vendredi 27 novembre 2015

François et Vladimir : avec ou sans Bachar???


Portrait de la France offensée, novembre 2013


Selon le sondage Odoxa, après les attentats de Paris, le Président François Hollande a vu sa cote de popularité progresser de 10 points (32%). Une percée à nuancer. 


« La République est forte, la meilleure réponse au terrorisme de continuer à vivre comme avant » : c'est le discours public qui tourne en boucle, et attention de ne pas en douter sinon vous êtes de mauvais Français... Sauf que la réalité est bien différente. Gilles Devers


"Durant tous les conflits orchestrés par Washington au Moyen-Orient, en Afrique et en Ukraine, le gouvernement russe a parlé de manière plus que raisonnable et a répondu de manière diplomatique à biens des provocations. Le gouvernement russe s’est reposé sur les gouvernements européens réalisant que l’Europe ne tire aucun bénéfice des conflits générés par Washington et devant se séparer d’une politique qui est contre leurs intérêts. Mais l’Europe a prouvé n’être qu’une collection de vassaux américains et non pas des pays indépendants capables de mener des politiques étrangères indépendantes." Craig Robert


«Bachar al-Assad, le Président syrien, est notre principal allié, dans la guerre contre le groupe terroriste Daech», a  réaffirmé Vladimir Poutine, le Président russe, en réaction aux déclarations du président français François Hollande pour lequel «Assad ne fait pas partie de l’avenir de la Syrie»


"Nous devons bien prendre la mesure que si c’est une offre politique de mort et de désespoir (le projet politique réactionnaire de Daech, NdlR), c’est aussi cela qui fait son attrait. Telle est bien la gravité de la situation. Comme dit Slavoj Zizek : « Visiblement, il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. » Pour les djihadistes, cette fin est proche dans un monde de chaos politique, moral, économique ou climatique. Le projet politique de Daech donne du sens à leur chemin vers la mort. Il leur propose un destin. À l’espoir de la libération individuelle et collective qui portait les mobilisations passées, ils ont substitué une problématique de fin du monde et de jugement dernier. Leur libération, c’est de mourir en martyr ! Du coup, ce sont des gens d’une grande détermination. « Il n’y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte et, croyez-moi, le jour du triomphe des martyrs, c’est l’incendie universel », prophétisait Jacques Lacan en 1959. Nous y sommes. Il nous faut donc réfléchir d’urgence sur ce qui produit un tel désespoir si nous voulons tarir la source de recrutement."
Alain Berthot, anthropologue



