mercredi 10 juin 2015

La France, paillasson de l'OTAN





Le 7 mars 1966, le général de Gaulle adresse à son homologue américain, Lyndon Johnson, une courte lettre qui aura l'effet d'une bombe. Il y annonce le retrait de la France de l'OTAN : « La France, écrit-il, considère que les changements accomplis ou en voie de l'être, depuis 1949, (…) ainsi que l'évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus (…) les dispositions d'ordre militaire prises après la conclusion de l'alliance. (…) La France se propose de recouvrer sur son territoire l'entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'OTAN. (…) La France croit devoir (…) modifier la forme de notre alliance sans en altérer le fond. »
Dans sa brutalité, cette lettre est le fruit d'une évolution engagée de longue date par le Général, en réalité dès son retour au pouvoir. À y regarder de près, elle constitue un formidable condensé de sa politique étrangère, une politique certes pleine de pragmatisme mais fondée sur la doctrine de l'indépendance. Une politique à laquelle la France a, peu à peu, tourné le dos.
Raphaël Dargent, lire la suite sur charles-de-gaulle.org






De Gaulle à propos du débarquement du 6 juin 44 : « La France a été traitée comme un paillasson ! »



Les entretiens entre Charles de Gaulle et Alain Peyrefitte, lequel a occupé divers postes au sein du gouvernement entre 1959 et 1969, ont été compilés par ce dernier dans « C’était de Gaulle » publié en 1994.
Ce livre est une véritable mine d’or (plus de 300 entretiens auxquels il faut ajouter les conseils des ministres) pour quiconque souhaite cerner la pensée et comprendre la politique du père de la Vème République. Mettre en perspective ses actes et ses discours, dictés à chaque instant par l’intérêt supérieur de la France, avec ceux des autres dirigeants du XXème siècle révèle le niveau de trahison du peuple par les élites depuis son départ mais également avant son arrivée au pouvoir.
Nous vous livrons ci-dessous les raisons profondes qui ont conduit de Gaulle à ne jamais participer aux commémorations du débarquement allié du 6 juin 1944.
Salon doré (bureau du Général de Gaulle nldr), le 30 octobre 1963.
Alain Peyrefitte (l’air candide) : « Croyez-vous, mon Général, que les Français comprendront que vous ne soyez pas présents aux cérémonies de Normandie ?
Général de Gaulle (sévèrement) : – C’est Pompidou qui vous a demandé de revenir à la charge ? (Je ne cille pas). Eh bien, non ! Ma décision est prise ! La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m’a convoqué d’Alger à Londres, le 4 juin, il m’a fait venir dans un train où il avait établi son quartier général, comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. Et il m’a annoncé le débarquement, sans qu’aucune unité française ait été prévue pour y participer. Nous nous sommes affrontés rudement. Je lui ai reproché de se mettre aux ordres de Roosevelt, au lieu de lui imposer une volonté européenne (il appuie). Il m’a crié de toute la force de ses poumons : « De Gaulle, dites-vous bien que quand j’aurai à choisir entre vous et Roosevelt, je préférerai toujours Roosevelt ! Quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains ! Quand nous aurons à choisir entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ! » (Il me l’a déjà dit. Ce souvenir est indélébile.)
« Le débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne ! Ils avaient préparé leur AMGOT (Allied Military Government for Occupied Territories nldr) qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis.
« C’est exactement ce qui se serait passé si je n’avais pas imposé, oui imposé, mes commissaires de la République, mes préfets, mes sous-préfets, mes comités de libération ! Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! Je veux bien que les choses se passent gracieusement, mais ma place n’est pas là !
« Et puis, ça contribuerait à faire croire que, si nous avons été libérés, nous ne le devons qu’aux Américains. Ça reviendrait à tenir la Résistance pour nulle et non avenue. Notre défaitisme naturel n’a que trop tendance à adopter ces vues. Il ne faut pas y céder !
Suite à la commémoration des 20 ans du débarquement, le Général en parlant des journalistes qui lui reprochaient sa position, confia à Peyrefitte après le conseil des ministres du 10 juin 1964 :
« Ces messieurs de la presse qui me reprochent de ne pas aller en Normandie vingt ans après, que faisaient-ils alors? S’étaient-ils battus pour que la France recouvre sa liberté, pour qu’elle contribue à sa délivrance? Que faisaient-ils pendant la guerre? Ils ne se battaient ni en Normandie, ni ailleurs. La libération s’est passée sans eux. Elle s’est passée d’eux.
De Gaulle est sévère à l’encontre d’une presse qu’il considère soumise aux intérêts atlantistes. Il est effectivement troublant de constater à quel point elle lui a été hostile à chaque fois qu’il prenait une décision en faveur de l’indépendance nationale, que ce soit, par exemple, lors de son refus de placer la force atomique française sous la coupe américaine via les missiles Polaris, ou sur sa critique du système monétaire international basé sur l’étalon dollar. Nous vous livrons ci-dessous les mots de de Gaulle sur la presse française de son époque:
Salon doré, le 16 janvier 1963:
Le Général me répète, avec encore plus d’énergie, ce qu’il m’a dit déjà plusieurs fois au sujet des journalistes: « Peyrefitte, je vous supplie de ne pas traiter les journalistes avec trop de considération. Quand une difficulté surgit, il faut absolument que cette faune prenne le parti de l’étranger, contre le parti de la nation dont ils se prétendent pourtant les porte-parole. Impossible d’imaginer une pareille bassesse – et en même temps, une pareille inconscience de la bassesse.
« Vos journalistes (Peyrefitte est alors ministre de l’information nldr) ont en commun avec la bourgeoisie française d’avoir perdu tout sentiment de fierté nationale. Pour pouvoir continuer à dîner en ville, la bourgeoisie accepterait n’importe quel abaissement de la nation. Déjà en 40, elle était derrière Pétain, car il lui permettait de continuer à dîner en ville malgré le désastre national.
« En réalité, il y a deux bourgeoisies. La bourgeoisie d’argent, celle qui lit Le Figaro, et la bourgeoisie intellectuelle, qui lit Le Monde. Les deux font la paire. Elles s’entendent pour se partager le pouvoir.
« Cela m’est complétement égal que vos journalistes soient contre moi. Ça m’ennuieraient même qu’il ne le soient pas. J’en serais navré, vous m’entendez ! Le jour où Le Figaro et L’Immonde me soutiendraient, je considérerais que c’est une catastrophe nationale !
« Les Américains se sont infiltrés dans tous les organes de propagande et dans les partis. Ils ont noyauté les structures politiques. Seul le peuple a encore des réflexes.


Finalement, si l’on en croit de Gaulle, l’oligarchie française via ses médias et ses partis politiques joue contre son propre camp depuis au moins plusieurs décennies, même si cette réalité n’a explosé aux yeux de nombreux français qu’au cours des dernières années, avec les mandats des young leaders de la French American Foundation.
Baptiste Mannaia

A propos de l'auteur : Baptiste Mannaia
Citoyen engagé, je m’intéresse particulièrement à l'économie et la géopolitique. Je suis convaincu qu'en se passant le mot nous finirons par réveiller les français qui hibernent depuis trop longtemps et à reprendre la main sur nos institutions. Parce que nous ne pouvons pas laisser une partie de l'humanité sur le bord de la route, parce qu'un citoyen informé en vaut dix, parce qu'unis nous sommes une force inarrêtable, plus que jamais la ré-information est un devoir.

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