lundi 3 août 2015

La Turquie s'embrase



En 2001, les stratèges straussiens du département de la Défense envisageaient un remodelage du « Moyen-Orient élargi » qui prévoyait la division de la Turquie au profit d’un Kurdistan indépendant, réunissant les Kurdes de l’actuelle Turquie, ceux d’Irak et d’Iran. Ce projet supposait la sortie de la Turquie de l’Otan, la réconciliation de tribus kurdes que tout sépare —y compris la langue— et des déplacements considérables de population. Le colonel Ralph Peters a évoqué ce plan dans un article de Parameters dès 2001, avant d’en publier la carte, en 2005. Peters est un élève de Robert Strausz-Hupé, l’ancien ambassadeur des États-Unis à Ankara et le théoricien du Novus orbis terranum (le « Nouvel ordre mondial »).
Ce projet insensé a refait surface, il y a un mois, avec l’accord israélo-saoudien négocié en marge des pourparlers 5+1 sur le nucléaire iranien. Tel-Aviv et Riyad comptaient sur la Turquie pour renverser la République arabe syrienne. En effet, Ankara s’était fermement engagé dans ce sens lorsque l’Otan avait terminé le transfert du LandCom (commandement joint des Forces terrestres) à Izmir, en juillet 2013. Désemparé par la passivité états-unienne, M. Erdoğan avait alors organisé sous faux drapeau le bombardement chimique de la Ghouta pour contraindre l’Otan à intervenir. Mais en vain. Il avait récidivé, un an plus tard, en promettant d’utiliser la Coalition internationale anti-Daesh pour prendre Damas. Israël et l’Arabie saoudite qui ont fait les frais de ces promesses non tenues n’auront aucune retenue à provoquer la guerre civile en Turquie. Thierry Meyssan




Solidarité avec les kurdes ! 





Le gouvernement turc a choisi sa cible. Il ne s'agit pas des djihadistes de l'État Islamique (ÉI), mais des Kurdes. L'armée de l'air turque continue ses bombardements sur les bases arrière du PKK[1] situées en Irak. En Syrie, des blindés ont tiré des obus sur des positions kurdes dans la région de Kobanê. Le village de Zormikhar, tenu par des membres des YPG/YPJ et de l'Armée syrienne libre (ASL), a été pris pour cible, blessant plusieurs civils et 4 combattant-e-s de l'ASL. Rappelons que Zormikhar est près de Jarabulus, un village tenu par l'État Islamique...Le gouvernement a préféré bombarder les Kurdes. Son allégeance ne fait plus aucun doute. En soirée, 7 autres blindés ont pilonné Zormikhar et des soldats turcs ont attaqué un véhicule appartenant aux YPG/YPJ près du village de Til Findire.


Les membres de l'OTAN rassurent leur allié turc.

Mardi dernier, réunis d'urgence à Bruxelles à la demande de la Turquie, les pays membres de l'OTAN ont réitéré leur soutien total à Erdogan et sa bande. Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN : « Tous les alliés ont assuré la Turquie de leur solidarité et de leur ferme soutien. » Le secrétaire du département d'État américain, John Kirby, a déclaré que la Turquie avait le droit de se défendre face au PKK. Ce dernier a oublié de mentionner que c'est l'armée turque qui a frappé la première...donc ceux qui se défendent ce sont les Kurdes du PKK et non l'inverse. Le gouvernement turc est prêt à mener une guerre totale. Son Premier ministre Ahmet Davutoglu le rappel : « ce ne sont pas des frappes ponctuelles, c’est un processus inscrit dans la durée ». La Turquie aura attendu près d'un an avant d'entrer dans la coalition menée par les États-Unis et dont le but est de mener des frappes contre l'État Islamique. Erdogan joue le double-jeu. Il va chercher ses vieux alliés en ouvrant ses bases militaires aux avions de chasse américains et reçoit en échange une solidarité et un soutien dans sa lutte contre les Kurdes. La Turquie fait mine de participer à la coalition en bombardant quelques cibles de l'État Islamique (souvent les positions sont déjà désertées par l'ÉI), tentant de justifier leur petit jeu mal caché
Les États-Unis et la Turquie se sont aussi entendus sur la création d'une zone tampon de 60 km au nord de la Syrie. Elle se situe entre les villes de Mare et Kobanê. L'occupation de cette partie de territoire empêcherait les Kurdes d'unifier les cantons d'Afrin et Kobanê, mettant ainsi des bâtons dans les roues de la révolution sociale au Rojava.

Emplacement de la zone tampon.

La répression règne en Turquie.

En Turquie, le gouvernement continue sa tentative de musellement de toute opposition. Après l'arrestation de plusieurs centaines de militant-e-s kurdes et d'extrême-gauche [1], du meurtre d'une camarade lors d'un raid mené par la police turque, du blocage de plusieurs sites web kurdes, Ankara menace d'interdire le parti pro-kurde HDP (Parti Démocratique des Peuples) qui a réussi une percée lors des dernières élections en Turquie. Le parti d'Erdogan veut aussi rendre impossible toute visite des élus de HDP avec Abdullah Öcalan, actuellement en prison.


Le PKK répond par le feu.

Plusieurs attaques ont été menées par des combattant-e-s des HPG (branche armée du PKK) afin de répondre aux bombardements de l'armée turque. Le commandant de la garnison du district de Malazgirt a été tué, un bataillon turc a été attaqué au mortier à Hakkari, trois positions de l’armée turque ont été attaquées à Şırnak, un pont a été détruit dans le district d’Amed (Diyarbakir) et des routes bloquées à Bazid [2]. L'armée turque a envoyé une colonne de blindés pour débloquer les routes et l'un d'entre eux a été détruit par les forces des HPG. La Turquie a continué les bombardements.

À Amed, plusieurs manifestations se sont tenues afin de dénoncer les agissements de la Turquie et demandant la fin de l'isolation d' Abdullah Öcalan. À chaque fois elles furent attaquées par la police.

Blindés détruits par les forces des HPG près de Lice. Crédit photo: Secours rouge.
YPG/YPJ/Burkan al-Firat-ASL en force!

Malgré les attaques menées par l'armée turque sur le Rojava, les forces des YPG/YPJ, épaulé-e-s par les combattant-e-s du bataillon Burkan al-Firat de l'Armée syrienne libre, ont mené à terme leur campagne pour la libération de la ville de Sarrin. Lancée le 1er juillet dernier, elle permit non seulement de libérer Sarrin, mais aussi 25 autres villages avoisinants et 20 terres agricoles. À Hassaké, les Kurdes ont pris possession d'environ 90% de la ville. La libération totale est imminente.

Nous réitérons notre soutien indéfectible à la résistance kurde et aux camarades turcs qui la soutiennent. Les terroristes ne sont pas les membres du PKK, mais bien le gouvernement turc et ses alliés.


Notes :

[1]. Parti des travailleurs du Kurdistan.

[2]. Selon des sources militantes, sur les 1050 arrestations, 97% seraient des Kurdes. Après cela, le gouvernement essai encore de vendre sa salade et appelle ça une opération anti État Islamique.

Affrontements à Istanbul.



Des milliers de Kurdes irakiens marchent vers Kandil pour former une chaine humaine autour de la guérilla. Crédit photo: Secours rouge.




Source : 



Aucun commentaire: