lundi 4 mai 2015

Quand les boutons d'or crient à tue-tête


"Au Québec, 
Nous avons un fromage, Bouton dOr,
le nom est inspiré de ces petites fleurs jaunes
qui poussent dans les champs où les vaches 
aiment brouter" Gertrude Millaire


Boutons d'or, photo André Chenet




Rayonnement comparable à un miroir

« t'aimes le beurre »
« t'aimes pas le beurre ! »

un jeu enfantin consistant à brandir un bouton-d'or sous le menton d'un camarade avant d'affirmer que le reflet sur la peau «prouve» qu'il l'aime a été élucidé mercredi par des scientifiques de l'université de Cambridge.

Le renoncule (Ranunculus repens) est surnommé bouton-d'or en français, «buttercup» en anglais, «Butterblume» en Allemand, et «boterbloem» en néerlandais soit «fleur de beurre» pour le reflet jaune, semblable au beurre, qu'il produit lorsqu'on l'approche de la peau. «Les scientifiques s'intéressent à son fonctionnement depuis plus d'un siècle», explique la célèbre université britannique dont l'article est publié dans le journal Interface de la Royal Society, équivalent de l'Académie française des sciences.

Les départements de physique et de botanique de Cambridge ont découvert que la structure très particulière des pétales explique l'exceptionnel rayonnement du bouton-d'or, d'une intensité comparable à un miroir. Les cellules des pétales sont constituées de deux surfaces extrêmement plates, séparées par une couche d'air. La réflexion de la lumière par la surface lisse des cellules et par la couche d'air double l'éclat du pétale, ce qui explique que le bouton-d'or réfléchisse davantage la lumière que toute autre fleur.

Source : La dépêche


La poésie du bouton d'or

« … Et nous recommencions nos jeux, cueillant par gerbe
Les fleurs, tous les bouquets qui réjouissent l’herbe,
Le lys à Dieu pareil,
Surtout à ces fleurs de flamme et d’or qu’on voit, si belles,
Luire à terre en avril comme des étincelles
Qui tombent du soleil ! »

Victor Hugo

Dans ce poème des Voix intérieures, Victor Hugo en appelle au bouton d’or pour évoquer l’enfance lumineuse dans le « vert paradis » des Feuillantines.


Le Bouton d’or

« A la Saint Théodore, Fleurit le bouton d’or », 
« A la Sainte Odette, si le temps s’y prête, boutons d’or en goguette ». 

Jour de célébration de Théodore Trichinas moine de Constantinople aux IVème et Vème siècles et d’Odette, une jolie femme qui se coupa le nez et entra chez les religieuses de Prémontrée afin d’éviter tous les prétendants attirés par sa beauté, le 20 avril est donc bienvenu pour vous conter fleurette. Dans le calendrier républicain, c’était le jour de la rose pour inaugurer le mois de Floréal. Mais cultivant le paradoxe quand il s’agit de botanique, je préfère vous entretenir d’une mauvaise graine.

C’est sans doute le réflexe d’un ancien enseignant un tantinet pédagogue cherchant quelques circonstances atténuantes avant de juger une délinquante malgré tout bien sympathique qui ensoleille les talus et les prés au grand désespoir des agriculteurs.

il était recommandé aussi pour avoir un beurre bien jaune de déposer dans le pot à lait les trois premières renoncules trouvées. 

Si en touchant le menton de la fermière avec un bouton d’or, cela laissait des traces jaunes, 
elle réussirait son beurre cette année-là. 

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« L’aubépine fleurit ; les frêles pâquerettes,
Pour fêter le printemps, ont mis leurs collerettes ;
La pâle violette, en son réduit obscur,
Timide, essaye au jour son doux regard d’azur,
Et le gai bouton d’or, lumineuse parcelle,
Pique le gazon vert de sa jaune étincelle… »

Théophile Gautier


Source : Encre violette

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Au Printemps, il est une fleur sauvage ne connaissant pas la crise, le bouton d'or. Contrairement au coquelicot et au bleuet qui se font rares dans certaines régions à cause des pesticides, cette renoncule rampante constellant les friches et les pelouses résiste jusque dans nos mémoires. Enfant, je me souviens que nous la cueillions et approchions sa corolle sous le menton d'un ou d'une de nos camarades en demandant : es-tu amoureux (se) ? Le doux reflet lumineux se projetant sur la peau tendre apportait une réponse invariable que nous chantonnions : "Il est amoureux ! Elle est amoureuses". Cette douce fleur illuminante n'a pas d'odeur, mais son pollen  colore le nez de celui qui la respire. Qui n'a pas éprouvé la magie émerveillante du bouton d'or ? 

