vendredi 12 juin 2015

Constantin Cavafy l'immortel




La poésie ne se traduit pas. Tout au plus, elle nous renseigne sur le monde du poète, elle nous donne une ouverture sur cet "autre" en nous-mêmes qu'on ignore. Villon ne peut être traduit, pas même en français actuel. Mais on peut avoir, du reflet de son monde, d'autres reflets qui existent en nous. Et, peut-être, trouverons-nous la trame qui conduit à nous-mêmes, tels que nous avons été, tels que nous sommes. 
On peut dire - il a été dit - plein de choses sur Cavafis. Selon l'univers du lecteur, le poète change. Il a même changé de nom, de Cavafis il est devenu Cavafy, grâce à ses admirateurs Anglais.

Les exégètes ont insisté à tour de rôle sur son aspect politique, sur sa particularité sexuelle, sur son pessimisme existentiel, son obsession de l'Histoire, son côté - plus imaginaire que réel - précieux.

Le plus souvent, tout ceci correspond plus aux phantasmes de l'exégète qu'à la réalité des choses. Et puis, faut-il toujours tout expliquer, décortiquer? N'est-il pas propre à chaque individu de creuser son chemin vers la connaissance? Faut-il se servir de la culture comme d'un bien de consommation?
François Somaripas (Traducteur de Constantin Cavafis)

Lire les traduction de François Somaripas sur : Cavafis, pourquoi ?







Epistrefe (Επέστρεφε), Reviens, poème de Constantin Cavafis (Κωνσταντίνος Καβάφης), musique de Thanos Mikroutsikos (Θάνος Μικρούτσικος), chanté par Kostas Thomaides (Κώστας Θωμαϊδης).





Reviens
Reviens souvent me prendre,
sensation bien aimée, reviens me prendre —
quand la mémoire du corps se réveille,
et qu’un désir ancien tressaille dans le sang ;
quand les lèvres et la peau se souviennent,
et que les mains ont de nouveau l’impression de toucher.
Reviens souvent me prendre, la nuit,
à l’heure où les lèvres et la peau se souviennent…

Traduction : Dominique Grandmont pour Gallimard

Cavafis, portrait par Yannis Kefallinos



Επέστρεφε
Επέστρεφε συχνά και παίρνε με,
αγαπημένη αίσθησις επέστρεφε και παίρνε με —
όταν ξυπνά του σώματος η μνήμη,
κ’ επιθυμία παληά ξαναπερνά στο αίμα·
όταν τα χείλη και το δέρμα ενθυμούνται,
κ’ αισθάνονται τα χέρια σαν ν’ αγγίζουν πάλι.
Επέστρεφε συχνά και παίρνε με την νύχτα,
όταν τα χείλη και το δέρμα ενθυμούνται…
Constantin Cavafis

Kavafis, Konstantinos P. (1863-1933). En attendant les barbares ; préface, traduction et notes de Dominique Grandmont. Gallimard, 2003. ISBN 2-07-030305-5





Quelques traductions de Cavafis par François Somaripas

Voix

Voix aimées, idéales, de nos morts
et de ceux qui, pour nous, sont perdus à jamais.

Parfois elles reviennent dans nos rêves.
Parfois elles se lovent dans nos pensées.

El leur écho ramène pour un moment —
telle une musique lointaine qui se perd dans la nuit —
cette poésie première qui effleura notre vie.

Av. 1911 — 2


Je m'en suis allé

J'ai ignoré toute entrave. Je m'en suis allé.
Je suis parti vers la nuit illuminée
aux jouissances moitié réelles,
moitié issues de mon imagination.
Et j'ai bu des vins forts, tels
que n'en boivent que ceux
qui ne craignent pas la volupté.

1913 - 40


A l'entrée du café

Quelques mots dits à côté
me firent tourner vers l'entrée du café.
Dans sa beauté, ce corps
semblait conçu par l'amour même -
modelant, dans son art suprême,
les membres symétriques avec délectation;
façonnant le sculpté de la taille
et laissant, au frôlement de ses mains,
une émotion
sur le front, les yeux et les lèvres.

1915 - 61


Gris

Tendis que l'admirais les reflets gris d'une opale
j'ai eu le souvenir de deux beaux yeux gris
vus il y a peut-être déjà vingt ans.

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Pendant un mois, nous nous sommes aimés
puis, il est parti, je crois à Smyrne,
pour un travail; jamais nous ne nous sommes revus.

Ils doivent être enlaidis - s'il est en vie -
ces beaux yeux gris;
le beaux visage a peut-être vieilli.

Ma mémoire, toi, garde les tels qu'ils étaient.
Et, ce que tu peux, mémoire, de cet amour,
ce que tu peux redonne-le moi ce soir.

1917 - 60


Ouvrages de Cavafis traduits en Français:
C. Cavafis, traduit par Georges Papoutsakis, "Les belles lettres 1958
Présentation critique de Constantin Cavafy - Par Marguérite Yourcenar Gallimard 1978
Cavafy Poèmes anciens ou retrouvés - Gilles Ortlieb et Pierre Leyris, Seguers 1978
Constantin Cavafy; L'art ment-il toujours? (Textes de Cavafis traduits par Bruno Roy - Fata Morgana 1991
Constantin Cavafis, En attendant les barbares Traduit et présenté par Dominique Grandmont - Gallimard 2003



Source : Cavafis, pourquoi ?

Il faut noter que Cavafis n'a publié aucun recueil de son vivant, donnant des poèmes à des revues littéraires ou les faisant circuler auprès de quelques amis sous forme de feuillets et de brochures auto-édités. En outre il remaniait sans cesse ses textes, et en détruisait beaucoup, en particulier pour ses œuvres de jeunesse. Ainsi, l'essentiel de son œuvre a été composé après son quarantième anniversaire. Cavafy a publié 154 poèmes, auxquels on peut en ajouter 75 restés inédits jusqu’en 1968, et 27 autres qu’il avait publiés entre 1886 et 1898 mais reniés par la suite. (Wikipedia)





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