mardi 12 mai 2015

L'esprit du 8 mai





"La Seconde Guerre mondiale a débuté, du moins en ce qui concerne l’Europe, par l’irrésistible déferlement de l’armée allemande sur la Pologne en septembre 1939. Quelque six mois plus tard, des victoires encore plus spectaculaires ont suivi, cette fois sur les pays de l’actuel Benelux et sur la France. Durant l’été 1940, l’Allemagne semblait invincible et prédestinée à dominer indéfiniment le continent européen." Jacques R. Pauwels


En ce 8 mai 1945, notre camarade l’historienne Annie Lacroix-Riz revient pour www.initiative-communiste.fr sur le rôle de l’URSS dans la deuxième guerre mondiale :

2.5.1945 Berlin Reichstag
Armbanduhren wegretuschiert.
"Deux ans après sa victoire sur la Wehrmacht et le nazisme, la « Guerre froide » officiellement installée, l’Armée rouge, chérie de tous les peuples européens depuis juin 1941, passa chez ceux de l’« Ouest » pour une menace. Aujourd’hui, l’historiographie française, sa mutation pro-américaine vieille de trente ans achevée, voue l’URSS aux gémonies tant pour la phase du pacte de non-agression germano-soviétique que désormais pour celle de la « Grande guerre patriotique ». Nos manuels, assimilant nazisme et communisme, surenchérissent sur les historiens d’Europe orientale recyclés à l’Ouest. Les grands médias, qui encensent « les historiens du consensus » à l’« « esprit dégagé de tout sectarisme », ont transformé le débarquement « américain » (anglo-américain, Commonwealth inclus) du 6 juin 1944 en événement militaire décisif . Martèlement efficace. Les sondages IFOP sur la contribution respective de l’URSS et des États-Unis à la conduite militaire de la Deuxième Guerre mondiale ou « à la victoire sur les nazis » se sont, entre mai 1945 et mai 2015, strictement inversés : 57% pour l’URSS à la première date (20% pour les États-Unis) ; 54% pour les États-Unis aujourd’hui, et jusqu’à 59% chez les moins de 35 ans, victimes prioritaires de la casse de l’enseignement de la discipline historique.
Cette inversion politique consacre le double triomphe, en France, de l’hégémonie américaine et d’une russophobie obsédante depuis 1917, limitée pendant plusieurs décennies par l’existence d’un parti communiste puissant et présent sur le terrain de l’histoire mais considérablement accentuée par la chute de l’URSS. Elle est sans rapport avec le tableau que dressent les sources originales du rôle joué par l’URSS dans la Deuxième Guerre mondiale."
Annie Lacroix-Riz (historienne)


"La guerre n’a pas été déclenchée par un Führer enragé qui se trouvait à diriger l’Allemagne à cette époque. La Seconde Guerre mondiale est l’œuvre d’une oligarchie mondiale, ou plus précisément des ploutocrates anglo-américains. Utilisant des instruments tels que la Réserve fédérale US et la Banque d’Angleterre, ils ont commencé à se préparer pour le prochain conflit d’ampleur mondiale immédiatement après la Première Guerre mondiale. Leur cible était l’URSS. Les plans Dawes et Young, la création de la Banque des règlements internationaux (BRI), la suspension du paiement des réparations par l’Allemagne prévues par le Traité de Versailles et l’acquiescement des anciens alliés de la Russie à cette décision, les investissements étrangers massifs dans l’économie du Troisième Reich, la militarisation de l’économie allemande et les violations du Traité de Versailles sont autant de jalons sur le chemin conduisant à la guerre. Derrière ce complot se tenaient des personnages-clefs : les Rockefeller, les Morgan, Lord Montagu Norman (gouverneur de la Banque d’Angleterre) et Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement de Hitler). Le programme stratégique des Rockefeller et des Morgan était de subjuguer l’Europe économiquement, de saturer l’Allemagne d’investissements et de crédits étrangers, et de l’amener à délivrer un coup mortel à la Russie soviétique, afin que celle-ci revienne au capitalisme en tant que colonie." 
Valentin Katasonov (Docteur en sciences économiques)



8 Mai : La victoire sur le fascisme, 70 ans après

«Qu'est-ce que les gouvernements des USA, de  France et d'Angleterre recherchaient par cette complicité avec l'Allemagne nazie avant la guerre?»

