mardi 10 mars 2015

Fukushima quatre ans après le déluge



Il y a près de quatre ans, le cœur de 3 des 6 réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima fondait en émettant une forte radioactivité dans l’air et dans la mer ...


Rassemblement " Fukushima plus jamais ça ! "
Déjà 4 ans et la catastrophe continue !
Commémoration Fukushima 2015
le mercredi 11 mars à 18h30, place de la République
Dans quelques jours, cela fera 4 ans que la catastrophe de Fukushima perdure. En solidarité avec le peuple japonais et pour refuser qu'un tel accident survienne demain chez nous, nous participerons au côté du Réseau « Sortir du nucléaire » à une commémoration. Vous aussi participez avec nous, vous pouvez utiliser les visuels mis à disposition par le street artist 281_anti nuke : http://www.sortirdunucleaire.org/Fukushima-4-ans-apres-le-debut-de-l-accident-la
Cette commémoration aura lieu alors que Tepco vient d'annoncer dimanche dernier une nouvelle fuite d'eau hautement radioactive : les taux mesurés sont jusqu'à 70 fois supérieurs aux valeurs déjà hautes enregistrées sur le site de la centrale. Ils restent à des niveaux alarmants. A l'issue d'une mission sur place, l'AIEA s'est inquiétée cette semaine du volume croissant d'eau plus ou moins contaminée stockée dans ces citernes (dont la fiabilité n'est pas assurée). Cette eau provient des arrosages initiaux des réacteurs pour les refroidir, ainsi que des écoulements souterrains continus. Elle est pompée et conservée dans un millier de réservoirs gigantesques et Tepco en construit plusieurs dizaines par mois pour absorber le flux.
Ce ne sera donc pas uniquement un moment pour exprimer notre solidarité avec le peuple japonais, mais aussi l'occasion de rappeler l'arrêt urgent des centrales nucléaires en France pour éviter de faire face à un Fukushima français. Lire la suite sur Démosphère


Lettre de Ruiko Mutô de Fukushima pour le 11/03/2015

Quatre années se sont écoulées depuis le début de l’accident nucléaire de Fukushima.

Même si l’on sent déjà poindre quelques signes annonciateurs de printemps, Fukushima est encore plongée dans la froidure de l’hiver. Et pour nous tous, le présent de Fukushima, ce sont surtout des difficultés sans cesse croissantes.

Ce sont environ 6000 travailleurs qui, exposés à des doses massives d’irradiation, interviennent chaque jour sur le site de la centrale accidentée dans des conditions d’une dureté extrême.

Ce sont les autorités qui, pour éviter la pénurie de main-d’œuvre, s’apprêtent à rehausser encore la limite autorisée d’exposition aux rayons.

Ce sont plusieurs centaines de mètres cubes d’eau radioactive qui se déversent quotidiennement dans la mer

C’est la réouverture à la circulation de la route nationale N°6, qui traverse des zones fortement contaminées : de nombreuses voitures l’empruntent alors que dans leur habitacle, le niveau de radioactivité horaire oscille parfois entre 4 et 7 microsieverts (μSv) – ce qui est supérieur de 30 à 120 fois à la normale.

C’est la politique du « retour » mise en place par les autorités, pour inciter les personnes réfugiées ailleurs à revenir vivre dans des zones encore trop contaminées.

C’est la « décontamination », qui consiste uniquement à empiler des monceaux de déchets radioactifs dans les zones habitées, et à construire de nouveaux incinérateurs « provisoires ».
C’est le profit concentré entre les mains des grosses entreprises de BTP liées au lobby nucléaire. Et les installations de stockage intermédiaire, dont on cherche à hâter la construction, sans avoir suffisamment expliqué à la population les risques qu’elle encourt.

Ce sont les cancers de la thyroïde en constante augmentation chez les enfants irradiés. Mais on a décrété que ce phénomène n’avait rien à voir avec l’accident nucléaire.

C’est l’absence de mesures destinées à faire baisser la dose de rayonnements ionisants à laquelle ces mêmes enfants ont déjà été exposés : à part la poursuite de la décontamination des sols ou des maisons, aucune proposition n’est concrètement envisagée.

C’est la propagande en faveur de l’innocuité des radiations, qui continue de bâillonner les voix chargées d’angoisse et de souffrance.

Aucun dédommagement acceptable n’a été proposé aux victimes, et les responsables de cette catastrophe n’ont toujours pas été mis en cause.

Les zones sinistrées à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima ressemblent toujours à des champs de bataille.

Mais se dressant contre une situation devenue de plus en plus intolérable, un nombre croissant de personnes se regroupent pour s’adresser à des médiateurs extrajudiciaires, ou intentent même des procès, afin d’obtenir réparation auprès des responsables de cette catastrophe.
En novembre 2014, une grande réunion a été organisée pour faire le lien entre les divers collectifs de victimes.

Aujourd’hui, une question se pose à chacun d’entre nous : comment pouvons-nous continuer d’agir ?

Aiguisons notre regard, ouvrons grand nos oreilles, donnons plus de profondeur et de lucidité à notre réflexion.

Exprimons par les mots nos pensées chaleureuses, et sans perdre courage faisons chacun ce que nous pouvons.

C’est à nous de construire une société respectueuse de toutes les formes de vie, une société qui accorde le même prix à chaque être humain.

Ensemble, abolissons l’usage du nucléaire 
dans le monde entier !


(traduction française:
Yosomono-net France,
yosomononet@gmail.com)




Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement

J’ai rencontré Ren Yabuki il y a juste un an, alors qu’il accompagnait Naoto Matsumura dans son périple en Europe. Depuis 2010, il milite pour que les hommes respectent la vie animale. Il considère que tous les êtres vivants – humains, vaches, chiens, insectes, etc. – ont la même valeur. C’est pourquoi il n’est pas rare de le voir sauver les animaux qu’il rencontre sur son chemin, comme un insecte ou un ver égaré sur une route. Il a un respect total envers tout ce qui est vivant. Durant son voyage en France, il a fait preuve d’une grande curiosité envers notre pays. Partout où il allait, il tenait à s’excuser, au nom des Japonais, pour la catastrophe de Fukushima. Bien qu’il soit loin d’être responsable de ce désastre, il ressent une culpabilité collective que nous, Occidentaux, aurions du mal à exprimer ou même à ressentir. Nous ne parlions pas beaucoup à cause de la langue et du manque de temps – programme chargé de Naoto oblige – mais nous étions sur la même longueur d’onde : il fallait tout faire pour prévenir les gens afin qu’une catastrophe nucléaire ne se produise à nouveau. Photographe, il tenait aussi beaucoup à présenter ses œuvres montrant les animaux morts suite à leur abandon après l’évacuation. Des images chocs pour faire réagir les esprits endormis. Quatre ans après le début de la catastrophe, il m’a fait parvenir ce témoignage par l’intermédiaire de Fonzy qui en a réalisé la traduction. Merci à eux pour ce partage, pour ne pas oublier, et pour peut-être éveiller des consciences encore insouciantes. PF
___________________

Bonjour à tous ! Je m’appelle Ren Yabuki. Je suis le président de l’ONG Life Investigation Agency (LIA), une association qui cherche à protéger l’environnement, la nature, et surtout les animaux. Je milite depuis la catastrophe de Fukushima avec Naoto Matsumura pour sauver les animaux qui vivent dans les zones interdites.

Je présente mes excuses tout d’abord du fait que nous, les Japonais, avons provoqué l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima. Notre faute a été de rester indifférents en matière de politique énergétique et du « village nucléaire » au Japon. Je suis tellement désolé que Fukushima ne cesse de disperser d’énormes quantités de radionucléides et de contaminer notre Terre.


(avec Naoto Matsumura)


Après la catastrophe de Fukushima, en 2012, j’ai travaillé avec Naoto Matsumura pendant un certain temps. J’habitais avec lui dans sa maison à Tomioka situé dans la zone interdite de Fukushima, où je travaillais sans masque, ni combinaison Tyvek, ni gants, de sorte que j’ai eu la gorge toute gonflée et la langue tuméfiée. Cela me faisait très mal même quand j’avalais de la salive.

(mesure à Tomioka)


J’ai donné le biberon à un veau qui m’a mordu le pouce. Je me suis aussi fait mordre par un chien que je protégeais. Puisqu’il n’y avait pas d’eau courante, je lavais mes plaies dans une rivière contaminée... Les radionucléides pouvant entrer dans le corps par une plaie par exemple, j’ai trouvé, en rentrant chez moi, une tumeur noire dans mon talon gauche. Le médecin m’a dit que cela pourrait être un cancer, et que je devrais être hospitalisé.

(une tache noire sur mon pied)


Je me suis fait opérer et j’ai guéri. D’après le médecin, il y a des gènes qui sont endommagés que je dois faire se réparer tout en prenant une grande quantité de vitamines. Les vitamines seraient efficaces pour la réparation des gènes endommagés selon des recherches scientifiques. Toutefois, je suis tellement occupé avec mes animaux à protéger que j’oublie facilement de prendre des tablettes de vitamines. En plus, elles sont si coûteuses que je ne peux pas en prendre tous les jours.

La radioactivité est une entité invisible qui n’a même pas d’odeur. Vous ne pourrez connaître sa présence qu’avec un compteur Geiger qui vous montre la contamination en microSievert, mais qui n’est jamais saisissable avec vos sens.

Tant qu’il y aura des centrales nucléaires et des armes atomiques, nous aurons à nouveau un accident comme celui de Fukushima. Une fois dispersés, les radionucléides contamineront toute la Terre, causeront maladies et morts précoces chez les humains et aussi chez les animaux.



(les photos que j’ai prises dans la ville de Tomioka, à 12km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ce sont des animaux abandonnés et morts.)

Le nucléaire n’est pas nécessaire pour nous. Il faut abandonner les centrales nucléaires  dès maintenant. Il faut éliminer les armes atomiques dès maintenant.



Aucun commentaire: