samedi 31 octobre 2015

Japon : une dictature nucléaire



Tokyo, manifestation contre le nucléaire

Abe (l'actuel premier ministre japonais, NdlR)  a approuvé avec beaucoup de légèreté la remise en fonctionnement des centrales nucléaires qui pourront causer la mort de l'Etat. Il a approuvé les lois permettant aux compagnies de faire travailler des travailleurs à très bas salaire selon leur bon plaisir. Il prévoit d'augmenter l'impôt sur la consommation et de détériorer la vie de la population. Il a ignoré la constitution japonaise et approuvé la "législation militaire", qui va mettre en péril la vie des Japonais. Depuis l'époque de Tanaka Shōzō, la politique japonaise continue de servir les capitalistes et opprime toujours la vie des populations.

Abe maintenant dirige le Japon comme un dictateur et apparemment il est très fort, mais dans tout le pays les mécontentements et les colères explosent, ce qui donne lieu à des manifestations et luttes d'opposition.

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Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Sendai dans l'île de Kyūshū au sud, déjà vieux de 32 ans et le plus dangereux selon un chercheur, a été remis en fonctionnement par la compagnie Kyūshū. Au Japon, depuis septembre 2013, aucun réacteur ne fonctionnait, puis, au bout de 2 ans et demi, les Japonais ont eu à nouveau de l'électricité produite par le nucléaire.

Après l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, le nouveau comité qui s'appelle Autorité de Régulation Nucléaire a été fondé pour examiner plus sévèrement les réacteurs. Ce comité a constaté que le réacteur n°1 de Sendai répondait à la nouvelle norme, mais son président n'a jamais dit qu'il n'offrait aucun risque. Le Premier ministre Abe a  détourné de son sens le résultat de l'examen du comité et a déclaré: "Le comité a constaté que le réacteur de Sendai est sûr selon la norme la plus stricte dans le monde, de sorte que le gouvernement approuve sa remise en fonctionnement".
Cependant, la norme n'est pas la plus sévère, ni ce réacteur tout à fait sûr. Diverses personnes expliquent de différentes façons les dangers du réacteur. En voilà les deux principaux :

   1. Possibles  éruptions très importantes sur l'île de Kyūshū
La plupart des sismologues et vulcanologues avertissent d'une possibilité d'énorme éruption aux alentours du réacteur, et tous disent qu'il est impossible d'en prévoir la survenue, mais la compagnie d'électricité répète que c'est possible et qu'au moment venu elle transportera les matériaux nucléaires quelque part.

    2. Les plans d'évacuation ne sont pas suffisants
L'Autorité de Régulation Nucléaire n'examine pas les  plans d'évacuation. Les villes et villages en sont responsables. Autour de la centrale vivent beaucoup de gens, de sorte qu'il sera très difficile pour tous les habitants d'être évacués rapidement sans problèmes.
 Le gouvernement et les compagnies électriques, profitant de la remise en route du réacteur de Sendai, désirent accélérer celle d'autres réacteurs. Maintenant, plus de 60% de la population s'oppose à cette politique du gouvernement, alors des manifestations  ont lieu à divers endroits.


Hori Yasuo, le 5 octobre 2015










Des taux de cancer de la thyroïde des moins de 18 ans multipliés par 50

A Fukushima, bilan d’une situation sanitaire inquiétante

Tant est grand l’irrationnel en cet affaire et par-delà les contradictions qui dépassent l’entendement, simultanément à l’annonce des résultats du groupe de recherche INWORKS (Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers) selon lesquels le risque de mortalité par leucémie ou myélome multiple des travailleurs de centrales nucléaires après exposition à des faibles doses est désormais avéré[1], le gouvernement japonais, avec l’aval de l’AIEA[2], a relevé les doses acceptables pour les travailleurs du nucléaire de 100msv/an à 250 msv/an en cas d’urgence[3].

Pour rappel, cette même norme qui était à 20 msv/an avant l’explosion de la centrale de Tepco - Fukushima Dai ichi a été réhaussée à 100 msv/an après l’accident (pour les travailleurs du nucléaire) et à 20 msv/an pour la population civile. Suite au réhaussement de la norme, lors du seul mois d’août 2015, on compte trois décès parmi les travailleurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi, ce qui porte à 64, selon les chiffres officiels[4], le nombre de travailleurs décèdés des conséquences de leur travail.

Devant la vivacité des prises de position concernant les conséquences sanitaires du nucléaire, nous avons jugé nécessaire de refaire un bref bilan sur le sujet, afin de poser une question des plus candides : le nucléaire est-il dangereux pour l’homme ? Où en sont les enquêtes épidémiologiques sur le sujet ? Qu’avons-nous appris des diverses recherches médicales menées à Fukushima après l’explosion de la centrale en mars 2011 ?



Les effets épidémiologiques du nucléaire : Even INWORKS[5] doesn’t work...

Cette étude, menée par 13 chercheurs en épidémiologie provenant tous de laboratoires distincts, a été rendue publique en juin 2015. Son financement provient du centre de prévention et contrôle des maladies, du Ministère de la santé, du travail et du bien-être du Japon, de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN), d’AREVA, d’électricité de France, de l’institut national pour la sécurité et la santé (USA), du département de l’énergie américain, du service sanitaire et humanitaire des Etats-Unis, de l’université de Caroline du Nord, du ministère de la santé publique anglais. Les financements de cette recherche relèvent donc principalement d’acteurs impliqués directement dans les intérêts du microcosme nucléaire. Néanmoins, les auteurs de cette recherche précisent que les financeurs ne sont à aucun moment intervenus dans la recherche ou dans la rédaction du rapport, leur rôle s’étant limité à l’autorisation d’accès aux données. Cette étude a consisté à suivre non moins de 308 297 travailleurs employés dans un équipement nucléaire depuis au moins un an, pour la France : par la Commission d’Energie Atomique (CEA), AREVA Nuclear Cycle, ou l’entreprise nationale d’électricité (EDF) ; les départements de l’énergie et de la défense pour les USA ; et pour l’Angleterre, les employés de l’industrie nucléaire inscrits au registre national des travailleurs de la radioactivité[6]. La méthode utilisée pour suivre l’état de santé des travailleurs a été la régression de Poisson, ou modèle linéaire de fonctions logarithmiques, qui permet de quantifier les associations entre la dose absorbée par la moëlle épinière, et le taux de mortalité par leucémie, lymphoma (tumeurs qui se développent sur les cellules lymphatiques) ou myelome multiple. Jusqu’à présent les données dont nous disposions provenaient essentiellement de la radiothérapie. On avait par exemple démontré que l’exposition annuelle à des doses de radiations ionisantes était passée de 0,5 mGy par personne en 1982 à 3,0 mGy par personne en 2006 aux Etats-Unis. Ce phénomène a été observé dans la plupart des pays à revenus élevés. D’autres données avaient été accumulées via le suivi épidémiologique des survivants des deux bombes atomiques larguées par les Etats-Unis à Hiroshima et Nagasaki en août 1945. Leur analyse a permis de démontrer le lien de cause à effet entre l’exposition à des radiations ionisantes et le développement de leucémie. Mais ces résultats ne concernaient que l’exposition à des niveaux élevés de radiation. Les auteurs n’évoquent pas les bases de données effectuées et analysées après Tchernobyl. L’étude menée par l’équipe de chercheurs de INWORKS quant à elle, prouve la corrélation entre le risque de mort par leucémie et l’exposition à de faibles doses de radiation, via un suivi des individus concernés sur une période de 60 ans.


La raison au service du devoir de soumission

Mais puisque rien n’arrête ceux qui vont se servir à la boucherie ALARA (As Low As Reasonably Achievable - aussi bas que raisonnablement possible)[7], c’est moins d’évidences épidémiologiques que de « raison » dont nos vies dépendraient. Ainsi, la démagogie en la matière aurait depuis peu remplacé le terme de victime par celui de « personnes affectées » dans ses documents. Ce changement de terminologie, notamment dans les rapports de l’ICRP[8] n’est pas sans conséquence car l’affect, est, en psychologie, ce qui est opposé à l’intellect, et en cela, induirait des comportements qui ne seraient pas rationnellement fondés. En psychologie, l’affectivité est opposée à la cognition, soit aux capacités d’un raisonnement rationnel bien que cette approche dichotomique tende à se nuancer au cours du temps. En outre, l’utilisation du terme d’affect ici renvoie au discours d’une peur irrationnelle d’un danger mal connu (le nucléaire) qui serait à l’origine d’une radio-phobie. Récemment, l’ICRP s’accorde à dire que ce terme de « radio-phobie » dont elle était l’auteur, est déplacé. Il serait, selon leur nouveau discours, normal que les personnes aient peur car elles seraient dans la méconnaissance. Il s’agirait donc de mettre en place un système d’éducation afin de remédier à l’ignorance régnante. Cette logique est néanmoins en contradiction avec celle développée par les mêmes personnes pour appliquer le principe ALARA, soit : « nous ne savons pas, scientifiquement, quels effets sanitaires ont les faibles niveaux de radioactivité, donc on ne peut que faire avec sur place ». Le tout sera donc de trouver la voie pour enseigner ce que l’on ne sait pas... Cela en dit long sur le poids donné à la simple communication en la matière. Par ailleurs, l’étude Inworks a désomrais démontré les conséquences sanitaires concrètes des faibles doses. Ainsi, on peut se demander si la communication mise en place par l’ICRP ne relève pas de l’endoctrinement publicitaire plus que de l’information scientifiquement fondée.

« Faire aussi bas que raisonnablement possible » (ALARA) signifie également, selon Jacques Lochard, que « Le droit au refuge ne peut être une des règles de la radio-protection. Nous devons accepter la situation et faire avec. »[9]. Deborah Oughton (CERAD) complète ces termes prononcés lors du symposium sur l’éthique en radio-protection par « nous devons éduquer les gens aux risques, afin de rendre ce risque plus acceptable ». Le tout est de savoir par qui ce risque devrait être accepté et pourquoi. Ces quelques extraits d’intervention choisis parmi d’autres, nous ont amené à nous interroger sur ce qui est très certainement l’une des préoccupations majeures de nos sociétés aujourd’hui, soit le fait que ceux qui effectuent la prise de risque sont rarement ceux qui reçoivent les bénéfices de cette prise de risque. En cela la situation devient inacceptable pour ceux qui en sont victimes. Cela se reflète concrètement par la déterioration de leur état psychologique et se traduit par un taux de suicide qui augmente de façon exponentielle.


Les effets psychologiques du nucléaire : un retour impossible

Nous avions établi un premier bilan en décembre 2014 du nombre de victimes de cette gestion aussi désastreuse que le désastre lui-même, comptabilisant 1170 décès relatifs à l’explosion de la centrale nucléaire de Tepco[10]. Les résultats d’une enquête récente menée auprès de 16 000 personnes réfugiées par l’équipe du professeur Takuya TSUJIUCHI, directeur de l’institut d’anthropologie médicale sur la reconstruction des désastres de l’université de Waseda[11], montre que plus de 40% d’entre elles sont atteintes de troubles de stress post-traumatique (PTSD). Le professeur Tsujiuchi, interviewé par la NHK le 27 mai 2015, précise que contraindre ces personnes au retour à la vie sur le lieu générateur du désordre psychologique alors même que cet environnement reste instable en raison du taux de contamination et de l’état de la centrale nucléaire en déliquescence, aurait des conséquences dramatiques. Celui-ci précise qu’à la différence des résultats des tests post-traumatiques effectués après des tremblements de terre, il ressort de cette enquête que les victimes ne sont pas confrontées à un simple stress dans la gestion de leur vie quotidienne, mais ressentent une véritable angoisse de mort face à la menace nucléaire. Selon le professeur Tsujiuchi : « aujourd’hui on fait comme si la catastrophe avait pris fin, alors que ça n’est pas le cas. On coupe l’aide au logement, puis, l’indemnité pour préjudice nerveux, puis les compensations financières pour perte de bien... il n’y aura bientôt plus d’aides au refuge. La situation est très dangereuse. »


Les enquêtes épidémiologiques à Fukushima : Il est toujours trop tôt à moins qu’il ne soit déjà trop tard...

Le 8 octobre 2015, lors d’une conférence de presse à Tôkyô au club des correspondants étrangers du Japon, le Professeur Toshihide TSUDA, épidémiologiste de l’université d’Okayama, spécialiste des retombées sanitaires des pollutions environnementales, exprime son désarroi quant à la manière dont les enquêtes épidémiologiques sont actuellement menées à Fukushima. L’université médicale de Fukushima ainsi que la Préfecture elle-même, deux acteurs à la tête des investigations menées depuis 2011, estiment encore aujourd’hui, qu’il est trop tôt pour tirer des conséquences sérieuses des résultats obtenus.


Quels sont ces résultats ?

Le professeur Tsuda et son équipe ont repris la totalité des données rassemblées d’octobre 2011 jusqu’en juin 2015. Soit, l’échographie de la thyroïde d’un échantillon de 370 000 personnes agées de moins de 18 ans au moment des faits. Ils ont mené une étude comparative prenant en compte la moyenne connue de développement de cancer de la thyroïde sur l’ensemble du Japon par classe d’âge par année afin de quantifier le rapport de causes à effets entre la pollution engendrée par les isotopes qui se sont répandus dans l’atmosphère après l’explosion de la centrale et l’accroissement du nombre de cancer de la thyroïde chez les enfants de moins de 18 ans dans la région.

« Si l’on fait une comparaison avec la moyenne nationalement connue, on en déduit, que le taux de cancer de la thyroïde des moins de 18 ans a été multiplié par 50. Dans les endroits où le taux est naturellement faible, on trouve une multiplication par 20 fois du nombre de cancer de la thyroïde. Dans les localités (au plan national) où le taux était le plus faible, nous n’avons pas encore détecté de cas de développement de cancer de la thyroïde. »

Le professeur Tsuda se porte en faux face au rapport de l’organisation mondiale de la santé de 2013 qui sous-estime considérablement les conséquences sanitaires de l’explosion de la centrale de Fukushima. Selon lui, il sera bientôt trop tard pour prendre les mesures qui s’imposent face à une multiplication importante des cancers (il s’agit en particulier de cancers de la thyroïde, de leucémies et de cancers du sein) dans les régions contaminées qui n’ont toujours pas toutes été évacuées, et dans lesquels, bien au contraire, on rappelle les familles réfugiées dites "volontaires" à revenir habiter. Le professeur Toshihide TSUDA a publié le 5 octobre 2015 les résultats de ses recherches dans la revue internationale Epydemiology[12] et les exposera à l’Institut des systèmes complexes (CNRS) à Paris le 9 novembre prochain.


Cécile Asanuma-Brice
19 octobre 2015



[1] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers (INWORKS) : an International cohort study, Klervi Leuraud, David B Richardson, Elisabeth Cardis, Robert D Daniels, Michael Gillies, Jacqueline A O’Hagan, Ghassan B Hamra, Richard Haylock, Dominique Laurier, Monika Moissonnier, Mary K Schubauer-Berigan, Isabelle Thierry-Chef, Ausrele Kesminiene, 22 juin 2015.

[2] Agence Internationale à l’Energie Atomique

[3] NHK News, 25 Juillet 2015. ????????? ??????????
Nikkei, 15 août 2015, ????????????????250 ???????? ???
http://www.nikkei.com/article/DGXLASDG08H1Q_Y5A700C1CR0000/

[4] Journal Nikkan Gendai du 26 août 2015 :
http://www.nikkan-gendai.com/articles/view/news/163113

[5] Ionising radiation and risk of death from leukemia and lymphoma in radiation-monitored workers

[6] dixit : National Registry for Radiation Workers in the UK.

[7] Principe de précaution en matière de radio-protection lorsqu’il y a incertitude sur la relation dose-effet.

[8] Commission internationale de Protection Radiologique. Symposium 2-3 juin 2015 à l’Université Médicale de Fukushima : workshop sur les questions d’éthique dans le domaine de la radio-protection, organisé par l’université médicale de Fukushima et l’ICRP

[9] Prononcé en anglais : « The right of refuge could not be one of radio-protection rules. We have to accept situation and deal with ». Ibid.

[10] Cécile Asanuma-Brice (2014) : Beyond reality : The management of migratory flows in a nuclear catastrophe by a pro-nuclear State, Japan Focus, nov. (en anglais)

[11] Waseda Institute of Medical Anthropology on Disaster Reconstruction
[12]http://journals.lww.com/epidem/Abstract/publishahead/Thyroid_Cancer_De...
source :
http://blogs.mediapart.fr/blog/cecile-asanuma-brice/191015/fukushima-b...
(Adjointe au directeur du bureau CNRS Asie du Nord, chercheure associée université Lille-CLERSE, chercheurs associée centre de recherche de la Maison Franco - Japonaise (Tôkyô))

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Autres messages reçus de la coordination www.independentwho.org
*****07/10/15 08:57******coordination] Toshihdé TSUDA a publié "L’épidémiologiste japonais, le prof. Toshihdé TSUDA de l’université de Okayama vient de publier avec son équipe une synthèse (en anglais) qui démontre que les cancers de thyroïde découverts à Fukushima sont liés à l’irradiation de l’accident de Fukushima.

http://journals.lww.com/epidem/Abstract/publishahead/Thyroid_Cancer_Detection_by_Ultrasound_Among.99115.aspx#"
*****17/10/15 09:32****[coordination] Séminaire
"séminaire sur la faible dose avec le Professeur Toshihidé TSUDA, épidermiologiste, qui a clairement affirmé la causalité entre la radiation et le cancer de thyroide dans le cas de l’accident de Fukushima-Daiichi à la différence de la déclaration officielle du gouvernement japonais, Dr. Keith Baverstock, ancien expert de l’OMS et le Prof émérite. Dillwyn Williams de l’université de Cambrige et Annie Thébaud-Mony"
http://iscpif.fr/event/nucleaire-faibles-doses-et-production-de-lignor...
************[coordination] World Nuclear Victims Forum in Hiroshima, 21-23 novembre
Vous pouvez consulter un programme du à Hiroshima, les 21-22-23 novembre, 2015.
http://www.fwrs.info/world-nuclear-victims-forum


