jeudi 17 décembre 2015

Contre la dictature spectaculaire


« Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé « la société de consommation », définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n’en est rien. Si l’on observe bien la réalité, et surtout si l’on sait lire dans les objets, le paysage, l’urbanisme et surtout les hommes, on voit que les résultats de cette insouciante société de consommation sont eux-mêmes les résultats d’une dictature, d’un fascisme pur et simple. » 
Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires.



"(…) Le fascisme a été une défense extrémiste de l’économie bourgeoise menacée par la crise et la subversion prolétarienne, l’état de siège dans la société capitaliste, par lequel cette société se sauve, et se donne une première rationalisation d’urgence en faisant intervenir massivement l’État dans sa gestion. Mais une telle rationalisation est elle-même grevée de l’immense irrationalité de son moyen. Si le fascisme se porte à la défense des principaux points de l’idéologie bourgeoise devenue conservatrice (la famille, la propriété, l’ordre moral, la nation) en réunissant la petite bourgeoisie et les chômeurs affolés par la crise ou déçus par l’impuissance de la révolution socialiste, il n’est pas lui-même foncièrement idéologique. Il se donne pour ce qu’il est : une résurrection violente du mythe, qui exige la participation à une communauté définie par des pseudo-valeurs archaïques : la race, le sang, le chef. Le fascisme est l’archaïsme techniquement équipé. Son ersatz décomposé du mythe est repris dans le contexte spectaculaire des moyens de conditionnement et d’illusion les plus modernes. Ainsi, il est un des facteurs dans la formation du spectaculaire moderne, de même que sa part dans la destruction de l’ancien mouvement ouvrier fait de lui une des puissances fondatrices de la société présente ; mais comme le fascisme se trouve être aussi la forme la plus coûteuse du maintien de l’ordre capitaliste, il devait normalement quitter le devant de la scène qu’occupent les grands rôles des États capitalistes, éliminé par des formes plus rationnelles et plus fortes de cet ordre. 
Guy Debord, in "La société du spectacle"


"Les Malassis, une coopérative de peintres toxiques (1968-81)"


"Étrange citoyen accomplissant son rituel hebdomadaire dans les temples surchargés de la consommation, étrange existence où la vie qui devrait être une aventure exaltante a été remplacée par l'apathie et la convoitise, où la satisfaction des besoins nourrit les cloaques de l'immonde. Étranges spectres vidés de toute substance hantant les salles d'un spectacle ininterrompu dont la médiocrité ne tient qu'au fil fictif d'un horizon d'illusions déjà perdues par avance." André Chenet






Qu’avez-vous fait ?

Par Lantifa

L’armée a pris dans les rues la place du Peuple – interdit de manifs – et le Front de la Haine de classe est aux portes du pouvoir... l’heure est grave.
Elle l’est assurément, elle l’est depuis longtemps hélas.
Il n’est plus temps de se lamenter et de se draper dans des habits étriqués de Jean Moulin de pacotille. Les sombres nuées de la réaction la plus dure courent sur le pays depuis trop d’années déjà, et qui peut penser que les gesticulations xénophobes de Sarkozy ou que coups de mentons patronaux de Manuel Valls puissent arrêter la tempête ? Et avec elles leur cortège de misère, de souffrance et d’humiliation. Nulle posture morale n’est de taille à prendre la mesure du combat à mener car c’est bien de lutte qu’il s’agit.
Comme il est aisé de regarder la marée brune de haut, de revenir aux heures sombres de l’Histoire, et de discourir sur les plaies que l’Hydre blonde s’apprête à infliger au pays, puis de rentrer la tête dans les épaules avant de reprendre une « vie normale ».


Le FN fait son lit des reniements, des trahisons, de combats non menés, des luttes populaires trahies, des principes abandonnés sous couvert de « modernité ». La haine de l’autre, la jalousie, l’aigreur se nourrissent de l’humiliation, des têtes baissées, des coups non rendus, des cris ravalés.

La lutte contre la réaction et le populisme n’a pas besoin de jugement, elle a besoin d’énergie. Elle n’a pas besoin de mépris, elle a besoin de courage. Sur la route de ceux qui veulent « faire peuple » doivent se trouver ceux qui sont le Peuple. Face à ceux qui se posent en sauveur, nous devons reprendre et tenir notre place.


Ce n’est pas du Bien et du Mal dont il s’agit ici. Il s’agit de jeunes sans avenir, il s’agit de vieux délaissés, il s’agit de travailleurs pressurés, il s’agit d’un Peuple déclassé, dépossédé de sa souveraineté et de ses choix au nom de la belle, si belle « construction » européenne qu’il est tabou de critiquer dans certains milieux... Or depuis trop longtemps le Peuple a cessé de donner de la voix...

- Combien d’usines détruites par les délocalisations et par le « travail détaché » ?

- Combien de clandestins exploités à mort par un patronat négrier avide de dumping social et de profits exponentiels ?
 Combien de casses salariales, de contre-réformes des retraites, d’attaques contre le Code du Travail et le Statut de la Fonction Publique ?
- Combien d’hôpitaux fermés, d’écoles abandonnées, de magistrats débordés ?
- Combien de travailleurs détruits et humiliés par des salaires de misère ou le cancer du chômage de masse ?
- Combien d’enseignants méprisés et de jeunes privés du droit à l’éducation par des réformes destinées à casser l’Ecole et le mérite républicains ?
- Combien de jeunes abandonnés à la précarité et aux CDD à vie ?
- Combien d’agriculteurs poussés au suicide pour assurer les marges arrières de grands trusts commerciaux alors que les petits commerces ferment boutiques, cédant la place aux banques et aux assurances ?
- Combien de promesses électorales non tenues et de votes foulés aux pieds ?

Voilà le vilain visage de la réaction la plus dure, à l’œuvre depuis 30 ans, avec à la manœuvre droite « ripouxblicaine » et gauche « fauxsialiste » et alliés rénovés. De contre-réformes en abandons des conquis sociaux, le contrat social hérité des Lumières, de la Révolution, du Front Populaire et de la Libération est en passe d’être définitivement rompu. Il n’est plus temps de s’indigner puis de baisser les bras en marmottant qu’il n’y a pas d’alternative.
Où étiez-vous quand, à peine bues les coupes de champagne fêtant la prise par les chars « démocratiques » de Boris Eltsine du parlement soviétique, la porte de la prison des Peuples d’Europe s’est refermée à Maastricht ouvrant la porte au dumping social et à l’exploitation la plus débridée ?
Que faisiez-vous lorsque Juppé, Jospin et Fillon démolissaient à coup de tonfa la retraite à soixante ans par répartition et la Sécurité Sociale hérités du ministre communiste de 1945 inconnu de Marisol Touraine, Ambroise Croizat ?
Que faisiez-vous quand le Peuple Souverain fut dépossédé de son droit de battre monnaie pour écraser les salaires de tout un continent et gaver les marchés financiers ?
Où étiez-vous quand foulant le choix du Peuple au pieds le congrès versaillais ratifia la Constitution Européenne léonine après avoir réintégré le commandement intégré de l’OTAN ?
Que regardiez-vous quand les milices occidentales portaient le fer en Europe de l’Est et au Moyen-Orient contre des Etats souverains en toutes illégalité ?
Voilà une à une les marches de l’escalier de la honte que s’apprête à gravir, drapée dans les faux habits de la rébellion, pour elle hâtivement taillés par Gattaz le patron des patrons, la Le Pen en marche vers le pouvoir.
Certes les états-majors syndicaux sociaux-traitres, les vendus à la Confédération européenne des syndicats et au Parti de la « Gauche » européenne portent une écrasante responsabilité dans ce désastre démocratique. Il n’empêche chacun devrait cultiver son jardin. Chaque salarié, chaque citoyen a la responsabilité individuelle de faire entendre collectivement la voix du Peuple. De se syndiquer, quitte à critiquer et à changer les directions syndicales quand elles faillissent. De faire grève quand son métier est massacré. De manifester quand il le faut au lieu de toujours avoir une affaire personnelle plus urgente à traiter.
Il faut réapprendre à vivre debout, à ne pas baisser la tête devant les chefs petits ou grands. Il faut oser dire non et crier que la soupe est mauvaise quand elle l’est. Il faut tenir ferme le terrain de la lutte sociale trop longtemps méprisée et abandonnée et faire Front commun contre ceux qui vivent de la peine d’autrui. C’est à ce prix que le Peuple retrouvera l’Espoir et la Dignité et que le Parti de la casse sociale et de la division haineuse sera battu.
A défaut, ne gémissons pas contre la Bête immonde qui revient. Elle sort toujours du même ventre, que d’aucuns ne veulent plus combattre : l’exploitation capitaliste.



Aucun commentaire: