mardi 11 août 2015

La Grèce, l'Allemagne, l'Europe :


"Là où la Wehrmacht n'était pas arrivée, est arrivée la Bundesbank" 








Pour en finir avec le "Quatrième Reich


Tout d’abord je voudrais dire que je ne prétends pas ici à l’objectivité, encore moins à une lucidité absolue. L’Allemagne, d’une part, la situation dans laquelle se trouve l’Europe et donc mon pays -la France- me touchent de manière extrêmement douloureuse.



Je voudrais simplement dire que je ne partage totalement aucune des analyses qui sont faites de la situation actuelle après l’odieux traitement infligé à la Grèce.
En effet elles me paraissent toutes laisser de côté deux paramètres de grande importance.

Berlin, 18 mars 1848 : un des moments forts du Printemps des Peuples, un soulèvement généralisé contre l'ordre réactionnaire établi au Congrès de Vienne de 1815. Il fut écrasé partout, en Allemagne grâce à Bismarck, en France par le futur Napoléon III
Le premier, qui ne touche que l’Allemagne, me paraît être une certaine ignorance de son histoire. L’Allemagne a été unifiée très tard, on l’a dit. Ce qu’on ne dit pas, ou beaucoup moins, c’est que le Premier Reich a existé : c’était le Saint-Empire romain germanique, et son siège n’a pas toujours été à Vienne. En fait, Charlemagne était un Franc, et son empire couvrait une grande partie de l’Europe, dont la totalité de l’actuelle RFA. Sa capitale était à Aix-la Chapelle. C’est du partage entre ses fils qu’est issue la France. Et aussi la partie occidentale de l’Allemagne actuelle, qui reste le pilier central (germano-autrichien) de l’espace germanique.


Le Parlement de Francfort  (Frankfurter Nationalversammlung) a siégé entre le 18 mai 1848 et le 31 mai 1849 dans l'église Saint-Paul de Francfort. Il s'agissait de la première assemblée élue en Allemagne. Elle a été créée à la suite de la révolution de mars qui secoua les États de la confédération germanique en 1848. Elle vote en décembre 1848 un catalogue de droits fondamentaux et en mars 1849 la constitution, qui prévoyait entre autres la garantie des droits fondamentaux et une monarchie constitutionnelle avec un empereur (Kaiser) héréditaire à sa tête. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV refusa la couronne impériale qui lui était proposée. Le travail de l'assemblée a servi de modèle pour la constitution de la république de Weimar en 1919 et pour celle de la RFA (capitale Bonn) en 1949. L'image montre une session en juin 1848 pendant un discours de Robert Blum, démocrate et républicain, exécuté, au mépris de son immunité parlementaire par les troupes contre-révolutionnaires autrichiennes à Vienne en octobre 1848.

Je ne vais pas m’amuser à recopier Wikipédia pour exposer comment on est arrivé de Charlemagne à l’Empire romain et des Mérovingiens aux Habsbourg, dont l’apogée a été marqué par Charles Quint ; je suis d’accord avec Marco d’Eramo1 pour penser que l’Allemagne actuelle est l’héritière du Deuxième Reich, ou Allemagne wilhelminienne, c’est-à-dire de la Prusse (Pourquoi diable avoir choisi tant de fois la récente Berlin, et non la vénérable Francfort, comme capitale ? Aussi bien son histoire que sa situation géographique et économique la légitimaient bien davantage).

Mais depuis Charlemagne (qui n’avait du reste pas soumis la Bretagne) l’Allemagne est une puissance bien continentale. À la grande différence de la péninsule italique et ibérique, de l’île qu’est la Grande-Bretagne et de la France avec ses centaines de km de côtes, elle avait peu vocation à aller coloniser les peuples au-delà des mers. Elle s’est donc tournée vers ses voisins de l’Est (dès le haut Moyen-Âge ; il semblerait que les Polonais et Baltes, entre autres, aient la mémoire bien courte. Surtout les Polonais, d’ailleurs, car la Deuxième guerre mondiale n’est somme toute terminée que depuis 70 ans.) Et bien sûr le Nord de l’Italie. Mais la France n’a pas été oubliée, en particulier depuis 150 ans.




Je pose une simple question : ne serait-il pas beaucoup plus urgent de nous en prendre au néocolonialisme (dont mon pays profite encore largement) que de créer de nouvelles vassalités ? Peut-être que le « roman national français » s’ordonne entre autres autour de l’idée égalitaire (dixit Frédéric Lordon2) ; dois-je avouer que c’est un des rares côtés de mon pays que je juge non seulement positif, mais de loin celui (le seul ?) qui devrait lui valoir par excellence l’estime des autres nations ?(Même si - comme du reste tous les autres- nous sommes bien loin de vivre selon nos idéaux.) Et Monsieur Schäuble et ses affidés ne rêvent-ils pas d’établir par la monnaie une hégémonie qui ne l’a pas été par les armes ? 

Je suis de ceux qui estiment que le peuple allemand n’est pas à blâmer, il est manipulé, notamment par les USA (dont je ne suis pas sûre qu’ils ne soient pas en train de se mettre à craindre leur propre créature). En revanche les élites allemandes, comme toutes les élites, sont le malheur des peuples, et ce n’est pas « le criminel orgueil du peuple allemand » qu’il s’agit de faire « succomber » (wagon de l’armistice à Rethondes), mais la criminelle avidité (d’avoir et de pouvoir) de ceux qui s’enrichissent des difficultés quotidiennes, de l’appauvrissement, voire de la mort des autres. Qui ne sont pas tous allemands, bien loin de là !




Et c’est là que je passe à un autre aspect du problème, que je n’ai vu évoqué nulle part au sujet du drame actuel de l’Europe - mais bien sûr je n’ai pas tout vu et tout lu. C’est que ce n’est pas seulement le capitalisme (celui du « capital fictif » de Marx, puisque nous en sommes désormais arrivés là) qui est en faillite. Mais tout un système dont TOUT l’Occident, jusqu’à ses plus pauvres, a profité, et qui est désormais en bout de course. J’entends le système industriel productiviste, l’agriculture étant elle-même désormais de l’agro-industrie, qui non content de paupériser, écraser, affamer des millions (milliards ?) d’êtres humains, est en train de détruire non la planète, comme disent les écolos bobos, mais l’écosystème qui nous a donné naissance.

Pour sauver les Grecs, et nous à terme, il faut désormais envisager de sortir progressivement de ce système et de tout ce qu’il a produit, entre autres du système dit « démocratie représentative », dont il est désormais évident, depuis le 15 juillet, qu’il n’est pas représentatif et encore moins démocratique, puisque TOUTES nos « élites » sont pourries. Et reconstruire À la base -mais à l’international- de nouvelles solidarités, renoncer progressivement à notre « énergivorisme » et au consumérisme effréné qu’il a permis et réapprendre la vie simple, se rappeler que « l’auto, ça pue, ça pollue et ça rend con », « fermer la télé et parler à ses voisins » comme nous le chantions dans les manifs des années 70. En revanche nous avions tort de prétendre que « la hiérarchie c’est comme les étagères, plus c’est haut et moins ça sert » : plus c’est haut, et plus c’est nuisible, jusqu’à l’assassinat, jusqu’au génocide, jusqu’à l’éradication de l’humanité.

Une vieille utopiste, mais qui pense qu’une société sans utopie est une société sans avenir, et que ce sont ceux qui ont pris leur destin en mains qui ont écrit l’histoire, et que notre histoire n’est pas finie.

Ou du moins je l’espère.

Notes
Source : Tlaxcala





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