mercredi 1 juillet 2015

La Grèce, une chance de démocratie pour l'Europe





"Nous avons aujourd’hui l’occasion de nous prouver à nous-mêmes et de prouver au monde entier que la justice peut l’emporter. Nous avons une fois de plus l’occasion historique d’adresser à l’Europe et au monde un message d’espoir et de dignité.
Et rappelez-vous : en ces heures cruciales, où nous sommes tous appelés à nous hisser à la hauteur de notre histoire, nous n’avons peur que de la peur. Et nous ne la laisserons pas nous gagner."  Alexis Stirpas, le 28 juin 2015



Malgré l’ingérence et la pression des dirigeants de l’Union Européenne, le peuple grec a décidé de prendre courageusement son destin en main et d’en finir avec les politiques d’austérité qui ont plongé le pays dans la misère et la récession. Dans les pays victimes de la Troïka, mais aussi dans de nombreux autres pays européens, cette victoire est perçue comme un formidable encouragement à lutter pour mettre un terme à des politiques profitables aux marchés financiers et désastreuses pour les populations.



"Si vous parlez aux gens du FMI, ils invoqueront l’impossibilité de négocier avec Syriza, leur agacement pour leur arrogance et ainsi de suite. Mais nous ne sommes pas à l’école. Et en ce moment même, ce sont les créanciers, beaucoup plus que les Grecs, qui n’arrêtent pas de modifier les règles du jeu. De quoi s’agit-il donc ? L’objectif est-il de briser Syriza ? Est-il de pousser la Grèce dans un défaut aux effets probablement désastreux, pour soutenir ses adversaires ?Paul Krugman



"Comme Roosevelt se déclarait fier en 1936 d’être devenu objet de haine de l’oligarchie capitaliste qu’il avait décidé de défier carrément, Tsipras peut s’enorgueillir des tombereaux d’injures que lui réserve une oligarchie d’un autre type, le ramassis des supplétifs d’une époque finissante, et qui connaitront le même destin qu’elle, la honte de l’histoire." Frédérique Lordon







.../...
Même si cette dette est un fardeau très lourd à porter pour la Grèce, elle ne représente que 2 % du PIB de l’Union européenne. La dette grecque est pour l’Europe un enjeu politique plutôt que financier. Même la perte totale de ces créances ne représenterait qu’un choc financier facilement absorbable pour l’Europe. Pour les dirigeants de l’Union européenne, l’enjeu n’est pas financier, il est surtout de faire plier le gouvernement grec, afin que les autres peuples ne soient pas tentés de porter au pouvoir des forces politiques opposées aux logiques néolibérales et austéritaires ; il est de bien montrer qu’il n’y a pas d’alternative.
Depuis 5 mois, le gouvernement grec négocie avec ses créanciers pour obtenir un accord qui déboucherait sur le versement d’une nouvelle ligne de crédit de 7,2 milliards d’euros. L’essentiel de la discussion porte aujourd’hui sur la liste détaillée des réformes qui devront être votées par le parlement grec avant que le versement puisse avoir lieu. Ainsi, le FMI veut dicter la politique grecque selon ses œillères libérales : il refuse les hausses d’impôts sur les plus riches et les entreprises et exige la hausse de la TVA, la baisse des pensions de retraite, la fin de l’aide aux plus petites pensions et un vaste programme de privatisations.
Le fait que la négociation ne porte pas uniquement sur les cibles d’excédents budgétaires primaires (c’est-à-dire avant paiement des intérêts), mais aussi sur la façon d’atteindre ces cibles, pose un problème démocratique. Il existe en effet de nombreuses façons de dégager un excédent budgétaire donné (entre réduire les prestations sociales, augmenter les impôts, réduire les dépenses militaires, etc.). Le choix relève d’une décision politique, qui devrait en toute logique démocratique être confiée aux parlementaires grecs qui décideraient en fonction de critères de justice sociale ou de priorités de développement. Ce n’est pas aux créanciers d’arbitrer entre différentes mesures budgétairement équivalentes, car sinon la démocratie est vidée de sa substance et la Grèce transformée en colonie de la dette.
.../...
Un accord n’incluant que des mesures d’austérité (hausses d’impôts et baisses de dépenses publiques) ne résoudra donc rien. La Grèce a déjà fait un ajustement fiscal considérable, puisqu’en 2014 elle affichait un excédent budgétaire primaire structurel (c’est-à-dire corrigé des effets de la conjoncture) de 4,3 % (selon les calculs de la Commission européenne elle-même) ; la Grèce est donc déjà l’élève le plus vertueux de l’Europe en matière budgétaire ! De nouvelles mesures d’austérité ne feront qu’aggraver la situation, car elles relèvent de la même logique économique fausse dont l’échec n’est plus à démontrer : de par leur effet récessif, les mesures d’austérité affaiblissent l’économie (le PIB grec est aujourd’hui à 26 % en-dessous de son niveau de 2008). La capacité de remboursement de la Grèce est donc détruite et le ratio dette sur PIB explose (par effet du dénominateur). L’austérité, en plus d’être socialement destructrice, est donc économiquement dévastatrice et ne permet même pas d’atteindre son objectif premier qui est de permettre le remboursement de la dette.
.../...
Quoi qu’il advienne, les Grecs peuvent déjà s’enorgueillir d’avoir porté au pouvoir un gouvernement qui, jusque-là, a réussi à tenir tête à des créanciers bloqués dans une logique d’austérité destructrice. Mais on aurait tort de voir dans cette confrontation l’expression d’un égoïsme grec s’opposant à d’autres égoïsmes nationaux. Le gouvernement grec est porteur d’un intérêt général européen. En remettant ouvertement en cause les logiques économiques absurdes qui maintiennent toute l’Europe dans la crise, il ouvre des perspectives pour la refondation d’une Europe réellement démocratique et sociale. À l’inverse, un échec du gouvernement grec ouvrirait un boulevard pour les forces nationalistes et xénophobes qui se nourrissent de la crise et du déficit démocratique de l’Union. Le combat des Grecs est le combat de tous les Européens.
Nous accusons les créanciers de vouloir étouffer la Grèce...





