mercredi 21 octobre 2015

La Palestine en état de siège



"Le monde entier sait que Jérusalem est la flamme qui peut inspirer la paix ou déclencher une guerre. Pourquoi, alors, le monde reste-t-il immobile tandis que les attaques israéliennes contre le peuple palestinien sur la ville et sur les lieux saints musulmans et chrétiens, notamment Al-Haram al-Sharif, se poursuivent-elles sans relâche ?" Marwan Barghouti




"La résistance accrue contre les colons israéliens donne à l'Autorité palestinienne une excuse pour prouver son engagement à poursuivre sa coordination sécuritaire avec Israël - le pilier central de la sauvegarde de sa propre existence." Ramona Wadi


"Je suis née en 1982 dans cette même maison dans le camp de réfugiés de Rafah, où ma famille s’est ensuite élargie. J’ai grandi là-bas, et tout le reste a grandi avec nous : la première Intifada, la résistance, mon école voisine où j’allais chaque jour. Là, j’ai vu ma première bibliothèque. Là, je me souviens avoir vu mon grand-père s’endormir en écoutant la BBC. Et là, j’ai posé les yeux sur le premier soldat israélien dans ma vie... Il frappait mon grand-père pour le forcer à effacer les slogans nationalistes qui ornaient les murs de notre maison du camp de réfugiés.Maintenant, la maison et tous ses souvenirs ont été réduits à néant, ses enfants portés en terre. Les maisons et les souvenirs sont bombardés et jetés dans l’oubli, laissant leurs habitants sans abri, perdus. Comme leur camp l’a finalement toujours été... Que l’on ne me parle plus jamais de paix. Asmaa al-Ghoul


photo by REUTERS/Mussa Qawasma



En Terre Sainte, l'Histoire semble bloquée dans une boucle sans fin. En 2000, le Premier ministre de l'époque, Ariel Sharon, alors leader de l'opposition, s'est rendu dans l'enceinte d'Al-Aqsa sur un mode de provocation délibérée, ce qui a provoqué la deuxième intifada. Israël a lancé l'opération « Bouclier protecteur » pour écraser les protestations et éliminer la résistance palestinienne. Bilan : plus de 3.000 Palestiniens et près de 1.000 Israéliens ont perdu la vie entre 2000 et 2004, avec un processus de paix définitivement mis en échec.
Nous voici en 2015 : à présent le processus de paix est mort et enterré et l'espoir qu'avaient les Palestiniens dans les années d'Oslo a tourné à la déception la plus amère et au désespoir. Des colonies juives, illégales en droit international, se sont multipliées en territoire palestinien tout au long des années de négociation et elles encerclent maintenant complètement les communautés palestiniennes. Les Palestiniens, qui vivent toujours sous occupation, sont privés des droits humains élémentaires et harcelés chaque jour par l'armée israélienne et par les colons extrémistes.
.../...
Il est important de ne pas ignorer les répercussions des actions israéliennes sur les deux côtés de la Ligne Verte qui sépare Israël des TPO (Territoires Palestiniens Occupés). Ces derniers jours ont vu de grandes manifestations de protestation dans un certain nombre de villes palestiniennes en Israël. Lors d'un incident, des manifestants ont lancé des pierres et de pétards sur la police. Une génération de Palestiniens nés sous drapeau israélien, citoyens d'Israël et parlant couramment le hébreu, sont privés de toute une gamme de droits réservés aux seuls israéliens juifs. Ils sont frustrés de la discrimination systématique à leur égard et ils se serrent les coudes avec ceux de l'autre côté de la Ligne Verte.

Les Palestiniens sous la botte de l'occupant israélien ont renoncé à tout espoir d'état souverain. La jeunesse palestinienne envoie un message clair tant à l'occupant qu'à ses dirigeants. Ils prennent leurs problèmes à bras le corps et exigent l'intégralité de leurs droits, quel qu'en soit le prix à payer.
Même à des endroits où la confrontation avec les soldats palestiniens peut signifier à tout instant la mort, comme à Gaza, des jeunes protestent contre les agressions sur leurs camarades palestiniens et sur leurs lieux saints.
Il est communément admis qu'Israël a fait de Gaza un camp de prisonniers - même le premier ministre britannique David Cameron l'a dit - et c'était il y a cinq ans. Les jeunes Gazaouis qui s'approchent des frontières et lancent des pierres aux soldats rêvent de s'évader de leur prison ou sont tués en essayant de le faire. A la mi-octobre, neuf jeunes Palestiniens de Gaza ont été tués lors d'une entreprise désespérée.
.../...
Les jeunes Palestiniens désespérés d'avoir vécu toute leur vie sous le blocus et l'occupation, sans espoir pour leur avenir, risquent leur vie en combattant pour la liberté. Mais les Israéliens, pour quoi se battent-ils ? Ayant détruit toutes les chances d'un Etat palestinien, Israël se bat pour maintenir son occupation et son assujettissement du peuple palestinien, créant un état d'apartheid sur toutes les terres où il garde sa mainmise. Samah Sabawi


Samah Sabawi, née à Gaza en 1967, est une dramaturge, chroniqueuse politique et militante palestino-australo-canadienne. Elle a notamment écrit « Cries from the Land » (2003), « Three Wishes » (2008) et « Tales of a City by the Sea » (2014). Elle a dirigé le Conseil National des Relations Arabes au Canada et est conseillère politique pour al-Shabaka.







Marwan Barghouti : « il n'y aura pas de paix tant que l'occupation israélienne de la Palestine durera »
De sa cellule de prison israélienne où il est incarcéré illégalement par l'occupant depuis 13 ans, Marwan Barghouti a fait passer cet article publié par le quotidien britannique "The Guardian"


Nous avons été patients, mais la communauté internationale nous a laissé tomber. La liberté n'a que trop tardé pour le peuple palestinien
L'escalade actuelle de violence n'a pas commencé avec le meurtre de deux colons israéliens ; elle est en cours depuis des années. Chaque jour, des Palestiniens sont tués, blessés, arrêtés. Chaque jour la colonisation progresse, le siège de notre peuple continue à Gaza, l'oppression persiste. Puisque beaucoup, aujourd'hui, voudraient que nous soyons submergés par les conséquences potentielles d'une nouvelle spirale de violence, je plaiderai, comme je l'ai fait en 2002, pour que l'on regarde en face ses causes profondes : le déni de liberté infligé aux Palestiniens.
Il ne peut y avoir de négociations sans un engagement clair de la part d'Israël de se retirer complètement du territoire palestinien qu'il a occupé en 1967, y compris Jérusalem-Est ; sans un arrêt total de toutes les politiques coloniales ; sans une reconnaissance des droits inaliénables du peuple palestinien, y compris leur droit à l'autodétermination et leur droit de retour ; et sans la libération de tous les prisonniers palestiniens. Nous ne pouvons pas coexister avec l'occupation, et nous ne nous rendrons pas.
On nous a appelés à être patients, et nous l'avons été, offrant une occasion après l'autre de parvenir à un accord de paix. Peut-être est-il utile de rappeler au monde que l'oppression qui a suivi notre dépossession, notre exil et notre transfert forcé dure maintenant depuis près de 70 ans. Nous sommes les seuls à nous retrouver à l'ordre du jour de l'ONU depuis sa création. On nous a dit que par le recours à des moyens pacifiques et aux voies diplomatiques, nous recueillirions le soutien de la communauté internationale pour mettre fin à l'occupation. Et pourtant, comme déjà en 1999, à la fin de la période intérimaire, cette communauté n'a toujours pas procédé à quelque mesure significative que ce soit, ni créé de cadre international pour mettre en œuvre le droit international et les résolutions de l'ONU, ni adopté de mesures visant à assurer la reddition de comptes, notamment le boycott, le désinvestissement et les sanctions, qui ont joué un rôle crucial pour débarrasser le monde de l'apartheid sud-africain.
Donc, en l'absence d'une action internationale pour mettre fin à l'occupation israélienne et à l'impunité, ou même pour nous fournir une protection, que nous demande-t-on ? D'attendre tranquillement qu'une autre famille palestinienne soit brûlée, qu'un autre enfant palestinien soit tué ou arrêté, qu'une nouvelle colonie soit construite ? Le monde entier sait que Jérusalem est la flamme qui peut inspirer la paix ou déclencher une guerre. Pourquoi, alors, le monde reste-t-il immobile tandis que les attaques israéliennes contre le peuple palestinien sur la ville et sur les lieux saints musulmans et chrétiens, notamment Al-Haram al-Sharif, se poursuivent-elles sans relâche ? Les actions et les crimes d'Israël ne détruisent pas seulement la solution à deux États fondée sur les frontières de 1967, elles ne font pas que violer le droit international ; elles menacent de transformer un conflit politique réglable en une guerre de religion sans fin qui va déstabiliser une région déjà en proie à des turbulences sans précédent.
Aucun peuple sur le globe n'accepterait de vivre sous l'oppression. Par nature, les êtres humains aspirent à la liberté, luttent pour la liberté, se sacrifient pour la liberté, et la liberté, le peuple palestinien l'attend depuis trop longtemps. Au cours de la première Intifada, le gouvernement israélien a lancé une politique consistant à « briser leurs os pour briser leur volonté », mais génération après génération, le peuple palestinien a prouvé que sa volonté est indestructible et n'a pas besoin d'être mise à l'épreuve.
Cette nouvelle génération palestinienne n'a pas attendu les pourparlers de réconciliation pour incarner l'unité nationale que les partis politiques ont échoué à atteindre ; elle a dépassé les clivages politiques et la fragmentation géographique. Elle n'a pas attendu d'instructions pour faire respecter ses droits, et son devoir, de résister à cette occupation. Elle le fait sans armes, tout en étant confrontée à l'une des plus grandes puissances militaires du monde. Et pourtant, nous restons convaincus que la liberté et la dignité doivent triompher, et nous vaincrons. Le drapeau que nous avons fièrement hissé à l'ONU flottera un jour au-dessus des murs de la vieille ville de Jérusalem pour symboliser notre indépendance.

Je me suis joint à la lutte pour l'indépendance de la Palestine il y a 40 ans, et ai été emprisonné pour la première fois à l'âge de 15 ans. Cela ne m'a pas empêché de plaider pour une paix qui soit conforme au droit international et aux résolutions des Nations unies. Mais Israël, la puissance occupante, a méthodiquement détruit cette perspective, année après année. J'ai passé 20 ans de ma vie dans les prisons israéliennes, y compris les 13 dernières années, et ces années m'ont convaincu encore davantage de cette vérité immuable : le premier jour de paix sera le dernier jour de l'occupation. Ceux qui recherchent la paix doivent agir, et maintenant, pour défaire l'occupation.
Traduction : Francoise M. pour l'Agence Média Palestine
Source : theguardian.com
Source en français : CAPJPO-EuroPalestine


Aucun commentaire: