lundi 6 juillet 2015

La Victoire de Samothrace (Spécial Grèce)





"Hier les Grecs ont voté majoritairement à 61,31% contre les mesures d’austérités qui leur sont proposées. Le même type de mesures qui ont prouvé leur inefficacité à sortir le pays de la crise depuis 6 ans.
Le « Non » s’impose dans toutes les régions du pays. Les plus hauts pourcentage en sa faveur sont enregistrés en Crète (69,9%) et dans les îles Ioniennes (67,7%). La plus petite différence avec le « Oui » dans le Péloponnèse avec 57% des suffrages pour le Non."






"Dans cette gigantomachie, qui oppose le gouvernement grec aux géants monstrueux de la partie la plus sombre de l'Europe décadente des banques et des conglomérats financiers, le peuple grec vient de remporter une victoire éclatante, qui pourrait se révéler décisive dans les mois à venir pour l'ensemble des peuples européens spoliés par un traité antidémocratique et trahis par des dirigeants totalement déconnectés des éléments terrestres, des nécessités historiques. Il nous appartient à tous de soutenir d'où nous sommesle processus de délivrance en cours, quels que soient nos moyens d'action au niveau local ou international. Résister c'est refuser la peur, le chantage permanent, les menaces de punitions, la dictature économique. C'est se battre quoi qu'il en coûte contre un ennemi qui ne fera pas de quartier. Les déclarations grimaçantes des "commissionnaires" de Bruxelles durant le référendum grec devraient nous en convaincre une bonne fois pour toutes. Un vent salubre s'est levé, la Victoire de Samothrace a déployé ses ailes et j'ai vu son ardent visage aux yeux d'orage traverser les foules héllènes en liesse à la conquête de leur liberté." André Chenet


Ce peuple, ne s'agenouille que devant ses mortsYannis Rítsos


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Lettre d'un Grec qui a voté "Non"




Bernard Pras, Le Cri




... en 1967 ma mère fut arrêtée. Quelques jours plus tard, nous quittions la Grèce pour un autre pays. En 1974, la Turquie envahissait Chypre. Quelques jours plus tard, mon père était mobilisé. Aujourd'hui, je vis à nouveau, comme alors, un moment de peur et d'impuissance. Chers co-Européens, pourquoi nous soumettez-vous à une telle épreuve?



Chers co-Européens.

Pourquoi ne devrions-nous pas imposer les plus riches ? Pourquoi ne devrions-nous pas protéger les plus démunis ? Pourquoi ne devrions-nous pas être gouvernés par des gens qui ne sont pas responsables de l'état où nous nous trouvons réduits ? Supporteriez-vous mieux que nous de voir des gens qui ont tout perdu dormir sur les trottoirs, tirer leur pitance des ordures et se suicider ? Ne voudriez-vous pas, vous aussi, leur venir en aide ?

Vous avez raison, ce sont nos propres politiciens qui nous ont menés au gouffre. Et c'est nous qui les avions élus. Et nous étions nombreux à nous arranger d'une situation d'illégalité permanente des transactions financières. Et il y avait des gens qui étaient payés à ne rien faire. Mais il y a aussi tous ceux qui travaillent, qui ne volent pas, qui n'exploitent pas leur prochain, mais s'affligent de sa peine et se réjouissent de sa joie. Vous ne les connaissez pas, parce que nous ne sommes pas encore suffisamment unis. Parce que nous parlons ici une langue minoritaire. Parce que l'esprit de clocher et la haine du voisin, diffus, sont, malheureusement, un commerce florissant.

Toutefois vous, de votre côté, souffrez que nous soyons plus pauvres, mais ne souffrez pas que vos représentants nous imposent des mesures qui creusent des inégalités entre nous que vous-mêmes ne supporteriez pas chez vous. Punissez-nous pour avoir laissé nos dirigeants nous endetter à un tel point, mais ne nous punissez pas pour vouloir partager plus équitablement entre nous le fardeau de la dette. Faites confiance à ce gouvernement, auquel nous faisons confiance. Nous avons nos raisons pour ne pas faire confiance à nos autres politiciens. Permettez-moi de vous dire qu'à notre place, vous en feriez autant.

Si nous disons « non », ce n'est pas à l'Europe que nous le disons. Au contraire, nous n'avions jamais élu un gouvernement au profil plus européen. Aucun avant lui n'avait donné la nationalité grecque aux enfants d'immigrés, aucun ne respectait comme lui l'humanité des prisonniers, aucun ne s'intéressait vraiment aux minorités, aucun ne paraissait vouloir s'attaquer à la corruption comme lui et, enfin, aucun ne semblait intéressé au sort des plus défavorisés, comme il l'est. Nous disons « non » à cette façon de faire qui nous interdit de nous attaquer à l'injustice dans notre pays de la façon qui nous apparaît comme la plus efficace, qui nous refuse le droit de payer notre dette en distribuant sa charge d'une manière que nous savons être plus efficace et plus juste.

Portez-vous bien.

Giorgos Faraklas







Merci à Giorgos Faraklas


Date de parution de l'article original: le 03/07/2015




Je ne suis plus ministre !

Délaration de Yannis Varoufakis, le 6 juillet 2015




Le référendum du 5 juillet restera dans l'histoire comme un moment unique où une petite nation européenne s'est dressée contre la servitude pour dettes.

Comme pour toutes les luttes pour les droits démocratiques, le prix à payer pour ce rejet historique de l'ultimatum du 25 juin de l'Eurogroupe est élevé. Il est donc essentiel que le grand capital engrangé par notre gouvernement par le splendide vote en faveur du NON soit immédiatement investi dans un OUI à une résolution appropriée - à un accord qui implique une restructuration de la dette, moins d'austérité, une redistribution en faveur des nécessiteux et de réelles réformes.

Peu après l'annonce des résultats du référendum, j'ai été informé que certains participants de l'Eurogroupe et «partenaires» assortis, préfèreraient me voir ... «absent» de ses réunions; une idée que le Premier ministre a jugée potentiellement utile pour lui permettre de parvenir à un accord. Pour cette raison, je quitte le ministère des Finances aujourd'hui.

Je considère qu'il est de mon devoir d'aider Alexis Tsipras à exploiter, comme il l'entend, le capital que le peuple grec nous a assuré par le référendum d'hier.

Et je resterai fier du dégoût que j'ai inspiré aux créanciers.

Nous, de la Gauche savons comment agir collectivement sans égard pour les privilèges de fonction. J'apporterai tout mon soutien au Premier ministre Tsipras, au nouveau ministre des Finances et à notre gouvernement.

L'effort surhumain pour honorer le courageux peuple de Grèce, et le célèbre ΌΧΙ (NON) qu'il a offert aux démocrates du monde entier, ne fait que commencer.

Yannis Varoufakis
Traduction : Fausto Giudice







Pour un retour à la drachme : appel d'économistes grecs et français


Par Auteurs divers (voir signatures sous cet appel)


Un appel d’économistes, universitaires ou praticiens, qui se prononcent en faveur du retour de la Grèce à une monnaie nationale





Après 6 années environ de sacrifices inhumains “demandés” à la population, la dette de la Grèce a grimpé et représente aujourd’hui 180 % du PIB (au début de la crise elle était de 120 %), et il est évident qu’elle n’est pas viable. Ce désastre est dû au plan imposé par la troïka et dont l’échec est complet, puisqu’il a fait chuter notre PIB, entre 2008 et 2015, de 26 %. Aucun pays n’a jamais subi un désastre d’une telle ampleur en temps de paix : le chômage officiel touche 27 % de la population active, l’austérité excessive, idée fixe des dirigeants de l’UE et qui vise directement la stabilité de l’euro, a détruit l’économie et a plongé en même temps l’Europe tout entière dans une récession permanente et un équilibre de sous-emploi. La Grèce, c’est malheureux, est utilisée comme premier animal de laboratoire. Ces lignes sont écrites à un moment où la négociation est en cours, entre le nouveau gouvernement grec du SYRIZA et les créanciers.



L’obsession de la troïka, qui demande des mesures encore plus inhumaines sans pour autant garantir le remboursement de la dette, intensifiant l’appauvrissement de la population, est absolument inacceptable, criminelle et tout compte fait, sans aucun contenu. Car, à partir du moment où les mesures imposées à l’économie sont totalement inefficaces et qu’elles se traduisent par une baisse continue du PIB, l’augmentation du chômage et l’intolérable dans ces conditions écroulement des recettes publiques, il est clair que ce plan fou de l’austérité asphyxiante devrait être abandonné, sans la moindre hésitation. À savoir que, en dépit des risques et des complications liées à la sortie événement sans précédent de la zone euro, y rester n’offre aucune solution. L’économie de la Grèce est ravagée et il est urgentissime de recourir à un plan de reconstruction et de développement.




La mise en œuvre d’un tel plan n’est pas possible avec les liquidités fournies au compte-goutte par la BCE. En effet, aucune économie ne s’est jamais développée dans le passé sans liquidité confortable et sans une inflation contrôlée. Par conséquent, seul un retour à sa monnaie nationale pourrait, dans certaines conditions, assurer à l’économie de la Grèce ravagée sa reconstruction et un développement rapide, nécessaire pour lui permettre de rembourser cette part de la dette qui n’est pas onéreuse et honteuse.

Alain Cotta, Professeur des Universités
Jean-Pierre  Gérard, Président de l’Institut Pomone
 Jean Hernandez,  Président de chambre honoraire à la cour des comptes, Ancien Directeur Adjoint du cabinet de Philippe Seguin, Vice-président du G21
 Roland Hureaux, membre   de l’Institut Pomone
Theodoros Katsanevas, Professeur à l’Université du Pirée, Président du parti Drachme, Mouvement démocratique grec 5 Étoiles (Drachme 5 Étoiles)
Gérard Lafay, Professeur émérite des Universités, Vice-président de l’Institut POMONE
 Maria Negreponti-Delivanis, Ex Recteur et Professeur à l’Université Macédonienne
Michel Robatel, fondateur de l’Institut  Pomone
Jacques Sapir, Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales
Directeur du CEMI-EHESS
Ilias Stamboliadis, Professeur à l’École Polytechnique de Hania-Crète
Jean-Claude Werrebrouck, Professeur à l’Université de Lille 2, membre  du G21
 
Images: effigies de Maria Callas, Melina Mercouri et Cornelius Castoriadis pour les billets de nouvelles drachmes conçus par l'artiste graphique Pavlos Vatikiotis

Source des articles : Tlaxcala







"Ne pleure pas sur la Grèce, -quand on croit qu’elle va fléchir,
le couteau contre l’os et la corde au cou,
La voici de nouveau qui s’élance, impétueuse et sauvage,
pour harponner la bête avec le trident du soleil."
Yannis Ritsos

Extrait de Dix-huit chansons sur les malheurs de la patrie
daté de 1968-1969, publié en 1973, traduit sur manuscrit par Dominique Grandmont.
Poème réédité dans Yannis Ritsos, Le mur dans le miroir et autres poèmes, Paris, Gallimard, 2001




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