Au regard de la situation en Grèce, 
et à la suite de la rupture des négociations par l’Eurogroupe, 
Podemos souhaite communiquer ce qui suit :


1. Lundi dernier, le gouvernement grec a présenté à l’Eurogroupe une proposition d’accord qui comprenait un grand nombre de concessions et a été saluée par l’ensemble des prêteurs comme une proposition raisonnable et viable. Dans les jours qui ont suivi, cependant, les créanciers internationaux, emmenés par le FMI, ont finalement rejeté la proposition du gouvernement grec de taxer les secteurs les plus riches de la société, de restructurer la dette et de mettre en œuvre un programme d’investissement pour relancer l’économie. Au lieu de cela, ils lui ont demandé d’augmenter la TVA sur les services de base et la nourriture et ont exigé des coupes supplémentaires sur les retraites et les salaires. Dans leur effort visant à démontrer qu’il n’existe pas d’alternative aux politiques d’austérité, les créanciers ne semblent accepter que l’argent des pauvres et s’évertuent à imposer la même logique et les mêmes mesures que celles qui ont conduit le pays à une catastrophe humanitaire. L’économie grecque est asphyxiée. Continuer de l’asphyxier est l’exact opposé de ce qui doit être fait.

2. Face à une telle extorsion et un tel chantage, le gouvernement grec a réagi à l’ultimatum de manière exemplaire: en appelant le peuple à se prononcer démocratiquement et souverainement sur son avenir. Contrairement aux gouvernements espagnols de 2011 et de 2012, le gouvernement hellénique a refusé de violer le mandat populaire issu des élections de janvier. Les tentatives visant à contraindre, intimider et influencer ce vote de la part de pouvoirs non élus et en particulier de la Banque Centrale Européenne qui s’emploie à étouffer le système financier grec afin d’influencer le résultat de la consultation constituent une violation flagrante et inacceptable du principe démocratique. Ce que nous disons, c’est que l’Europe sans démocratie n’est pas l’Europe: tous les démocrates doivent aujourd’hui unir leurs voix pour dénoncer cette ingérence et ces pressions insupportables. La démocratie ne peut aller de pair avec le fait de laisser des pouvoirs non élus gouverner et décider pour nous. Il en va de la démocratie même.

3. Par leur intransigeance, les créanciers ont démontré qu’ils ne se préoccupaient nullement de résoudre la crise de la dette grecque ; leur but est bien plutôt de soumettre et de renverser un gouvernement démocratiquement élu afin de démontrer qu’il n’existe pas d’alternative aux politiques d’austérité. Leur aveuglement est tel qu’ils s’apprêtent à mettre en péril l’intégrité et la stabilité du système financier et le projet européen lui-même en exposant celui-ci à des attaques spéculatives dont le prix sera également payé par les citoyens d’autres pays. Nous le disons une fois de plus: c’est eux qui seront à blâmer, eux qui porteront la responsabilité des conséquences de ce désastre.

4. Syriza n’a pas créé l’énorme crise économique qui affecte la Grèce. Ce sont les gouvernements de la Nouvelle Démocratie et du PASOK, les amis de notre Parti Populaire et de notre PSOE, qui ont falsifié les données et les comptes, remis la souveraineté du pays entre les mains de la Troïka et laissé à Syriza un désastre économique et social qu’il est impératif et urgent d’inverser.

5. De nombreuses personnalités internationales ont d’ores et déjà pris leurs distances avec le dogmatisme des créanciers. Des centaines de milliers de personnes à travers le monde ont exprimé leur solidarité avec le peuple grec dans sa défense du principe démocratique. Nous exigeons que le gouvernement espagnol et les institutions européennes respectent la souveraineté et la dignité du peuple grec et garantissent en conséquence que le référendum se déroule dans des conditions de liberté et de pleine régularité. La volonté démocratique et les droits fondamentaux du peuple grec, qui ont été systématiquement bafoués durant les longues années d’austérité, doivent être respectés.

Il y a en Europe deux camps opposés: celui de l’austérité et celui de la démocratie, celui du gouvernement du peuple et celui du gouvernement des marchés et de leurs pouvoirs non élus. Nous nous tenons fermement du côté de la démocratie. Nous nous tenons fermement aux côtés du peuple grec. »

Traduit de l’anglais par Dimitris Alexakis

Source en français : ou la vie sauvage
/

Aucun commentaire: