samedi 1 août 2015

Hommage à Christophe Oberlin, chirugien et homme intègre





Extraits d'un entretien de Christophe Oberlin avec la journaliste suisse Silvia Cattori :


"Je suis allé opérer pendant des dizaines d’années dans d’autres pays sans jamais ressentir le besoin de m’exprimer. Mais dès lors que vous découvrez que les évènements que vous avez vus, vécus, sont totalement déformés, cela vous met en colère. J’ai été invité à m’exprimer sur un plateau de France 24, après l’agression israélienne de 2008/2009. Le titre donné à l’émission était : “Y a-t-il eu des crimes de guerre à Gaza ?” Ce point d’interrogation était totalement déplacé ; comme le fait de savoir si les morts et les blessés étaient ou non des combattants. Étant sur place j’avais pu voir qu’il n’y avait quasiment que des civils, des familles entières. Dans ce contexte de désinformation, on est donc forcément conduit à prendre la parole pour dire ce qui s’est réellement passé. On voit bien qu’en ce qui concerne les médias, il y a une censure, une autocensure, et que ce que disent ou écrivent les rares témoins sur place ne les intéresse pas."


"...il faut savoir que les rares journalistes occidentaux qui vont à Gaza sont nécessairement accrédités par les autorités israéliennes. Pour moi le critère d’accréditation semble clair : sont accrédités les journalistes dont les Israéliens sont assurés qu’ils dénigreront tout ce que fait le Hamas. Ce que j’affirme, j’ai eu l’occasion de l’observer maintes fois. Je n’ai jamais vu jusqu’à présent un journaliste, autorisé à entrer à Gaza par le passage d’Erez, écrire un article décrivant avec objectivité ce qui a été accompli sous l’administration du Hamas..."


"... C’est une histoire affligeante. Mais c’est aussi une histoire qui se répète. Concernant la guerre d’indépendance algérienne par exemple, la résistance a reçu un fort soutien de la part d’une partie de la gauche, et des communistes notamment ; et, à partir du moment où il est apparu que l’Algérie indépendante n’allait pas basculer dans le camp socialiste, il y a eu un certain nombre de défections. Toujours en Algérie, en 1992, ce sont les mêmes qui ont soutenu ce qui est appelé pudiquement “l’interruption du processus électoral,” en réalité un coup d’État militaire soutenu par les occidentaux, dont la conséquence a été une guerre avec 100 000 morts. À la victoire électorale du Hamas, on a vu instantanément le même phénomène se reproduire. Je me souviens d’une tribune libre écrite par un sioniste notoire intitulée Hamas, “l’ennemi commun”. À la dernière fête de l’Humanité, j’ai été approché par un militant qui soutenait une petite activité associative sur Gaza, “à condition que cela reste dans un cadre laïc.”


"... Prétendre aller parler de laïcité dans un pays où 95 % de la population a des sentiments religieux, c’est tout de même complètement décalé. Il faut savoir si l’on veut aider une cause parce qu’elle en vaut la peine, ou imposer un “modèle.” Il est arrivé que des militants qui voulaient m’inviter à parler de mon livre s’affrontent au sein de leur comité avec des “laïcs” qui ne veulent en fait pas entendre parler du Hamas. Mépriser le Hamas, c’est mépriser la population qui l’a élu ! Gaza aujourd’hui est indissociable du vote Hamas. Et se limiter à parler de la Cisjordanie, c’est aller dans le sens américano-israélien de soutien indéfectible à “l’Autorité Palestinienne”… alors que l’on sait que des élections libres aujourd’hui en Cisjordanie donneraient vraisemblablement la victoire au Hamas."



