mercredi 24 juin 2015

André Laude, l'oiseleur désenchanté (1)




Vingt ans après :

 LE 24 JUIN 1995, ANDRÉ LAUDE SAUTAIT DE LA PLANÈTE EN MARCHE. Depuis, d'aucuns voyageurs au long cours prétendent l'avoir entr'aperçu dans le quartier de La Boca à Buenos-Aires, d'autres dans un bouge du port de Valparaiso ou bien, en compagnie de Federico Garcia Lorca dans les ruelles de l'Albaicin à Grenade. Beaucoup de légendes, toutes invérifiables, circulent à son sujet, et je ne serais pas étonné que de son vivant il les ait créées de toutes pièces. André Chenet



                    i.m. André Laude, Jean-Michel Fossey,Yann Orveillon
                    à François Vignes et à André Cuzon





"Je n'habite pas J'erre
Je ne fonde pas Je m'efface
Je ne règne pas Je laisse place
aux furieux scribes du Grand Mystère"

            André Laude, In "Un temps à s'ouvrir les veines"




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   La nouvelle de la mort d'André Laude nous parvint à la clôture de ce Marché de la Poésie 95. Nous commencions à regretter entre exposants qu'il n'y ait pas un pot final où nous cesserions d'être des concurrents pour devenir des convives quand un jeune homme vint nous annoncer qu'un pot, il y en aurait bien un, pour célébrer un poète de la manifestation et qui avait été l'invité d'honneur l'an passé. André Laude qui, dit-il, "venait de nous quitter".
Suivit une soirée bouleversante : des lectures de textes sur le podium et surtout l'audition d'un entregistrement où les invectives inspirées d'André Laude contre la commercialisation de la poésie et les scandales de la société en général nous ébranlèrent comme des retrouvailles et l'adieu qui précède immédiatement une mort volontaire.
   Cette équivoque - voire ce leurre - qui eût été à coup sûr très médiatique si ANDRÉ avait fait partie de la "bonne bande" (mais alors ses textes n'auraient pas eu cette belle violence et il n'y aurait sans doute pas eu de poète du tout) plana sur cette soirée et encore quelques jours ajoutant à la tragédie la culpabilisation de tous ceux qui comme moi l'avaient connu et pensaient ne pas avoir fait assez - et non de ceux qu'il vilipendait et qui au nom de leurs intérêts l'avaient carrément rejeté.
J'ai pleuré à ses obsèques mais la vague de chagrin la plus forte déferla quinze jours après, à lire l'article de l'Événement - un des meilleurs avec celui de l'Huma - le Monde, lui, ayant exprimé au moins autant d'exaspération pour la personne que d'estime pour le poète. 
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Marie-Claire Calmus, In "Le cheval blessé" (Hors Jeu n° 21, janvier 1996)







"... Sa fête, elle avait lieu tous les ans, aux alentours de la Saint-Jean, lorsque le cirque farfelu de la Poésie plantait ses stands Place Saint-Sulpice qui devenait alors son domaine réservé. Combien de fois l'ai-je photographié, hurlant ses poèmes, entonnant "Le Temps des cerises" ou "La complainte de Mandrin ... "
André Matthieu, In "L'image et le poète" (Hors Jeu n°21, Janvier 1996)







« Si j’écris (...) c’est pour mieux frapper l’ennemi qui a plusieurs noms » André Laude

 




