mercredi 15 avril 2015

La révolte yéménite réprimée




"Sous les bombardements, comment pleurer tant de morts ? Leur âme ne quitte pas le corps. Elle se multiplie dans celle des vivants." Jean-Marc La frenière


Dès avant le début des raids actuels contre les positions de rebelles houthis, les grandes puissances occidentales et leur principal allié régional, l’Arabie saoudite, avaient contribué à l’escalade du conflit yéménite interne. Les analyses des experts le montrent. Par exemple, l’International Crisis Group, un think tank occidental international, indique que Washington et « d’autres gouvernements occidentaux » cherchaient à maintenir au pouvoir à tout prix le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, en raison de sa docile coopération à la « guerre contre le terrorisme. » Par exemple, Hadi mettait à la disposition des USA la base d’Al Anad, non loin du port d’Aden, pour lancer toutes sortes d’opérations par drones, mais aussi pour y former les commandos spéciaux yéménites. Certes ce Président si coopératif faisait traîner en longueur des réformes urgentes et n’avait plus guère de soutien dans la population, mais l’Occident a voulu l’ignorer, selon le Crisis group. À l’automne dernier la directrice du bureau de la fondation Friedrich-Ebert (SPD) au Yémen rapporta que la « survie politique de Hadi n’était plus garantie à l’heure actuelle que par la communauté internationale ». Ainsi que l’expose le Crisis Group, pour finir l’Arabie saoudite a même saboté plusieurs solutions envisageables au conflit en pleine escalade. Par exemple, en février, Hadi a empêché un compromis partiel en abandonnant sa capitale Sanaa pour rejoindre Aden - avec le soutien des Saoud, comme le rapporte le think tank. Et ce mois-ci encore Riyad aurait rendu impossible un accord en liant les entretiens à des conditions auxquelles les Houthis ne pouvaient satisfaire.

L’arrière-plan de ce conflit, c’est la lutte pour le pouvoir que l’Occident et l’Arabie saoudite mènent contre l’Iran. Riyad et Téhéran sont depuis longtemps rivaux pour la domination sur le golfe Arabo-persique, mais cette rivalité a été exacerbée par l’éviction politique de l’Irak, après son invasion par les USA en 2003. Toutefois le clan saoudien ne s’en prend pas seulement à l’Iran, mais aussi à l’ensemble des forces chiites au Proche et Moyen-Orient, qui sont censées être des alliés potentiels de Téhéran. Il est sans cesse question d’un « croissant chiite » qui s’étendrait depuis le Hezbollah libanais jusqu’à la minorité chiite saoudienne de la côte Est et les Houthis yéménites en passant par le gouvernement alaouite syrien et les populations chiites d’Irak et du Bahreïn. Tandis que les adversaires salafistes du Hezbollah libanais jouissent de l’aide saoudienne, tout comme les milices syriennes rebelles, Riyad soutient depuis des années la répression sanglante de l’opposition chiite au Bahreïn. L’Arabie saoudite a également contribué par le passé à réprimer les révoltes des Houthis, depuis longtemps marginalisés au Yémen, allant en 2009 jusqu’à des frappes aériennes. Les États membres de l’OTAN, dont l’Allemagne, soutiennent cette politique car elle sert leur propre lute pour le pouvoir à l’encontre de l’Iran.
Traduction : Michele Mialane 
Lire l'article dans on intégralité sur Tlaxcala





L’Arabie heureuse représentait, pour les Romains, le plus souvent une terre semi-fabuleuse, où habitait le phénix et d’où provenait l’encens nécessaire aux actes religieux, ainsi que d’autres épices: «Au-delà du débouché du Nil à Péluse se trouve, baignée par la Mer Rouge, l’Arabie dite heureuse, regorgeant de parfums et de richesses. On désigne ainsi le pays des arabes Cattabanes, Esbonites et Scenites et hors ses frontières avec la Syrie elle est désertique, sans autre relief notable que le mont Casius.» Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, livre V, chap. xii, L’Arabie heureuse (Arabia felix) s’opposait par son nom aux autres «Arabies» connues par les Romains: l’Arabie pétrée, ancien royaume des Nabatéens l’Arabie déserte, constituée de déserts parcourus par les Arabes, immenses territoires arides qui s’étendaient jusqu’en Mésopotamie et étaient voués au nomadisme.La riche civilisation caravanière de la myrrhe et de l’encens, c’était bien avant l’avènement du pétrole. Cet excrément du diable pour paraphraser une expression judicieuse d’Hugo Chavez … 
Lire sur Wikipedia et  l'article de Chems Eddine Chitour sur Mondialisation ca






"Nous avons observé, durant cette dernière année, une coopération totale entre les dirigeants réactionnaires arabes et les forces colonisatrices. Il y a une coopération et une solidarité manifestes entre eux, dirigées contre le nationalisme arabe et les mouvements révolutionnaires et de libération arabes.
Des contrats d’armements suspects sont conclus, et ils sont dirigés contre les Arabes et non pas contre les ennemis des Arabes. Ce qui le prouve, c’est que ces armes fournies aux Arabes sont les mêmes que celles qui sont fournies aux ennemis des Arabes. Ceux qui arment Israël sont les mêmes qui arment l’Arabie saoudite et les États réactionnaires de la région." Gamal Abd-al Nasser, le 23 juin 1966



Dans la nuit du 25 au 26 mars, l’Arabie saoudite a lancé l’opération «  Tempête décisive  » au Yémen et entamé le bombardement des positions des milices houthistes qui s’étaient emparées de la capitale Sanaa, avaient renversé le président Abd Rabbo Mansour Hadi et progressaient vers le sud et le grand port d’Aden. Dix pays participent, plus ou moins intensément et plus ou moins directement à la coalition qui s’est mise en place sous l’égide de Riyad : cinq des six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) (en plus de l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar et à l’exception d’Oman), auxquels il faut ajouter l’Égypte, le Maroc, la Jordanie, le Soudan et le Pakistan. 
Alain Gresh (Orientxxi.info)





Un bourbier nommé Yémen

IRIB

28 mars 2015

url de l’article:

Mille et une raison ont poussé le royaume des Al-e Saoud……
à déclencher la guerre contre le pays souverain qu’est le Yémen, pays qu’il considère comme sa chasse gardée : mais cette guerre sera-t-elle facile à gagner ? En dépit du vaste soutien des Etats Unis, à Riyad, la guerre contre le Yémen est loin d’être facile à gagner … les experts évoquent, déjà, un « gouffre », grandeur nature, qui s’ouvre sous les pieds de l’Arabie et qui risque de l’engloutir, elle et ses alliés. Mais pourquoi?
1- C’est tout de même la première fois que l’Arabie saoudite et ses alliés s’engagent, directement, dans un conflit armé, à haut risque, et imprévible, en termes de répercussions. Force est de constater que Riyad vient de rompre là, avec sa manière de faire habituelle, à savoir mener des guerre, par procuration.
2- Sur le plan stratégique, il est difficile de justifuier un tel engagement, alors que que quelques semaines écartent, seulement, l’Arabie de la mort de son ex roi et que le nouveau roi peine à imposer son autorité. Les experts qualifient cet engagement militaire de hâtif, dans la mesure où Ansarallah est un groupe très engagé et bien équipé, et que sa cause n’est, ni confessionnel, ni etniciste, et c’est pour cette raison qu’elle est bien rassembleuse.
3- En déclenchant la guerre contre le Yémen, l’Arabie a exposé son flan Est, soit la région pétrolifère, peuplée de Chiites, à une explosion : il existe de fortes chances, pour qu’il y ait, dans les semaines à venir, la possibilité d’une « convergence de Qatif et d’Al-Awamiya, en Arabie saoudite, avec le Yémen ». En filigrane à cette perspective, il existe le risque que le contrôle du détroit stratégique de Ban el-Mandeb tombe, totalement, entre les mains d’Ansarallah et de l’armée nationale. Et de là, les ressources pétrolières saoudiennes pourraient être mises en danger.
4- La coalition que dirige, en ce moment, l’Arabie saoudite, s’avèrera-t-elle durable? De forts doutes existent, à ce sujet. En effet, une alliance Wahhabite /Frères musulmans ne pourra jamais, trop longtemps, fonctionner, comme l’a bien prouvé l’expérience syrienne, égyptienne et libyenne…
5- Le feu vert des Etats Unis à cette intervention militaire, son appui liogistique aux opérations militaires saoudiennes pourrait ne pas avoir le sens qu’il a : en effet, les Etats Unis pourraient très bien vouloir engager l’Arabie saoudite, dans un bourbier identique à celui de l’Irak. Les déserts yéméntes ne sont pas des lieux où l’armée saoudienne puisse s’engager facilement. Les combats risquent d’être longs, paralysants, bref, une guerre d’usure. Le fait que les Etats Unis refusent de participer, directement, aux combats devrait, toutefois, avertir les Saoudiens.
6- Ansarallah n’est pas la seule couche de la population yéménite à haïr l’Arabie saoudite, puissance « colonialiste », qui à à son actif des décennies de mépris et d’humiliation, à l’encontre du peuple yéménite. L’attaquie saoudienne est loin d’être perçu comme un coup de pouce au « pouvoir légitime de Hadi » par les tribus sunnites .. Ce sont, surtout, les images de corps d’enfants, de femmes déchiquetés, qui restent gravés dans les mémoires.
7- Au contraire de ce que laissent croire les médias arabes et occidentaux, Ansarallah et ses alliés ne se sont pas laissés pris de court par ces attaques. En effet, Ansarallah s’y attendait et la précieuse alliance avec l’armée yéménite lui permet de surmonter la crise. Ansarallah a promis des surprises à la puissance agresseuse.
8- La nature tribale de la société yéménite et les croyances bien ancrées, au sein de cette société, ainsi que les particularités géographiques de ce pays, pays couvert d’immenses déserts, rendent impossible toute solution à la crise imposée de l’extérieur, et, encore, moins, une solution engageant les forces armées . . Le Yémen est un Afghanistan en herbe. Son embrasement revient à embraser le Nord de l’Arabie saoudite … Riyad va droit dans un bourbier.
Source : IRIB

Rebelles Houthis près de la capitale Sanaa (Yémen)


Le Yémen sera le Vietnam de l’Arabie Saoudite

Par Thomas C. MOUNTAIN –  Le 2 avril 2015 –  Source originale Counterpunch
Ne se remettant pas de la dernière humiliation militaire que lui avaient infligée, il y a six ans, au Yémen, des combattants tribaux Houthis, la famille royale d’Arabie saoudite s’est lancée dans une entreprise qui est très probablement en train de devenir un Vietnam saoudien: je veux parler de sa tentative d’envahir le Yémen.
En 2009, l’incompétence de l’armée saoudienne a été révélée au grand jour lorsque son importante offensive contre les Houthis de long de la frontière Arabie saoudite/Yémen a été repoussée et que, dans la contre-offensive qui a suivi, les combattants Houthis, légèrement armés, ont conquis un grand morceau de territoire saoudien.
La dernière fois qu’une armée pan-arabe a essayé d’envahir et d’occuper le Yémen, dans les années 1960, Nasser, le général égyptien devenu président, a été finalement contraint, la queue entre les jambes, de retirer son armée de plus de 50 000 hommes de ce qui était devenu le Vietnam de l’Égypte comme il l’a lui-même tristement reconnu plus tard.
Les problèmes au Yémen ne viennent pas d’une opposition entre chiites et sunnites ou entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Ils ne viennent pas d’Obama, dont l’administration particulièrement incapable a été forcée de rester assise sur le banc de touche et de regarder la famille royale saoudienne se lancer dans cette aventure insensée.
Les problèmes au Yémen viennent tous de conflits tribaux qui remontent à des siècles, et la seule façon de les résoudre est d’entamer un long et fastidieux processus de négociations. En 1990, un accord de paix qui aboutissait à la réunification du Yémen avait vu le jour avec beaucoup de difficulté. On devait cet accord de paix, qui a tenu plus de deux décennies, à la médiation de ce qui était alors le commandement d’une bande de combattants en guenilles pour l’indépendance, qui se faisaient appeler le Front de libération des peuples érythréens, un fait qui tarde à être reconnu par ceux qui couvrent le conflit actuel.
Les Saoudiens lancent cette guerre contre le peuple yéménite par orgueil et arrogance, mais aussi par une sorte de paranoïa : ils craignent soi-disant d’être encerclés par un anneau d’ennemis chiites menés par l’Iran; c’est, du moins ce que voudraient nous faire croire les têtes parlantes des médias occidentaux.
En fait, la famille royale saoudienne est remplie d’une haine wahhabite inextinguible envers tout ce qui ressemble à un mouvement chiite, même si, historiquement, les chiites d’Asie occidentale ne considéraient pas les Houthis du Yémen comme de vrais chiites.
La peur saoudienne paranoïaque de l’Iran n’a pas de fondement réel, car l’Iran ne menace en rien l’Arabie saoudite. L’Iran n’a d’ailleurs même pas soutenu l’insurrection chiite au Bahreïn. Malgré tous les discours sur le soutien militaire iranien à la conquête Houthi du Yémen, les preuves manquent à l’appui de cette accusation .
Les Houthis, qui en avaient marre d’être perpétuellement négligés par le gouvernement yéménite et qui voulaient en finir avec une politique qui engendre des famines au Yémen, ont conclu un accord avec l’ancien président Saleh, dont le fils dirigeait l’armée yéménite à l’époque de l’accord que l’Arabie saoudite et les États du Golfe ont fait avaler de force aux Yéménites, il y a deux ans, et ont lancé une offensive pour s’emparer du pays.
Depuis le début, les Houthis réclament des négociations tout en disant clairement qu’ils ne permettront pas aux wahhabites d’al-Qaida dans la péninsule arabique (le groupe est principalement composé de fanatiques saoudiens en exil) de se maintenir au Yémen.
Ayant déjà subi une humiliation militaire en 2009, et craignant d’être considérés comme faibles et incapables par la minorité chiite assujettie implantée sur les terres pétrolifères de l’est de l’Arabie Saoudite, le régime saoudien wahhabite a lancé ce qui a toutes les chances de devenir son Vietnam.
Bien sûr, ils le font sous couvert d’une bannière pan-arabe, avec l’Égypte qui promet des troupes pour appuyer l’invasion et la future occupation du Yémen.
Al Sisi, le dernier général égyptien à devenir président, est un allié particulièrement réticent, du fait qu’il a été élevé dans le souvenir de la défaite humiliante de l’Égypte lorsqu’elle a tenté de soumettre le Yémen. Ce n’est pas par hasard que, il y a seulement quelques semaines, l’Arabie saoudite et les États du Golfe ont envoyé leurs dirigeants à Sharm al Sheikh pour annoncer plus de 20 milliards de dollars d’aide et d’investissements destinés à renflouer l’économie chancelante de l’Égypte, en espèces sonnantes et trébuchantes que le président Al Sisi était venu mendier son chapeau à la main.
D’après les nouvelles, la guerre fait rage à la frontière yémeno-saoudienne, et il est intéressant de noter que l’armée saoudienne n’a pas encore fait là de progrès sérieux. Étant donné que la majeure partie des combattants Houthis se sont regroupés pour prendre d’assaut Aden dans le sud pétrolifère du Yémen, la tentative militaire saoudienne d’envahir le cœur du territoire Houthi n’est pas très concluante.
À ce stade, l’armée saoudienne se livre surtout au massacre aérien du peuple sans défense du Yémen. Si, et quand, l’offensive terrestre promise commence sérieusement, on verra des milices Houthis aguerries se battre contre une armée prétendument pan-arabique qui a peu d’expérience de la vraie guerre. Avec, en face d’elle, des guerriers qui défendent leurs maisons et leurs familles, comme les Viet Cong au Vietnam, l’Arabie saoudite va se retrouver dans un bourbier yéménite, qui sera son Vietnam.
Thomas C. Montagne
Thomas C. Montagne vit et travaille comme journaliste en Érythrée, tout près du Yémen, depuis 2006. On peut le joindre à thomascmountain@yahoo.com
Traduit par Dominique Muselet, relu par jj pour le Saker Francophone




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