Source : Le Grand Soir

mercredi 28 octobre 2015

La démocratie confisquée du Portugal




"Tout effort, quel que soit le but auquel il tend, subit, dès qu'il se manifeste, les déviations que la vie lui impose ; il devient un autre effort, sert d'autres fins, et aboutit parfois à un résultat contraire à celui qu'il visait. Seul un objectif méprisable vaut la peine, parce que c'est le seul que l'on puisse atteindre intégralement. Si je veux employer mes efforts à faire fortune, je pourrai, d'une certaine manière, y réussir ; c'est un but méprisable, comme tous les buts quantitatifs, qu'ils soient personnels ou non, et c'est un but accessible et contrôlable. Mais comment puis-je réaliser le vœu de servir ma patrie, de développer la culture ou d'améliorer l'humanité ? Je ne peux ni connaître les moyens pour y parvenir, ni contrôler le résultat." Fernando Pessoa



25 AVRIL 1974 En une nuit, le peuple portugais met à fin à quarante ans de dictature. Pour la première fois, Lionel Baier regarde vers le passé et filme l’histoire en marche. © Pathé film





La crise constitutionnelle menace après le refus fait à la gauche anti-austérité de former un gouvernement majoritaire.
Le Portugal vient d'entrer dans une ère politique dangereuse. Pour la première fois depuis la création de l'Union monétaire européenne, un état membre a pris la mesure explicite d'interdire à des partis eurosceptiques d'accéder au pouvoir pour raison d'intérêt national.
Anibal Cavaco Silva, président constitutionnel du Portugal, a refusé de nommer une coalition gouvernementale de gauche alors qu'elle avait la majorité au parlement portugais et qu'elle avait un mandat électoral de casser le régime d'austérité commissionné par la Troïka UE-FMI.
Il a jugé trop risqué de laisser le bloc de gauche ou les communistes arriver trop près du pouvoir, persistant à vouloir que les conservateurs continuent à gouverner en tant que minorité, en vue de satisfaire Bruxelles et d'apaiser les marchés financiers. Ceci est une démarche dangereuse. Les conservateurs portugais et leurs alliés des médias se comportent comme si la Gauche n'avait aucune légitimité à prendre le pouvoir, et devait être contenue par tous les moyens.
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Ces réflexes sont bien connus - et terrifiants - pour tous ceux connaissant l'histoire ibérique du 20ème siècle, ou même de l'Amérique latine. Que ce soit fait au nom de l'Euro est à tout à fait prévisible.
Le mouvement grec Syriza, premier gouvernement de gauche radicale en Europe depuis le seconde guerre mondiale, a été forcé à se soumettre après avoir osé remettre en cause l'idéologie de l'eurozone. Aujourd'hui, la gauche portugaise se dirige vers une autre version du même rouleau compresseur. 




Le coup d’Etat silencieux de Lisbonne
Par Jacques Sapir · 25 octobre 2015

Le Portugal a été la victime ces derniers jours d’un coup d’Etat silencieux organisé par des dirigeants pro-Européens de ce pays[1]. Cet événement est particulièrement grave. Il survient alors qu’est fraiche la mémoire du coup de force réussi contre le gouvernement grec par la combinaison de pressions politiques venant de l’Eurogroupe et de pressions économiques (et financières) en provenance de la Banque Centrale Européenne. Il confirme la nature profondément anti-démocratique non seulement de la zone Euro mais aussi, et on doit le regretter, de l’Union européenne.

Le résultat des élections portugaises
On a beaucoup dit, en France en particulier, dans la presse que la coalition de droite était sortie vainqueur des dernières élections législatives portugaises. Ceci est faux. Les partis de droite, emmené par le Premier-ministre M. Pedro Passos Coelho n’ont réuni que 38,5% des suffrages, et ont perdu 28 sièges au Parlement. Une majorité d’électeurs portugais a voté contre les dernières mesures d’austérité, en fait 50,7%. Ces électeurs ont porté leur vote sur la gauche modérée mais aussi sur le Parti Communiste Portugais et d’autres formations de la gauche radicale. De fait le Parti Socialiste portugais a 85 sièges, le Bloc de Gauche (gauche radicale) 19 et le Pari Communiste portugais 17. Sur les 230 sièges du Parlement portugais, cela en donne 121 aux forces anti-austérité, quand la majorité absolue est de 116[2].
Un accord aurait pu être trouvé entre les partis de droite et le Parti socialiste. Mais, cet accord n’était clairement pas possible sans une remise en cause d’une partie du programme d’austérité qui découle de l’accord passé entre la Portugal et les institutions européennes. Ceci n’est pas sans évoquer la situation de la Grèce…
Les socialistes, et le « bloc de Gauche » ont clairement dit que cet accord devait être révisé. C’est ce qui a motivé le Président Cavaco Silva dans sa décision pour rejeter le projet de gouvernement présenté par la Gauche. Mais, les attendus de sa déclaration vont encore plus loin. Il a dit : « Après tous les importants sacrifices consentis dans le cadre d’un important accord financier, il est de mon devoir, et dans mes prérogatives constitutionnelles, de faire tout mon possible pour empêcher de faux signaux d’être émis envers les institutions financières et les investisseurs internationaux[3] ». C’est cette déclaration qui pose véritablement problème. Que M. Cavaco Silva pense qu’un gouvernement de la gauche unie puisse conduire à un affrontement avec l’Eurogroupe et l’UE est son droit, et c’est même très probablement le cas. Mais, dans une république parlementaire, comme l’est le Portugal actuellement, il n’est pas dans son pouvoir d’interpréter des intentions futures pour s’opposer à la volonté des électeurs. Si une coalition de gauche et d’extrême-gauche a une majorité au Parlement, et si elle présente – ce qui était le cas – un programme de gouvernement, il doit lui laisser sa chance. Toute autre décision s’apparente à un acte anticonstitutionnel, un « coup d’Etat ».

La situation économique du Portugal
Ce « coup » survient alors que la situation économique du Portugal, souvent présenté – à tort – dans la presse comme une « réussite » des politiques d’austérité, reste très précaire. Le déficit budgétaire a atteint plus de 7% en 2014 et devrait être largement au-dessus de 3% cette année. La dette publique est à plus de 127% du PIB. Et, si l’économie connaît à nouveau une certaine croissance, elle est, en 2015, toujours au niveau de 2004. Le pays a été ramené plus de dix ans en arrière par les politiques d’austérité, avec un coup social (chômage) extrêmement fort.
De fait, les « réformes » qui ont été imposées en contrepartie du plan d’aide au financement de la dette et des banques n’ont pas résolues le problème principal du pays. Ce problème, c’est la productivité du travail. Cette dernière est trop faible au Portugal, et ceci pour de nombreuses raisons, une main d’œuvre mal ou peu formée et un investissement productif largement insuffisant. La Portugal, dans les années 1980 et 1990 a pu s’accommoder de cette faible productivité car il pouvait laisser sa monnaie se déprécier. Depuis 1999 et l’entrée dans l’Euro, ceci est impossible. Il n’est donc pas surprenant que la production ait stagnée.
Les plans d’austérité successifs qui ont été mis en œuvre ont pour but de faire baisser les salaires (en valeur), que l’on parle du salaire direct ou indirect. Mais, cette baisse ne peut que bénéficier aux exportations, car elle déprime, dans le même temps, la consommation intérieure[4]. Là où une dépréciation de la monnaie laisserait la consommation intérieure inchangée, il faut que les gains en exportation réalisés grâce aux plans d’austérité compensent les pertes de consommation intérieure. C’est pourquoi les plans d’austérité seront toujours moins efficaces qu’une dépréciation monétaire, et Patrick Artus peut ajouter dans une note datant de 2012 : « L’ajustement par le taux de change donne des résultats rapides ; on l’a vu plus haut dans les cas de l’Espagne et de l’Italie en 1992-1993 avec disparition rapide du déficit extérieur et hausse limitée dans le temps du chômage. On le voit aussi dans les différents ajustements des pays émergents : Corée et Thaïlande en 1997, Brésil en 1998 »[5].
La responsabilité de l’Euro dans la situation économique du Portugal est indéniable. Mais la responsabilité des autorités européennes dans le chaos économique et politique qui risque de survenir est tout aussi certaine.

