dimanche 24 mai 2015

La destruction systématique du Moyen-orient







Les premières photos de Palmyre occupée par l’État Islamique circulent : des cadavres décapités alignés sur une route, non loin du site plurimillénaire rappelant la richesse civilisationnelle de la Syrie qui continue à subir les foudres de cette monstrueuse armée démoniaque. Mercredi 20 mai 2015, le père Mourad, supérieur du monastère Mar Elian situé à une centaine de kilomètres, apprend la chute de Palmyre comme nous tous. Il écrit alors :
"Les extrémistes qui s’appellent « Daesh » approchent de notre ville de Qaryatayn après leur domination de Palmyre où ils ont tué beaucoup des gens en coupant les têtes…C’est terrible ce que nous vivons… Aujourd’hui nous sommes là, demain on ne sait pas… La vie devient compliquée… priez pour nous S.V.P."  Charlotte d'Ornellas


"Il n’y a aucun doute là-dessus: Israël joue un rôle-clé dans la tentative de destruction de l’état syrien. Israël s’est rendu coupable de la mort de millions de personnes en apportant son aide aux mercenaires anti-Assad. Selon un rapport de l’ONU, les Syriens occupent, à l’heure actuelle, la 2e position dans la liste mondiale des réfugiés. Ils viennent juste après les Palestiniens. Et tout cela grâce à l’axe du mal OTAN-Israël-Arabie saoudite qui ont financé et soutenu les armées rebelles en Syrie." 


La France doit cesser d’allumer la poudrière moyen-orientale ! 
par Christine Bierre

François et le roi
L’Arabie saoudite et le Qatar ont beau mettre à feu et à sang le Moyen-Orient, au nom de leurs parrains à Londres, à Washington et à Tel-Aviv, rien ne semble faire dérailler une politique française moyen-orientale qui, depuis l’élection de François Hollande, a fait de l’alliance avec les puissances sunnites les plus arriérées de la région et avec l’Israël de l’ultra-droite de Benyamin Netanyahou, le pilier de son action au Moyen-Orient.

La tournée de notre Président au Qatar et en Arabie saoudite, les 4 et 5 mai derniers, n’a fait que confirmer ce partenariat dans l’horreur. A Doha, M. Hollande a signé un accord pour la vente de 24 Rafale, pour 6,3 milliards de dollars.
En Arabie Saoudite, il a renforcé le partenariat avec ce pays, un partenariat considéré à Paris désormais, comme de « nature extrêmement politique et stratégique ». Par ailleurs, des négociations ont commencé pour des contrats pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars, notamment dans les domaines de l’énergie (nucléaire et solaire), des transports, de l’armement et de l’aérospatial. Paris compte en effet profiter de tous les atouts de ce pays : ses milliards de dollars en revenus pétroliers, un boom démographique en cours et une volonté de construire seize centrales nucléaires.
N’ayant pas eu le courage de se battre pour une vraie réforme financière permettant de relancer la croissance, Paris, dont les caisses sont vides, se croit obligé de ramper pour quelque milliards, en vendant ses armements de pointe à des pays qui sont les principaux acteurs de la poudrière moyen-orientale.
Mais ce qui est bien plus grave est que la France veuille sceller avec l’Arabie saoudite un partenariat non seulement économique mais stratégique. En tant que premier dirigeant occidental jamais invité à un sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), rassemblant les puissances pétrolières sunnites du golfe Persique, François Hollande aligne notre pays sur les desseins de ces puissances et de leurs alliés dans la région et dans le monde.
Or, quels sont ces desseins ? Le 4 mai, François Hollande débarquait dans une Arabie saoudite en plein bouleversement. Le 29 avril, le roi Salmane, arrivé au trône en janvier après la mort du roi Abdallah, a mené un véritable coup de palais.
Bousculant l’ordre de la succession par lequel le pouvoir se transmettait aux frères puis aux demi-frères du roi, Salmane a décrété que son successeur direct serait son neveu, Mohammed Ben Nayef, l’actuel ministre de l’Intérieur, et non Moqren, dernier fils vivant d’Abdelaziz, fondateur de la dynastie.
Le deuxième dans l’ordre de la succession devient son propre fils, Mohamed Ben Salmane, actuel ministre de la Défense.
Autre changement, et de taille : si jusqu’à présent un consensus devait régner parmi les différents clans de la famille, le coup de palais du roi Salmane s’est fait exclusivement en faveur du clan des Soudeiri, dont il fait lui-même partie et qui est connu comme le plus fanatique de tous.
Le prince Bandar, soupçonné d’avoir trempé dans les attentats du 11 septembre 2001 lorsqu’il était ambassadeur aux Etats-Unis, est un Soudeiri. C’est l’homme qui, en collaboration avec l’oligarchie anglaise et américaine, a dirigé les opérations de déstabilisation et autres coups d’Etat visant les ennemis de l’Arabie saoudite et de ces pouvoirs occidentaux depuis les années 1980.
C’est donc avec ce clan que la France pactise aujourd’hui. Sa consolidation au pouvoir s’est d’ailleurs traduite par le lancement le 26 mars d’une guerre au Yémen qui, en mettant aux prises les deux frères ennemis de l’islam, l’Arabie saoudite et l’Iran, pourrait faire exploser toute la région. Riyad accuse abusivement les Houthis, le groupe chiite qui a pris le pouvoir à Sanaa, d’avoir mené un « putsch chiite » avec l’aide de l’Iran contre l’ancien président Abedrabbo Mansour Hadi, un allié corrompu de l’Arabie saoudite, dont le mandat était arrivé à échéance en 2014.
Dans un contexte où certains à Washington – une fois n’est pas coutume – tentent de tempérer les ardeurs guerrières de leur allié saoudien, soucieux de l’accord qu’ils sont au bord de signer avec l’’Iran et sous forte pression de certains élus et milieux politiques convaincus que l’Arabie saoudite continue à financer le djihadisme, la France a fait au contraire le pari de renforcer son « partenariat stratégique » avec l’Arabie saoudite !
Outre cette affaire du Yémen, c’est le soutien de l’Arabie saoudite à la folle course meurtrière de l’État islamique pour redessiner les frontières du Proche-Orient, qui illustre le mieux l’aventurisme de la politique engagée par Paris. Sous l’influence de Bernard-Henri Lévy, Nicolas Sarkozy a provoqué l’implosion de la Libye.
Alain Juppé suivi par François Hollande ont ensuite entraîné la France dans une guerre de destruction de la Syrie millénaire. Aujourd’hui, ils contribuent à l’éclatement des pays issus de l’accord Sykes-Picot pour les remplacer par des États croupions, ethniquement homogènes, sous la botte des pétromonarchies.
La carte qui se dessine actuellement ne ressemble-t-elle pas à celle publiée par le New York Times en 2013, avec un Alaouistan à l’ouest, un Sunnistan traversant la Syrie et l’Irak, un Kurdistan au nord du Sunnistan et un Chiistan au sud-est de l’Irak ?
M. Hollande croit-il pouvoir éviter à la France la destruction qu’il inflige aux nations du Proche-Orient ? Il a bien vite oublié les événements des 7 et 8 janvier 2015 …



Prise de l’hôpital national de Jisr el Choghour par les terroristes d’Al-Nosra/Al-Qaida


La nouvelle guerre de 1000 ans !
Par Karim Mohsen

Depuis mars 2003 et l'invasion de l'Irak par l'armada américaine, la région du Moyen-Orient vit sous l'emprise de la guerre et de la violence. 

Douze ans après cette agression, l'ancienne Mésopotamie est aujourd'hui ruinée et dépecée alors que les guerres ethniques et confessionnelles font rage. Pas loin, un nouveau front a été ouvert en Syrie, qui dure depuis maintenant quatre ans. 

Une Syrie, dévastée qui connaît le sort de son voisin irakien. 

Ce sont deux berceaux de la civilisation humaine qui sont ainsi mis à mal. Et il y a le Yémen qui, en conflit latent depuis 2011, est désormais à son tour engagé dans une guerre sanglante, dont personne ne peut en prévoir l'issue. 

A l'ouest de la région arabe, au Maghreb, la situation n'est guère meilleure dont la Libye, qui entre dans la quatrième année d'une guerre fratricide, illustre parfaitement la donne. En Egypte, le nouveau pouvoir militaire - qui organise une meurtrière traque aux opposants - initie des procès de masse inédits dans le monde, créant un effrayant remake de la chasse aux sorcières des âges sauvages. 

Le Liban, sans président, ni Parlement, depuis le 25 mai 2014, est retombé dans ses travers et un rien pourrait rallumer la flamme de la discorde. 

Reste la Palestine, avec des guerres qui durent depuis 68 ans, traversant des phases chaudes et froides. Un cas que l'on a rendu et que l'on a voulu insoluble avec, quelque part, une responsabilité patente de dirigeants arabes incapables d'élever le ton et d'aider concrètement les Palestiniens. Mais, ceux qui bloquent de tous les freins l'émergence d'un Etat en Palestine, sont ceux-là qui jouent les sous-traitants des impérialismes américain et occidental. Or, un point commun lie ces différents évènements du Machrek et du Maghreb: l'interventionnisme tous azimuts des Al Saoud. En fait, les Saoudiens, dont le trône ne tient qu'à la protection des Etats-Unis, ne sont pas pour peu dans la dégradation des situations en Irak, en Syrie et au Yémen, notamment, où Riyadh mène, dans ce dernier pays depuis le 25 mars, une guerre de destruction. Les Saoudiens ont été à bonne école, avec leur opération «Tempête décisive» au Yémen à l'imitation des «tempêtes» désastreuses US contre l'Irak, dans les guerres du Golfe, ou d'Israël contre les Palestiniens. 

On ne peut comprendre les évènements qui marquent ces pays arabes - en particulier depuis l'avènement dudit «Printemps arabe» - si l'on ne remet pas les faits dans leur contexte géostratégique, et si l'on ne revient pas sur les carences des dirigeants arabes - plus préoccupés à faire pérenniser leur pouvoir que construire des Etats forts, appuyés sur l'Etat de droit, la démocratie et les libertés - qui ont de la sorte facilité les ingérences étrangères. Les Etats-Unis et Israël, notamment, n'ont eu qu'à mettre à profit cette situation pour aggraver, si cela se pouvait, les clivages entre les Arabes. Pendant que ceux-ci s'entre-tuent dans de nouvelles guerres de religion et/ou de leadership, leur monde recule sur tous les plans. Cette région qui avait le potentiel - grâce à son homogénéité historique et linguistique et forte de ses près de 400 millions d'habitants - de devenir une grande puissance, a à contrario gravement régressé et s'est enlisée, sous l'impulsion d'un wahhabisme rampant, dans les guerres tribales et claniques. Alors que le Monde dit «arabe» se vide de son intelligentsia au profit de pays - à leur tête les Etats-Unis - qui font tout pour le maintenir dans l'obscurantisme et le despotisme, certains régimes arabes, particulièrement l'Arabie saoudite, donnent des coups de pouce décisifs à cette rétrogradation arabe. En fait, Riyadh assume l'entière responsabilité de l'avènement de l'islam radical en ayant été à l'origine de la fondation - dans les années 1980 - de la nébuleuse Al Qaîda, conjointement avec les Etats-Unis. C'est encore l'Arabie saoudite qui finance le terrorisme transfrontalier, singulièrement, en Syrie - où opère l'un de ses bras armés le groupe jihadiste Al Nosra - et dont l'action armée au Yémen tend à détruire le plus pauvre des pays arabes. 

De fait, tous les ingrédients se trouvent aujourd'hui réunis pour plonger le Monde dit «arabe» dans une guerre de 1000 ans. Les Al Qaîda et l'autoproclamé «Etat islamique» (EI/ Daesh) - faut-il s'étonner que Daesh qui a détruit en Irak et en Syrie les assises des civilisations anciennes, ne s'en prend ni à Israël, ni aux Etats-Unis? - semblent avoir eu pour mission de renvoyer les Arabes à la période de la Jahiliya. 

Comment peut-il en être autrement quand ces groupes terroristes s'attaquent aux seuls pays arabes ayant fait de la modernité leur credo? L'histoire ne manquera pas de le relever et de noter le rôle joué par Riyadh dans la déroute dudit «Monde arabe».

Karim Mohsen


Source : L'Expression


1 commentaire:

zin a dit…

Très bonne analyse, oh combien triste et pathétique pour le monde arabe ! Mais, avant tout, il faut comprendre que les événements du Moyen Orient ne sont pas le fruits du hasard mais bel et bien un plan planifié depuis des décennies par les sionistes ... Israël a étudié les antagonistes du monde arabe, puis s'en est servi pour créer les conditions de la destruction et de la balkanisation du Moyen Orient ... A ce sujet, une fois qu'on a lu la très instructive étude militaire de 1982 ("PLAN YINON"), cela ne fait plus aucun doute et fait froid dans le dos ! Mais, il est tout à fait vrai que les dirigeants arabes, particulièrement ceux d'Arabie Saoudite, ont été une catastrophe pour leurs populations et leur responsabilité dans la mort de la région est immense ! Les autres n'ont fait que profiter de cette stupidité ancestrale ... Certains, comme Sarkozy et BHL, ont pu tranquillement faire la guerre en Libye pour le compte d'Israël et le proclamer haut et fort ! Maintenant, non seulement la région est totalement détruite (infrastructures, Etats, monuments historiques, etc ) mais en plus, les grands puissances vides les réservoirs de pétrole ... C'est véritablement une catastrophe qui a engendré Les Daech et Cie. Ceux-là, s'ils donnent l'impression de rouler pour les Occidentaux, ont eux aussi un timing : prendre le pouvoir. Pour le moment, les grandes puissances leur donnent un coup de main ce qu'il n'y a pas lieu de refuser ... Convergence d'intérêts mais pas de coopération. Mais, comme pour les dictateurs arabes, soutenus par les grandes puissances puis totalement abandonnées, les mouvements terroristes subiront le même sort le temps venus ... Tout sera détruit, il n'y aura plus de pétrole, le retour en arrière d'un siècle. Vraiment triste et pathétique ...