mercredi 8 juillet 2015

Vous souvenez-vous de Fukushima ?




Dans les années 1970, on estimait le risque d’accident à une fois tous les cent mille ans. Pourtant à vingt-cinq ans d’intervalle, nous avons eu Tchernobyl puis Fukushima. En fait, la probabilité de tels accidents est complètement imprévisible, estime Ivo Rens, dépositaire de l’Appel. Sur les 400 réacteurs nucléaires actifs dans le monde, une majorité date des années 1970. Une catastrophe pourrait surgir n’importe où, n’importe quand. Appel de Genève II

"Voilà le capitalisme encore une fois résumé : l'enrichissement de certains par l'appauvrissement de tous...Audrey Vernon



Bouddha à Fukushima au printemps




Qu'est-il arrivé ?

On trouve des maisons
et des champs,
on trouve de douces
montagnes et la mer.

Chaque jour se présentent
le matin et la nuit.
Il vente
et parfois il pleut.

Mais personne n'habite là,
on trouve des villages bien-aimés
où les hommes ont disparu,
ils ne peuvent y habiter.

Une telle chose s'est produite
Le long du Hamadōri, la côte de Fukushima
Comme le nom de cet endroit sonne joliment !  
L'Abumaka-kōchi
se trouve, lui aussi, entre les monts

les vents sentaient bon,
les pluies avaient de belles couleurs,
le soleil matinal avait de la force,
le soleil du soir avait de la tendresse.

Au début du 21ème siècle
dans cet endroit du Fukushima
 le parfum des vents a disparu.
Ont disparu les couleurs de la pluie, 
du soleil matinal et vespéral,
 ils ne restent que dans nos souvenirs

Hélas, qu'est-il arrivé?





« Avant la catastrophe, nous nous inquiétions un peu de la possibilité d'un accident nucléaire, mais jamais nous n'aurions pensé que cela puisse être si grave. Quand nous avons été évacués, nous pensions être de retour trois jours plus tard. Tous ces experts de l'industrie nucléaire nous assuraient : c'est une énergie sûre. Sûr, sûr, sûr, on entendait ce mot tout le temps. »
M. et Mme Watanabe, 65 et 62 ans, agriculteurs





... Fukushima est « extrêmement contaminée », la flore, la faune, les sols ainsi que les sédiments marins sont affectés et il en sera ainsi pendant « des dizaines de générations ». Karamoskos dit ceci :
            « Il était bien entendu indispensable d’évacuer, et même si la contamination s’arrêtait demain, la région demeurerait contaminée pour les 200 prochaines années. »

Il s’est rendu à Fukushima après la catastrophe et il en est vraiment revenu profondément bouleversé :

            « Même si vous nettoyez une parcelle pour permettre aux gens d’y vivre, ils se trouveront cernés de terrains contaminés. Ils ont vécu là depuis des générations, or ils ont perdu leur identité. Leur vie actuelle c’est de la survie — les communautés ne pourront pas renaître. » 
Docteur Peter Karamoskos, radiologiste nucléaire





Photo : Fonzy



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Au lieu de tenter de nous faire oublier les catastrophes déjà subies, les Etats, les institutions internationales et les pouvoirs économiques devraient décider l’abandon du nucléaire pour aborder la transition vers le tout renouvelable, parfaitement en mesure d’assurer la relève, à condition que l’on cesse d’entraver son développement.

On ne peut pas prendre encore le risque d’un accident nucléaire meurtrier qui rendra inhabitable d’immenses territoires pendant des siècles, sous prétexte d’un besoin douteux en électricité. N’oublions pas que l’on a décidé de construire des centrales nucléaires pour ensuite se demander comment vendre le courant ainsi produit. Ce qui a conduit les compagnies d’électricité à promouvoir diverses aberrations énergétiques telles que le chauffage électrique, le développement inconsidéré de l’éclairage public, notamment.

Le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable; son abandon est donc inéluctable.

Tout retard ne fait qu’augmenter le risque d’une prochaine catastrophe. Après Fukushima, le Japon a bien arrêté la quasi totalité de ses réacteurs : c’est donc possible !

C’est la seule attitude responsable. C’est notre seul moyen de limiter les problèmes insolubles que nous léguerons aux générations futures ».