Mme Denise Peyroche, professeure d'espagnol et traductrice de poètes Castillans, âgée de 86 ans, m'a adressé un courrier très émouvant dans lequel elle évoque, à travers un échange de poèmes, cette fleur venue d'Asie qui a prospéré dans nos campagnes et dans nos jardins citadins : 


Bouton d'or, cauchemar du jardinier

Pour Liliane Mayérowitz

Liliane Mayérowitz, qui a souvent envoyé des poèmes à Les temps d'art, s'est envolée, dans son sommeil, aux premières heures du dimanche 16 février 2014. Elle avait 84 ans. 

Professeur agrégée d'Espagnol, elle a toujours été à la pointe des innovations pédagogiques. Son enseignement hors pair a formé de nombreux hispanisants de valeur. 

Liliane, après avoir commencé sa carrière à Brest, fut nommée au Lycée Emmanuel Mounier de Châtenay-Malabry et elle participa pendant de longues années aux travaux du Théâtre du Campagnol de Jean-Claude Penchenat (fondateur du Théâtre du Soleil avec Ariane Mnouchkine entre autres).

J'ai connu Liliane il y a soixante-quatre ans lors de notre première année de licence d'Espagnol à l'Institut hispanique de la rue Gay-Lussac (Paris V°). Dès 1950 nous avons ensemble parcouru de nombreuses régions d'Espagne pendant dix étés successifs (une année nous fîmes même une incursion au Portugal), terminant nos périples par quelques semaines de repos à la Villa Acacia, maison de la famille Rennes, à Málaga. Ensemble, nous avons admiré le portrait du fils du Greco au Musée des Beaux-arts de Séville, pendant notre premier voyage d'étudiantes.

Liliane fut particulièrement touchée, lors d'un atelier-rencontre d'Actes de présence, quand Christophe Frionnet accompagna avec de fort belles improvisations musicales au piano des textes qu'elle avait écrits à propos du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle que firent certaines de ses amies.

Me serait-il permis d'ajouter ici un  poème que Liliane m'avait envoyé en réponse à deux petits textes où je lui racontais mes affres de désherbage ?

Le bouton d'or

Brillant, éclatant, triomphant
sur les champs,
il a séduit le peintre,
enchanté le poète.
À la recherche de son frère
souterrain,
dans le sol il plonge ses racines
et les étend.
Il fait le désespoir
du paysan,
du moindre morceau oublié
aussitôt renaissant.



                                                                                                              Et en prime...


Source de désespérance...

De Charybde en Scylla
je suis  tombée :
des racines de boutons d'or
à celles des orties...
et sans parler
du chiendent des liserons,
et des chardons.

Denise Peyroche
Bagneux, 10 mai 2008


Voici ce qu'elle me répondit et qui requiert une explication :

Boutons d'or

Cauchemar de jardinier
Chiendent
Inextricable
Racines
Des orties
À en choper
Le torticolis
Impudents boutons d’or
Votre éclat est menacé

Pourquoi soudain
Cette vision
D’un passé enfoui
Ces étoiles d’or pâli
Griffées de noir
Sur nos poitrines
D’enfants
Signal
D’infamie (1)

    Liliane M. Le 15/05/2008
Poème paru dans "Les temps d'art"
                       

(1) Liliane, petite jeune fille juive, allait tous les jours, à pieds, pendant l'Occupation, du 144 rue Saint-Jacques – Paris V°, où elle habitait avec sa famille, au Lycée Fénelon, rue de l'Éperon – Paris VI°. Tous les jours, sans faute, ses camarades de classe venaient la chercher, à la porte de son immeuble et l'entouraient entièrement pendant leur descente du boulevard Saint-Michel jusqu'au Lycée, pour que personne ne vît l'étoile jaune cousue sur ses vêtements et qu'elle ne fût pas arrêtée. Solidarité qu'elle ne put jamais oublier.

Tant d'autres choses seraient à dire ! Que ces quelques mots lui rendent hommage.

Denise Peyroche 
8 mars 2014

Denise Peyroche a traduit la poète colombienne Angye Gaona et le poète chilien Rodrigo Verdugo Pizarro pour la revue "La Voix des Autres". 

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Article concocté par André Chenet

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