samedi 25 juillet 2015

La langue française en péril (2)



lire la première partie de ce dossier : ICI


" Jadis, il se disait que ce sont les poètes qui vivifient une langue, la pérennisent par le biais la diction et de la mémoire. Ils sont aussi ceux qui la transforment, l'imaginent, la réinventent. Une langue meurt lorsqu'elle n'a plus de poète pour la régénérer et ne survie qu'à travers des clichés du passé, des expressions utilitaires, des mécanismes automatiques, des impératifs sociaux-économiques. À la différence des autres écrivains, les poètes, ces contempteurs innés des définitions toutes faites, brisent les liens par trop convenus de la grande tradition littéraire, comme en se jouant de la logique et des techniques qui président à l'élaboration des phrases. Le poète prend plaisir au non-sens, se réjouit de situations grammaticales absurdes, s'étonne toujours de rapprochements de mots inédits, fait feu de tout lapsus. Tel un enfant, il s'approprie une langue pour en éprouver toutes les contractions, les contradictions, toutes les saveurs possibles."
André Chenet




"La langue n'est pas une religion. Celle-ci est exclusive: on ne peut être à la fois musulman et catholique; on peut par contre parler et écrire plusieurs langues et accorder à chacune une certaine - ou égale - importance du point de vue de l'identité (Amin Maalouf, Les Identités meurtrières). Ce n'est que dans la sphère publique que la langue véhiculaire, quelle qu'elle soit, peut, en toute légitimité, en éclipser d’autres, pour des raisons de cohésion sociale ou de survie, comme dans le cas du Québec." Marco Micone


« ... l'appartenance à une langue n'est sans doute comparable à aucun autre mode d'inclusion. Par exemple, pour se limiter à quelques indices, elle ne se compare pas, au premier abord, à l'inclusion dans l'espace de la citoyenneté, de la nationalité, des frontières naturelles, historiques ou politiques, de la géographie ou de la géo-politique, du sol, du sang ou de la classe sociale, autant de totalités qui à leur tour, dès lors qu'elles sont surdéterminées, on devrait dire contaminées par les événements de langue [...] qu'elles impliquent toutes et tout aussi nécessairement, ne sont plus de part en part ce qu'elles sont ou ce qu'on croit qu'elles sont, à savoir identiques à elles-mêmes, donc simplement identifiables et dans cette mesure déterminables. » Jacques Derrida









À la fin du XIXe siècle, le français est à peu près tel que nous le connaissons aujourd'hui. Le vocabulaire a continué de s'enrichir avec le parlementarisme de la IIIe République (1870-1940) et la création des partis politiques, la naissance des syndicats, de la grande finance et du grand capitalisme, la renaissance des sports, l'amélioration des moyens de transport: apparition de l'avion, de l'automobile, de l'autobus et du tramway électrique. Les emprunts à l'anglais d'outre-Manche pénètrent massivement dans la langue française. L'unité linguistique prônée lors de la Révolution française est en grande partie, car les patois sont davantage devenus l'affaire des gens plus âgés. Il fallut néanmoins quelques décennies d'efforts dans les écoles pour tenter de faire disparaître les «idiomes» parlés par les Français ruraux. Puis, la Première Guerre mondiale jeta les hommes de France pêle-mêle dans toutes les directions, colonies comprises. On n'avait jamais vu un tel brassage de populations, qui favorisa nécessairement l'uniformisation linguistique.
Le XXe siècle a vu l'enseignement du français se poursuivre dans les anciennes colonies françaises, que ce soit l'Afrique ou les DOM-TOM, mais où le français est une langue seconde. Dans toutes ces régions hors de France, le français doit sa présence à l'histoire, c'est-à-dire à la colonisation.  L'internationalisation du français entraîne forcément une réduction de la mainmise sur la langue française de la part de la France. Désormais, le français n'appartient plus seulement à la France, surtout depuis l'affirmation identitaire qui a gagné la Belgique francophone, la Suisse romande, le Québec, le Nouveau-Brunswick (Acadie) et même la Louisiane.
.../...

Le traité de Versailles (1919) a marqué la cessation du privilège du français comme langue diplomatique: il a été rédigé à la fois en anglais et en français. L'après-guerre a entraîné de profonds changements sociaux par l'urbanisation généralisée, l'amélioration du niveau de vie des classes ouvrière et rurale, la force d'organisation des travailleurs. Les classes sociales s'interpénétrèrent et démocratisèrent la langue.
Il faut souligner aussi le rôle des moyens de diffusion dans l'évolution du français contemporain. Depuis l'expansion des médias électroniques, on remarque l'importance retrouvée de la langue parlée par rapport à la langue écrite; l'efficacité et la spontanéité de la langue parlée préoccupent davantage les contemporains que la "pureté" du français. Même la presse écrite tend à la simplification de la syntaxe par l'emploi de formules-chocs et de slogans. L'omniprésence de la publicité favorise le goût de l'intensité et de l'expressivité ainsi que la recherche quasi systématique de l'effet. 
Il existe plusieurs volets au caractère international de la langue française. Il s'agit d'abord de l'organisation la plus prestigieuse, l'ONU, et des organisations non gouvernementales (ONG) et de la Francophonie. Ce dernier volet constitue une partie distincte qu'on peut consulter sous le nom de Francophonie.








« La langue française n'est pas en péril », 
selon le recteur de l'Agence universitaire de la francophonie




La langue française n'est pas en péril et a besoin d'être défendue plutôt que d'être illustrée, a soutenu samedi à Ziguinchor (sud) le recteur de l'Agence universitaire de la francophonie (Auf), le Professeur Bernard Cerquiglini.

« Jamais depuis que le française s'est séparé du latin au 9éme siècle, on ne l'a autant écrit. Cette langue s'est développée comme elle ne l'a jamais été», a affirmé le Pr Cerquiglini, dans une leçon inaugurale sur le thème: "le français : langue de culture, de savoir et de solidarité''.

Invitant le public de l'université Assane Seck de Ziguinchor qui lui a décerné le même jour le titre de docteur honoris causa à ne pas écouter « les pleureuses», il a expliqué que « le français est vivant, il est parlé multiplement et qu'il n'est pas en péril».

« Il faut se défaire de l'idée qui consiste à  dire que la langue française est en péril. Le français est une langue vivante et riche. On n'a pas besoin de la défendre mais il faut l'illustrer», a ajouté le recteur de l'Auf.

Cependant, le professeur Cerquiglini, agrégé des lettres modernes, a estimé que « la langue française n'est pas plus claire qu'une autre langue. C'est son usage qui lui a rendu sa clarté, mais le français n'est pas clair».

Selon lui, 'le français est aussi une langue politique''. "La francophonie, a-t-il souligné, est la seule alliance politique internationale d'états formée sur une langue. Le Commonwealth n'est pas fondé sur la langue anglaise. Il est fondé sur la reine d'Angleterre".

Selon lui, ''il y a un lien intrinsèque de la langue aux politiques. Parler français, c'est entrer dans une communauté sociale et institutionnelle. D'où l'idée selon lui qu'on est citoyen par la langue''.

'C'est une langue à  laquelle l'histoire a associé des valeurs. N'écoutez pas ceux qui vous disent le français est intrinsèquement la langue des droits de l'homme. Non, non, on peut tout dire en français. Même le plus odieux, on l'a fait et certains continuent'', a réfuté Professeur Cerquiglini.

'Le français, ce n'est pas seulement un ensemble de sons, de syntaxes et des mots. C'est une sémantique des valeurs et d'actions de vie. C'est la langue des grands orateurs de l'abolition de l'esclavage. C'est la langue de la fraternité, parce que nous le voulons'', a-t-il dit.

Il a conclu que le français est ''une langue de solidarité, de fraternité qui doit s'ouvrir à la diversité et au plurilinguisme dans la mesure où il incarne la pluralité''.


Source : Seneweb.com






Langues : Le français résiste, l’allemand collabore
Le 22 mars 2010
Rzeczpospolita Varsovie



Une méthode d'auto-apprentissage de l'anglais édité par la BBC, dans les années 50. Image : banlon1964/Flickr. Image : banlon1964/Flickr
Face à l'avancée de l'anglais, Paris multiplie les lois protégeant l'utilisation de la langue de Molière et invente de nouveaux mots. A Berlin, le combat ne fait que commencer, mais il s'annonce difficile, car cela fait longtemps que l'allemand a déposé les armes.



Le Français moyen parle l’anglais comme une vache espagnole, c’est le constat lancé par le linguiste français Michel Arrivé. Avec le débarquement allié en Normandie, la langue de Molière a été américanisée, ce qui a conduit l'écrivain René Etiemble à formuler la question: "Parlez-vous franglais?". La langue des "rosbifs" mettait sérieusement en péril le patrimoine culturel de la France. Pour se protéger de ce danger, le gouvernement français a adopté en 1975 la loi,dite loi Bas-Lauriol, interdisant l'utilisation des termes anglais dans les documents officiels, dans la publicité et au sein de l’administration publique.
Les commissions de terminologie, créées au sein des ministères, ont alors sélectionné des milliers de termes français pour les substituer à ceux de la langue anglaise. De cette façon,  le terme "logiciel" a remplacé le mot "software", le "baladeur" celui du  "walkman",  l’"ordinateur" s’est substitué au "computer" et le "weekend" s’est transformé en "fin de semaine". Cette longue liste fut élargie ces dernières dix années notamment par les expressions "remue-méninges" pour désigner le "brainstorming", le "dialogue en ligne" pour le "chat", ou encore par le terme "courriel" pour"e-mail". 


