samedi 19 décembre 2015

Le poète chinois qui travaillait à la chaîne


"Une vis tombe par terre
Dans cette nuit noire des heures supplémentaires
Plongeon vertical, on l’entend à peine atterrir
Personne ne le remarquera 
Tout comme la dernière fois une nuit comme celle ci
Quand quelqu’un s’est jeté
dans le vide."

Xu Lizhi




Cela se passe aujourd’hui. Pas à l’époque de Dickens, de Zola ou des Temps Modernes de Chaplin. Le 30 septembre 2014, le Chinois Xu Lizhi, 24 ans, se suicidait à Shenzhen. Il suait depuis 2010 sur les chaînes de production de Foxconn, géant mondial des produits électroniques grand public aux 1,4 million de salariés, fondé par le milliardaire Terry Gou...
(Lire la suite en passant par la source ci-dessous)








J'AI AVALE UNE LUNE DE FER

J’ai avalé une lune de fer
Qu’ils appellent une vis
J’ai avalé ces rejets industriels, ces papiers à remplir pour le chômage
Les jeunes courbés sur les machines meurent prématurément
J’ai avalé la précipitation et la dèche
Avalé les passages piétons aériens,
Avalé la vie couverte de rouille
Je ne peux plus avaler
Tout ce que j’ai avalé s’est mis à jaillir de ma gorge comme un torrent
Et déferle sur la terre de mes ancêtres
En un poème infâme.

Xu Lizhi, travailleur migrant-poète, le 19 décembre 2013
(La Machine est ton seigneur et maître, coll. Cent mille signes, éd. Agone)

Source : Télérama 





CHAMBRE MEUBLÉE


Un espace de dix mètres carré

Exigu et humide, sans soleil toute l'année
Ici je mange, dors et pense. 
Je tousse, attrape la migraine, vieilli vite, suis malade mais échoue à mourir
Sous la maussade lumière jaune je fixe le vide en riant comme un idiot
Je fais les cent pas, en chantant doucement, en écrivant des poèmes
A chaque fois que j'ouvre la fenêtre ou la porte d'osier tressé
Je ressemble à un homme mort
Ouvrant lentement le couvercle d'un cercueil. 

Xu Lizhi, 2013
(Traduit en français d'après une traduction anglaise)












couverture
Yang - Jenny Chan - Xu Lizhi
La machine est ton seigneur et ton maître

Parution : 21/09/2015

ISBN : 9782748902389

Format papier
128 pages (12 x 17 cm) 9.50 €
Commander Livre papier Format PDF Format EPUB Accès libre Lire en ligne PDF EPUB
Traduit de l’anglais et préfacé par Celia Izoard
Comment le système Foxconn – les usines chinoises qui produisent iPhone et PlayStation – expérimente et met en œuvre les pires formes d’exploitation.

Les machines ressemblent à d’étranges créatures qui aspirent les matières premières, les digèrent et les recrachent sous forme de produit fini. Le processus de production automatisé simplifie les tâches des ouvriers qui n’assurent plus aucune fonction importante dans la production. Ils sont plutôt au service des machines. Nous avons perdu la valeur que nous devrions avoir en tant qu’êtres humains, et nous sommes devenus une prolongation des machines, leur appendice, leur serviteur. J’ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et maître et que je devais lui peigner les cheveux, tel un esclave. Il fallait que je passe le peigne ni trop vite ni trop lentement. Je devais peigner soigneusement et méthodiquement, afin de ne casser aucun cheveu, et le peigne ne devait pas tomber. Si je ne faisais pas bien, j’étais élagué. 

Foxconn est le plus grand fabricant du monde dans le domaine de l’électronique. Ses villes-usines, qui font travailler plus d’un million de Chinois, produisent iPhone, Kindle et autres PlayStation pour Apple, Sony, Google, Microsoft, Amazon, etc. En 2010, elles ont été le théâtre d’une série de suicides d’ouvriers qui ont rendu publiques des conditions d’exploitation fondées sur une organisation militarisée de la production, une taylorisation extrême, l’absence totale de protection sociale et une surveillance despotique jusque dans les dortoirs où vivent les ouvriers. 

Ce livre propose quelques éléments d’analyse du système Foxconn à partir du portrait que fait la sociologue Jenny Chan d’une ouvrière qui a survécu à sa tentative de suicide en 2010. Complété par le témoignage de Yang, un étudiant et ouvrier de fabrication à Chongqing, il retrace également le parcours de Xu Lizhi, jeune travailleur migrant chinois à Shenzen, qui s’est suicidé en 2014 après avoir laissé des poèmes sur le travail à la chaîne, dans « L’atelier, là où ma jeunesse est restée en plan ».


Source : Agone

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