Des leçons à tirer
On parle souvent d’une accoutumance au désastre, d’une lassitude de la souffrance conduisant des peuples à s’abandonner au pire. En fait, il n’y a rien de tel ici. Les portugais ont tenté d’appliquer les méthodes inspirées par l’Eurogroupe et la Commission européenne et, aujourd’hui, ils sont obligés de constater que ces méthodes ne donnent pas les résultats escomptés. Le vote des élections législatives est le résultat de ce bilan. Mais, des dirigeants inféodés à l’étranger, c’est à dire aux institutions européennes, ont décidé de ne pas en tenir compte. Ce qui se passe aujourd’hui à Lisbonne est aussi grave, même si c’est moins spectaculaire, que ce que l’on a connu en Grèce.
La nature profondément anti-démocratique de l’Eurogroupe et de l’Union européenne s’affirme une deuxième fois et se confirme. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Cependant, cette fois pourrait bien être la fois de trop. Mais, pour qu’il en soit ainsi, il est impératif que toutes les forces décidées à lutter contre l’Euro trouvent des formes de coordination de leurs actions. Il faut ici se souvenir de ce que La Boétie écrivait dans le Discours de la servitude volontaire publié en 1574[6] : « les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux »[7]. On pourrait alors reprendre cette formule, qui nous semble si contemporaine, et la formuler ainsi : « les institutions européennes ne sont grandes que parce que nous (les souverainistes) sommes divisés ».
Plus que jamais, la question de la coordination des différentes forces souverainistes se pose. Cette coordination n’implique nullement que ce qui oppose ces forces soit négligeable, ni ne soit mis entre parenthèse. C’est toute la logique des « Fronts », comme le « Front Uni Antijaponais » réalisé en Chine par le PCC et le Guomindang, qui ne sont pas des alliances au sens strict du terme mais qui permettent de marcher séparément et de frapper ensemble. Mais, la réalité, aussi déplaisante soit-elle à certains, est que tant que nous ne pourrons nous coordonner un pouvoir en réalité minoritaire pourra continuer d’exercer sa tyrannie. Et de coup d’Etat en coup d’Etat, instaurer un régime du coup d’Etat permanent.
Jacques Sapir
[1] Evans-Pritchard A. « Eurozone crosses Rubicon as Portugal’s anti-euro Left banned from power », The Telegraph, 23 octobre 2005, http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11949701/AEP-Eurozone-crosses-Rubicon-as-Portugals-anti-euro-Left-banned-from-power.html
[2] Reuters, « LEAD 2-La gauche portugaise travaille à la formation d’un gouvernement » 12 octobre 2015, http://fr.reuters.com/article/idFRL8N12C47720151012
[3] Evans-Pritchard A. « Eurozone crosses Rubicon as Portugal’s anti-euro Left banned from power », op.cit..
[4] Blanchard O. et D. Leigh, Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers, FMI Working Paper WP/13/1, Washington DC, janvier 2013.
[5] Artus P., « Dévaluer en cas de besoin avait beaucoup d’avantages », Flash-Economie, Natixis, n°365, 29 mai 2012, p. 6.
[6] La Boétie E., Discours de la servitude volontaire, Paris, Mille et une nuits, 1997.
[7] Cette citation a connu un grand succès à la veille de 1789 mais sous une autre forme : « Les grands ne le sont que parce qu’il sont juchés sur nos épaules ; secouons les et ils joncheront la terre ».


Source : RussEurope




lundi 26 octobre 2015

L'Homme d'État et l'Homme de Paille


«Washington et ses alliés voyous mènent des guerres sans fin contre l’humanité. La paix et la stabilité vont à l’encontre de leurs intérêts. Les massacres de masse et la destruction les servent. En ciblant un pays après l’autre, ils se dirigent inévitablement vers une confrontation directe avec la Russie et la Chine, et sont prêts à prendre le risque d’une guerre nucléaire pour faire de ces deux pays les vassaux des États-Unis», selon l’auteur américain. 


«Aucune nation dans l’histoire du monde n’a jamais menacé la survie de l’humanité comme l’Amérique». 
Stephen Lendman


Nous savons tous qu’après la fin de la guerre froide, il n’y a eu plus qu’un centre de domination dans le monde entier et ceux qui étaient au sommet de la pyramide se sont dit: puisque nous sommes aussi forts et exceptionnels, personne ne sait mieux que nous ce qui est possible, ce qu’il faut faire et par conséquent il n’y a plus à rendre compte aux Nations-Unies, puisqu’il arrive très souvent que cette organisation gêne et ne fasse que mettre des bâtons dans les roues au lieu de faire adopter des décisions afin de légitimer les actes nécessaires. Des rumeurs ont surgi alors, disant que l’Organisation des Nations Unies dans la forme sous laquelle elle avait été créée a déjà rempli sa mission historique et était devenue obsolète. Naturellement le monde change et l’ONU doit aussi s’adapter à cette transformation. La Russie est prête à contribuer à cet effort avec ses partenaires sur la base d’un large consensus, mais nous considérons comme étant extrêmement dangereuses les tentatives qui visent à ébranler l’autorité et la légitimité des Nations unies. Cela risque à conduire à l’effondrement de toute l’architecture des relations internationales. Dans ce cas il ne resterait plus aucune règles sinon le droit du plus fort. Ce serait un monde dans lequel l’égoïsme se substituerait au travail d’équipe. Un monde dans lequel il y aurait de plus en plus d’oppression,  et de moins en moins d’égalité des droits, de démocratie réelle et de liberté, un monde dans lequel au lieu d’États véritablement indépendants existeraient des régime qui, de facto seraient des protectorats et des territoires contrôlés de l’extérieur. Vladimir poutine





L’Homme d’État et l’Homme de Paille



Tandis qu’Obama a vomi une réthorique vide à l’ONU, Poutine a exposé un programme stratégique radical pour mettre un terme au chaos alimenté par les USA au Moyen-Orient

Par Christian B. Malaparte – Le 7 octobre 2015 – source The Voice of Idaho

Poutine a ravi le rôle de leader mondial à son malheureux vis-à-vis américain.




Préambule du traducteur

Stooge est systématiquement traduit par homme de paille, qui correspond bien à l'idée du stooge, quelqu'un placé là pour servir des intérêts particuliers. Faire-valoir, comparse, fantoche sont dans l'idée, mais ne permettaient pas la comparaison à la base de l'article, l'homme de paille et l'homme d’État. Sinon, habituellement, homme de paille est simplement traduit par strawman.

Corporatism en anglais (américain) désigne le système des grandes entreprises privées américaines, leur mode de fonctionnement, leurs intérêts, leurs stratégies, leur culture et d'une manière générale, leur influence et leur intrication dans la vie publique, citoyenne, ainsi que dans la mentalité de la nation. Le plus proche en Français serait peut-être le monde des affaires s'il ne lui manquait l'idée d'une organisation élaborée, d'une caste solidaire autour d'intérêts communs, privés, capable de suborner les pouvoirs politiques et civils. J'ai donc choisi de traduire corporatism par corporatisme, en référence à cette réalité américaine, un système.

En revanche, l'épithète attaché, corporate, se traduit moins facilement en corporatiste, qui prête à confusion. J'ai préféré adjoindre le syntagme d'entreprise chaque fois que c'était nécessaire, comme dans l'expression Corporate State qui devient État d'Entreprise, c'est-à-dire conforme au fonctionnement et aux intérêts des (grandes) entreprises (privées). De temps à autre, une note explicative est ajoutée entre crochets [...,NdT].





Si votre bulle a déjà éclaté [si vous n’êtes plus dupes], il vous sera pénible d’écouter jusqu’au bout [le discours d’Obama à l’ONU]. Et si d’une manière ou d’une autre vous y parvenez, vous développerez une conscience encore plus aiguë de sa rouerie. Et de votre propre dégoût.

Plus de 4 700 mots qui épousent parfaitement la fiction dont les médias dominants gavent quotidiennement le public.

De fait, les médias dominants nous ont trahis à d’innombrables reprises, et alors que ces mensonges ont été dévoilés, aucune rétraction ne s’en est suivie.

Et pourtant cet homme persiste. La mine patibulaire, le regard figé, le ton pénétrant, comme celui de quelqu’un qui porte sur les épaules d’insondables responsabilités – on connaît déjà. Et il y a encore une quantité impressionnante de gens pour croire réellement ce qu’il raconte.

Si les USA n’étaient pas malades du corporatisme [de la domination des grandes entreprises], ce type ne se tiendrait pas sur le podium, à nous mentir à tous. Les symptômes avancés de la maladie font leur apparition tandis que les grandes entreprises dominent pratiquement chaque aspect de la société, et que les gouvernements leur servent d’instruments pour consolider encore davantage leur pouvoir. Un État dévoué à l’Entreprise possède un Gouvernement à l’avenant, qui édicte des Lois d’Entreprise, promeut une Économie d’Entreprise et propose ensuite des Emplois d’Entreprise (c’est-à-dire des McJobs [emplois sous qualifiés, mal rémunérés, précarisés]), une Éducation d’Entreprise et des soins d’Entreprise pour des Citoyens d’Entreprise.

Un État d’Entreprise est un état contrôlé par les Entreprises.

Dans un État d’Entreprise, seul un homme de paille peut devenir Président. Cela n’a aucune importance que celui qui occupe le Bureau ovale soit un chaud lapin de l’Arkansas [n’est-ce-pas Clinton, Bill ?], un cow-boy d’opérette, un trouillard basané [n’est-ce-pas Barack Obama?] ou une salope crétine belliciste [n’est-ce-pas Clinton, Hillary ?] : l’homme de paille n’est responsable de rien.
Aussi immoral ou haineux puisse-t-il être, tant qu’il reste sagement aux bottes des Entreprises, il jouira d’une impunité scandaleuse. Les voix discordantes seront tenues à l’écart ; étouffées, sans impact. Un État d’Entreprise conserve son pouvoir sur les citoyens au travers de l’appareil des Médias d’Entreprise qui étendent le fléau en façonnant l’opinion.

Hypnotisés par les chaînes d’information et distraits par le paradigme hollywoodien à la rescousse du statu quo, l’ensemble des citoyens se croient fermement libres et en sécurité, répétant machinalement et sans honte les événements et les déclarations auxquels ils ont été endoctrinés, saluant fièrement le drapeau, écoutant et remerciant l’Homme-de-Paille-en-Chef.

Lors de l’Assemblée générale des Nations unies du 28 septembre, le président des États-Unis Barack Obama a chanté les louanges de la fondation, voici 70 ans, de l’institution et de ses réalisations, lui reconnaissant des avancées sans équivalent en matière de liberté et de prospérité humaine, de coopération diplomatique, un soutien à l’économie globale et l’extraction d’un milliard de personnes de la pauvreté.

Malgré les nombreux accrocs enregistrés par les Nations unies, l’administration Obama les a totalement doublés quand il s’est agi d’envahir la Libye, et procède de la même manière actuellement en Syrie, où elle se livre à des bombardements sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU ni invitation de la part de son gouvernement dûment élu.

Dans son discours, Obama a appelé le président syrien Bashar al-Assad un tyran qui a déversé des bombes-barils sur des enfants, mais les attaques [au gaz sarin] sur Ghoutta-Est en août 2013 se sont rapidement révélées être une opération sous fausse bannière, sans le moindre élément de preuve à charge des forces du gouvernement syrien. En réalité, elles étaient destinées à fournir un prétexte pour une autre invasion humanitaire américaine, mais des navires de guerre russes furent rapidement déployés au large des côtes de Syrie.

Obama a déclaré qu’un groupe terroriste décapite les prisonniers, massacre les innocents et soumet des femmes à l’esclavage. Il s’agit là des rebelles modérés que son administration a mis sur pied, que la CIA a formés, et dont ses équivalents au Moyen-Orient ont facilité l’avènement, de manière a créer un atout stratégique en vue d’un changement de régime en Syrie. Ce sont eux que combat Assad.

Obama a prétendu nous rappeler comment a commencé la pagaille syrienne : «Assad a réagi aux manifestations pacifiques par une escalade de répressions et de meurtres, qui à leur tour, ont créé un environnement propice aux troubles actuels.» Avant 2011, la Syrie était le seul pays du Moyen-Orient sans conflit interne. Assad disposait, et dispose toujours, du soutien de l’écrasante majorité de la population. La fausse révolution syrienne a commencé par des attaques lors de rassemblement pro-gouvernementaux, perpétrées par des groupes armés à l’encontre des manifestants et de la police – le même scénario qu’en Libye et en Ukraine [ajoutons qu’en juillet 2011, l’ambassadeur américain Ford et son homologue français se rendaient à Hama pour soutenir l’opposition au gouvernement syrien, contrevenant à toutes les règles établies de diplomatie dans un État souverain]. Les opérations étaient supervisées par les services de renseignement occidentaux et ont déclenché une guerre civile fomentée par les USA, l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et Israël. La vérité est que la Syrie est le seul pays avec une compagnie pétrolière d’État et le seul pays arabe qui ne soit pas endetté auprès du FMI. C’est ça qui a créé un environnement propice aux troubles actuels.

Quelque chose de vraiment flippant que Obama a dit était : «Nous savons que EI dépend de la guerre perpétuelle pour survivre.» Vraiment flippant pour ceux dont la bulle a explosé, à vrai dire, puisqu’ils savent qu’après la Seconde Guerre mondiale, aux USA même, l’industrie de la défense à fusionné avec le Corporatisme – pour créer une Défense d’Entreprise destinée à faire du bénéfice sur la guerre.
De la même façon, il a fait référence à Kadhafi, sans le nommer, comme à un tyran. Le règne de Kadhafi, long de quarante années, a fait de la Libye l’État le plus riche d’Afrique, fournissant à ses citoyens des soins de santé gratuits, un enseignement gratuit (incluant les études universitaires), l’électricité gratuite, des prêts avec zéro intérêts, un État-providence exceptionnel, et bien davantage encore. De plus, Kadhafi avait entamé un projet de dé-dollarisation du marché africain des ressources naturelles, ainsi que la création d’un système bancaire africain afin de libérer le continent des griffes des entreprises occidentales. De bonnes raisons d’en faire un tyran.

De manière surprenante, Obama a affirmé que l’intervention militaire à prévenu un massacre. En fait, on estime que 30 000 Libyens ont été tués par l’Otan et ses rebelles.

Ensuite il a rappelé l’annexion de la Crimée par la Russie, pointant du doigt l’agression russe en Ukraine de l’Est. Même le commandant en chef des Forces armées de l’Ukraine, le général Viktor Muzhenko, a déclaré ne pas posséder de preuve de la présence de troupes russes sur le sol ukrainien. Les renseignements français et les observateurs de l’OSCE ont dit de même. Les autorités allemandes ont révélé que l’invasion russe était une invention des Médias d’Entreprise américains. Et malgré ça, il y a toujours quelques crétins pour bavasser sur ce thème – dont fait partie l’Homme-de-Paille-en-Chef.
Pourquoi donc un référendum provoque-t-il une montée de bile chez Obama ? Fallait-il que le habitants de la Crimée aient recours à des bâtons et des bombes incendiaires pour qu’il soit content ?

Il a poursuivi en affirmant que les USA n’avaient que peu d’intérêts économiques en Ukraine. Peut-être ne sait-il pas que Hunter Biden, le fils cocaïnomane du vice-président américain Joe Biden, fait partie du conseil d’administration d’une compagnie impliquée, en partenariat avec Shell, dans des projets de fracturation hydraulique dans l’est de l’Ukraine, c’est-à-dire le Donbass. Une entente de partage de production entre Shell et l’Ukraine, d’une durée de cinquante ans, a été signée en janvier 2013. Elle pèse dix milliards de dollars et représente le plus gros investissement direct de l’étranger de tous les temps pour l’Ukraine. Alors, pourquoi le sénateur insane McCain [jeu de mots, rime entre insane – le dingue – et McCain ; McCain la Teigne serait dans l’esprit, NdT] et d’autres officiels des USA et de l’UE sont-ils allés soutenir le moral des manifestants à Kiev ? Au fait, aucun d’entre eux n’a harangué la foule pour réfréner la violence. Et pourquoi la secrétaire d’état-adjointe Victoria Nuland a-t-elle discuté avec l’ambassadeur américain G. Pyatt de qui devrait ou ne devrait pas faire partie du prochain gouvernement ukrainien ? Et par dessus tout, pourquoi le président-fantoche Porochenko – une taupe de la CIA en Ukraine depuis 2006 – a-t-il signé la loi sur l’abandon par l’Ukraine de sa politique de non-alignement ?

L’Homme-de-Paille-en-Chef a dit : «Imaginez que la Russie se soit engagée dans une véritable diplomatie.» Disons plutôt: imaginons que la Russie ait déployé quelques centaines de bases au Mexique, au Canada et partout dans les Caraïbes.

Il a fait l’apologie du Partenariat trans-Pacifique, un accord qui ouvrira des marchés tout en protégeant les droits des travailleurs. Il va de soi qu’un accord assimilable à un cadeau pour les travailleurs se négocie bien mieux dans le plus grand secret.

Il a encore radoté au sujet d’une nation d’immigrants, de la loi internationale, de l’Ebola, des générations futures, des médias libres. Des médias libres dans un pays où six compagnies contrôlent 90% des médias – est un État d’Entreprise ! Son administration a brutalement pris pour cible des lanceurs d’alertes, coupables d’avoir laissé filtrer de véritables informations à la presse. Un document du Pentagone, le Manuel du droit de la guerre, précise que les journalistes peuvent être traités comme des belligérants non privilégiés, et autorisent les militaires à les garder en détention et à les interroger. 

L’Indice mondial de la liberté de la presse a rangé les USA à la 49e place, en dessous de plusieurs pays africains et sud-américains. Obama à déclaré : «Vous pouvez mettre en prison vos opposants, mais vous ne pouvez pas emprisonner les idées.» Il aurait dû dire :  Je peux détenir indéfiniment en prison sans procès, et même torturer et assassiner tout ce qui me plaira à l’intérieur des USA et à l’extérieur.»

Et encore : «Vous pouvez essayer de contrôler l’accès à l’information, mais vous ne pouvez pas faire d’un mensonge une vérité.» En attendant, son administration a payé CNN pour diffuser de la propagande [oui mais lui il peut, yes I can!]. Des histoires fabriquées de toutes pièces devait être présentées comme de vraies informations et d’autres qui allaient en sens contraire étaient éliminées – c’était le Amber Lyon Show [une ancienne journaliste de CNN qui a dénoncé ces manipulations, et notamment la censure d’un de ses reportages au Barhein].

Il a mentionné les média sociaux, mais pas pour dire que Facebook et Google, aux côtés des agences d’espionnage américaines, font partie de Big Brother qui intercepte toutes les données de communication des Américains et des Européens colonisés – y compris Merkel et Hollande.

Puis il s’est opposé au mur érigé pour tenir les migrants en dehors de la Hongrie – mais celui construit par les Israéliens est sympa, non? Selon lui, les USA ont poursuivi pendant cinquante ans à l’égard de Cuba une politique qui a échoué à améliorer la vie des Cubains. Améliorer les vies en imposant un embargo, me suis-je demandé? Quelle idée! Disons que les USA sont de plus en plus isolés en Amérique latine, perdent du terrain en faveur de la Russie, et que cela l’a obligé a mettre un terme à ces politiques hostiles.

Et il a encore déclaré : «Nous pouvons être patriotiques sans diaboliser quelqu’un d’autre.» Ainsi, c’étaient donc des compliments lorsqu’il s’adressait à Assad, Poutine, Kadhafi ? Ces derniers temps, ne disait-il pas que même le Venezuela était devenu une menace pour la sécurité des États-Unis ? Est-ce qu’il n’y avait une agression chinoise en cours dans la mer de Chine du Sud ? Après avoir enfreint la Constitution [il est prof de droit constitutionnel] de toutes les manières possibles et imaginables, il a osé citer George Washington ! Et encore un peu plus de charabia sans importance, des affirmations sans fondement sans doute ridicules aux yeux même du gratte-papier perclus de dettes qui a torché ces saletés en son nom.

Le discours d’Obama comprenait seulement deux ou trois phrases qui ne méritaient pas d’être taxées de piteux mensonges. Il s’agissait de l’Iran : «Les Iraniens possèdent une Histoire prestigieuse, et sont dotés d’un potentiel extraordinaire. Mais scander Mort à l’Amérique ne crée pas d ’emplois, ou ne rend pas l’Iran plus sûr.»

Exact. Tout comme les sanctions ne créent pas des emplois. Ni le fait de cerner l’Iran de bases militaires américaines ne le rend pas sûr. Au fait, combien de jobs ont-ils été créés en scandant Mort à Kadhafi ? Cela a-t-il rendu la Libye plus sûre ?

L’Iran n’a jamais possédé d’armes nucléaires. Des sanctions lui ont été imposées pour affaiblir un concurrent riche en ressources et non conforme aux attentes du gouvernement américain en place, et elles ont été levées parce que les événements tournaient à son avantage : avec ou sans levée des sanctions, la Russie, la Chine et même l’Union européenne allaient réinvestir l’Iran.

En s’approchant de la fin, Obama a trouvé le moyen de glisser une menace voilée: «Des catastrophes telles que celles que nous observons en Syrie n’arrivent pas dans les pays où existent une authentique démocratie et le respect des valeurs universelles que cette institution est censée défendre.»

Cela signifie que tout pays dont le gouvernement n’est pas considéré comme démocratique du point de vue occidental, c’est-à-dire néolibéral/pro-USA, court le risque d’être confronté à de violentes émeutes et à l’avènement de formations terroristes visant à destituer le gouvernement en place. C’est l’exportation des révolutions colorées, un programme de déstabilisation/invasion/pillage sponsorisé par le Département d’État américain.

A la fin d’une performance longue, accablante et tout empreinte d’auto-complaisance, le message passé à tous était : l’un dans l’autre, les Gentils ont fait du bon travail, et l’exceptionnalisme américain a encore de beaux jours devant lui.

«Nous ne pouvons plus tolérer cet état de choses dans le monde»

A peu près une demi-heure s’était écoulée quand ces mots ont frappé cette même audience d’une stupeur embarrassée. Le président russe Vladimir Poutine a remis les pendules à l’heure en vingt-trois minutes et a cloué chaque personne concernée face à ses responsabilités, sans devoir les nommer ne fût-ce qu’une seule fois.

Des politiques menées par un seul centre de suprématie, basées sur la conviction de son exceptionnalime et de son impunité, peuvent mener à l’effondrement des relations internationales et donner naissance à un monde régi par l’égoïsme plutôt que par l’effort collectif, par l’autoritarisme plutôt que par l’égalité et la liberté, avec des protectorats contrôlés de l’extérieur plutôt que des états indépendants.

Aucune nation ne devrait être forcée de se conformer à un modèle de développement unique dont quelqu’un a décrété qu’il était le seul valable. Pourtant, certains préfèrent toujours exporter ces soi-disant révolutions démocratiques. Dans le Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la violence débridée a détruit les institutions gouvernementales et les modes de vie locaux, apportant la pauvreté, le désastre social, ainsi qu’un manque total de respect pour les droits de l’homme, y compris le droit à la vie.
«On m’a instamment prié de demander à ceux qui ont créé cette situation : comprenez-vous, au moins, maintenant, ce que vous avez fait ?»

Les vacances de pouvoir ont abouti à l’apparition de zones d’anarchie, rapidement comblées par les extrémistes et les terroristes. Les membres de la soi-disant opposition syrienne modérée reçoivent leurs armes et leur formation de l’Occident, désertent ensuite vers État islamique, qui ne vient pas de nulle part puisqu’il avait été originellement élaboré comme arme à l’encontre des régimes séculiers indésirables. Il est hypocrite et irresponsable de s’ériger contre la menace du terrorisme et de détourner ensuite le regard de ses sources d’approvisionnement.


Cessez de faire joujou avec les terroristes pour atteindre des objectifs politiques. Créez une large coalition anti-terroriste basée sur la charte des Nations unies. Réglez le problème du Moyen-Orient pour régler le problème de la crise des migrants. Restaurez l’État en Libye, raffermissez les institutions gouvernementales en Irak, fournissez une aide complète au gouvernement légitime de la Syrie – les troupes du président Assad aux côtés des milices kurdes sont les seules forces qui combattent réellement le terrorisme en Syrie. Toute assistance à une nation souveraine doit être proposée plutôt qu’imposée, en stricte conformité avec la charte des Nations unies.

C’est l’expansionnisme de l’Otan vers les États post-soviétiques qui a déclenché une crise géopolitique majeure en Ukraine. La seule manière de sortir de l’impasse est la mise en œuvre complète des accords de Minsk. Aucune intégrité ne peut être garantie par les menaces ou la force militaire, et les droits et les choix des citoyens du Donbass doivent être respectés.

Les sanctions imposées unilatéralement qui contournent la charte des Nations unies servent des objectifs politiques et visent à éliminer la compétition sur le marché.

Les règles du marché doivent être discutées dans le cadre des Nations unies, de l’OMC  et du G20, pas réécrites derrières des portes fermées pour les faire correspondre aux intérêts d’un petit nombre de privilégiés.

Une fois le discours terminé, on savait clairement qui était aux commandes.

Alors qu’Obama avait servi à l’assemblée sa propagande grossière et mensongère, Poutine avait exposé un programme cru de politique étrangère, pour finir par se dresser comme l’homme qui prenait les choses en main et allait mettre un terme au chaos. Poutine a affronté le terrorisme tout au long de sa carrière politique. Il a réglé la situation au Daghestan. Il a réglé la situation en Tchétchénie. Il a réglé la situation en Ossétie du Sud. Il a les aptitudes nécessaire pour régler la situation en Syrie et en Irak, de la même manière.

Quand il a accédé au pouvoir, la Russie s’écroulait de toute par à la suite des politiques désastreuses de la marionnette alcoolisée Eltsine, sans budget véritable, avec une inflation généralisée, des réserves de change au plus bas, des taux de criminalité et de chômage élevés, des biens publics pillés par les compagnies étrangères et les oligarques escrocs, et un endettement considérable. Quinze ans plus tard, Poutine a reconstruit la nation comme un super pouvoir qui réaffirme sa place sur l’échiquier politique global, élaborant des partenariats économiques majeurs et dirigeant une force militaire imposante. C’est ce qui fait de lui un Homme d’État.

Christian B. Malaparte
Traduit par Bluetonga, relu par pour le Saker Francophone

Discours du président Obama à l’ONU en septembre 2015 en anglais.
Discours du président Poutine à l’ONU en septembre 2015 en anglais.


Source française : Le saker Francophone




vendredi 23 octobre 2015

Les agités du bocal





"Aux yeux des simiantropologues de demain, l'animalité proprement simiohumaine se révèlera néanmoins embryonnairement intellectualisée. Car l'os frontal déjà roboratif de la bête présente un théâtre d'ombres dont aucun autre quadrumane à fourrure n'a construit la mise en scène non seulement cérébralisée, mais d'ores et déjà imperceptiblement morale. Il y faut une démence à la fois rassurante et dissuasive, il y faut une science relativement assurée de la raison elle-même. Car, de nos jours encore, ce carnassier se rue dans le fabuleux et le fantastique, tellement sa folie l'envoie habiter une cosmologie hallucinée. Mais l'infini n'est pas un domicile à cerner, l'infini n'est pas une enceinte à clôturer, l'infini renvoie la bête à une errance éternelle dans l'Erèbe. Aussi les rites funéraires des Anciens exorcisaient-ils le sort des malheureux privés de sépulture dans la nuit d'une mort cruellement éveillée."
Manuel de Diéguez, In "Pour une anthropologie originelle"

Manuel de Diéguez, né le 11 mai 1922 à Saint-Gall (Suisse), est un écrivain et philosophe français.



Toile de Robert A. Stuart



JON LE DISCIPLE : LES AGITES DU BOCAL
  • Par Christian Duval 
  • Depuis plusieurs années Jon était disciple d’un Maitre de sagesse et au sein de l’Ashram qui s’était formé autour du sage il avait reçu un enseignement très complet sur la qualité d’Etre et le non faire. Le Maître lui avait révélé tout ce qu’il devait savoir sur les tissages de la Maya mais Jon qui était tourmenté s’en alla trouver le Maitre.
  • Maitre dit il je crois avoir compris votre doctrine du non faire, comme quoi il suffit d’Etre et de ne pas s’agiter à vouloir agir pour créer ceci ou cela mais il y a un point qui me tracasse.
  • Parles dit le Maitre, je t’écoute. !
  • Il y a tant de choses qui vont mal sur cette terre, tant de pauvres gens, tant de pollution, tant de manipulateurs et si je ne fais rien pour eux ils ne pourront jamais aller mieux.
  • Oh le dit le Maitre en souriant, voilà que tu veux remplacer le Créateur, penses-tu pouvoir faire mieux que lui ?
  • Non ! ce n’est pas ce que je veux dire. Mais personne ne fait rien alors rien ne changera jamais.
  • C’est là que tu te trompes cher disciple car c’est le mouvement de la conscience qui modifie les choses et non l’agitation extérieure, plus ta conscience s’élargit plus ta vision change et plus celle-ci devient claire plus le monde extérieur change. Tout le reste est illusion.
  • Mais pourtant ce monde, ces gens, ces guerres tout cela est bien réel !.
  • D’un point de vue oui, d’un autre non ! chacun voit a l’extérieur les images qu’il a conceptualisé en son intérieur, celui qui voit l’Ombre et lutte contre celle-ci lutte contre lui-même car il ne voit en fait que l’Ombre qui est en lui.. Si tes lunettes sont tachées par de l’encre tu vois le monde avec une tâche mais dés que tu nettoies tes lunettes le monde redevient sans tâche.
  • Mais alors que pensez de tous ces militants, manifestants, rebelles contre l’ordre, et ceux qui partent en mission pour sauver le monde, participer à l’éradication des firmes polluantes ?.
  • Ce sont tous des agités du bocal cher disciple, des gens qui pratiquent l’auto allumage ! ils sont plus dangereux que les manipulateurs eux-mêmes car dans leur quête de purification ils entrainent les plus faibles et tous finissent par mourir dans des conditions atroces. Tous ceux qui ont participé aux missions ou aux croisades dans le passé font partie de cette catégorie. Nombreux d’entre eux sont revenus et continuent leur lutte par le biais de pétitions, manifestations, destructions de champs ou d’usines etc. ils veulent sauver le monde alors qu’ils sont noyés dans les vagues de leur ego.
  • Mais alors que faire ?
  • Ne rien faire comme je te l’ai enseigné. Tu n’a pas besoin de participer à ce genre de croisade ou de combat contre quoi que ce soit et la vie se chargera d’amener à ta porte ce qui te concerne toi individuellement. Si tu ne veux pas qu’on tue les animaux ou qu’on pollue la terre, cesse de manger de la viande et ne consomme que des produits naturels et biologiques, si tu ne veux pas polluer trop l’atmosphère utilise ton automobile avec discernement, et ainsi tu seras fidèle à ton éthique sans aucun combat. Tu n’a pas besoin de convaincre les autres qu’il faut cesser de manger de la viande, ils viendront naturellement vers toi car par ce fait tu seras en meilleure santé et ta révolution sera pacifique. Le boy cott individuel est l’arme pacifique absolue, toutes les autres engendrent la violence et tu ne peux installer la paix par la violence.
  • Je dois donc laisser faire et voir ce qui vient à moi ?
  • Exactement. Et si un individu pénétre chez toi par effraction tu pourras alors agir selon ton éthique. Tu auras peut être simplement envie de le chasser ou de parler avec lui et si tu t’aperçois qu’il fait cela parce qu’il manque de tout tu pourras lui donner de la nourriture, un peu d’argent et surtout lui expliquer ce que tu as appris en cette école ainsi tu lui donneras une seconde chance.
  • Mais alors tous ceux qui veulent aider les pauvres, les miséreux et autres sont ils dans l’erreur ?
  • Oui et non ! oui s’ils s’engagent dans une quête qui ne les concernait pas, non s’ils sont engagés dans cette quête par nécessité en ayant eu même vécu la pauvreté ils décident alors d’aider les pauvres à en sortir.
  • Et ceux qui partent en mission humanitaire ?
  • C’est idem pour ceux là ! mais nombreux sont ceux qui partent en espérant récolter quelque chose en échange, ne fut ce que l’honneur et la reconnaissance comme l’ont fait auparavant nombreux croisés et autres combattants pour une cause. Lorsque la quête émane de l’ego elle ne fait qu’égarer davantage.
  • Pourtant cela ne les empêche pas de faire du bien !
  • Ils se Font du bien à eux-mêmes car agissant ainsi ils se sentent en paix avec leur conscience mais ce n’est que de l’illusion. Quand la Lumière entre dans les êtres elle « allume » tout ce qui est en eux, et ceux qui ont l’ego en effervescence se mettent alors à prophétiser, à donner des leçons, à dire aux autres ce qu’ils doivent faire, manger, penser, agir, etc. ils emploient le mot « il faut ou vous devez » a outrance. Ainsi la Lumière qui les à touché à activé leur vibromasseur neuronal et ils ont disjoncté et sont devenus des « agités du bocal ». Certains finissent par se prendre pour des élus et passent leur temps à vouloir entrainer les autres dans leur sillage. Le pire c’est qu’ils sont persuadés d’être dans le juste, de servir la Lumière, ils sont imprégnés de bonnes intentions mais par leurs agissements pavent le chemin qui mène à l’enfer.
  • Merci Maitre je comprends mieux maintenant… je vais mettre en pratique votre enseignement et m’installer dans l’Etre et la vie se chargera bien de me montrer ce que je dois faire, ce qu’elle attend de moi.
Kiristian Duval Wydyr le 16 octobre 2015

Publié dans contes révélateurs


mercredi 21 octobre 2015

La Palestine en état de siège



"Le monde entier sait que Jérusalem est la flamme qui peut inspirer la paix ou déclencher une guerre. Pourquoi, alors, le monde reste-t-il immobile tandis que les attaques israéliennes contre le peuple palestinien sur la ville et sur les lieux saints musulmans et chrétiens, notamment Al-Haram al-Sharif, se poursuivent-elles sans relâche ?" Marwan Barghouti




"La résistance accrue contre les colons israéliens donne à l'Autorité palestinienne une excuse pour prouver son engagement à poursuivre sa coordination sécuritaire avec Israël - le pilier central de la sauvegarde de sa propre existence." Ramona Wadi


"Je suis née en 1982 dans cette même maison dans le camp de réfugiés de Rafah, où ma famille s’est ensuite élargie. J’ai grandi là-bas, et tout le reste a grandi avec nous : la première Intifada, la résistance, mon école voisine où j’allais chaque jour. Là, j’ai vu ma première bibliothèque. Là, je me souviens avoir vu mon grand-père s’endormir en écoutant la BBC. Et là, j’ai posé les yeux sur le premier soldat israélien dans ma vie... Il frappait mon grand-père pour le forcer à effacer les slogans nationalistes qui ornaient les murs de notre maison du camp de réfugiés.Maintenant, la maison et tous ses souvenirs ont été réduits à néant, ses enfants portés en terre. Les maisons et les souvenirs sont bombardés et jetés dans l’oubli, laissant leurs habitants sans abri, perdus. Comme leur camp l’a finalement toujours été... Que l’on ne me parle plus jamais de paix. Asmaa al-Ghoul


photo by REUTERS/Mussa Qawasma



En Terre Sainte, l'Histoire semble bloquée dans une boucle sans fin. En 2000, le Premier ministre de l'époque, Ariel Sharon, alors leader de l'opposition, s'est rendu dans l'enceinte d'Al-Aqsa sur un mode de provocation délibérée, ce qui a provoqué la deuxième intifada. Israël a lancé l'opération « Bouclier protecteur » pour écraser les protestations et éliminer la résistance palestinienne. Bilan : plus de 3.000 Palestiniens et près de 1.000 Israéliens ont perdu la vie entre 2000 et 2004, avec un processus de paix définitivement mis en échec.
Nous voici en 2015 : à présent le processus de paix est mort et enterré et l'espoir qu'avaient les Palestiniens dans les années d'Oslo a tourné à la déception la plus amère et au désespoir. Des colonies juives, illégales en droit international, se sont multipliées en territoire palestinien tout au long des années de négociation et elles encerclent maintenant complètement les communautés palestiniennes. Les Palestiniens, qui vivent toujours sous occupation, sont privés des droits humains élémentaires et harcelés chaque jour par l'armée israélienne et par les colons extrémistes.
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Il est important de ne pas ignorer les répercussions des actions israéliennes sur les deux côtés de la Ligne Verte qui sépare Israël des TPO (Territoires Palestiniens Occupés). Ces derniers jours ont vu de grandes manifestations de protestation dans un certain nombre de villes palestiniennes en Israël. Lors d'un incident, des manifestants ont lancé des pierres et de pétards sur la police. Une génération de Palestiniens nés sous drapeau israélien, citoyens d'Israël et parlant couramment le hébreu, sont privés de toute une gamme de droits réservés aux seuls israéliens juifs. Ils sont frustrés de la discrimination systématique à leur égard et ils se serrent les coudes avec ceux de l'autre côté de la Ligne Verte.

Les Palestiniens sous la botte de l'occupant israélien ont renoncé à tout espoir d'état souverain. La jeunesse palestinienne envoie un message clair tant à l'occupant qu'à ses dirigeants. Ils prennent leurs problèmes à bras le corps et exigent l'intégralité de leurs droits, quel qu'en soit le prix à payer.
Même à des endroits où la confrontation avec les soldats palestiniens peut signifier à tout instant la mort, comme à Gaza, des jeunes protestent contre les agressions sur leurs camarades palestiniens et sur leurs lieux saints.
Il est communément admis qu'Israël a fait de Gaza un camp de prisonniers - même le premier ministre britannique David Cameron l'a dit - et c'était il y a cinq ans. Les jeunes Gazaouis qui s'approchent des frontières et lancent des pierres aux soldats rêvent de s'évader de leur prison ou sont tués en essayant de le faire. A la mi-octobre, neuf jeunes Palestiniens de Gaza ont été tués lors d'une entreprise désespérée.
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Les jeunes Palestiniens désespérés d'avoir vécu toute leur vie sous le blocus et l'occupation, sans espoir pour leur avenir, risquent leur vie en combattant pour la liberté. Mais les Israéliens, pour quoi se battent-ils ? Ayant détruit toutes les chances d'un Etat palestinien, Israël se bat pour maintenir son occupation et son assujettissement du peuple palestinien, créant un état d'apartheid sur toutes les terres où il garde sa mainmise. Samah Sabawi


Samah Sabawi, née à Gaza en 1967, est une dramaturge, chroniqueuse politique et militante palestino-australo-canadienne. Elle a notamment écrit « Cries from the Land » (2003), « Three Wishes » (2008) et « Tales of a City by the Sea » (2014). Elle a dirigé le Conseil National des Relations Arabes au Canada et est conseillère politique pour al-Shabaka.







Marwan Barghouti : « il n'y aura pas de paix tant que l'occupation israélienne de la Palestine durera »
De sa cellule de prison israélienne où il est incarcéré illégalement par l'occupant depuis 13 ans, Marwan Barghouti a fait passer cet article publié par le quotidien britannique "The Guardian"


Nous avons été patients, mais la communauté internationale nous a laissé tomber. La liberté n'a que trop tardé pour le peuple palestinien
L'escalade actuelle de violence n'a pas commencé avec le meurtre de deux colons israéliens ; elle est en cours depuis des années. Chaque jour, des Palestiniens sont tués, blessés, arrêtés. Chaque jour la colonisation progresse, le siège de notre peuple continue à Gaza, l'oppression persiste. Puisque beaucoup, aujourd'hui, voudraient que nous soyons submergés par les conséquences potentielles d'une nouvelle spirale de violence, je plaiderai, comme je l'ai fait en 2002, pour que l'on regarde en face ses causes profondes : le déni de liberté infligé aux Palestiniens.
Il ne peut y avoir de négociations sans un engagement clair de la part d'Israël de se retirer complètement du territoire palestinien qu'il a occupé en 1967, y compris Jérusalem-Est ; sans un arrêt total de toutes les politiques coloniales ; sans une reconnaissance des droits inaliénables du peuple palestinien, y compris leur droit à l'autodétermination et leur droit de retour ; et sans la libération de tous les prisonniers palestiniens. Nous ne pouvons pas coexister avec l'occupation, et nous ne nous rendrons pas.
On nous a appelés à être patients, et nous l'avons été, offrant une occasion après l'autre de parvenir à un accord de paix. Peut-être est-il utile de rappeler au monde que l'oppression qui a suivi notre dépossession, notre exil et notre transfert forcé dure maintenant depuis près de 70 ans. Nous sommes les seuls à nous retrouver à l'ordre du jour de l'ONU depuis sa création. On nous a dit que par le recours à des moyens pacifiques et aux voies diplomatiques, nous recueillirions le soutien de la communauté internationale pour mettre fin à l'occupation. Et pourtant, comme déjà en 1999, à la fin de la période intérimaire, cette communauté n'a toujours pas procédé à quelque mesure significative que ce soit, ni créé de cadre international pour mettre en œuvre le droit international et les résolutions de l'ONU, ni adopté de mesures visant à assurer la reddition de comptes, notamment le boycott, le désinvestissement et les sanctions, qui ont joué un rôle crucial pour débarrasser le monde de l'apartheid sud-africain.
Donc, en l'absence d'une action internationale pour mettre fin à l'occupation israélienne et à l'impunité, ou même pour nous fournir une protection, que nous demande-t-on ? D'attendre tranquillement qu'une autre famille palestinienne soit brûlée, qu'un autre enfant palestinien soit tué ou arrêté, qu'une nouvelle colonie soit construite ? Le monde entier sait que Jérusalem est la flamme qui peut inspirer la paix ou déclencher une guerre. Pourquoi, alors, le monde reste-t-il immobile tandis que les attaques israéliennes contre le peuple palestinien sur la ville et sur les lieux saints musulmans et chrétiens, notamment Al-Haram al-Sharif, se poursuivent-elles sans relâche ? Les actions et les crimes d'Israël ne détruisent pas seulement la solution à deux États fondée sur les frontières de 1967, elles ne font pas que violer le droit international ; elles menacent de transformer un conflit politique réglable en une guerre de religion sans fin qui va déstabiliser une région déjà en proie à des turbulences sans précédent.
Aucun peuple sur le globe n'accepterait de vivre sous l'oppression. Par nature, les êtres humains aspirent à la liberté, luttent pour la liberté, se sacrifient pour la liberté, et la liberté, le peuple palestinien l'attend depuis trop longtemps. Au cours de la première Intifada, le gouvernement israélien a lancé une politique consistant à « briser leurs os pour briser leur volonté », mais génération après génération, le peuple palestinien a prouvé que sa volonté est indestructible et n'a pas besoin d'être mise à l'épreuve.
Cette nouvelle génération palestinienne n'a pas attendu les pourparlers de réconciliation pour incarner l'unité nationale que les partis politiques ont échoué à atteindre ; elle a dépassé les clivages politiques et la fragmentation géographique. Elle n'a pas attendu d'instructions pour faire respecter ses droits, et son devoir, de résister à cette occupation. Elle le fait sans armes, tout en étant confrontée à l'une des plus grandes puissances militaires du monde. Et pourtant, nous restons convaincus que la liberté et la dignité doivent triompher, et nous vaincrons. Le drapeau que nous avons fièrement hissé à l'ONU flottera un jour au-dessus des murs de la vieille ville de Jérusalem pour symboliser notre indépendance.

Je me suis joint à la lutte pour l'indépendance de la Palestine il y a 40 ans, et ai été emprisonné pour la première fois à l'âge de 15 ans. Cela ne m'a pas empêché de plaider pour une paix qui soit conforme au droit international et aux résolutions des Nations unies. Mais Israël, la puissance occupante, a méthodiquement détruit cette perspective, année après année. J'ai passé 20 ans de ma vie dans les prisons israéliennes, y compris les 13 dernières années, et ces années m'ont convaincu encore davantage de cette vérité immuable : le premier jour de paix sera le dernier jour de l'occupation. Ceux qui recherchent la paix doivent agir, et maintenant, pour défaire l'occupation.
Traduction : Francoise M. pour l'Agence Média Palestine
Source : theguardian.com
Source en français : CAPJPO-EuroPalestine