Difficile de trouver un travail à Paris sans parler anglais
"Le temps de la résistance est venu"
Malgré tous ces efforts, tout au long des années 1980, l’anglais a continué à dominer dans les conférences scientifiques et dans le monde de la culture et la technologie. Alors en 1996, on a voté une nouvelle loi, dite loi Toubon, qui impose l’obligation d’utiliser la langue française et ainsi d’assurer sa primauté sur le territoire national. 

La bataille a-t-elle été gagnée pour autant ?  Pas du tout. La preuve, un groupe d'associations de défense de la langue française a lancé en octobre 2009 un nouveau cri d’alarme. Leur message : "Sur les murs de Paris il y a aujourd'hui plus de mots en anglais qu’il n’y en avait en allemand pendant l'occupation. Le temps de la résistance est donc venu".


Il faut dire, qu’ils n’ont pas tort, puisque l’on constate que malgré toutes les mesures législatives adoptées, l'anglais domine le monde de la science, de la publicité et celui des affaires. En effet, il est difficile aujourd'hui de trouver un emploi en France sans parler l'anglais. La mondialisation a obligé des entreprises françaises à accepter les règles du jeu international, imposant notamment la communication en anglais. 
Et pourtant, le Sénat français avait adopté en 2005 une proposition de loi destinée à renforcer la loi Toubon, et imposant aux dirigeants d'entreprises d’utiliser le français, notamment lors des négociations salariales, afin d’éviter les problèmes de communication. 

Les Allemands ont un complexe d'infériorité
Pendant que les Français continuent le combat, les Allemands l’ont abandonné définitivement depuis longtemps déjà. La phrase sanglante publiée récemment dans The Times veut tout dire: "la soumission linguistique allemande est pitoyable, dépourvue de toute dignité, bref pathétique." Selon les linguistes allemands, leur langue s’est enrichie d’environ 8 000 mots anglais, entrés dans le langage courrant. "Handy" pour le téléphone portable, "check-up", "net", "chartes",  ne sont que quelques mots parmi tant d’autres faisant désormais partie du dictionnaire. 


"Nous, les Allemands, nous avons un complexe d'infériorité. Nous considérons notre langue comme une fâcheuse nécessité, et nous préférons parler l'anglais" – admet dans une interview accordée à Rzeczpospolita le Dr. Holger Klatt, de l'Association de la langue allemande (VDS), qui réunit 32.000 puristes linguistiques. Le rôle majeur dans la destruction de la langue est attribué aux grandes multinationales. La publicité diffusée à la  radio et à la télévision bombarde les consommateurs de mots et d'expressions en anglais. Il a fallu attendre la bataille pour quelques mètres carrés d'asphalte dans une province de la Bavière, pour voir les prémices d’une prise de conscience quant à la gravité de la situation.
La revanche commence dans les gares
Sur le banc des accusés, les chemins de fer allemands, qui après avoir, pendant des années, horrifié leurs clients avec des toilettes appelées  "McClean", ont décidé récemment de construire dans la ville Straubing un parking appelé "Kiss & Ride". Cela n’a pas été du goût d’un retraité, qui a adressé une lettre au député conservateur bavarois Ernst Hinsken en lui demandant si le parking en question était destiné aux embrassades ou à faire du cheval. Le député, ébahi, a promis d'intervenir pour que les chemins de fer réduisent les anglicismes. Leur patron, Rüdiger Gruber, s’est par ailleurs engagé à rendre aux gares allemandes leur caractère germanique.
Bientôt, les "services points" devraient redevenir "Servicepunkte"  et le "flyer" (dépliant), le "Handzettel".

Cela va-t-il sceller la victoire de l’allemand sur l’anglais ? "Probablement pas", admet M. Klatt, en précisant: "Vous ne pouvez pas interdire aux gens de parler en anglais et on ne peut pas non plus arrêter la mondialisation. Il y a toutefois une chose qu’on peut faire : ne pas singer les Britanniques et les Américains, parce qu'ils sont morts de rire en nous voyant leurs lécher les bottes".

Source : VOXeurop



Aucun commentaire: