mercredi 5 août 2015

Appel de Théodorakis au peuple grec



Victoire de Syriza, février 2015
"Je suis toujours contre la politique du "Mémorandum". Cela veut dire que je m'oppose catégoriquement à toute élection dans laquelle la seule chose qui compte soit de déterminer le meilleur gestionnaire pour l'application des conditions du "Mémorandum".
A tous ceux qui me demandent quelle est la position que je prends dans la perspective des élections à venir – et en particulier à l'égard du parti SYRIZA –, je voudrais donner la réponse suivante: je suis prêt à soutenir SYRIZA – mais uniquement à condition qu'avant même les élections, le parti s'engage dans le cas de la formation d'un gouvernement à introduire en tout premier lieu au Parlement un projet de loi qui libère une fois pour toutes notre pays des terribles conditions du "Mémorandum".Pour moi, ce serait, en effet, inacceptable qu'un parti de gauche gouverne sous le diktat de conditions signifiant l'abandon de notre indépendance nationale et de notre souveraineté, donc, la soumission à des puissances étrangères.
Mikis Theodorakis, le 6 janvier 2015






Le célèbre compositeur et militant communiste grec Mikis Theodorakis a fêté ses 90 ans le 29 juillet 2015 et se tient, malgré des problèmes de santé, toujours sur la brèche :



GRECE : Míkis Theodorákis : Stopper l’avancée du mémorandum qui conduira à la destruction et à l’esclavage !


Míkis Theodorákis vient de publier un nouveau manifeste aussitôt approuvé par de nombreuses autres personnalités en Grèce. Les mots sont bien pesés. Par son appel, il demande à « faire respecter toute la volonté du peuple grec, comme il s’est exprimé lors du référendum du Dimanche 5 Juillet 2015 et, ainsi, stopper l’avancée du mémorandum qui conduira à la destruction et à l’esclavage ».
Parmi les premiers signataires du texte, et à part Geórgios Kasimatis, professeur de droit constitutionnel à l’université d’Athènes, se sont joint à l’appel, Yórgos Vichas (cardiologue, membre du conseil de l’ordre des médecins d’Athènes, initiateur du centre médical solidaire d’Ellinikón et candidat non élu de Syriza aux élections législatives du 25 janvier 2015), Státhis Kouvelákis (professeur au King’s College de Londres et membre du comité central de Syriza), Dimítris Belandís (avocat et membre du comité central de Syriza), Katerina Thanopoúlou ( membre du comité central de Syriza et vice-présidente de la région Attique), Státhis (caricaturiste), Thémos Stoforopoulos (ambassadeur) et Mihális Stylianou (journaliste, directeur de la radio diffusion française en langue grecque pendant la dictature des colonels).
L’appel fait valoir que « le programme des memoranda, mis en place depuis 2010, viole ouvertement la constitution, tout comme il viole le droit européen et international. Il a également déjà causé le plus grand désastre économique et social en Europe occidentale depuis 1945. La Grèce est ainsi utilisée comme un rat de laboratoire pour tester en avant-première les méthodes de destruction de l’état social et de la démocratie en Europe. Pour maintenir alors les conditions morales et matérielles les plus élémentaires, nécessaires à la survie du peuple grec, ce programme doit être interrompu, de préférence en accord avec les autres pays de l’Union Européenne ou, si cela est impossible, de façon unilatérale. Il n’y a pas d’autre moyen pour sauver la Grèce et le peuple grec. Ce nouvel accord, qui a été signé sous l’effet de l’humiliation et en usant de moyens illégaux, se traduira par l’accaparement des biens publics et privés des grecs, y compris leurs résidences principales, leurs terres agricoles ainsi que les banques du pays ».
Míkis Theodorakis et les autres signataires du texte critiquent le gouvernement « pour avoir agi après le référendum comme si les grecs avaient voté oui car, au lieu d’organiser la défense du pays, le gouvernement a, au contraire, propagé au sein de la population le découragement, la peur et la panique. D’ailleurs, les deux partis qui gouvernent, après avoir incarné la lutte contre le mémorandum pendant trois ans, et cela jusqu’à la dernière minute, n’ont pas été préparés, et n’ont pas préparé le peuple grec et le pays non plus, devant la possibilité très probable de la rupture vis-à-vis de la troïka ».
Les signataires exhortent « le peuple grec, dans l’un des moments les plus dramatiques de son histoire, il ne faut pas perdre son courage car il faut se souvenir de ce que les ancêtres des grecs d’aujourd’hui avaient enduré, et ils ont survécu après avoir résisté et finalement vaincu, durant l’occupation allemande de 1941 à 1944 et suite à la terrible famine de 1941 et de 1942. La fierté et le patriotisme des grecs finiront par prévaloir face à la peur, ainsi la Grèce, la démocratie et l’Europe démocratique remporteront autant cette bataille. Les grecs doivent donc s’organiser pour lutter directement en aidant les plus faibles devant le spectre de la faim, devant la maladie et face à la misère, pour ainsi soutenir ces personnes dans leur dignité puis, afin de ne pas permettre la dislocation finale de l’état et de la société, comme le prévoit ce troisième mémorandum, en préservant si possible les fonctions les plus fondamentales, et donc résister face aux nouvelles mesures imposées. Les grecs doivent tirer toutes les conclusions qui s’imposent après tant d’expériences douloureuses, mais finalement nécessaires, et alors former un front de résistance enfin sérieux pour ne plus faire confiance par aveuglement aux sauveurs improvisés, aux aventuriers ou aux opportunistes. Devant le nouveau totalitarisme des financiers, plus dangereux que les totalitarismes des années 1930 et 1940, nous n’avons guère de choix, nous devons nous unir pour combattre et nous devons le faire maintenant. Demain peut-être il sera trop tard pour toute l’Europe et pour toute l’humanité ».
Source : Greek Crisis