Par Gilberto López y RivasLe 8 mai 2015 – 
Ce 8 mai marque le 70e anniversaire de la victoire des peuples du monde sur le fascisme et le nazisme, et en particulier la victoire du peuple soviétique sur l’Allemagne, décisive dans cette geste  historique. Dans les conditions politiques, économiques et sociales actuelles sur le plan mondial, cet anniversaire revêt une signification particulière, étant donné les menaces constantes contre la paix représentées par le capitalisme collectif, US en tête, et la possibilité réelle d’un nouveau conflit militaire de dimensions planétaires, qui serait le dernier auquel l’humanité se livrerait.
La Seconde Guerre mondiale n’a pas pour seuls responsables les fascistes allemands, italiens et japonais, qui, souhaitant un nouveau partage du monde, déchaînèrent la tragédie guerrière la plus terrible de l’histoire ; il est également nécessaire de souligner la responsabilité manifeste des impérialistes anglais, US et français dans le déclenchement de la guerre. Leurs gouvernements avaient encouragé et autorisé le réarmement de l’Allemagne. Ils ont occulté la croissance rapide de ses forces armées et invoqué une prétendue neutralité face aux agressions fascistes contre l’Éthiopie en 1935, l’Espagne en 1936, l’Autriche et la Tchécoslovaquie en 1938 et la Pologne en 1939.
En 1956. la Ville de Vienne décide de rebaptiser la Place de l’Archiduc Charles Mexikoplatz  pour rendre hommage au Mexique, qui, sous la présidence de Lazaro Cardenas, avait été le seul pays à protester à la Société des Nations contre l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par le Reich allemand. En 2008 fut installé sur la même place le Mahnmal gegen den Mythos des ersten Opfers (Mémorial contre le mythe de la première victime) de Marko Lulic, qui rappelle un chiffre terrible, les 99,73% d’électeurs autrichiens qui, le 10 avril 1938, avaient voté en faveur de l’Anschluss au cours d’un plébiscite.
Le Mexique, pour avoir été un pays d’accueil des exilés républicains, connaissait de première main le crime commis contre la République espagnole par les fascistes et le rôle joué par le Comité de non-intervention créé par les gouvernements d’Angleterre, de France et des USA pour couvrir leur évidente complicité avec ce crime. En Espagne, les fascistes ont testé leurs nouvelles armes, leurs  méthodes de destruction massive et toute l’expérience espagnole est ainsi devenue une préfiguration  de ce que serait l’ordre fasciste en Europe. L’Espagne est également devenue le cri de ralliement qui a alerté les fascistes sur l’indomptable esprit combatif d’un peuple et la solidarité internationaliste fraternelle de tous les peuples du monde. Ce 8 mai  nous nous souviendrons des combattant-es de tous les peuples d’Espagne qui ont nourri l’esprit antifasciste et l’amour pour la cause populaire de toute une génération d’antifascistes.

Toutes les agressions fascistes d’avant-guerre sont restées impunies, ce qui a permis aux rêves d’expansion mondiale des puissances de l’Axe de devenir une réalité cruelle. Les gouvernements anglais et français n’ont pas rsspecté les accords internationaux de défense mutuelle avec la Pologne et la Tchécoslovaquie, ignorant la volonté de leurs peuples, ce qui a permis l’occupation de ces pays par les nazis.
Je tiens à souligner ces événements historiques, car l’historiographie impérialiste a été responsable de la diffusion d’une image distordue des causes de la Seconde Guerre mondiale, tentant de faire d’un psychopathe le seul responsable. Recourant, comme ils le font souvent, au psychologisme, ils cherchent à faire croire que Hitler et la soif de pouvoir d’une clique de fanatiques déséquilibrés furent responsables de la guerre. Aujourd’hui comme hier, les fauteurs de guerre sont les monopoles capitalistes profitant de la mort de millions de personnes, les entreprises d’armement, les sociétés anonymes qui investissent dans le commerce lucratif de la guerre. Les partenaires allemands, anglais, français et US ont tous également profité du massacre des peuples.
«Les installations pour les chambres à gaz dans les usines de mort fascistes ont été vendues par les entreprises allemandes étroitement liées à des monopoles yankees, les chars de la mort ont été produits dans des usines en Allemagne appartenant à Ford et General Motors. La Banque des règlements internationaux à Bâle, dont le directeur était le banquier new-yorkais Tomas Mackitric, a acheté à la Banque du Reich allemand l’or volé par les hitlériens et les dents en or des personnes tuées dans les camps de concentration.» (V. Israelian Nicolaev. La segunda guerra mundial. México: Editorial Cartago, 1980, p. 104).
Qu’est-ce que les gouvernements des USA, de  France et d’Angleterre recherchaient par cette complicité avec l’Allemagne nazie avant la guerre?
Premièrement, ils cherchaient  à entraîner la machine de guerre allemande vers l’Est en direction de l’Union soviétique. Ils voulaient faire ce qui n’avait pas été possible dans les années suivant la Révolution d’Octobre de 1917, lorsque toutes les puissances impérialistes assiégeaient la jeune république des Soviets. Tous les interventionnistes avaient en commun une haine de classe envers le socialisme. De même, tout au long du conflit militaire de 1939-1945, l’anti-soviétisme et l’anticommunisme ont été un facteur sous-jacent dans la conduite singulière de la guerre par les alliés de la coalition contre Hitler. Le retard pris à l’ouverture du second front jusqu’en 1944 (quand le cours de la guerre avait déjà été décidé sur le front soviétique) et la politique systématique de petites actions militaires, visaient à obtenir l’usure et la défaite de l’Union soviétique.


Deux des milliers de tireuses d’élite de l’Armée rouge vers 1942. À gauche la lieutenante Lyudmila Mikhaïlovna Pavlichenko, Ukrainienne alors âgée de 26 ans, qui fut l’une des plus décorées, avec à son actif 309 ennemis abattus, dont 36 snipers.



 Affiche US de 1943, d’Alfred Treidler : «La fille qu’il a laissée derrière lui est toujours derrière lui : elle est une WOW». Les WOW (Women Ordnance Workers) étaient des femmes embauchées comme ouvrières dans l’industrie de guerre pour remplacer les hommes partis à la guerre. Gagnant de meilleurs salaires que dans les emplois féminins traditionnels, elles ont été priées de rentrer à la maison à la fin de la guerre pour laisser la place aux hommes revenus des fronts et de reprendre leur place de ménagères. Pour les convaincre, toute une propagande s’est développée, valorisant les femmes comme complément de l’homme, les bombardant de conseils de beauté, de cuisine etc.
Il est également important, pour les luttes actuelles des peuples contre la dépossession et la recolonisation capitaliste néolibérale, d’analyser l’expérience historique présente dans cette Seconde Guerre mondiale : la trahison nationale de la plupart des gouvernements capitalistes d’Europe face à l’agression et à l’occupation fascistes. La bourgeoisie livre ses propres pays afin de protéger ses intérêts de classe. Le Maréchal Philippe Pétain, le chef de gouvernement collabo qui remet à la France aux Allemands, représente parfaitement la politique suivie par les gouvernements européens en place qui, l’un après l’autre, se sont docilement soumis aux nazis, avec l’installation de gouvernements d’occupation dans lesquels ces collaborateurs allaient jouer un rôle important dans la répression brutale et la domination de leurs propres peuples. Les armées bourgeoises ont offert une résistance minimale ou symbolique et se sont effritées devant l’attaque fasciste. Cette attitude capitularde de bradage des régimes capitalistes européens montre clairement la tendance historique de la phase actuelle de la transnationalisation néolibérale, en ce sens que les groupes dominants ne représentent plus les intérêts nationaux et configurent des gouvernements, que Marx considérait comme des gouvernements de trahison nationale, comme cela est clairement démontré dans le cas du Mexique.
En revanche, dès le début et au cours  de la guerre, les classes travailleuses et un secteur important d’intellectuels en particulier, participent activement à la résistance antifasciste. Et ce sont précisément la participation active des peuples et le poids décisif du peuple soviétique, en particulier, qui vont changer la nature de la guerre : d’inter-impérialiste, elle se transforme en une guerre populaire, antifasciste, juste et nécessaire jusqu’à la défaite du fascisme.


Leopold Trepper, coordinateur de l’Orchestre rouge


Dans cette guerre des peuples contre le fascisme, les communistes, en particulier, avec d’autres groupes d’idéologie diverse, sont directement impliqués dans l’organisation des groupes de guérilla et de résistance : ils effectuent des activités de sabotage et d’exécutions ciblées à l’arrière des fascistes, gardant vivantes l’identité et la dignité nationales contre les envahisseurs. En outre, les communistes constituent une autre armée de combattants anonymes qui effectuaient un travail inestimable d’information et de renseignement dans les rangs mêmes de l’ennemi. Des centaines d’hommes et de femmes ont eu à se battre sur ce front intérieur singulier, dont la majorité est tombée dans les mains des tortionnaires et des assassins. Des combattants comme le communiste allemand Richard Sorge et le communiste polonais Leopold Trepper et tous ceux qui, comme eux, n’étaient pas des professionnels rémunérés, des mercenaires des appareils de renseignement et de subversion capitalistes, des espions, mais des révolutionnaires modestes et courageux qui ont combattu et sont morts pour la cause du peuple et le socialisme.
Soixante-dix ans de travail continu des puissants médias influencés et contrôlés par la vision du monde impérialiste cherchent à déformer cette histoire. On produit à la chaîne des films et séries télévisées, où les armées alliées, et en particulier celle des USA, sont présentées comme la force militaire qui a conduit à la défaite de  l’Allemagne. L’action militaire qui débute avec le débarquement allié en Normandie apparaît comme l’événement le plus important de la Seconde Guerre ; on essaye, par  ces manipulations, d’ignorer la contribution du peuple soviétique et les grands sacrifices des peuples de l’Europe occupée.
L’Union soviétique, indépendamment du phénomène du stalinisme, a été, sans aucun doute, le facteur décisif de la défaite du fascisme. Ses forces armées se sont affrontées au long de la guerre, au gros de la machine militaire fasciste et nazie et après les victoires de Moscou, Stalingrad, Koursk et Leningrad, on peut dire que les fascistes avaient été stratégiquement vaincus. Plus de 20 millions de morts, civils et militaires, témoignent du poids des peuples de l’ancienne Union soviétique dans cette guerre.
Ceci est un fait historique qui va sûrement être passé sous silence par les médias impérialistes à l’occasion de ce 70e anniversaire, comme il sera complaisamment occulté que dans les pays qui ont été occupés par les Alliés occidentaux, leurs gouvernements se sont énergiquement opposés aux aspirations démocratiques et de transformation pour lesquelles les peuples avaient combattu, rétablissant immédiatement l’ordre des choses convenant au capitalisme, imposant un alignement militaire qui a abouti à l’Otan agressif, déjà en pleine guerre froide. En outre, le gouvernement US – en particulier – a eu une politique bienveillante vis-à-vis des criminels de guerre fascistes, leur accordant protection et asile, et les utilisant même dans ses services de renseignement, dans la recherche scientifique à des fins militaires et comme conseillers des régimes dictatoriaux de Notre Amérique et d’autres continents. Le fascisme d’hier ressurgit aujourd’hui, comme on le voit en Ukraine et dans plusieurs pays européens où ont ouvertement refait surface des groupes néo-nazis qui jouissent, comme les nazis d’hier, de la tolérance des gouvernements européens et US.
Au cours de ces 70 années d’après-guerre, l’humanité a vécu une période où, s’il est vrai qu’il n’y a pas eu de nouvelle conflagration mondiale, les peuples ont souffert de multiples agressions militaires, économiques, politiques et en tous genres de la part des  impérialistes US et de leurs complices européens.
En Amérique latine plus particulièrement, l’agression de l’impérialisme US ne se fait plus sentir de manière directe. Notre histoire est marquée par la présence interventionniste des USA, et par une recolonisation qui bat son plein actuellement, considérée comme une occupation, avec ses collaborateurs et ses résistants. Il est primordial d’apprendre de la lutte antifasciste, 70 ans après la capitulation inconditionnelle de l’armée allemande devant l’Armée rouge.


Il est impossible de célébrer les 70 ans de la victoire contre le fascisme sans la volonté d’arracher de l’oubli ce qui s’est passé en Algérie ce même 8 mai et les jours suivants.
Une manifestation pacifique à Sétif, Guelma, Kheratta et la région a été réprimée dans le sang ; des dizaines de milliers de civils algériens ont été massacrés par la police, la gendarmerie, les milices armées par les autorités locales et l’Armée française, agissant sur ordre de l’exécutif. Amputer notre histoire commune par l’occultation de ce crime d’État est une négation du combat contre le colonialisme. Le 14 avril 2015, un Collectif Unitaire pour la reconnaissance des crimes d’État de 1945 en Algérie (Sétif, Guelma, Kherrata) s’est constitué. Outre cette reconnaissance, il demande : l’ouverture de toutes les archives, l’inscription dans la mémoire nationale de ces événements par le biais de gestes forts des plus hautes autorités de l’État et un soutien à la diffusion des documentaires relatifs aux événements dans l’Éducation nationale comme dans les média publics. À l’unanimité, le conseil municipal de Paris a demandé au chef de l’Etat de reconnaître ces massacres comme crimes d’État.
 Traduit par  Fausto Giudice

Né en 1943 à Mexico, Gilberto López y Rivas est anthropologue. Docteur en Anthropologie de l’Université de l’Utah, il est professeur-chercheur àl’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire de Mexico. Il a participé au mouvement étudiant de 1968.
Il a été membre du Parti de la Révolution Démocratique jusqu’à l’année 2003 quand il démissionna en protestation du manque d’éthique et de pragmatisme face au pouvoir. Il a notamment été député dans la 54e et la 57e Législature du Congrès de l’Union du Mexique.
Il a été conseiller de l'Armée zapatiste de libération nationale ainsi que du gouvernement du Nicaragua (1980-1990).
Ses thèmes de recherche et de travail privilégiés ont été les Chicanos, la question indigène au Mexique et en Amérique centrale, l'autonomie multiculturelle et la place des militaires dans la société mexicaine.
Il collabore à diverses publications, dont le quotidien mexicain La Jornada.

Derniers ouvrages publiés : El universo autonómico: propuesta para una nueva democracia. México: Plaza y Valdés, 2008 - Autonomía indígenas en America Latina: nuevas formas de convivencia política. México: Plaza y Valdés, 2005 - Autonomía: democracia o contrainsurgencia, México, Editorial ERA, 2004.

Source : Tlaxcala






Hontes
Le 8 mai 2015

François Hollande a finalement décidé de ne pas se rendre à Moscou mais d’y envoyer Laurent Fabius, son Ministre des affaires étrangères. On pourrait croire que ce n’est qu’un demi-mal. Mais ce geste signe la déliquescence morale du personnage qui ne veut pas choisir et n’ose affronter les conséquences de son inaction. Soit nous sommes dans un conflit ouvert avec la Russie, mais alors il faut nous expliquer pourquoi, et ce que l’on reproche à ce pays et à ses dirigeants quand on s’acoquine avec des dictatures féroces et rétrogrades comme l’Arabie Saoudite ou la Qatar. Soit, les points qui nous séparent de la Russie ne sont pas de l’ordre du conflit. Ils ne peuvent alors servir de prétexte à faire cet affront au peuple Russe et à son Président, Vladimir Poutine. L’histoire jugera sévèrement cette attitude qui confond la politique internationale avec une motion de synthèse dans un congrès du parti dit socialiste depuis des lustres en voie de transformation en un parti radical-socialiste.
François Hollande a, le 8 mai, décidé de commémorer le 70ème anniversaire de la victoire en compagnie du Secrétaire d’Etat américain. Soit ; mais il en a profité pour aller déposer une gerbe avec John Kerry à la statue du Général de Gaulle. Ici encore, ce geste témoigne d’une méconnaissance des faits historiques les mieux établis. Personne n’ignore le conflit qui opposa la France Libre au Président Roosevelt, et les embuches multiples que mirent les Etats-Unis sur la route de la reconnaissance de la France Libre et de son chef. Faut-il donc rappeler à François Hollande, qui entretient semble-il avec l’Histoire ce rapport instrumental qu’il souhaiterait institutionnaliser par la réforme des programmes d’Histoire et de Géographie, que Roosevelt soutint d’abord l’Amiral Darlan, homme de Vichy contre de Gaulle, puis chercha à imposer le Général Giraud. Ce geste est une insulte à la France libre, à la Résistance, et en fin de compte à la France toute entière.
François Hollande se croit ridicule quand il endosse les habits que lui offre le Président du Kazakhstan. Mais il ne se rend pas compte qu’il est cent fois plus ridicule, et cent fois plus insultant pour la France, avec ses petits calculs d’apothicaire, mégotant sur la reconnaissance que nous devons à la Russie et en associant un représentant du gouvernement américain à un hommage au général de Gaulle en ce jour. Faut-il donc qu’il soit aveugle sur ce qu’est la politique internationale, et oublieux de ce que la souveraineté commande à un pays en ces circonstances.
Mais, les français n’oublient pas, et n’oublieront pas, ce qu’ils doivent aux peuples de l’Union soviétique, et donc au peuple russe en ce jour. Ils n’oublieront pas que le débarquement du 6 juin 1944 ne fut possible que grâce aux grandes victoires remportées par les forces soviétiques qui ont affronté le poids principal de la guerre. Ils n’oublieront pas, non plus; l’homme qui, sous le couvert de sa fonction, a bradé la souveraineté et insulté par son comportement et ses atermoiements indignes la France.


Source : RussEurope

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