samedi 18 juillet 2015

Marijuana médicale



Marijuana médicale




Le cannabis est tellement extraordinaire, comme le blé d’ailleurs, qu’on dirait qu’il ne vient pas de notre planète.
Anyway, toute cette science pour expliquer pourquoi depuis qu’il existe le cannabis a été utilisé à toutes les sauces et librement.
Que la science médicale qui, soit dit en en passant ne connaît rien mais absolument rien de la schizophrénie qu’elle a elle même nommée mais qu’elle prétend soigner(!), se soit appropriée le cannabis et exige de nous expliquer en long et en large le pourquoi du quoi d’un produit naturel gratuit que notre Mère Gaïa nous offre en cadeau et dont on connaît les effets depuis des millénaires est hallucinant… Quelle perte de temps ! Vive la révolution



Le recours au cannabis médical reste un parcours semé d’embûches
Par Valérie de Graffenried

« Docteur, donnez-moi du cannabis. » La prescription de médicaments à base de cannabis est possible en Suisse, sur autorisation exceptionnelle et à des conditions strictes. Ce sont des patients souffrant de pathologies sévères, comme le cancer, le sida ou la sclérose en plaques, qui peuvent en bénéficier. On est bien loin du cannabis récréatif et de l’image de fumeurs de joints babas cool qui ne chercheraient qu’à planer.
L’usage thérapeutique de la substance est toujours plus toléré. Et reconnu des milieux scientifiques, malgré des réticences dues à certains préjugés et à la réputation sulfureuse de la plante. En Suisse, une dizaine d’autorisations sont délivrées chaque semaine par l’Office fédéral de la santé publique. Et la tendance est à la hausse. Le ministre Alain Berset lui-même l’a récemment rappelé.
Sur le plan politique, le débat avance. Le Conseil national vient d’accepter en juin une motion de la Vert’libérale Margrit Kessler qui propose un pas de plus : autoriser également le cannabis naturel à des fins médicales, comme alternative à celui de synthèse et à la teinture de cannabis.
Une démarche appuyée par certains médecins. L’auteur, qui se défend de vouloir relancer le débat sur la libéralisation, met le doigt sur un vrai problème : la plupart des patients qui répondent aux critères pour bénéficier de ces thérapies particulières y renoncent, à cause des lourdeurs administratives pour obtenir les ordonnances. Et parce que ces traitements, que les caisses maladie ne sont pas tenues de rembourser, restent coûteux. Par ricochet, ils préfèrent s’en procurer de manière illégale et se tournent vers le marché noir.
La substance n’a pourtant pas pour seule vertu de soulager des maux terribles. Elle permet également de diminuer des effets secondaires de traitements lourds, voire de renoncer à des antidouleurs. Et d’abaisser les coûts de médication. Le Conseil fédéral lui-même l’a admis, dans sa réponse à la motion de la conseillère nationale. Ces arguments devraient davantage peser dans le débat.
Valérie de Graffenried



Une fiole contenant un gramme de THC coûte 1700 francs. (Eddy Mottaz)




Les promesses médicales inexplorées du cannabis
Par Cécile Zünd
Face aux difficultés d’obtenir des médicaments à base de THC, les malades se tournent vers le marché noir. Reportage :

