mardi 8 décembre 2015

La révolution bolivarienne menacée






"L’expérience des gouvernements progressistes d’Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, El Salvador, Nicaragua, Uruguay et Venezuela)semble traverser une phase critique qui pour certains auteurs annonce une fin de cycle. Ce débat sur le caractère de la conjoncture recèle d’importantes implications stratégiques quant à l’avenir immédiat.
Je soutiendrai sous une forme synthétique l’idée suivante. Loin d’avoir pris fin ou de s’en approcher, ce cycle – à savoir la période où les forces progressistes exercent le gouvernement- n’est pas près de s’achever, tout au moins à court terme. Mais, dans le même temps, il est nécessaire d’identifier et d'analyser la fin de l’étape hégémonique de ce cycle ainsi que ses conséquences à moyen terme."
 Massimo Modonesi



LE COURRIER, 8 DÉCEMBRE 2015 : 
Venezuela : Sévère défaite pour Nicolás Maduro (Extrait)
Les Vénézuéliens ont sanctionné le successeur d’Hugo Chávez, jugé responsable de la crise économique. La forte majorité de droite va lui rendre la vie difficile, voire impossible.
Après dix-sept ans de pouvoir sans partage, le bolivarisme a connu, dimanche 6 décembre 2015, son premier échec. Et quelle défaite ! La Table de l’unité démocratique (MUD) a obtenu au moins 99sièges sur les 167 que compte le parlement, contre 46 au Parti socialiste unifié (PSUV). Lundi 7 décembre au soir, vingt-deux sièges devaient encore être attribués. Le président, Nicolás Maduro, a admis sa défaite dès la présentation des premiers résultats du Conseil national électoral (CNE). « De notre côté, nous avons toujours démontré notre engagement à jouer proprement et à reconnaître les résultats », a-t-il dit, envoyant une pique à ses opposants.
La victoire de la MUD, large coalition antichaviste dominée par la droite, était attendue. Mais son ampleur en termes de sièges a surpris. Le découpage électoral qu’on annonçait favorable au PSUV a en réalité démultiplié le nombre d’élus de l’opposition, le « chavisme » résistant bien mieux dans le scrutin proportionnel (27 élus de la MUD contre 22 socialistes) que dans les oppositions nominales (72 contre 24). Concrètement, le PSUV et ses alliés ne remportent que cinq régions sur vingt-cinq alors qu’ils obtiendraient quand même 42 % des voix. A noter la participation record de 74,25 %, en hausse de huit points par rapport à 2010, ainsi que la satisfaction des observateurs internationaux devant le bon déroulement du scrutin.
Malgré le caractère présidentialiste du système vénézuélien, le raz-de-marée parlementaire de la MUD aura de lourdes conséquences. La droite, qui dirigera la nouvelle chambre dès le 5 janvier et pour cinq ans, devrait disposer au minimum de la majorité qualifiée des 3/5 et pourra donc non seulement élaborer des lois mais aussi révoquer des ministres, le vice-président et des membres du Conseil national électoral.
A l’heure où mettions sous presse, il n’était pas encore clair si la majorité des deux tiers (112 députés) allait être atteinte –comme le prétendait, lundi 7 décembre 2015 au soir, la MUD. Si tel devait être le cas, la droite pourrait engager une réforme constitutionnelle ou des modifications des lois organiques (toutes deux soumises à votation populaire), de même qu’elle aurait la main sur la composition du Tribunal suprême.
Malgré cette situation,  s’est voulu magnanime, appelant ses fidèles à « reconnaître les résultats en paix » et à « réviser les processus politiques de la révolution pour les rendre plus efficaces ». Estimant que le bolivarisme avait reçu une « baffe qui réveille », le président s’est montré autocritique, estimant impossible de réaliser le socialisme sans produire davantage de richesses. Plus classiquement, il a tout de même estimé que la défaite du bolivarisme était d’abord la « conséquence d’une guerre économique brutale ».
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Source : Le Courrier





Le président vénézuélien Nicolas Maduro a reconnu sa défaite
aux élections législatives de dimanche. LDD



... ils commencent par discréditer l’image du gouvernement et ensuite ils créent une tension économique. Nous avons pu l’observer l’année dernière lorsque tout d’un coup les médias ont diffusé dans le monde entier la nouvelle qu’il n’y avait plus de papier toilette au Venezuela. On peut se demander comment d’un jour à l’autre il peut ne plus y avoir de papier toilette, mais c’est une campagne qui amuse tout le monde et qui participe à diffuser l’image d’un pays en plein chaos.
En 1972 non plus on ne trouvait plus de papier hygiénique au Chili et pour les mêmes raisons, ce qui se passe est très simple : ils cherchent à importuner la population. Aujourd’hui au Venezuela il faut 4 heures pour faire son marché parce que dans les supermarchés il n’y a plus de riz, plus de farine… et les gens doivent se débrouiller et chercher ailleurs parce que les entrepreneurs ne distribuent plus les marchandises, préférant les revendre à des réseaux informels qui revendent ces produits dans la rue à des prix 3 ou 4 fois supérieurs. Ainsi est provoqué le désapprovisionnement et l’agacement de la population… en plus de l’inflation.
C’est ainsi que vous parvenez à ce que les gens commencent à penser : ”si nous continuons de voter pour Nicolas Maduro, cette situation va continuer”, et c’est ainsi que vous parvenez à affaiblir la base populaire qui soutient le gouvernement. Le même type de sabotage a eu lieu au Chili en 1973 lorsque la grève des camionneurs a eu lieu, avec des conséquences terribles dans un pays qui mesure 4000 Km de long. Retrouver un même modèle de déstabilisation à plusieurs dizaines d’années de séparation permet de penser qu’il ne s’agit pas d’un hasard mais plutôt de techniques déjà connues par ceux qui les mettent en place et qui nous permettent de dire qu’il s’agit de coups d’État.
La seule différence c’est qu’il ne s’agit plus de coups d’État militaires comme ce fut le cas avec Pinochet, car aujourd’hui ils sont plus prudents et astucieux.
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Un lecteur européen qui lit dans son journal « la société civile proteste contre les mesures du Président Maduro » se sentira proche de celle-ci. En 2014, les médias disaient qu’au Venezuela les étudiants protestaient contre Maduro, mais sans jamais préciser qu’il s’agissait d’étudiants d’extrême-droite qui qualifiaient Maduro de dictateur.
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Les médias n’organisent pas les coups d’État, mais ils défrichent le terrain en préparant l’opinion publique internationale à l’accepter une fois le moment venu. En France, on nous a rabâché que Chavez  était un dictateur depuis le début de son mandat, et maintenant c’est au tour de Maduro. C’est la même chose pour Rafael Correa.
Mais aujourd’hui, des organismes supranationaux comme l’Unasur et le Celac permettent [aux pays progressistes] de résister à ces attaques de la droite. Et il est important de remarquer que ce que les médias appellent « communauté internationale » ne signifie en fait que « USA + Europe », alors que le monde ne se limite pas à cela.
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Les médias privés dénoncent l’existence de “lois bâillon” dans ces pays, dénonçant une « absence de liberté d’expression », mais pourtant, quand je viens en Équateur par exemple, je lis tous les journaux et je regarde les journaux télévisés, et il me semble bien qu’il existe une liberté d’expression et sinon que l’on m’explique en quoi cela consiste ! Des ONG comme Fundamedios, Reporters Sans Frontières (RSF) ou la Société Interaméricaine de Presse (SIP) bouclent la boucle. 
Le Monde Diplomatique avait dénoncé le fait que RSF était financé par la New Endowment for Democracy (NED) et l’extrême-droite cubaine de Miami, et nous avons été attaqués pour ça. Aujourd’hui nous savons que la NED a remis plus d'un million de dollars à l’opposition équatorienne et plus de 2 millions à l’opposition vénézuélienne, l’année où ont eu lieu les violences de rue.
  Maurice Lemoine (Traduction Luis Alberto Reygada)






Elections au Venezuela : l'heure est décisive pour le processus bolivarien


Par Alex Anfruns
L'opposition a remporté la majorité dans un processus électoral qui a été défini par les observateurs internationaux comme l'un des systèmes les plus sûrs et transparents au monde.
Le Plan République, composé de 163.000 membres des forces armées bolivariennes a été efficacement déployé dans tout le pays, notamment dans la région frontalière avec la Colombie, pour veiller à ce que les élections se déroulent dans un climat de paix et sécurité.
Depuis que la nouvelle Constitution fut approuvé en 1999 sous l'initiative du président Hugo Chavez, et avec des taux de participation les plus élevés dans l'histoire de la démocratie au Venezuela, 20 élections ont eu lieu les derniers 16 ans avec un modèle de démocratie participative originale et créative.
A cet occasion, les votants des différents partis se sont montrés particulièrement satisfaits avec le déroulement du processus électoral, malgré les campagnes persistantes de rumeurs ayant pour cible le Conseil National Electoral.
Jusqu'à la dernière minute, des acteurs nationaux et internationaux ont questionné la fiabilité du système électoral vénézuelien, avec la répétition d'un récit grossier et mensonger basé sur des rumeurs et des attaques personnalisées contre la présidente du CNE Tibisay Lucena.
Des ex-présidents de droite de plusieurs pays d'Amérique Latine, dont l'ex président colombien Pastrana, ont montré une attitude d'ingérence constante et une délégation s'est même rendu le jour de la votation sans compter avec l'accréditation correspondante du CNE, ce qui leur a valu une demande d'expulsion du territoire.
L'épouse de Leopoldo Lopez, Lilia Tintori, s'est réjoui des résultats et s'est montrée confiante dans la suite, en annonçant qu'elle n'allait pas baisser ses bras " jusqu'à la libération de tous les prisonniers". Souvenons-nous que son mari Lopez a été emprisonné pour son rôle dans l'incitation à la violence début 2014, qui a entraîné 43 victimes mortales lors de l'opération anti-démocratique appelée "La Sortie". Le comité de victimes des guarimbas a effectué des tournées en Europe avec le silence des médias, tandis que le cas de Leopoldo Lopez est présenté comme celui d'un prisonnier politique. Le regretté écrivain uruguayen Eduardo Galeano aurait décrit cette situation comme "le monde à l'envers"
Après deux années particulièrement difficiles sur le plan politique et économique en raison du modèle rentier du pays qui lui fait dépendre des prix du baril de pétrole ; de la chute depuis un an du prix du baril de 100 à moins de 40 dollars ; du phénomène de stockage massif des denrées alimentaires par les grands distributeurs, entraînant des queues pour les aliments fournis par le gouvernement ; des campagnes de désinformation médiatiques visant à déstabiliser le pays ; et des tentatives de déstabilisation telles que le décret Obama, on constate une ingérence permanente du capitalisme et de la droite internationale face à laquelle le peuple a exprimé son mécontentement avec son vote.
Il est digne de souligner qu'une fois les résultats connus, cette fois-ci l'opposition de la MUD (Mesa de Unidad Democratica), n'a pas dénoncé la fraude dans le système électoral. Les sympathisants avec le processus bolivarien affrontent une année 2016 très compliquée avec l'impossibilité de gouverner, de provoquer la démission des ministres de la majorité, allant jusqu'à la quasi certitude du recours à un référendum révocatoire contre le président Maduro.
La guerre économique et médiatique ont sans doute joué un rôle essentiel dans l'orientation du vote, mais l'écart dans les résultats met en évidence aussi une gestion insuffisante à plusieurs niveaux par le gouvernement. Les voix critiques et constructives devront être écoutés pour que les différentes composantes et forces politiques rassemblées dans le GPP Gran Polo Patriotico, coalition de la majorité, restent unies et le processus bolivarien assure sa continuité dans des circonstances extrêmement adverses.






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