samedi 9 mai 2015

La République à l'étouffée





"À une époque où l’idée de l’intégration européenne est largement en perte de vitesse aux yeux des Européens, et alors que progressent les conflits et les signes d’un schisme interne au sein de l’UE elle-même, il serait naïf d’espérer que Washington et Bruxelles renoncent à utiliser le nazisme comme soutien à la propagande en faveur du processus d’intégration européenne." Pyotr Iskenderov






"Nous savons depuis les révélations d’Edward Snowden que le Patriot Act a servi de couverture légale pour un appareil de surveillance massif en violation des droits constitutionnels des Etats-Unis. Cet appareil vise à collecter, stocker et passer en revue les communications personnelles et politiques du peuple américain et de milliards d’autres gens sur toute la planète, derrière le dos de la population américaine et hors de tout contrôle démocratique.
Ces mêmes calculs fondamentaux régissent l’application de la loi sur le Renseignement en France, où la bourgeoisie rompt avec la légalité comme aux Etats-Unis. Terrifiée par le risque d’une explosion sociale de la classe ouvrière en réponse à ses politiques impopulaires d’austérité et de guerre, la bourgeoisie tente de préparer l’installation d’un Etat policier.
A la suite des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher à Paris, par des membres des réseaux islamistes instrumentalisés par le gouvernement français pour faire la guerre en Syrie, l’Etat a déployé un dispositif d’une dizaine de milliers de militaires sur le territoire français. D’autres mesures ont été mises en place, comme des opérations anti-terroristes dans les écoles et les prisons. A présent, l’élite dirigeante tente de légaliser ses opérations de surveillance profondément impopulaires."






"Hollande est à la recherche de tout ce qui peut lui permettre de présenter aux Français à la fin de son mandat un bilan qui l'autoriserait à leur solliciter sa réélection. Les pétromonarchies lui ont fait miroiter qu'elles sont prêtes à lui fournir les moyens d'y parvenir. Face à cette perche tendue par aussi cyniques que lui, les principes et valeurs dont il est censé être le défenseur ne pèsent guère et il les a totalement évacués en engageant la France dans une alliance et une coopération politico-militaire stratégiques avec ces pétromonarchies.

Hollande n'en est pas à ce seul reniement de ce qu'il prétend être et vouloir pour la France. Il a renié la plupart des engagements pris avec les Français qui l'ont élu. Ses reniements pèseront lourd en 2017, mais celui qu'il a fait sur la position française s'agissant du principe que la France est sans concession avec les régimes rétrogrades, antipopulaires et sanguinaires dans leurs comportements vaut aux peuples qui en payent le prix de ne voir en la France qu'un Etat indifférent à ce qu'ils endurent et non le pays qui a enfanté les droits pour lesquels ils se battent et se sacrifient."






Fiche-cuisine: la République à l'étouffée
Par Laurent Chemlale 5 mai 2015






Difficulté: moyenne.
Temps de cuisson: étonnamment court. 
Choisissez une vieille démocratie un peu rassie: sa Constitution doit avoir été tripotée assez longtemps pour que la séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs ait presque disparu. Si vous connaissez le patron, demandez-lui s'il n'a pas dans ses frigos un Etat dans lequel le gouvernement commande directement le vote des représentants du peuple: c'est l'idéal.

Sinon, vous n'aurez qu'à réduire la durée du mandat des députés, et faire en sorte que leur élection coïncide avec celle du président : c'est la meilleure façon de s'assurer leur totale soumission et la disparition de toute trace de séparation entre ces deux pouvoirs fondamentaux.

Dès lors, la seule difficulté de notre recette sera de se débarrasser de toute trace d'un pouvoir judiciaire, trop épicé pour nos palais. Ce n'est pas aussi difficile que ça en à l'air:
- Faites évoluer votre justice administrative: en touillant délicatement les peurs des citoyens (immigration, terrorisme...), son rôle devra sortir du seul contrôle de la légalité des actes de votre administration, et s'étendre à la prévention de tout ce que vous aurez choisi de présenter comme un danger.
- Videz de sa substance le rôle du juge judiciaire : en réduisant ses compétences au profit du tribunal administratif (qui est à vos ordres), en  réduisant ses moyens pour ensuite constater sa lenteur, puis en affirmant son inadéquation face aux risques toujours plus grands que vous inventerez selon l'air du temps, cette étape n'est qu'une affaire de doigté. N'oubliez pas de vous protéger de son courroux en décrétant l'immunité des gouvernants.
Les dernières traces d'un pouvoir judiciaire indépendant pourront alors être masquées par quelques artifices procéduraux qui retarderont toute procédure à votre encontre jusqu'à la fin de votre carrière politique. Fort de tous les pouvoirs, votre exécutif n'a alors plus rien à craindre de personne.
   
- Faites voter des lois de circonstance: par le contrôle de l'exécutif sur le législatif, n'hésitez pas à doter votre administration de tous les moyens pour surveiller le bas-peuple. Transformez la vidéosurveillance en "vidéoprotection", armez votre police municipale, légalisez les écoutes administratives, puis  la surveillance généralisée (là encore, jouez sur la peur du terrorisme: c'est un truc de grand-mère qui marche bien).   
À ce stade, votre population n'aura normalement plus aucun moyen de vous renverser, ce qui serait un gâchis et qui salirait irrémédiablement votre cuisine politique (et au cas où elle se détournerait d'un processus démocratique vidé de son sens, vous pourrez toujours décréter le vote obligatoire).
   
Tout est prêt: il ne reste plus qu'à créer un semblant d'alternance pour apaiser les organismes supranationaux (pour des raisons historiques, le régime dictatorial n'est plus adapté au monde moderne) : votre état totalitaire peut être servi pour le plus grand bénéfice de vos invités.

Laurent Chemla


Source : Médiapart, le blog de Laurent Chemla




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