Pour Emilie*, 53 ans, ex-toxicomane séropositive, le cannabis est une béquille. Alors, quand en juin, le Conseil national acceptait la motion de la députée vert’libérale saint-galloise Margrit Kessler, exhortant le gouvernement à faciliter l’accès au THC thérapeutique, elle s’est mise à espérer le début d’un changement.
Depuis la révision de la Loi sur les stupéfiants (LStup) en 2011, les patients atteints de pathologies sévères, telles que cancer ou Parkinson, peuvent obtenir une autorisation exceptionnelle pour un médicament contenant du tétrahydrocannabinol (THC), composant psychoactif de la plante. Mais, remarque la motion, ceux qui trouvent dans le chanvre un remède sont tentés d’opter pour la voie illégale, plutôt que de passer par des procédures administratives et payer au prix fort des substances souvent pas remboursées.
C’est le cas d’Emilie. Elle a subi des traitements lourds ces vingt dernières années, entre une cure de désintoxication à la méthadone et une trithérapie. Il y a un an, on lui a diagnostiqué un cancer du poumon. Se succèdent alors chimiothérapies, radiothérapies, morphine, antidouleurs, antibiotiques. Le cannabis l’aide à «tenir le coup psychiquement». Pour éviter les effets nocifs de la combustion, elle a remplacé les joints par un inhalateur de vapeur. «L’herbe me rend l’appétit et calme les nausées dues à la chimiothérapie.» Il lui permet aussi de réduire les doses des médicaments antidouleurs aux puissants effets secondaires.
Chaque semaine, Emilie défie la loi pour se procurer les fleurs qui l’aident à dompter ses maux. A Genève, dans un lieu qu’elle préfère tenir secret, ils sont plusieurs dizaines, réunis en association, à se retrouver les jeudis pour partager quelque 500 grammes d’herbe provenant de plantes disséminées dans leur réseau. Chaque membre peut emporter jusqu’à 20 grammes, vendu 10 francs le gramme. Ils sont tétraplégiques, séropositifs, atteints de sclérose en plaque, d’hépatite, de cancer ou d’épilepsie, tous passés par des traitements lourds. «On leur évite de devoir se fournir dans la rue», dit Emilie. Une règle intangible vaut pour les 80 adhérents de l’association: pour en faire partie, il faut présenter un certificat médical. Emilie montre le sien, signé par un médecin genevois. Le document précise qu’elle «prend du cannabis pour supporter les traitements, maintenir son appétit et surtout contrôler les douleurs».
La députée au Grand Conseil genevois Salika Wenger milite pour que cette association soit reconnue d’intérêt public. Elle aussi a utilisé du cannabis durant plusieurs mois, pour soulager des nausées dues à une thérapie. «Je prenais 27 pilules par jour, je ne pouvais pas en avaler une de plus», se souvient-elle.
Brandir un certificat médical ne constitue pas un rempart contre la police pour ceux qui naviguent en zone grise. Le mois dernier, quatre membres de l’association étaient jugés et condamnés à des jours-amendes pour avoir cultivé, vendu et donné du chanvre à des tiers. Depuis, le local où ils entretenaient des «plantes mères», destinées à produire des plantons distribués aux malades de l’association, a été détruit. Se procurer de l’herbe est devenu plus difficile, mais pas assez pour qu’ils renoncent à leurs échanges prohibés.
«Les politiciens savent qu’on existe. Les médecins nous envoient des patients», souligne Raphaël*, un autre membre. Dans son appartement à Genève, 65 plantes ont déjà remplacé celles qu’ont saisies les policiers. De quoi produire deux kilos d’herbe d’ici à la fin de l’été. Une partie est destinée à sa propre consommation, l’autre ira à l’association. Ce peintre en bâtiment indépendant a traversé plusieurs zones de turbulences: dettes, faillite, burn out. On lui a diagnostiqué une dépression chronique. «Fumer deux ou trois joints tous les soirs m’aide à dormir et m’évite de prendre des antidépresseurs.» S’il devait se fournir dans la rue, il en aurait pour 10000 à 15000 francs par an, estime-t-il, soit un quart de son salaire. En cultivant lui-même, les coûts de sa consommation s’élèvent à 2000-3000 francs annuels.
La doctoresse Barbara Broers, médecin, responsable de l’unité des dépendances aux HUG, a parmi ses patients quelques membres de l’association, dont elle atteste par certificat qu’ils consomment du cannabis pour des raisons médicales. «Je ne recommande jamais à un patient de fumer de l’herbe. Mais je rencontre des malades chez qui les traitements classiques ne fonctionnent pas et qui découvrent que le cannabis les soulage.» Barbara Broers plaide, aux côtés d’autres médecins, pharmaciens ou scientifiques réunis au sein de la Swiss Task Force for Cannabinoids in Medicine (STCM), pour que l’usage médical du cannabis soit facilité. «Nous nageons en plein paradoxe: je peux prescrire de la morphine ou des benzodiazépines, mais pas du cannabis, alors qu’il présente moins d’effets secondaires.» Pas question, en revanche, de militer pour la légalisation du cannabis: «C’est un autre débat.»
La révision de la LStup entrée en vigueur en 2011, ouvrant la voie au cannabis thérapeutique, avait suscité l’engouement de malades et d’une poignée de scientifiques. Un seul médicament a été homologué depuis par Swissmedic, en novembre 2013: le Sativex, un spray buccal contenant du THC, prescrit aux patients souffrant de spasmes liés à la sclérose en plaques. Les coûts du traitement s’élèvent à 645 francs par mois, remboursés à bien plaire par les caisses d’assurance.
Pour toute autre indication, un individu souhaitant recourir au cannabis médical doit réclamer, au travers de son médecin, une autorisation exceptionnelle auprès de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Depuis le 1er juillet 2011, ils sont 1800 à avoir bénéficié de cette exception, valable six mois, renouvelables. Mais ils sont toujours plus à la réclamer. L’OFSP a octroyé 350 autorisations en 2012, 740 en 2013 et plus de 1000 en 2014. Actuellement, elle en délivre 30 par semaine. Cette inflation de la demande a poussé l’office à commander une synthèse de 79 essais cliniques sur les effets du cannabis, dont les conclusions publiées le 23 juin relèvent qu’il «renferme un potentiel thérapeutique prometteur».
Des barrières subsistent face à une plante qui n’a pas perdu sa réputation sulfureuse. «Les médecins ne sont souvent pas prêts à reconnaître les vertus du cannabis. Pour eux, cela reste une drogue. Ou alors ils sont rebutés par les lourdeurs administratives des demandes d’autorisation», souligne Claude Vaney, médecin de la clinique bernoise de Montana.
Le THC ne suscite pas non plus l’enthousiasme de l’industrie pharmaceutique. Il reste un produit de niche, comme pour le chimiste Markus Lüdi, qui fabrique dans l’Emmental bernois des teintures au THC: «Seul un tiers des patients réagissent très favorablement. Mais à ces personnes, le cannabis offre une nouvelle vie.»
Valérie de Graffenried


*Prénoms d’emprunt M



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