L'Appel prémonitoire de Theodorakis du 10 juin 2015


Míkis Theodorakis appelle «à la création d’un nouveau mouvement EAM», Front National de Libération (grand mouvement de la Résistance lié au PC grec durant les années 1940). Il importe qu'en ces heures douloureuses pour la Grèce son appel visionnaire soit connu.

"Je dois m’exprimer, parce que je vois qu’un élément n’a pas été compris d’aucun parti comme vraiment sérieux (en relation au refus de la proposition de Tsipras et de l’approche des «européens» avec un texte contenant de nouvelles mesures d’austérité, humiliant et par conséquent inacceptable) : Je veux dire que j’ai l’opinion que l’élément idéologique est dominant et l’attitude de l’Europe à l’égard de gouvernement [grec] actuel qui proclame fièrement qu’il est de gauche. C’est parce que nous vivons actuellement une nouvelle ère d’hystérie anti-communiste, conduite par l’OTAN et ses plans de changer l’Ukraine en une base stratégique pour l’utiliser comme un tremplin contre la Russie de Poutine, l’Ennemi désigné numéro 1.
Vous vous demanderez peut être: «Mais qu’a à voir la Russie actuelle avec le Communisme?». La réponse est que, au delà du système politique et économique actuelle de la Russie, les puissances occidentales craignent que profondément au cœur du peuple russe se cachent les éléments de l’ère communiste. Et en Russie, la crainte d’un impérialisme américain agressif, qui l’oblige à dépenser une grande partie du budget de l’Etat dans un arsenal nucléaire créé à l’époque soviétique que les gouvernants actuels non seulement entretiennent mais améliorent pour qu’il demeure équivalent  à la force nucléaire des américains et de l’OTAN.
Il y a longtemps, l’historique Kissinger disait dans un discours que «seulement une guerre en Iran pourrait contraindre les Russes à sortir de leur cuirasse de protection militaire, ce qui nous aiderait à utiliser nos nouvelles armes nucléaires pour les exterminer». A ce niveau, c’est un conflit militaire majeur, les enjeux civils et militaires sont énormes et les autres enjeux économiques notamment sont secondaires pour eux (en particulier une petite économie comme la nôtre)..

Après tout, le président Bush a ouvertement révélé que les ennemis des USA devaient être abattus après la Serbie, l’Afghanistan et l’Irak. La liste se présentait dans l’ordre suivant.
a) Syrie, b) Corée du Nord,  c) Iran, d) Chine, et enfin e) la Russie.

Aujourd’hui, on assiste à la destruction de la Syrie, donc on peut conclure que ce n’était pas une simple déclaration, la Syrie confirmant les plans américains pour la conquête d’une hégémonie mondiale. Alors que nous écrivons ces lignes, certainement les instances suprêmes de l’OTAN et des USA préparent méticuleusement les plans des prochaines étapes.
Si la Russie était un simple pays néo-capitaliste comme certains le croient, alors pourquoi menacer de mort jusqu’à un simple premier ministre cherchant une forme de partenariat avec elle, même seulement sur le plan économique, comme cela a été fait pour des oléoducs? Bien sûr, l’extermination de peuples entiers, comme cela s’est passé en Serbie, en Afghanistan, en Irak et désormais en Syrie, est directement liée à l’industrie de la guerre des riches pays de l’OTAN en particulier les USA, contribuant de manière décisive à l’accumulation de profits colossaux et l’augmentation du niveau de vie de leurs peuples. mais ce qui m’inquiète le plus est «l’invasion» des américains et de leurs alliés européens en Ukraine, parce que cela a pour but de porter le conflit militaire sur la frontière russe.
Que ferons nous si l’armée ukrainienne, entrainée et armée par les USA, attaque la Crimée et la Russie sous le prétexte des efforts des citoyens combattant pour leur autonomie?  La propagande qui présente l’armée de défense de la Novorussia comme composée de soldats russes ne montre-t-elle pas qu’ils recherchent clairement un prétexte pour attaquer la Russie elle même?
Mon avis est que les Américains recherchent une domination mondiale totale, sans doute parce qu’ils constatent que la  Russie et la Chine développent rapidement un arsenal défensif et que demain ou après demain il sera trop tard pour les USA et l’OTAN de finaliser leurs plans de domination mondiale totale. Je pense que cette analyse explique cette opposition si dure à chaque action, à toute idéologie politique constituant un obstacle à leurs plans. C’est comme cela qu’ils traitent tous les partis et les peuples qui osent contester le camps américains, et en particulier c’est le cas des communistes et de la gauche.

Déjà le peuple Grec doit être traité et considéré comme un ennemi, puisqu’il a fait part de son opposition aux forces de la guerre et en particulier lorsque ces forces essayent d’exterminer militairement des peuples entiers. Alors que les européens les applaudissaient, le peuple grec marquait son opposition dans des rassemblements massifs. Il ne montrait pas de crainte d’être aux cotés des victimes et de condamner les criminels.(..)
Si nous considérons l’idéologie responsable de l’extermination des peuples comme de droite réactionnaire, alors nous devrions décrire les Grecs qui la combattent et la condamnent comme des progressistes de gauche. Vous comprenez donc l’importance du défi posé à ces chacals lorsqu’un peuple, un ennemi comme nous a, en plus, l’audace de choisir de placer au gouvernement un parti qui se déclare de gauche et qui est considéré comme communiste!
Dans ce cas, le défi est gigantesque et le risque d’une contagion à d’autres peuples d’Europe inquiétant, en particulier pour les leaders de l’Europe, qui sont la force dominante de toute ses institutions (politiques, économiques, militaires). Et bien sûr pour le leadership américain; une institution comme le FMI a décidé de nous exterminer, et maintenant avec Syriza au pouvoir, l’Europe et les USA vont essayer que cet assassinat soit définitif. Tout cela vise à démontrer que la conquête du pouvoir par un gouvernement de gauche est «aventuriste». Nous devons donc nous assurer du soutien de forces et de moyens qui peuvent nous abriter des attaques de ces forces qui n’hésitent pas à massacrer des peuples entiers.
Dans notre cas, parce que nous sommes un état membre de l’Europe, ils ne vont pas utiliser des armes de guerre, mais des méthodes d’étranglement économique. Ils sont en train d’atteindre leur but avec les dernières propositions des «institutions», dans la droite ligne des Mémorandums.
En d’autres termes, au lieu d’une mort rapide par la guerre, c’est une mort lente par l’économie et la démolition complète de notre nation sur tout les plans: commerce, production, santé, éducation, nature et culture. C’est pourquoi je crois que nous devrions adopter une nouvelle politique à un niveau national pour pouvoir nous mettre à l’abri de la tempête qui vient. Et surtout être sans illusions sur la vraie nature de tout cela, derrière les belles paroles, les sourires et les bonnes manières, le poignard est prêt pour nous frapper sans merci, car appartenant aux forces du Chaos, qui ont déjà commencé leur chemin .
Et pour revenir sur notre propre évaluation, je pense que les développements prouvent qu’il était correcte de penser comme Spitha (L’Étincelle mouvement fondé par Théodorakis) qu’il n’y a pas de solution sans changer de système. Le système est si puissant qu’il peut changer toutes institutions selon ses propres ambitions comme il le fait actuellement sous la menace d’asphyxie économique.
Donc, pour son salut notre peuple a besoin d’une politique responsable avec comme objectif stratégique  la conquête de notre indépendance nationale. Et le plus important: la principale force pour sauver le peuple c’est le peuple lui-même.
C’est aux principales forces sociales et politiques de l’éclairer, pour le convaincre de la certitude de la victoire qui devrait être basée sur:
Premièrement, son organisation de classe avec un Front Patriotique et Social à l’image de l’EAM.  Deuxièmement, l’exploitation de notre richesse nationale et troisièmement, à de nouvelles alliances avec les États qui nous accordent un traitement équitable et non hostile, contrairement à ce que font depuis 1821  nos amis implacables, qui nous traitent comme leur colonie et sont derrière toutes les grandes catastrophes nationales qui ont frappé notre pays. (..)
En effet, cette opération sera pour notre pays notre principale politique de développement qui nous conduira à gagner notre autonomie économique qui est la base de l’Indépendance Nationale et du rétablissement national. Ce but pour conquérir la neutralité du pays pour devenir un pôle  de paix et de culture nous aidera à équilibrer nos relations avec les peuples d’Europe et des civilisations occidentales et les peuples de l’Est avec qui notre alliance sera d’abord principalement économique et culturelle.
Il ne faut pas oublier que la Grèce a brillé, lorsque la culture était capable d’assimiler des éléments dans la culture occidentale et orientale en créant sa propre civilisation grecque, qui - en particulier dans l’Antiquité - n’a été dépassée nulle part et demeure un phare important au sein de la culture mondiale.

Malheureusement, SYRIZA  a ignoré ces vérités, même s’il a travaillé avec nous dans le EL.LA.D.A. pendant un temps. Mais il était préoccupé par la réponse phénoménale du peuple à l’appel du 12 février avec les signatures des représentants du Front EPAM (Glezos, Kasimati, Theodorakis). Qu’est-ce que nous avons montré avec ces centaines de milliers de personnes qui ont rempli le centre d’Athènes? Cela a démontré que les gens croyaient que le lendemain serait formé la direction du Front, qui ferait de lui un protagoniste des développements politiques, tournant le dos à la maison des trahisons, la Troïka était devenue l’instrument pour conférer une légitimité démocratique aux actions illégales de mémorandums illégaux visant à mettre à genoux notre peuple.
Alors que là étaient les attentes du peuple, le voila soudain qui voit que les différents courants de SYRIZA sont une partie de cette Chambre des députés honnie, ce qui le glace et le déçoit et depuis, je n’ai jamais vu de manifestations et je n’ai jamais plus entendu Manolis Glezos crier depuis Bruxelles pour appeler le peuple à descendre dans la rue et sur les places pour le soutenir. Un gouvernement de gauche qui tente à travers le système et son instrument, le parlement grec, sans oser abolir les mémorandums, mais à la place répand l’illusion que ses sourires vont changer l’attitude des concepteurs des mémorandums avec comme seul argument et soutien le vote tout frais de 36% du peuple grec. Ignorant complètement que le précédent représentant élu du peuple grec, le gouvernement du troisième Papandreou a signé la cession de notre indépendance nationale et de toute la richesse du pays avec les rouages de ces memorandums, ce qui permet naturellement de nous traiter comme les colonialistes  traitaient auparavavant leurs colonies.
Alexis Tsipras estime que, en cultivant des relations personnelles avec eux, cela permettra de les faire renoncer à imposer à notre peuple les termes qu’ils veulent (…). Tout cela dans le cadre de l’OTAN que l’analyse géostratégique  montre qu’il conduit le pays vers l’arrière, tandis que les coups contre notre peuple seront beaucoup plus douloureux que ceux nous avons connus jusqu’ici, plongeant notre peuple dans une faiblesse dévastatrice et l’effort  pour la victoire finale dans un avenir sombre.
Mikis Theodorakis, le 10 juin 2015




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