Banksi, artiste de rue à Gaza



Christophe Oberlin, l’indomptable
Le 13  juillet 2015

Israël a tiré sur 7 écoles appartenant aux Nations unies durant la guerre de Gaza de l’été 2014, tuant 44 Palestiniens qui y avaient trouvé refuge, tandis que les groupes armés palestiniens se sont servi de locaux vides de l’ONU pour entreposer des armes, a révélé un rapport d’enquête des Nations unies sur ces incidents rendu public lundi 28 avril 2015.
Un an après cette tragédie humaine, la Palestine est devenue, parallèlement, un membre officiel de la Cour pénale internationale (CPI) mercredi 1er avril 2015 ; une adhésion qui constitue une menace diplomatique brandie de longue date contre Israël par l’Autorité palestinienne qui espère ainsi que des dirigeants israéliens soient un jour condamnés pour crimes de guerre ou crimes liés à la corruption. « La Palestine recherche la justice, pas la vengeance », a assuré à cette occasion le ministre palestinien des Affaires étrangères, Ryad al-Malki.
La Cour pénale internationale est compétente pour juger les actes de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les crimes. Quatre dossiers pourraient être portés devant la Cour : les colonies, le mur de séparation, le siège sur Gaza et la guerre à Gaza. À l’annonce de l’adhésion de la Palestine à la CPI, Israël a cessé de verser quelque 106 millions de taxes qu’il prélève chaque mois et doit à l’Autorité palestinienne, avant de revenir sur sa décision ; un financement capital pour l’institution.
Les États-Unis et Israël ne figurent pas parmi les signataires du Traité de Rome auquel ont adhéré 122 États.
L’adhésion au Traité de Rome a ainsi ouvert droit aux Palestiniens de demander à la CPI d’enquêter à partir du 1er avril sur les allégations de crimes commis dans les Territoires palestiniens par l’armée israélienne à partir du 13 juin 2014, date à laquelle Israël a lancé une vaste campagne d’arrestations de Palestiniens, au lendemain du kidnapping en Cisjordanie occupée de trois jeunes Israéliens, par la suite assassinés.
À la suite de cet enlèvement, Israël lançait sa troisième offensive sur la bande de Gaza en six ans, tuant près de 2 200 Palestiniens, en grande majorité des civils. Plus de 70 personnes sont mortes côté israélien, quasiment tous des soldats.
Retour sur le parcours d’un des plus fervents partisans de la comparution d’Israël devant le Cour Pénale Internationale.
Paris, 13 juillet 2015 – Tout le destinait au mandarinat. Le bâton de maréchal de la corporation. Tout. Sa science, son expérience, sa conscience, son talent, son charisme. Tout, mais c’était sans compter sur le hasard. Le hasard qui ne favorise que ceux qui le méritent, selon l’expression de Pascal. Le hasard d’une rencontre qui déviera son parcours et fera que sa vie cessera d’être un long fleuve tranquille.
Le parrain : Françis Marcel Khan
Françis Marcel Khan, un chirurgien au franc parler légendaire, à la la volonté indomptable, aux convictions chevillées au corps, sera pour Christophe Oberlin cet heureux hasard, qui donnera sens à sa vie. Chef du service de rhumatologie à l’hôpital Bichat, pionnier en France du concept de fibromyalgie. Il a décrit au début de la décennie 1990 le syndrome SAPHO. Dans la décennie 1960, Françis Marcel Khan soutient les anticolonialistes algériens. Puis, il milite au côté de Palestiniens et d’Israéliens pour une paix juste. Il participe à de nombreuses missions civiles, en Cisjordanie et à Gaza.
Cofondateur de l’association de solidarité France Palestine et porte-parole du Collectif des citoyens français d’origine arabe et juive, un des organisateurs du tribunal Russel pour la Palestine, il décrit Ariel Sharon comme un « criminel de guerre ».
En janvier 2009, Marcel Francis Khan a signé une attestation de « bonne moralité » pour Siné, lors de son procès pour diffamation publique contre Claude Askolovitchqui qui l’avait traité d’antisémite.
Le parrainage est prestigieux et la relève à niveau.
Le disciple : Christophe Oberlin
Homme à la trempe d’acier, Christophe Oberlin n’a pas l’âme d’un potentat. Issu du même moule universitaire que son aîné, ce chirurgien des hôpitaux et professeur à la faculté Denis Diderot à Paris, spécialiste de la chirurgie réparatrice, enseigne l’anatomie, la chirurgie de la main et la microchirurgie en France et à l’étranger.
Parallèlement à son travail hospitalier et universitaire, il participe depuis 30 ans à des activités de chirurgie humanitaire et d’enseignement en Afrique sub-saharienne, notamment dans le domaine de la chirurgie de la lèpre, au Maghreb et en Asie. Depuis 2001, il dirige régulièrement des missions chirurgicales en Palestine, particulièrement dans la bande de Gaza où il a effectué près d’une trentaine de séjours.
Gaza-Palestine, sujet sensible s’il en est qui lui vaut les estocades régulières du judaïsme institutionnel par ses foucades et ses saillies non conformistes.
Iconoclaste, Christophe Oberlin secouera même la torpeur du landerneau politico médiatique en soumettant à l’attention de ces étudiants un sujet de brûlante actualité à savoir le comportement d’Israël à Gaza constitue-t-il une violation des Droits de l’Homme ? Ah le tollé. Ah Le tintamarre. Ah le brouhaha des interminables jérémiades des biens pensants.
Ou alors lors de la dernière offensive israélienne contre Gaza, en juillet 2014, alors que François Hollande se préoccupait exclusivement de la sécurité d’Israël sans piper mot des ravages considérables infligés à l’enclave palestinienne, Christophe Oberlin égrenera, dans une vidéo à compte d’auteur, les turpitudes des socialistes à l’égard des Palestiniens et leur connivence absolue avec Israël depuis Guy Mollet et l’expédition franco anglo israélienne contre Suez, en 1956, aux ratonnades d’Alger par Robert Lacoste, au l’hymne d’amour du socialiste François Hollande trinquant dans la cuisine de Benjamin Nethanyahu avec le chef du gouvernement le plus xénophobe de l’histoire d’Israël.
Depuis lors, Christophe Oberlin a pris la plume pour traîner Israël devant la Cour Pénale Internationale, sujet tabou s’il en est qui vaut à son auteur d’être accusé d’antisémitisme, voire même d’anti juif.
Dans un ouvrage retentissant « Le chemin de la Cour, les dirigeants israéliens devant la Cour Pénale internationale » (Editions Erick Bonnier), il démontre, argument à l’appui, que la juridiction internationale est une « instance de riches ».
Christophe Oberlin est également l’auteur de « Bienvenue à Gaza, destination interdite » (Editions Erick Bonnier), coauteur avec Jacques-Marie Bourget de « Survivre à Gaza », (éditions Koutoubia, 2009) la biographie de Mohamed al-Rantissi, le chirurgien palestinien frère du dirigeant historique du HAMAS assassiné par l’État d’Israël. Il est également le traducteur du livre « Gaza, au carrefour de l’histoire » du journaliste anglais Gerald Butt (aux éditions Encre d’Orient).
Christophe Oberlin… assurément, ne finira pas sa vie, pantouflant, pérorant à l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Mais, oriflamme au vent, à l’avant garde du combat pour la liberté des peuples.
Indomptable. Tel qu’en lui-même l’éternité le figera. Indéfectiblement attaché à Gaza, malgré les critiques qu’a pu susciter le comportement sectaire du commandement politique du Hamas, la branche palestinienne de la confrérie des Frères Musulmans, gestionnaire de l’enclave. Son nom indissociablement lié à Gaza, ses souffrances et ses espérances… La marque des hommes de conviction. La marque des grands hommes.
Indéfectiblement attaché à la cause palestinienne, malgré les reculades successives des autorités palestiniennes comme lors du dernier congrès de la FIFA, le 30 Mai 2015, chargé de suspendre la fédération israélienne de Footbal, coupable de « complicité avec les agissements des autorités israéliennes liés à l’occupation des Territoires palestiniens ». Des reculades sans contrepartie qui fragilisent la revendication nationale palestinienne et placent en porte à faux ses nombreux sympathisants à travers le Monde ; au point du découragement. Un sentiment qu’ignore superbement Christophe Oberlin avec en point de mire Gaza…
Gaza, « le symbole de ce qu’un pouvoir militariste et colonial peut faire de pire », selon l’expression d’un autre brave parmi les braves, Yonathan Shapira, ancien pilote d’hélicoptère, mis au ban de l’armée israélienne en 2003 pour avoir dénoncé ses méthodes, reconverti en ferme soutien des appelés et des réservistes qui refusent de servir dans l’enclave palestinienne.

Pour aller plus loin


Gaza. Témoignage de soldats israéliens : « Les tanks faisaient feu au hasard » Publié le 04/05/2015–par le Courrier International
L’ONG israélienne « Breaking the Silence » (Rompre le silence) publie les témoignages de 60 soldats et officiers ayant participé à l’opération Bordure protectrice contre Gaza a l’été 2014. Il en ressort une charge sans précédent contre les méthodes d’Israël vis-à-vis des civils palestiniens. Le rapport publié le 4 Mai 2015 fait l’objet de nombreuses et vives réactions dans la presse internationale. Ce rapport contient les témoignages inédits de 60 soldats et officiers ayant combattu dans les rangs de l’armée israélienne durant l’opération Bordure protectrice menée contre la bande de Gaza entre le 8 juillet et le 26 août 2014. « D’après l’ONG, les témoignages sont révélateurs d’un principe général qui a gouverné tout au long de Bordure protectrice : un minimum de risques pour les forces israéliennes même si cela impliquait de lourdes pertes pour les civils », rapporte le quotidien Ha’Aretz.
Les témoignages délivrés sous couvert d’anonymat et issus des rangs de l’armée israélienne donnent un « aperçu troublant des intentions et des méthodes de Tsahal », estime Philippe Sands, spécialiste du droit humanitaire international cité par The Guardian. Ils révèlent par exemple que “les troupes israéliennes sur le terrain étaient briefées pour considérer toute personne vivant à Gaza comme une « menace » et pour n’économiser aucune munition”, rapporte encore le quotidien anglais. « Les tanks faisaient feu au hasard ou par vengeance contre des bâtiments sans savoir s’il s’agissait de cibles militaires ou s’ils contenaient des civils.»
L’enquête de l’ONG, qui évite soigneusement le terme de « crime de guerre », montre que le droit international -qui oblige les armées en guerre à distinguer entre civils et forces ennemies et à protéger les civils- n’aurait donc pas été respecté par l’armée israélienne.
L’opération Bordure protectrice qui a duré cinquante et un jours a provoqué la mort de plus de 2 200 Palestiniens et celle de 72 Israéliens.

L'auteur de cet article, René Naba
Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias).


Source : Madaniÿa

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