François Hollande, janvier 2013



François Hollande, après les attentats de Paris, décide de faire deux visites. La première à Washington. La seconde à Moscou. Afin de permettre un front uni contre l’état islamique. Nous avons déjà montré en quoi cette alliance élargie est loin d’être facile et sa possibilité même se heurte à la réalité des intérêts géopolitiques divergents des deux grands joueurs (voir notre analyse ici).
Au-delà des difficultés déjà soulevées, la personnalité même de F. Hollande et la politique française laissent planer de sérieux doutes sur sa crédibilité en tant que nouvel allié stratégique de la Russie.
Même si les médias français semblent très (trop) optimistes sur l’avenir d’une grande coalition démocratique à laquelle la Russie se serait enfin ralliée après les attentats de Paris, comme l’a très justement remarqué un lecteur, vu de Russie, la situation est beaucoup plus complexe et parfaitement exprimée par Vitaly Tretiakov, politologue, doyen de l’école supérieure du journalisme télévisuel à l’Université d’Etat de Moscou (Lomonossov).
.../...
Tout d’abord, de Russie, le processus d’islamisation de l’Europe est devenu un « fait » difficilement contestable. Les pays européens, entendus de l’Union européenne car la Russie aussi est européenne même si elle ne fait pas partie de l’UE, ont renoncé à leurs racines chrétiennes. Par l’importance migratoire des populations de confession musulmane issues des anciennes colonnies et avec les vagues migratoires récentes, ce renoncement créé un vide qui potentiellement peut être occupé par l’islam.
Le conflit de civilisations lié à la religion arrive à un stade de conflit ouvert et débouche sur une forme de guerre. Dans ce cadre, la question se pose de savoir pourquoi les pays européens ne cherchent pas une plus grande coopération avec la Russie, l’allié naturel d’un point de vue culturel dans ce cas. La réponse est, pour V. Tretiakov, historique. Les pays d’Europe de l’ouest, la vieille Europe, ont toujours vu dans la Russie un concurrent sur le même continent. Il ne faut pas non plus oublier l’autre facteur, qui perdure, à savoir le complexe de supériorité qui gangrène les pays européens. Sûrs de leur supériorité culturelle, de leur bon droit, de la vérité inaltérable et indiscutable de leurs valeurs, ils ne supportent pas qu’un pays puisse choisir une autre voie. La Russie est donc souvent perçue comme un pays non civilisé.
Ainsi, les pays européens ne se retournent vers la Russie qu’en cas de véritables problèmes, lorsque leur existence est en jeu. Mais cela peut-il être pour autant conçu comme une alliance véritable, construite le principe de l’égalité de ses membres? L’on peut en douter. Car si les membres sont sur un pied d’égalité, ils doivent également partager les bénéfices politiques et économiques de la victoire, et cela l’Occident ne peut se le permettre.
En ce qui concerne plus particulièrement la France, il est significatif de voir arriver son Président non pas après le crash de l’airbus A321 en Egypte, mais après les attentats de Paris. Autrement dit, l’alliance qui se profile est une alliance dictées par les circonstances et non par un changement profond de politique intérieure. Il s’agit d’une alliance tactique et non stratégique.
D’autant plus que la France maintient les sanctions, ne remet pas en cause son choix de ne pas livrer les Mistrals. Bref, ne modifie en rien sa politique ni ses obédiences. Or, si la Russie est à ce point un pays dangereux pour ne pas lui livrer les navires militaires commandés et payés, pourquoi lui demander de l’aide, militaire justement? Cette incohérence montre bien que la politique française n’a pas changé.
La Russie reste au minimum, pour la France, un concurrent, au pire un ennemi, donc les sanctions sont maintenues, mais en ce moment c’est un ennemi nécessaire et la real politik impose de collaborer avec elle. Ca ne va pas plus loin. Se pose alors avec insistance la question de la confiance que les autorités russes seront suceptibles d’accorder à F. Hollande. 




Moscou, le 26 novembre 2015

Vite, il faut sauver Daesh des Russes!

par entrefilets.com

Le 25/11/2015

 Le grand élan cosmique pour une vertueuse coalition contre l’ennemi commun Daesh n’était bien évidemment que du flan. A peine dix jours après les tueries de Paris et l’appel à l’union sacrée d’un Président-Poire français éberlué, Washington a rapidement calmé les audaces du toutou et remis tout le monde dans le rang. Comme avant, la Russie et Bachar al-Assad restent donc les ennemis à abattre, bien loin devant Daesh que l’on va continuer à instrumentaliser dans la région. 

Accessoirement, Ankara a également volé au secours de l’Etat Islamique en abattant un bombardier russe, histoire de faire comprendre à Moscou qu’on ne touche pas impunément à la poule aux œufs d’or. Il est vrai que c’est via la Turquie que le groupe terroriste écoule son pétrole et assure ainsi une grande partie de son financement, offrant au passage une rente confortable à Ankara (1) tout en fixant les rebelles kurdes. Ce nouveau front sert d’ailleurs si bien les intérêts US qu’on ne serait même pas étonné d’apprendre qu’ils ont poussé la Turquie à la manœuvre. Bref, on l’aura compris, Daesh rend décidément trop de services à trop de gens pour qu’on laisse la Russie nous en débarrasser. 



On prend les mêmes et on recommence


Pathétique?  Lamentable? On ne sait trop quel qualificatif choisir pour l’indécente pantalonnade organisée mardi à la Maison-Blanche (2) pour faire passer Hollande à Canossa tout en lui donnant l’illusion du contraire.


La grande coalition avec «la Russie partenaire» n’a évidemment pas passé à Washington qui se donne un mal de chien depuis trois ans pour fracturer l’Eurasie (3 et 4). Il n’était donc pas question de laisser Flanby recoller les morceaux. 


Sans vraiment osé regarder son maître dans les yeux, le Président-Poire français s’est donc vu contraint de réaffirmer qu’il fallait convaincre la Russie de lâcher Bachar el-Assad, soulignant sans sourciller que le mieux était de continuer à «soutenir tous ceux qui combattent Daesh au sol en les aidant et en les équipant». En clair, puisqu’il est évident que le Bloc atlantiste ne va pas armer ni l’Iran ni le Hezbollah ni l’armée syrienne, Flanby nous confirme donc que les gentils Occidentaux vont continuer à armer quelques Kurdes mais surtout al-Qaïda, al-Nosra et tous les sous-groupes terroristes qui combattent l’armée légale, alimentant ainsi la guerre syrienne qui nourrit Daesh, encore et encore.


Heureusement, à la fin, Obama a enfin donné son susucre à Flanby en concédant un «Vive la France! Nous sommes tous Français!». Les familles des 130 victimes des tueries du 13 novembre à Paris apprécieront sans aucun doute le trait à sa juste valeur.



De Daesh au Sunnistan libéral

Donc voilà, retour à la case départ. Il est désormais très clair qu’en dehors de quelques frappes cosmétiques à l’usage des plumitifs embedded de TF1 ou de Libé, les Etats-Unis vont continuer à instrumentaliser Daesh aussi longtemps que possible pour maintenir un certain niveau de chaos au Moyen-Orient en général, et en finir avec le pouvoir syrien en particulier. Dans ce contexte, le tir turc, pays de l’OTAN, permet d’ailleurs d’ouvrir un nouveau front qui complique encore la campagne anti-Daesh de la Russie et qui sert donc si bien les intérêts US qu’on ne serait même pas surpris d’apprendre finalement que Washington a habilement poussé Ankara à la manœuvre.


A terme, l’idée est comme toujours de parachever l’éclatement de l’Irak et de la Syrie, afin de créer une sorte de Sunnistan docile et libéral, comme nous en avions déjà dessiné les contours il y a deux ans (5). Une fois l’opération entrée en phase finale, il suffira alors aux USA de déclencher une vaste campagne d’assassinats du type opérations Condor ou Phoenix, pour nettoyer l’EI de ses cadres les plus radicaux et leur substituer des types d’al-Qaïda qu’ils auront préalablement formatés à Langley.


Ensuite de quoi le FMI et la Banque Mondiale n’auront plus qu’à sortir leurs carnets de chèques pour la reconstruction, évidemment opérée par les entreprises du Bloc atlantiste, et notre Sunnistan se retrouvera endetté pour mille ans, rejoignant ainsi la cohorte des obligés du Système néolibéral atlantiste sous direction étasunienne.



Poker menteur


Bon, sur le papier, c’est très joli. Mais y’a quand même un hic. A savoir la résistance de plus en plus affirmée de la Russie avec ses soutiens iraniens, du Hezbollah et chinois (en embuscade pour ce dernier).

Bien sûr, les Etats-Unis ont toujours le même avantage que d’habitude: à savoir des fonds illimités en dollars produits au prix du papier, et donc la possibilité de surenchérir indéfiniment sur le tapis jusqu’à ce que l’adversaire soit contraint de déclarer forfait, faute de moyens.
 Il n’empêche, le hic reste. Car en quelques semaines, grâce à l’intervention russe, l’armée syrienne a reconquis de nombreux territoires et lieux stratégiques.


De plus, Pékin sait parfaitement que les USA ont prévu d’acheminer au plus vite des troupes terroristes de Syrie dans le Xinjiang pour déstabilisé l’Empire du Milieu. Il n’est donc pas impossible que la Chine mette la main au porte-monnaie pour soutenir la mise russe en Syrie, et permettre à Moscou d’achever sa dératisation. Et c’est une toute nouvelle donne qui pourrait alors se mettre en place.


D’ici là, le pari délirant du Bloc atlantiste va hélas permettre à Daesh de poursuivre sa campagne de terreur en Syrie, et n’en doutons pas en Europe aussi, justifiant au passage l’accélération de la mise en place de législations toujours plus liberticides au sein même d’un Système néolibéral dont le penchant totalitaire n’est plus à démontrer (6).


Décidément, Daesh rend beaucoup trop de services à beaucoup trop de gens pour qu’on laisse la Russie nous en débarrasser.

Mis en ligne par entrefilets.com le 25 novembre 2015



1 Medvedev : Ankara protège Daesh, car la Turquie a un intérêt financier dans l’Etat islamique
2 Obama et Hollande réaffirment la nécessité d'un départ d'Assad
3 Ukraine-Russie: quand l’Empire tombe le masque
4 Enfumage ukrainien : contre-propagande
5 Comment Washington, Tel-Aviv et Riyad travaillent à la création d’un Etat Islamique docilisé
6 Essai : Pourquoi Notre Hyper-Titanic va couler


Source : http://www.entrefilets.com/

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