lundi 2 mars 2015

La guerre froide se réchauffe



"La guerre, on la fait ou on ne la fait pas.
On ne fait pas semblant. Pour avoir ignoré cette simple évidence, l’Europe est dans le tourbillon, complètement déboussolée, en recherche de repères qu’elle n’a plus.
La guerre que mènent les Etats-Unis contre la Russie est une guerre à mort. L’Europe, à la fois enjeu et actrice, ne veut pas de cette issue mais, victime de ses alliances protectrices et de son statut historique mais devenu artificiel, est obligée et même sommée de prendre parti par son Grand Protecteur. Cette guerre n’est pas la sienne, mais elle est obligée de la faire. Alors elle fait semblant, alors que les deux protagonistes savent, eux, que l’issue ne peut être que la défaite totale de l’un ou de l’autre, se traduisant soit par la soumission complète et entière de la Russie, soit par la perte de toute capacité d’hégémonie des Etats-Unis.


"Tout comme les États-Unis ont passé des années à financer et armer ces mêmes éléments extrémistes qu’ils prétendent maintenant vouloir combattre – en Libye, en Syrie et bien avant encore en Afghanistan – armer les forces ukrainiennes ferait monter en puissance une horde monstrueuse de fascistes et de sympathisants nazis purs et durs. Le coup d’État lui-même, que le gouvernement américain a soutenu, a presque certainement eu ce même effet.Glenn Greenwald 




La première question à se poser est à qui cela profite-t-il. Dans ce cas, nous savons que la Russie, en particulier Poutine, n’a rien à gagner. Le meurtre de Nemtsov, sous aucune circonstance, n’a de sens du point de vue russe. Politiquement, il ne posait pas de menace réelle tant qu’il était vivant. Avec moins de 5%, sa candidature et le Parti républicain n’ont pas recueilli suffisamment de soutien pour obtenir un seul siège au parlement russe, la Douma. Avec des taux d’approbation supérieurs à 85%, Poutine n’a pas besoin de recourir à ce genre de pratiques que, dans tous les cas, en dépit de ses légions de détracteurs, payés ou amateurs, il serait de toute façon peu disposé à employer . Poutine n’est pas un dictateur aventurier, mais la tête d’une nation puissante et complexe. La Russie est également à un moment politique différent, où de telles méthodes ne sont pas nécessaires, même si la victime avait été une figure gênante de l’opposition. Quand on dispose de tant d’autres moyens d’assassinat virtuel, par exemple par les médias, les assassinats réels sont inutiles. Il existe également d’autres méthodes pour délégitimer ces personnages, qui tournent invariablement autour de leurs relations d’affaires, des filles mineures, et ainsi de suite. Ces autres méthodes sont beaucoup plus propres, alors que les assassinats font apparaître un gouvernement aux abois, faisant d’un personnage marginal un martyr inutile et donnant du crédit à l’opposition ici et à l’étranger. Alors qu’il avait occupé une place importante dans les années 1990 sous Eltsine, comme vice-Premier ministre pendant environ un an jusqu’en 1998, sa carrière politique depuis le début des années 2000 a été de peu d’importance et n’a pas inspiré un soutien de masse. Ce sont les États-Unis qui ont le plus à gagner dans toute cette affaire. La presse occidentale l’a dépeint pendant des années comme la personne susceptible de remplacer Poutine dans le cas d’une grave instabilité politique en Russie. Cela fait suite à une narration de mythes et légendes dans laquelle l’Ouest s’admire, où les valeurs libérales occidentales sont imposées comme des valeurs naturelles et universelles à travers le monde. Alors que Nemtsov était l’un des favoris des États-Unis, il n’est pas un favori du peuple russe. Le parti ayant vraiment le vent en poupe en Russie et qui devrait dépasser le parti au pouvoir de Poutine en cas de changement sérieux, est le Parti communiste de Ziouganov. Mais ce scénario va contre les intérêts occidentaux; en outre, il est en contradiction avec les récits de l’Ouest sur la guerre froide et ses conséquences. Que la presse occidentale et les dirigeants des États-Unis et d’Ukraine exploitent l’événement est un autre indice qu’ils y ont mis la main.  


En Russie, toute l'opposition libérale (dite démocratique dans nos officines médiatiques) rejette l'idée de la responsabilité du Kremlin dans le meurtre de l'opposant Boris Nemtsov. De plus, ce dernier soutenu de longue date par les É.U. ne représentait pas grand chose pour la grande majorité du peuple russe. 
G. Hadey




Place Rouge


Nemtsov est un Boeing malaisien écrasé contre les murs du Kremlin
Par Mikhail Delyagin – Le 28 février 2015 – Source Fort Russ

Mikhail Gennadyevich Delyagin, né en 1968, est un écrivain russe moderne, également politicien et économiste. Membre de l’Académie russe des sciences naturelles. Delyagin a participé à l’équipe d’experts au Conseil du Soviet suprême de 1990 à 1991 et a obtenu un diplôme universitaire d’économie en 1998. Directeur de l’Institut d’étude des problèmes causés par la mondialisation et ancien président du Conseil idéologique du parti politique Rodina.

Hello, chers amis,
Il est 3 heures du matin, donc je ne serai peut-être pas très cohérent.
Il y a trois heures et dix-sept minutes, une bonne personne et un très mauvais politicien, pas un politicien intelligent, Boris Nemtsov, a été assassiné.
J’ai été son son conseiller pendant un an et demi [lorsque Nemtsov était vice-Premier ministre de Russie dans le gouvernement Eltsine, qui a conduit le pays à la faillite et à une grave crise dans les années 1990 après les réformes libérales, Note de Kristina Rus] et, un jour avant le défaut de paiement, j’ai été viré, pas par sa faute, il a même essayé de me soutenir.
Ce qui est arrivé aujourd’hui est un sacrifice classique. Nemtsov ne comprenait pas à quoi il servait et où il était conduit. A mon avis, il n’a en tout cas pas compris ce qu’il lui arrivait.

