jeudi 12 novembre 2015

Le Vénézuéla avant le vote du 6 décembre 2015


Les Etats-Unis et leurs relais oligarchiques mènent une lutte sans merci pour tenter d’abattre les gouvernements progressistes latino-américains. Plusieurs observateurs cubains voient même se profiler des « coups d’Etat ». Il y a eu l’intervention au Honduras, le « golpe » parlementaire au Paraguay. L’Argentine, l’Equateur, la Bolivie et surtout le Venezuela et le Brésil sont dans la ligne de mire impérialiste. Si les gouvernements actuellement en place venaient à laisser la place aux droites réactionnaires et fascisantes, l’existence des structures politiques et d’intégration économique continentales serait menacée. Cuba aurait alors, à nouveau, à affronter l’isolement, la politique d’Obama participant en fait à une opération de déstabilisation nouvelle manière.




Simon Bolivar, le Libérateur


« L’empire américain fait tout ce qu’il peut pour consolider son système de domination. Et nous ne pouvons pas lui permettre de faire cela. Nous ne pouvons autoriser que la dictature mondiale se consolide. La déclaration du dépositaire du monde — cynique, hypocrite, emplie de cette hypocrisie impérialiste provenant de leur besoin de tout contrôler. Ils disent qu’ils veulent imposer un modèle démocratique. Mais c’est cela leur modèle démocratique ! C’est le modèle fallacieux des élites et, je dirais, une démocratie très originale qui s’impose par les armes, les bombes et l’artillerie. Quelle étrange démocratie ! » Hugo Chavez



Élection du 6 décembre 2015 au Vénézuéla

La crise économique qui frappe de plein fouet les pays d'Amérique Latine exportateurs de matière première est particulièrement commentée dans le cas du Venezuela par les vautours médiatiques habituels. Plus surprenant, des publications plus progressistes semblent s'être joint aux chœurs des critiques destructrices, décrivant la vie au Venezuela comme le dernier cercle de l'enfer. Dans les conditions décrites par cette immense majorité de media internationaux, le lecteur en conclura que seul un fou endoctriné, un sadomasochiste pervers, voire les deux, peuvent continuer à soutenir un tel processus politique. La chose semble entendue, le chavisme va perdre les élections. Or, qu'en est il vraiment ? Le mois de décembre sonnera-t-il le glas de la Révolution Bolivarienne ? Rien n'est moins sûr.
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La guerre de basse intensité dans laquelle est plongé le Venezuela a commencé dans la nuit du 8 décembre 2012, lorsque le président Chávez annonça son départ pour Cuba et désigna Nicolas Maduro comme possible successeur. L'offensive pour tenter de détruire la Révolution Bolivarienne va alors adopter deux formes : politique et économique.
Au niveau politique, l'agression commence lors de l'élection de Nicolas Maduro à la présidence de la République. Bien que les normes du CNE n'aient pas changé depuis sa déroute reconnue contre Hugo Chávez quelques mois auparavant, Henrique Capriles Radonski n'accepte pas sa courte défaite et lance ses militants dans les rues pour tenter de renverser le pouvoir. Bilan : 11 morts (tous chavistes) et 72 blessés.
Un an plus tard, une tentative de putsch, dénommée La Salida (La sortie) fut organisée par l'ancienne députée Maria Corina Machado, l'ancien maire de l'agglomération de Caracas Antonio Ledezma ainsi que Leopoldo Lopez. Durant plusieurs mois et avec l'appui de paramilitaires colombiens, les putschistes mirent une partie du pays à feu et à sang. Là encore, le dénouement fut tragique : 43 morts (dont plusieurs militaires bolivariens), et plus de 800 blessés.
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Comme on peut le voir, les attaques politiques et (para) militaires contre le Venezuela bolivarien n'ont pas cessé un instant durant les deux premières années de mandat de Nicolas Maduro. Cette déstabilisation permanente poursuit deux objectifs. En premier lieu, conquérir le pouvoir par des moyens anti-démocratiques. Comme le signalait l'ancienne député Maria Corina Machado durant #LaSalida « le Venezuela ne peut pas attendre de nouvelles élections ». D'autre part, cette stratégie de la tension permanente a aussi pour but de fatiguer la population et d'orienter l'opinion publique vers l'option électorale de la droite vénézuélienne. En ce sens, l'autre face de ce coup d'Etat continu vient compléter à merveille cette lente stratégie pour retourner la population contre la Révolution Bolivarienne.
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Depuis l'arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro, le cours du pétrole a chuté de plus de la moitié de sa valeur. Cette chute spectaculaire du cours du brut a entrainé un effondrement du budget de l'Etat vénézuélien, qui par ailleurs s'est vu amputé de moitié les devises étrangères par lesquelles se réalisent les importations. N'importe quel pays dans une situation semblable serait plongé dans une crise économique similaire. Il ne s'agit pas d'une crise du modèle bolivarien mais du système rentier et de la culture de la rente. De fait, malgré un budget restreint, la part du budget allouée au social n'a pas été sacrifiée par le gouvernement de Nicolas Maduro.
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On peut aisément comprendre que la baisse drastique du pétrole ait provoqué une crise systémique de l'économie vénézuélienne. On peut aussi admettre que le gouvernement bolivarien ait commis quelques erreurs dans la gestion de celle-ci mais nier l'existence même et l'impact de la guerre économique est d'une malhonnêteté intellectuelle que partagent malheureusement la plupart des journalistes et autres communicants. Les médias internationaux, des habituels prédicateurs de la catastrophe aux publications plus progressistes, omettent systématiquement de se référer aux conditions de la guerre économique à l'œuvre contre le peuple vénézuélien, quand ils ne la tournent pas en dérision en la présentant comme une lubie du gouvernement bolivarien.
Pas besoin d'attendre 30 ans, et le déclassement de documents, pour comprendre que, comme pour le Chili d'Allende, la puissance impériale est en train de « faire crier l'économie » vénézuélienne.
Les conséquences de cette guerre économique sur la population sont épouvantables : baisse du pouvoir d'achat, pénurie de produits de base, files d'attente interminables pour se procurer le panier de la ménagère. C'est le moral de la base populaire du chavisme qui est attaqué de plein fouet.
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Les prochaines élections législatives sont cruciales pour l'opposition vénézuélienne. Ce n'est pas la première fois que la droite utilise le scénario d'élections parlementaires pour tenter de s'approprier le pouvoir par un raccourci non-démocratique. Rappelons-nous que l'opposition avait boycotté ces élections en 2005 dans le but de dénoncer par la suite l'emprise totalitaire du pouvoir bolivarien). Cette stratégie avait déjà été employée en 1984, contre le Nicaragua sandiniste.
Dans leur lutte contre les gouvernements progressistes, les droites néolibérales du continent ont depuis innové, et utilisent désormais le pouvoir législatif comme un mécanisme essentiel pour réaliser des coups d'Etat. Comme le révélait l'ancien président déchu du Paraguay, Fernando Lugo : « le laboratoire de cette technique fut le Honduras, et a été perfectionnée au Paraguay »
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C'est donc à une tentative de Coup d'Etat coloré que devra certainement faire face le gouvernement bolivarien au soir du 6 décembre 2015. Les récentes déclarations du Général John Kelly, responsable du SouthCom, semblent aller en ce sens. Après avoir déclaré que le Venezuela est englué dans une crise, il n'exclut pas la possibilité pour les Etats-Unis d'intervenir « si on leur demandait ». Il n'a pas jugé bon de préciser qui, dans ce cas, serait leur interlocuteur, l'opposition ou le gouvernement. Ce dernier cas de figure est pourtant peu probable.
Face à ce panorama, l'offensive médiatique internationale, qui construit l'image d'un pays au bord du chaos et de la guerre civile, prépare le terrain pour cette nouvelle offensive de l'opposition. L'objectif est de préparer l'opinion publique mondiale à une défaite du chavisme et d'installer l'idée de fraude électorale dans l'hypothèse d'une victoire du Psuv et des ses alliés afin de neutraliser les manifestations de solidarité contre le coup d'Etat coloré en gestation.
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Le scénario violent qui se prépare au Venezuela, s'il se réalise, aura des conséquences tragiques. Il sera le prélude nécessaire pour rejeter la responsabilité des violences sur le gouvernement bolivarien et réunir les signatures nécessaires à la tenue d'un referendum révocatoire à partir d'avril 2015. Après 3 ans de coup d'Etat continu, l'opposition vénézuélienne aura certainement la force électorale pour tenter de révoquer le mandat du président Maduro.
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L'opposition va-t-elle se plier enfin aux règles démocratiques établis dans la Constitution ? Rendez vous le 6 décembre 2015. 






« Si le climat était une banque, les pays riches l’auraient déjà sauvé » Hugo Chavez



De retour de Caracas
Chavez et Maduro
Par Hacen Mohammedi

Un séjour à Caracas en septembre me conforte dans l’idée de la bonne marche du processus révolutionnaire bolivarien vénézuélien. Les problèmes existent, comme dans tous les pays, surtout ceux en développement, mais sont de bien moindre importance qu’on ne nous les présente dans les médias occidentaux.
La population croit aux bonnes intentions et aux efforts déployés par le gouvernement du Président Maduro, et n’est pas dupe des actions de déstabilisation lancées par les secteurs de l’opposition qui cherchent à tout prix à discréditer les dirigeants du processus bolivarien en les accusant d’incompétence et d’inefficacité.
Une lutte acharnée est engagée entre l’oligarchie, strictement blanche, riche et puissante, et le peuple vénézuélien, dans toute sa diversité, qui a pris les rênes du pouvoir politique grâce à Chavez en janvier 1999. L’élite dirigeait le pays depuis des décennies selon la maxime très peu connue de Voltaire, dans son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations : « Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne. »
Le grand nombre, les masses populaires vénézuéliennes, ont chassé du pouvoir, grâce aux élections, cette petite élite corrompue, mue seulement par ses intérêts personnels et qui laissait la grande majorité de la population vivre dans une extrême pauvreté. Un vote a tout changé : l’élection de Chavez à la présidence de la République.
Pour tous ceux qui ne croient plus en la capacité du pouvoir politique d’agir concrètement sur la vie des gens, je vous invite à aller faire un petit tour au Venezuela. Ce que vous allez y voir est tout simplement incroyable. Petite précaution tout de même dans votre découverte de la nation de Bolivar et dans les futures tentatives de comparaison que vous ferez sûrement avec votre pays, qu’il se trouve en Europe ou ailleurs.
Il faut comparer la situation actuelle du Venezuela avec celle qui prévalait avant l’arrivée de Chavez au pouvoir, et avec d’autres pays du Sud ayant à peu près les mêmes caractéristiques en termes de niveau de développement, de démographie et de ressources naturelles.
Ayant travaillé pour le Groupe des 77 et la Chine de l’ONU, qui regroupe 132 pays en développement sur des projets de coopération Sud-Sud, j’ai eu la chance de visiter plusieurs pays du Sud en Afrique, en Asie et dans le monde arabe, et de côtoyer leurs dirigeants.
La comparaison tourne nettement en faveur du Venezuela, pour qui j’ai décidé de travailler après cette expérience onusienne sur l’accès aux droits économiques, sociaux et culturels tels que définis par l’ONU.
Il s’agit des « droits fondamentaux qui concernent le lieu de travail, la sécurité sociale, la vie familiale, la participation à la vie culturelle et l’accès au logement, à l’alimentation, à l’eau, aux soins de santé et à l’éducation. » (1)
Les nombreux accomplissements de la révolution démocratique bolivarienne, dans ces domaines, sont tout simplement stupéfiants. Les rapports des différentes agences de l’ONU sont là pour l’attester (2).
Un exemple de projet emblématique de Chavez qui a changé la vie des gens : la « Misión Barrio Adentro », qui signifie en français « Mission au cœur du quartier ». Il s’agit d’un programme d’accès aux soins de santé dans tous les quartiers populaires du pays, jusqu’aux régions les plus reculées du Venezuela. Des hôpitaux et dispensaires équipés de tout le matériel, coûtant des millions de dollars, nécessaire à des soins allant de la simple consultation médicale à des thérapies et opérations lourdes, ont été construits par milliers.
Avec l’aide de Cuba et de ses 30 000 médecins et personnels de santé, répartis sur tout le territoire, l’accès au soin gratuit a été généralisé pour tous. Les personnes issues des classes populaires, qui savent combien le manque de moyens empêche de se faire soigner correctement et comment cela nuit au bien-être des familles, comprendront à quel point cet accès à la santé gratuite pour tous est formidable. Une avancée considérable par rapport à l’époque antérieure à Chavez où ces soins étaient réservés à une élite fortunée.
Les autres n’avaient qu’à mourir. Ne croyez pas que j’exagère. C’est encore le cas dans beaucoup de pays. En effet, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, faute de soins de santé « près de 7 millions d’enfants de moins de cinq ans sont morts en 2011 » (3) et « en 2013, 289 000 femmes sont décédées pendant ou après la grossesse ou l’accouchement. La majeure partie de ces décès se sont produits dans des pays à revenu faible et la plupart auraient pu être évités » (4).
Autre problème rencontré dans les pays du Sud, le prix exorbitant de la santé qui « chaque année dans le monde, met 150 millions de personnes environ dans une situation financière catastrophique et en fait passer 100 millions au-dessous du seuil de pauvreté. » (5). Le Venezuela est épargné par ces drames, tout à fait évitables, grâce à la révolution bolivarienne de Chavez.
Drames également évités en ce qui concerne le logement avec l’accès à des appartements tout équipés pour les habitants des « barrios », l’éducation avec l’éradication de l’illettrisme, la construction d’écoles dans tous les quartiers populaires et la facilitation d’accès à l’enseignement supérieur pour tous, et enfin l’alimentation avec la création de supermarchés vendant les produits de base à des prix accessibles. Voilà pourquoi la révolution bolivarienne, malgré tous les problèmes qui existent et les erreurs commises, a encore de beaux jours devant elle.
La vie du peuple vénézuélien a changé du tout au tout avec Chavez. Un peuple dorénavant éduqué et conscient, qui se battra pour préserver son accès gratuit à ces droits humains fondamentaux. Gratuité qui fait perdre des milliards chaque année aux multinationales et aux oligarques. Ces derniers aussi sont prêts à se battre jusqu’au bout pour récupérer ces bénéfices qui leur échappent depuis maintenant 15 ans. Le peuple a également conscience de cela.
Jean Jaurès a dit : « Sous le régime capitaliste, l’individu est enfoncé dans la matière jusqu’au cœur, sous l’écrasement économique et sous l’obsession militaire. Je veux essayer de créer une cité d’espérance où l’homme s’aperçoit que les étoiles existent ».
Chavez et le Président Maduro ont construit cette cité d’espérance que le peuple doit défendre et continuellement améliorer. Les étoiles n’en seront alors que plus étincelantes.


Source : Le Journal de Notre Amérique, Octobre 2015
Source française : Le Grand Soir


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