homme de 16 ans a ainsi été condamné à une peine de 14 ans de prison et de 4 000 coups de fouet (à raison de 50 par séance) parce qu’il aurait « tenu des propos contraires à la charia », au droit musulman.
Un régime où les travailleurs immigrés peuvent être détenus pendant des années sans jugement ni inculpation et ou ils sont beaucoup plus fréquemment que les Saoudiens condamnés à la décapitation, à l’amputation ou à la flagellation.
Un régime digne de l’ancien régime en France où la monarchie absolue pratiquait l’emprisonnement sans jugement, l’esclavage dans les comptoirs coloniaux et aux Antilles, la question ordinaire et extraordinaire, le supplice de la roue, l’extermination des Huguenots, le bûcher pour les « sorcières »… Un moment de cette « civilisation occidentale » si chère à Claude Guéant.
Un régime terroriste qui soutient de façon obscure des intégristes fanatiques dans diverses régions du monde, du Moyen Orient à l’Afrique.
Un régime cynique qui a écrasé directement dans le sang avec ses tanks et avions un mouvement populaire démocratique à Bahrein
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"La disparition de l'empire Ottoman (1923), associé à la politique britannique au Moyen-Orient  ont placé la dynastie des Saoud au pouvoir dans le nouvel Etat d'Arabie Saoudite, et partant favorisé le renouveau de cette idéologie, à laquelle les pétrodollars ont donné une assise solide. " 





L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi

Par Kamel Daoud
Le 20/11/2015 
Photo Credit Kelly Blair

Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh.
Le wahhabisme, radicalisme messianique né au 18ème siècle, a l’idée de restaurer un califat fantasmé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puritanisme né dans le massacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien surréaliste à la femme, une interdiction pour les non-musulmans d’entrer dans le territoire sacré, une loi religieuse rigoriste, et puis aussi un rapport maladif à l’image et à la représentation et donc l’art, ainsi que le corps, la nudité et la liberté. L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi.
Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant: on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives.
On pourrait contrecarrer : Mais l’Arabie saoudite n’est-elle pas elle-même une cible potentielle de Daesh ? Si, mais insister sur ce point serait négliger le poids des liens entre la famille régnante et le clergé religieux qui assure sa stabilité — et aussi, de plus en plus, sa précarité. Le piège est total pour cette famille royale fragilisée par des règles de succession accentuant le renouvellement et qui se raccroche donc à une alliance ancestrale entre roi et prêcheur. Le clergé saoudien produit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aussi la légitimité du régime.
Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée.
Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies »; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.
Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale?
Guérir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saoudite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Orient. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équilibre illusoire : On dénonce le djihadisme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le soutient. Cela permet de sauver la face, mais pas les vies.
Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres.
Les attaques à Paris remettent sur le comptoir cette contradiction. Mais comme après le 11 septembre, nous risquons de l’effacer des analyses et des consciences.
Kamel Daoud

Kamal Daoud, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est l’auteur de “Meursault, contre-enquête.”


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