Alors que Fukushima est un désastre écologique permanent (3 cœurs nucléaires fondus polluant 300 m3 d’eau se déversant chaque jour dans le Pacifique, 3 réacteurs inapprochables contaminant l’atmosphère en continu car ayant perdu leurs barrières de confinement, une décontamination des sols à refaire en permanence à cause du déplacement des radionucléides par la pluie, le vent, la poussière, …), le désastre est aussi politique avec un gouvernement qui a choisi de sacrifier sa population sur l’autel du sport. Pour assurer la réussite des JO en 2020, il lui est nécessaire de démontrer que tout va bien, c'est-à-dire de montrer que la population est revenue vivre dans des territoires décontaminés. On fait COMME SI tout était réglé alors que le scénario du pire, tant craint en 2011, est toujours en train de se produire : 3 coriums sont sortis des cuves des réacteurs et personne ne sait où ils sont aujourd’hui. Rien n’est réglé, mais le monde entier devra CROIRE que tout va mieux.
Déjà 127 cas de cancers de la thyroïde ont été diagnostiqués chez les enfants de Fukushima. Mais comme pour la centrale, on fait COMME SI. On annonce que ces maladies sont sans rapport avec la radioactivité. Pourtant, les cancers de la thyroïde, c’est l’arbre qui cache la forêt car bien d'autres pathologies, plus difficiles à mettre en évidence, sont sans doute en train d'apparaitre chez les enfants de Fukushima (pathologies cardiaques, cataractes, déficits immunitaires, leucémies, etc). Les JO seront terminés quand toutes ces pathologies seront dévoilées. Les sportifs qui oseront aller à Tokyo devront CROIRE que la radioactivité est inoffensive.

Beaucoup de familles sont installées loin de leur village d’origine tandis que les pères continuent de travailler dans le département où elles vivaient. Une majorité d’entre elles sont propriétaires de leur maison ou appartement ; elles ont emprunté pour cela et il leur est par conséquent très difficile de tout abandonner sans l’application d’un droit au refuge, soit l’assurance d’une compensation financière et d’une aide à la recherche d’emploi dans la région d’accueil. Cela serait envisageable si l’on considère les sommes faramineuses consacrées à la décontamination inefficace des territoires. Ces habitants sont mis dans une situation inextricable et cela se traduit par un taux de divorce élevé, de même que celui des suicides et des dépressions nerveuses…
Néanmoins, le gouvernement entretient soigneusement l’idée d’un retour possible et tend à rouvrir progressivement les zones qui étaient interdites à l’habitation. Ainsi, la zone de réglementation spéciale qui recouvrait les neuf collectivités locales autour de la centrale a été totalement supprimée, ce qui recouvre une population de 76 420 personnes. Un peu moins de deux tiers d’entre elles – 51 360 personnes exactement – se trouvent dans la zone de « préparation à l’annulation de la directive d’évacuation » – dont le taux de contamination est en deça de 20 millisieverts (mSv) –, ce qui signifie qu’elles peuvent se déplacer librement dans cette zone durant la journée afin d’entretenir leur habitat ou d’y travailler. L’annulation de la directive a été effective en partie en 2014. Dans la zone de restriction de résidence, qui concerne 25 % des habitants (19 230 personnes), il est permis d’entrer et de sortir librement pendant la journée mais pas de travailler. Cécile Asanuma-Brice, chercheuse au CNRS


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Situation sanitaire

                Au Japon, nous sommes toujours sous l'état d'urgence décrété le 11 mars 2011. Pour que la déclaration soit levée, il faut que le niveau radioactif redevienne normal, c'est-à-dire 1 mSV/an et que des zones sous contrôle soient supprimées, sauf les zones de non-retour. C’est la raison pour laquelle le gouvernement japonais se précipite de faire revenir la population locale dans son habitat d'origine. Mais on n'est encore très loin de la normalisation.

Quand on aborde la question de la santé après l'accident de Fukushima-Daiichi, on a l'impression d'être dans un brouillard épais. Pourquoi cette invisibilité profonde ? Il y a deux raisons principales. 

Premièrement, les effets des radiations sur le corps humain ne sont pas toujours évidents, il y a les effets dits stochastiques et les déterministes. Les premiers se verront dans dix à vingt ans, voire plus de trente ans, les seconds sont les réactions immédiates, dont on n’a pas besoin de parler puisqu’ils sont déjà reconnus (brûlures, détérioration de peau, saignements, cheveux tombés, cancers,  décès...). Mais pour les effets stochastiques, avec le temps, ils pourraient être attribués à d’autres causes, car le savoir scientifique d'aujourd'hui refuse de reconnaître l'impact de la radioactivité dans certaines maladies somatiques. Pourtant, depuis Tchernobyl, la science a connu un certain progrès, notamment dans le domaine de la biologie moléculaire pour déterminer les réactions des radionucléides dans les tissus. Deuxièmement, il y a une volonté de minimisations, de falsification, et de désinformation de la part des autorités nationales et internationales, de TEPCO, et des experts de radioprotection des organisations internationales, et Yves va aborder précisément cette question. Ces procédures ne sont pas nouvelles à Fukushima, mais on les observe depuis l'accident de Tchernobyl. C’est souvent le même discours, le même dogme mensonger propagé par les mêmes acteurs. Chaque fois qu'on parle de la gestion de la santé lié aux accidents nucléaires, on doit dénoncer ce système de censure instauré par la mafia atomique qui comprend non seulement les autorités locales et nationales mais aussi les organisations internationales telles que l'AIEA, l'UNSCEAR et la CIPR.

                Revenons sur les faits concrets à Fukushima : D'abord, un chiffre important. Il y a toujours environ 120 000 réfugiés à Fukushima dont 71 000 à l'intérieur du département et 47 000 à l'extérieur. 3 600 personnes, mortes ou disparues (chiffres de fin janvier 2015), directement ou indirectement à cause du désastre de Fukushima depuis quatre ans. Les trois quarts des réfugiés restent dans des petites maisons préfabriquées et cela renforce encore leur fragilité sanitaire. Le nombre de suicides augmente  à Fukushima.
                Les chiffres récents montrent une augmentation très sensible du nombre de cancers de la thyroïde chez les enfants de Fukushima. 116 cas de cancer de la thyroïde ont été confirmés chez des enfants de moins de 18 ans, sur 296 226 enfants examinés. Les autorités sanitaires réaffirme que ce résultat n'a rien à voir avec les effets radiologiques de l'accident de Fukushima-Daiichi. Professeur Tsuda Toshihidé, épidémiologiste de l’université d’Okayama, a confirmé au contraire un déclenchement significatif d’apparition du cancer chez les enfants de Fukushima.

                Alors, les experts officieux font exactement le même discours que celui au moment de Tchernobyl. Je cite une phrase du livre « Le Crime de Tchernobyl » de Wladimir Tchertkoff : L’argument habituel contre ce genre de statistiques consiste à dire que l’augmentation observée n’est qu’un effet de screening, c’est-à-dire qu’elle provient de l’attention excessive portée à ces cas. Fin de citation.
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"...Malgré les protestations de la population japonaise qui subit de près ou de loin la contamination radioactive tant externe qu’interne et face à la menace permanente d’un nouveau séisme, d’une erreur humaine, d'une défaillance technique, le gouvernement précédent a décidé de redémarrer les deux réacteurs de la centrale d’Ohi, décision que le nouveau gouvernement récemment élu n’a pas remise en question. 

Nous remercions beaucoup le Japon d’avoir fait la preuve, après le terrible tremblement de terre de 2011, qu’un grand pays industrialisé et fortement nucléarisé pouvait arrêter immédiatement ses réacteurs nucléaires sans revenir ni à la bougie ni au Moyen Âge. 

Au même titre que nous demandons l’arrêt immédiat du nucléaire en France, nous sommes solidaires avec les populations des territoires contaminés et les personnes et associations qui sont en lutte au Japon pour le non-redémarrage des centrales et pour l’arrêt total et définitif du nucléaire...."
Lettre ouverte à Mr Ichiro Komatsu, Ambassadeur du Japon en France




« Le bilan fin mars de cette année de TEPCo : 205 000 000 000 yen soit 1 506 750 000 euros »

« Nos demandes : - Ne pas redémarrer la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa dans le département de Niigata,
 - Démanteler toutes les centrales nucléaires, - Collaborer aux enquêtes effectuées par la justice, - Ne pas cacher les preuves de l’accident, - Réparer vite et sincèrement tous les dégâts aux victimes et les sinistrés, - Traiter Tepco comme une entreprise en banqueroute et résoudre les problèmes de dette.




Nous remercions les veilleurs du blog Fukushima pour leur précieux travail de "renseignement".







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