vendredi 17 avril 2015

L'inacceptable privatisation des semences naturelles




« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, 
ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. » Charles Darwin





«Les semences constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire et la source de l’évolution future de la vie. C’est pour cela qu’il est de notre devoir intrinsèque et de notre responsabilité de les protéger et de les confier aux générations futures. La reproduction des semences et l’échange des semences, dans le monde paysan, a constitué de tous temps le fondement du maintien de la biodiversité et de notre sécurité alimentaire. » Vandana Shiva


En France, le Catalogue officiel autorise uniquement la commercialisation des graines répondant à des critères stricts d’homogénéité, de stabilité, et d’amélioration de la variété. Or, seuls les hybrides F1 et les OGM peuvent les respecter. Cependant, pour les premiers, la dégénérescence consanguine » donne une 2nde génération très peu productive tandis que pour les seconds, soumis au droit de propriété intellectuelle, les graines ne peuvent être ressemées sous peine de poursuites pour violation de brevet. La « stérilité biologique » des hybrides et la « stérilité juridique » des OGM obligent donc les agriculteurs à racheter des graines chaque année.
Au contraire, les variétés paysannes sont le résultat d'une longue sélection, appelée "coévolution". Au fil des ans, l’agriculteur ressème ses propres graines, créant une variété spécifique de son terroir.  Chaque graine n'en reste pas moins unique. La préservation de la biodiversité génétique de ces variétés permet une grande résilience et serait une solution pour s’adapter aux changements climatiques et contrer l’insécurité alimentaire. 
Clémence Pouclet et Claire Mafayon (Kokopelli)

La « guerre des semences » s’intensifie. Un récent projet de loi considère la reproduction de semences à la ferme, ces graines issues de variétés sélectionnées par l’industrie semencière, comme une « contrefaçon ». Cette tentative d’appropriation de la semence n’est pas nouvelle. Elle remonte au début du 20e siècle et commence plus précisément aux Etats-Unis. En 1923, le ministre de l’Agriculture décide d’arrêter la sélection quasi naturelle du maïs au profit d’hybrides non reproductibles qui assurent un retour sur investissement. Et pour cause : les paysans sont obligés de racheter chaque année leur semence ! Le fils du ministre de l’Agriculture, Henry Wallace, lancera d’ailleurs Pioneer Hi-Bred, l’un des principaux semenciers mondial, avant d’être lui-même nommé vice-président des Etats-Unis. Depuis ce moment-là, les semenciers n’ont eu de cesse de chercher des moyens techniques – hybrides ou OGM – pour assurer leur monopole sur la semence. Yves Manguy



La privatisation des semences: un enjeu mondial

 Au Canada, l'adoption récente du projet de loi C-18 par la Chambre des communes, en troisième lecture, met en lumière un phénomène de plus en plus préoccupant, celui de la privatisation des semences et de leur contrôle par des compagnies multinationales. Cet enjeu, qui est présent dans les pays du Sud comme dans les pays du Nord, reste parfois méconnu. Pourtant, il représente une menace pour la souveraineté et la sécurité alimentaire des populations locales, pour la biodiversité de la planète et pour l'avenir de notre alimentation.

Un contrôle grandissant

Les semences constituent la base de notre système alimentaire. Depuis des millénaires, les petit-e-s agricultrices et agriculteurs ont développé un savoir-faire permettant aux semences de grandir dans leur environnement naturel et de résister aux aléas du climat et à d'autres fléaux. C'est grâce à ce savoir-faire que l'on retrouve aujourd'hui une grande variété de fruits et de légumes, contribuant ainsi à préserver la biodiversité agricole mondiale.

Depuis quelques décennies, le secteur privé exerce un contrôle grandissant sur les semences. Selon le groupe ETC, une ONG qui travaille sur les impacts socio-économiques des nouvelles technologies, plus de 50 % du marché mondial des semences est aujourd'hui contrôlé par trois compagnies. C'est grâce à des brevets ou à des certificats que ces compagnies obtiennent la « propriété intellectuelle » de certaines semences. Ce faisant, elles tentent d'éliminer les droits séculaires des agriculteurs de conserver, d'utiliser et d'échanger les semences.

Or, les semences industrielles standardisées n'ont pas la flexibilité et l'adaptabilité des autres semences. Elles requièrent toujours le même ensemble technologique (pesticides chimiques, engrais, grosse machinerie et travaux d'aménagement), sans lequel elles ne peuvent croître. Il va sans dire que cet ensemble technologique est hautement dépendant du pétrole.

En plus des semences industrielles standardisées, certaines entreprises ont développé des semences génétiquement modifiées. Conçues pour résister aux herbicides et aux parasites, ces semences ont besoin, pour pousser, d'engrais chimiques et de pesticides, fabriqués par ces mêmes compagnies. Comme elles sont brevetées par des firmes multinationales, les agricultrices et agriculteurs ne peuvent plus conserver leurs semences pour la prochaine récolte et doivent en acheter de nouvelles auprès de ces entreprises, créant ainsi un cycle de dépendance économique.

Les multinationales bénéficient d'un avantage considérable. Elles peuvent promouvoir leurs semences grâce à des traités de libre-échange et à d'autres conventions internationales. Ces accords encouragent les gouvernements à adopter des lois qui interdisent aux agricultrices et agriculteurs de conserver ou d'utiliser leurs propres semences parce qu'elles ne sont pas brevetées ou certifiées. 





L'Europe autorise les brevets sur les semences naturelles

Le 13 avril 2015, par Napakatbra

Dans un silence assourdissant, l'Office Européen des brevets (OEB) vient de décréter la brevetabilité du vivant ! Une interprétation des textes abracadabrantesque...


"Dépêchons-nous d'en rire, avant d'avoir à en pleurer"... se dit aujourd'hui le milliard et demi de paysans qui replante d'années en années les semences issues de leur propre récolte.
La Grande chambre des recours de l'OEB du 25 mars a décrété qu'un "produit obtenu par un procédé essentiellement biologique est brevetable". C'est-à-dire que toute nouvelle variété obtenue par croisement naturel, dont celles se développant toutes seules, comme des grandes, dans la nature, sont brevetables !

Petits recours entre amis
Reprenons. En 2002, un brevet sur le brocoli a été accordé à la société britannique Plant Bioscience, avant d'être contesté. Par des assoces crypto-complotisto-altermondialistes ? Non, pas du tout. Par Limagrain et Syngenta, deux géants de l'industrie biotechnologique, qui étaient alors aussi en attente de brevets du même (troisième) type. Curieux... Selon "No patents on seeds", la coalition internationale d'associations créée pour l'occasion, "il est probable que ces sociétés se soient principalement opposées à ce brevet pour que le Bureau Européen des Brevets confirme, au lieu de révoquer, la brevetabilité des graines traditionnelles".
Bonne pioche ! Après 13 années d'un insoutenable suspens, le résultat est enfin là : c'est open bar sur les brevets. Et des milliers de breloques en attente devraient être attribuées d'ici peu. Une voie royale ouverte à Syngenta, Monsanto et consorts pour prendre le contrôle de notre alimentation, y compris pour les variétés millénaires, comme pour ce brevet accordé en 2014 pour une variété de poivron copiée d’une plante sauvage existant en Jamaïque. Et, si leurs semences venaient à être brevetées, des centaines de millions de paysans seront contraints d'abandonner leurs graines ancestrales pour les racheter au prix fort à leurs fabricants. Un véritable désastre.
L'ONG "No patents on seeds" se raccroche tout de même à un très mince espoir : le parlement européen, de même que plusieurs pays, dont l'Allemagne, la France et les Pays-Bas, commencent timidement à réaliser l'ampleur du problème. Mais en Europe, c'est la Commission qui décide.



"Lorsque Dieu a créé l'homme et la femme, il a bêtement oublié d'en déposer le brevet, si bien que maintenant le premier imbécile venu peut en faire autant."  George Bernard Shaw

Liens : décisions G2/12 et G2/13 de l'OEB, communiqués de la FNPH, et de No patents on seeds.


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