L’Agneau du sacrifice, un classique
Le gars est apparu sur Echo Moscow, comme il l’a été brièvement rapporté, puis il est parti se promener avec son amie de Kiev qui venait d’arriver. Il ne se promenait guère tous les jours, mais pour aller d’Echo Moscow à chez lui, c’est tout droit, par le grand pont Moskvoretsky, là où il a été tué. Mais il passait rarement par là tous les jours, donc soit il était suivi si étroitement que sa décision impromptue a été immédiatement mise à profit par ses tueurs, soit il y a été amené pendant la conversation, je ne veux jeter aucun soupçon.
Mais le fait est là: un célèbre militant de l’opposition russe est tué pratiquement sous les murs du Kremlin. Très bientôt, nous verrons des caricatures de Poutine assis dans le pavillon d’Ivan le Terrible dont l’ombre s’étend sur le mur du Kremlin [Référence probable au fameux film d’Eisenstein, Ivan le Terrible, où l’on voit une scène semblable, NdT] en train de coordonner personnellement la police secrète qui va tuer Nemtsov.
Les commentaires sur le fait que l’héliport [celui de Poutine] depuis lequel il s’envole est à 50 ou 100 mètres du lieu du crime ont déjà commencé. La chaîne Open Russia l’a déjà montré. Voyez leur professionnalisme! Dans la nuit de vendredi à samedi, quand les gens se reposaient, 42 minutes après le meurtre, ils ont déjà commencé une diffusion en ligne. Soyez jaloux, ils ont appris à travailler comme ça.
C’est évident: il s’agit d’un Boeing malaisien abattu par les nazis sur les murs du Kremlin.
Juste avant le Maïdan du 1er mars [allusion à la manifestation prévue à Moscou par les libéraux, NdT], une correspondance des chefs des libéraux russes a refait surface, demandant que 200 militants nazis soient envoyés à Moscou pour faire monter la température. Peut-être qu’ils vont envoyer quelques tireurs d’élite pour qu’ils puissent tirer sur le Maïdan du 1er mars. Si Dieu le veut, ça n’arrivera pas. Mais ils ont déjà frappé Nemtsov.
Il est clair que toute la foule libérale accusera Poutine personnellement. Il est clair aussi que le moindre bulletin météo dira que c’est Poutine. Grâce à ça, ils pourront introduire davantage de sanctions, mais le principal est d’organiser un Maïdan sur le Grand pont Moskvoretsky, sur le lieu du crime, apportez des bougies, faites du cirque. Beaucoup viendront sincèrement, parce que Nemtsov était aimé, je l’ai dit, en tant que personne, et il était une bonne personne, mais ce qu’il faisait était différent.
Personne ne rappellera les enfants assassinés en Ukraine, personne ne rappellera les 50 000 Ukrainiens morts sur le front ou à proximité, en plus des 10 000 qui sont morts dans le reste de l’Ukraine.
Combien sont morts de faim, d’horreur et de folie, personne ne s’en soucie.
Personne ne versera une larme sur les millions de victimes des réformes libérales, y compris celles de Mister Nemtsov.
Cela n’a pas d’importance. Cet événement s’est produit, et il doit être utilisé.
L’idée d’un agneau du sacrifice a été introduite par Boris Berezovsky, quand il a essayé de changer les élections présidentielles en 2004. Tout le monde connaît l’histoire.
C’est un agneau du sacrifice classique, un cas d’école. Bon travail, les Américains, bon travail les nazis, bon travail les libéraux. Je ne sais pas lequel d’entre eux l’a fait. Mais c’était fait à merveille.
C’est une tête de Gongadzé [journaliste ukrainien d’origine géorgienne, enlevé et assassiné en 2000, NdT] qui a été apportée à Poutine sur un plateau d’argent.
Et maintenant, soit il va comprendre que l’Occident a prononcé une sentence de mort contre lui, pas juste comme Milosevic ou Kadhafi, mais justement comme Nemtsov. Si Poutine ne comprend pas et ne commence pas enfin à agir comme le président de la Russie, s’il ne cesse pas d’essayer d’être un gestionnaire du clan libéral et un représentant du business mondial en Russie, s’il ne change pas d’avis, il est cuit, c’est son problème, peu m’importe, mais la Russie disparaîtra avec lui.
Nous devons nous préparer au fait que l’Ukraine soit décalquée en Russie beaucoup plus rapidement que ce que je pensais encore récemment.
Avant, je pensais que nous étions à l’abri d’un Maïdan jusqu’en novembre. Maintenant, il est clair que les Maïdan peuvent s’allumer au printemps déjà. L’agneau du sacrifice a été tué, maintenant ce qu’il reste à faire est de travailler sur internet et sur les réseaux sociaux. De nombreuses personnalités de la TV Sobchak sont arrivées sur les lieux presque immédiatement – c’est peut-être une coïncidence, ou peut-être la technologie.
Bonne chance. De toute façon, nous gagnerons. Nous briserons ces monstres. La Russie ne veut pas être libérale, pour les mêmes raisons qu’elle ne veut pas être nazie, parce qu’elle est la Russie. Mais le chemin pourrait être plus ardu qu’il ne semblait il y a seulement trois heures et demie.
Bonne chance, nous allons gagner; avec ou sans Poutine, ou malgré lui, la Russie sera la Russie, et pas une ressource naturelle supplémentaire pour l’Occident. Nous le ferons. Mais ce sera difficile et mauvais. Bonne chance.
Mikhail Gennadyevich Delyagin

Traduit du russe par Kristina Rus
Traduit de l’anglais par Diane et Lionel, relu par jj pour le Saker Francophone





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