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   Ce samedi-là, à paris, en plein marché de la poésie, un poète s'est tu. Ce jour-là, vers la tombée de 8 heures, une lumière s'est éteinte, une de ces lumières fragiles, vacillantes et obstinées qui luttent contre les ténèbres du temps et la nuit s'en est trouvée plus noire.
    Ce jour-là, un homme est mort mais son souvenir demeure.
    Ce jour-là un grand poète est mort, mais sa poésie vit et vivra.
    Ce jour-là, un révolté et un révolutionnaire est mort, mais son combat continue.
  Ce jour-là, un "juste" est mort, mais comme disait Rimbaud "... viendront d'autres horribles traveilleurs, il commenceront par les horizons où l'autre s'est affaissé ..."
   Ce jour-là, André Laude est mort. Il était mon ami dans la vie, mon frère en poésie, mon camarade de combat.
   Ce jour-là, André Laude est mort et je n'étais pas là pour lui tenir la main, pour l'aider fût-ce du bout des doigts, fût-ce à plein bras, fût-ce à gorge-cris à basculer du noir au noir.
   Depuis si longtemps, la terrible beauté de ce monde le lacérait. Depuis si longtemps, la poésie institutionnelle le crucifiait.
Depuis si longtemps, "les gens de lettres", de pouvoir et d'argent, fouillaient ses plaies.
Depuis si longtemps, la chienne du monde et la noire camarde étaient accrochées à ses basques.
   Il est mort dans la misère et le désespoir, seul, un mois de juin, pendant le marché de la poésie, ce fut sa dernière élégance et un dernier cri d'amour à la bouche.
   Sa noblesse était la seule vraie, sous ses haillons était un prince du coeur et de l'esprit ..."
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 Yann Orveillon, "Un poète est mort"
In "J'y vais de mon gueuloir" (Les Voleurs de Feu - 1996)







"Cher André, Avant-hier après midi, le prof m'a dit qu'il était passé te voir et que tu lui avais posé des tas de quetions à propos de ce Marché de la Poésie auquel pour la première fois tu ne participerais pas. Tu souhaitais aussi qu'on t'apporte le catalogue ..."
Jean-Michel Fossey, In "Lettre posthume à André Laude " (Le 26/06/95)








"Le lamentable aspect des poètes français, le cul collé sur leur chaise au marché de la poésie, le cul collé ailleurs, qui ne savent plus placer la langue...
On demande aux poètes de mourir au mieux, au pire on leur demande de servir et d'être publié, de chaque année sortir un livre, d'être propre sur eux et d'aller en vacances avec leurs enfants. Voilà la poésie française, ça va en vacances, ça sort ses gosses, ça vit complètement à côté des mots ... La trahison absolue des mots qu'ils écrivent ... J'accuse tous ces poètes de merde de ne pas transmettre ce message que Dylan thomas, Malcom Lowry, Ginsberg et Maïakovski, aussi Mandelstam, ont transmis..."
André Laude, entretiens enregistré par Yann Orveillon (la Voix des Autres n°6, 2013)






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Lorsque je fis la connaissance d'André Laude, quelques années après la guerre, il était le benjamin de la joyeuse équipe de l'Orphéon (Serge Wellens, Jacques Six (dit Cévennes), Guy Robin (dit Binbin), Roger-Jean Ségalat, etc.) qui venait fréquemment d'Aulnay-sous-Bois, son siège, à Pavillon-sous-Bois, le mien, pour faire tourner des disques (Mozart et Vivaldi surtout) et confronter les poèmes de sa génération à ceux de la mienne, à moins que nous nous retrouvions dans la librairie aulnaysienne de Wellens ou dans l'atelier d'un autre Robin, Gabriel, notre aîné à tous, grand peintre et petit cordonnier. Entre nos deux cités, pareillement dépourvues de bois depuis longtemps, s'étendait un immense dépôt d'ordures et stagnait le canal de l'Ourq, encombré de péniches pourrissantes où vivaient d'on ne savait quoi des mariniers déchus et leurs familles. Nous avions les mêmes trottoirs de mâchefer puant, la même vue, à l'est, sur les peupliers du multien où, dans sa jeunesse Blaise Cendrars avait pratiqué l'apiculture et au nord, sur les tours de Drancy au pieds desquelles Max jacob était mort en martyr le 5 mars 1944.
Si j'ajoute qu'à l'époque l'Orphéon organisait à Aulnay des soirées de poésie qui faisaient salle comble et que le vicaire de ma paroisse était Jean Grosjean, j'aurai à peu près reconstitué le contexte de l'éclosion de André Laude. Il n'y manquait pas, on le voit, certaines nuances misérabilistes qui, peut-être, n'influenceront pas peu son destin.
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 Jean Rousselot, In "André Laude, oiseleur désenchanté"





 
Extrait de "Les Premiers pas" témoignage de Jean Breton, qui édita André Laude à plusieurs reprises ("Dans ces ruines campe un homme blanc", "Animalphabet", "Vers le matin des cerises") :
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Il a dix-huit ans quand je reçois, à Avignon, sa première lettre, le 19 septembre 1953. Il a lu et aimé mon recueil "Mis au pas" et les premiers numéros de notre revue, "les hommes sans épaules". Lui-même participe, de temps à autre, aux réunions d'un groupe informel issu de l'École de Rochefort, et qui comprend Jean Rousselot, Serge Wellens, Georges Sénéchal - qui habite Aulnay-sous-Bois comme André Laude.
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Ensuite Jean Breton donne à lire des extraits essentiels - pour comprendre la formation du poète adolescent - des lettres qu'il reçut entre 1953 et 1954 (année où il s'installa à Paris et rencontra André Laude dans la librairie "Le soleil dans la tête" sise rue Vaugirard) :

Lettre du 21 décembre 1953 : "Je suis désespéré de ce non-désir de poésie qu'a le monde aujourd'hui"

Lettre importante du 18 janvier 1954 : "Je conçois ma poésie comme une poésie tragique mais pas triste. A bas Jules Laforgue et tous les pleurnichards! Je suis pour une poésie exprimant l'être dans son entier, la solitude dans l'ici-bas, la beauté de l'amour transcendant chaque chose, le règne de l'arbre, de la pierre, du ciel, ce désir de l'homme d'exister envers et contre tout. La poésie c'est l'éternité qui combat le temps. Je voudrais arriver par les moyens les plus divers (prière, magie, incantation, merveilleux, mythologie ) à cette poésie tragique du désespoir mais qui, dans son désespoir, trouve des raisons d'espérer. 
 De jour en jour, mon chemin se fait jour. Ma devise : Ne rien faire ou aller jusqu'au bout."
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Jean Breton, In "Hors Jeu" n°21 (janvier 1996)






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Ainsi cette poésie n'est jamais de tout repos. c'est une révolte de l'homme par les mots, à la fois politique, sociale, physique tant l'être total s'engage : la voix est vibrante, sans grands mots, loin des "beautés poétiques" faciles. celui qui rêvait à l'amour (bien des poèmes lui sont consacrés), à la "paix des feuilles" a été blessé de lucidité. On ne sait ce que seront les chemins futurs d'André Laude mais il est vrai qu'en tous lieux de l'écriture qui est parole vraie le poète s'engage corps et armes. 
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             Robert Sabatier, In "La poésie du vingtième siècle" (Albin Michel, 1988)






"La vertu exceptionnelle d'André Laude est précisément malgré la brutale clarté de ses textes, de leur garder une charge d'enchantement, de mélodie et de pureté intacte..." Alain Bosquet
 





 "La mort d'André me touche infiniment : c'est tout un passé terriblement pur et ardent qui refait surface à l'occasion de la disparition de ce quêteur rebelle, au destin maudit.
Nous avions débuté ensemble voici quarante année. Il s'en va sans un cri, effacé par le grand tournant et son absence en nous remue comme un couteau ...
"
 Lettre du 15/091995 de Marc Alyn à Jean-Michel Fossey





André Laude, Jean-Michel Fossey et Pierre Loizau



"...Le sang du poète nous a éclaboussé puis il a inondé les iconoclastes de l'amour vrai, de sa puissance verbale.
Ce sang que nous recueillons maintenant et que nous boirons jusqu'à la lie, tout comme s'insinuait le vin bu dans son corps en souffrance..." 
 Michel Praeger, In "André Laude est mort le 24 juin 1995"







"André Laude demeure par son oeuvre un remarquable poète que la vie déchira tragiquement"
 Jean-Claude Renard





 

"... Il y a aussi l'image peu connue (sauf des Maghrébins) d'un André Laude, rasé de frais et cravaté, circulant dans les rues d'Alger en 404 noire avec chauffeur, et recevant dans les salons du Président Ben Bella, en tent que 'Pied-rouge", la visite de 'l'Argentin", alias Ernesto Che Guevara ..."
André Mathieu



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Le « traître » André Laude a travaillé pour l’Algérie-Presse-Service, l’agence de presse nationale algérienne, jusqu’à la chute d’Ahmed Ben Bella, en 1965. À son retour en France, Laude passa en procès pour « collaboration avec l’ennemi ». André Breton vint témoigner en sa faveur.
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 Paco, extrait de "Un rebelle Pied-rouge en Algérie" (Le Post.fr, 2010)









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Comment expliquer toutefois que ce brillant collaborateur des Nouvelles Littéraires, de Combat, du Monde, de France-Culture entre autres, comment expliquer qu'il ait pu sombrer dans l'alcool, l'errance, la solitude, la misère probablement ? Certes beaucoup de journalistes boivent, beaucoup mènent des vies à la mord-moi le noeud. Certes André Laude avait perdu sa femme il y a une quinzaine d'années. Certes. mais je crois que ce combattant des justes causes, cet homme qui avait longtemps cru aux lendemains qui chantent, ce rêveur d'idéal, avait fini par se rendre compte que même les belles phrases des grands parleurs comme Fidel castro, les grands textes des "philosophes" dits révolutionnaires comme Marx ou Mao, prétendant éclairer le monde, ne produisent finalement que nuit et brouillard.
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 François Jodin, In "André Laude est mort"







"Je bois. D'abord j'aime ça. je ne fréquente ni champagne, ni whisky, ni apéritifs. mes goûts me portent plutôt vers vers ces bons vins de villages :Ventoux, Côtes-du-Rhône, Saint-Amour, Morgon, etc. Je bois non pas parce que je suis écrivain - bon ou médiocre en fin de compte peu importe - mais plutôt à cause du fait que j'écris. Autrement dit, si je bois, c'est ainsi que je viens de l'avouer, par pure prédilection pour le jus de treille - et cette prédilection ne saurait en aucun cas trouver d'explication - mais aussi parce que tout bêtement, je suis mal dans ma peau."
 André Laude, In "Hors Jeu" n° 7, juin 1990





Mme David et André Laude, au Rendez-Vous des amis


 
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   Il est d'une autre espèce que les voltigeurs du verbe qui portent l'habit de poésie afin qu'on ne les confonde pas. S'il se distinguait, ce n'était pas dans l'art de parader. André Laude était couleur d'homme. On l'aurait croisé sans se douter qu'il était un poète exceptionnel, doublé d'un journaliste comme on n'en fait plus. Il parlait d'une voix de rogomme, toujours un peu pour rire des gens sérieux qui ne le sont pas tellement. Il haussait le ton contre la platitude des jours, le peu de nerfs dans le paysage à la française, l'absence de plus en plus visible de rébellion nécessaire si l'on veut vivre et point survivre. Lui, André Laude, survivait de piges dans de menus logements où j'étais bienheureux de partager son vin ami.
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 Guy Darol, In "André Laude couleur d'homme" (Levée d'encre, 2011)








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Je me souviens

Du visage du bonheur
de la fable iréelle
vécue entre les spasmes
la fraternité dans l'amour
l'angélique douceur des mots
et des paumes
loin des croix et des clous

D'avoir bercé la maladie
D'avoir soufflé quelque répit
veillé dans le noir l'enfant roi
l'enfant de refus
 .../..."

            Nicole de Pontcharra, août 1995








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André Laude fut un révolté lucide, son maître mot : LE REFUS. Dans son oeuvre, l'utopie et le lyrisme ré-accordent très naturellement les contradictions dont il fut la proie consciente, consentante si le prix à payer participait de l'abolition de la souffrance et de la misère des peuples victimes d'un système économique et politique impitoyable. Un homme tel que lui ne pouvait exister que dans la protestation radicale contre l'uniformisation nivellatrice de la pensée pseudo démocratique et anti libertaire post soixanthuitarde. Sa poésie se nourrit aux sources du Surréalisme et des révolutions martyres. Jusqu'à la fin, il demeura fidèle à ses engagements : changer la vie, transformer le monde, telle fut le leitmotiv de ce prince dont la fière lignée remonte à François Villon, en passant par Rimbaud et Lautréamont. Comme André Breton il cherchait "L'or du Temps" ... La haine des limites constituait pour lui le versant sombre du Grand Amour. Au capharnaüm de la pensée moderne aseptisée, il opposait "beau d'innombrables blessures" sa nuit profonde, et inventait une "voix qui coule comme une balle/ le long des veines jusqu'au centre de l'animal".
.../....
 André Chenet, In "Ode à Laude"






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S'il fallait esquisser André Laude, il suffirait peut-être d'énoncer les titres de ses oeuvres. Un temps à s'ouvrir les veines, Riverains de la douleur, Joyeuse apocalypse, Liberté couleur d'homme, pour n'en citer que quelques uns, disent déjà le parti qui est le sien, ils indiquent sans détours la triple conjonction de sa foi, de sa véhémence et de son désenchantement. Les mots, pour leur part, donnent à cette conjonction sa ramure, son feuillage ...
Jamais on ne le quitte sans se sentit plus fort de l'avoir rencontré.
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 Hubert Nyssen, In "André Laude existe, je l'ai rencontré" (Hors Jeu n°1 - 1989)








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   Il lui arrivait ainsi de croiser certains joursle fantôme d'André Breton et de Nadja, quand ce n'était pas l'ombre de Robert Desnos ou de quelque autre grand transparent. Il pouvait rester ainsi, debout, immobile sur ses jambes étiques, de longs moments à guetter d'invisibles et infatiguables promeneurs célestes mais, dès qu'il s'approchait de la rue Bourg-Tibourg, ses fantômes le quittaient et l'allure jusqu'ici hiératique tournait à la précipitation. Il arrivait en vue du si bien nommé Verre à Soif (le Rendez-Vous des amis, bar dans le quartier du Marais à Paris, NdlR) qui lui tenait, tout à la fois, de salle de bains, de reposoir, et, bien entendu d'estaminet.
   Dès que la patronne l'apercevait sur le seuil de la porte, elle posait sur le vieux comptoir au zinc patiné un blanc Vichy.
   Au deuxième verre il ouvrait la bouche pour demander le journal.
   Il prenait alors les nouvelles d'un monde qui, depuis longtemps déjà, n'était plus du tout le sien.
   Ainsi, à l'aube du troisième millénaire, dans le Paris des néfastes-food, commençaient les journées d'André Dhole (nom à peine dissimulé d'André Laude du livre, NdlR), poète, pigiste et crève-laplume.
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 François Vignes, In "Les compagnons du Verre à Soif" (Atelier du gué, 1998),
Prix Georges Brassens 1998









"Je suis citoyen d'honneur Sioux, ça c'est une des plus grandes choses de ma vie"
André Laude, entretien inédit avec Yann Orveillon   (La Voix des Autres, 2013)








"Je lui demandais des nouvelle/ De ceux qui l'entouraient/ Quelques mois auparavant/ "Des emmerdeurs"/ Murmura-t-il"
 Serge Mathurin Thébauld, In "La Voix des Autres n°6, 2013)






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A travers les années, je t'aperçois, ici et là, en mouvement. Ton visage est de plus en plus buriné; ta voix de plus en plus rauque. Mais transparaît, chaque fois, ce frémissement qui t'habite; ce chant original, unique, où "les légendes et les oiseaux / (qui) accompagnent l'homme dans sa marche sans fin".
    Entre amour et agonie, il s'élève ce chant et s'élèvera encore.
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        Andrée Chedid, In "Pour saluer André Laude" (HORS JEU n°21 - 1996)








"...C'était un personnage fort, d'une grande puissance et d'un grand courage dans la vie. Il galèrait pourtant. C'était un type hyperdoué qui avait l'art de se hisser sur les plus hautes branches pour les scier aussitôt.
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Il avait le Verbe. Souvent, il venait chez moi et racontait à mes filles un conte pour enfant qu'il avait écrit, Les Aventures de Planti l'ourson (Télédition, 1975) dont il était capable d'inventer à chaque visite de nouvelles versions.
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(Il fut) Un critique littéraire fabuleux, au Monde notamment, un voyant! Je me souviens qu'on lui a commandé dans l'urgence un essai sur les répercussions du surréalisme en Europe de 1920 à 1970. Les éditeurs l'ont mis sous perfusion avec des bières et une machine à écrire et il a tapé pendant quatre jours et quatre nuits un texte qui fait encore référence. En fait, il fallait qu'il soit bien, entouré d'affection. En même temps, il ne la supportait pas. Mon livre contribue à éviter qu'il tombe définitivement dans l'oubli et je compte d'ailleurs rééditer les deux titres qu'il avait donnés à la Table rase, Roi mort, roi nu (1983) et Rituels 22 (1989). C'était un grand poète en perpétuelle fusion avec la planète, toujours du côté du perdant. Il est mort d'une overdose d'indifférence..." 

 François Vignes, extraits d'un entretien avec Éric Dussert,
paru dans le n°23 (juin/juillet 1998) de "Le Matricule des Anges",
mensuel de la littérature contemporaine. 






André Laude et Yann Orveillon




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Sois la cendre de Giordano Bruno
Dispersée sur nos têtes
Sois l'en-marche de Vlaso
Le grand russe farouche
Sois la poussière de lune
Qui nimbe Hikmet au cachot
Sois le bras de Cendrars
Dans la boue des tranchées
Et les mains de Jara
A la hache tranchées
Sois la vertèbre de Puig Antich
Qu'ils n'ont pas su briser
Celle du souvenir
.../..."
            Yann Orveillon, In "Lettre à un frère de la côte", 1990









"... Sa poésie m'habite toujours... ! Il a offert, dans l'un de ses textes, son dernier verre à Cioran, décédé quelques jours avant lui. Je voudrais poignarder l'époque qui, une nouvelle fois, a assassiné ce roi, ce fils des étoiles, ce vrai vivant qui tant de fois a visité l'ombre et le soleil; abandonnant son cri et ses poèmes, son espoir, à la face d'un monde de traîtres et de salauds ..."
 Didier Manyach, le 6 septembre 1995, In HORS JEU n°21






« Je rêve toujours – comme un con – d’écrire un best-seller du genre Un Juif à la Kippa de travers, lu de New York à Moscou. Je rêve. Il y a un éditeur qui veut publier mes œuvres poétiques complètes. Je vieillis ! » André Laude





"Tu avais raison, cher André, "le bleu de la Nuit crie au secours"...
Mais qui changera la Mort en Or ?"  
 Tristan Cabral, In "Sept lettres brèves à André Nord" (1994-1998)








                            ... A suivre ...







  Deuxième volet à venir prochainement: ANDRÉ LAUDE (Extraits) par Jean-Michel Fossey, suivi de d'une lettre brève manuscrite d'André Laude et de poèmes du recueil inachevé "SOLEDAD A GENOUX, J'ÉCRIS TON NOM". De larges extraits d'un entretien explosif avec son ami le poète et revuiste Yann Orveillon, datant de 1991, concluront cet hommage fraternel à plusieurs voix à ce poète "hors jeu"pour cause d'insoumission et de rébellion. 


   La plupart des morceaux de textes et poèmes choisis proviennent de numéros de la revue HORS JEU et sont publiés avec l'autorisation écrite de Jean-Michel Fossey, le Directeur-fondateur de cette publication, décédé en 2010. Quant aux autres, hormis L'HOMME-CRI de Yann Orveillon, ils ont été repêchés dans les numéros 2 et 6 de la revue toujours en sursis"La Voix des Autres".

Les photos proviennent des archives de Jean-Michel Fossey.






À consulter:

- Anthologie sur le web des poèmes d'André Laude sur : DANGER POÉSIE
- Les amis d'André Laude offrent de nombreux inédits et témoignages
- Hommage à Jean-Michel Fossey (1945-2010)
- André Laude, une colère si proche du soleil, magistrale présentation de l'oeuvre de André Laude par Gil Pressnitzer, avec un choix de poèmes conséquents, sur le site  Esprits Nomades.l
-  La "Revue des Ressources", textes de et sur André Laude
- André Laude, la biobibliographie du poète sue Wikipedia


À lire :

- "La Légende du demi-siècle", de André Laude. Récit réfacé par François Vignes : 1 - Des années folles aux années noires (éditions Levée d'encre, 114 pages. 12 euros.).
A commander chez Levée d'encre BP 50030 17480 Le Château d'Oléron. Courriel : levee.dencre@gmail.com




À visionner :
- "Un poète ici-bas" (entretien filmé) de Hocine Bouakkaz



Source : Danger Poésie



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