mardi 31 mars 2015

Au revoir Pepe Mujica


et merci pour tout ...


Les adieux de Jose Mujica, le « président le plus pauvre au monde »
Par Léa Clermont-Dion, le 29 octobre, 2014



On l’appelle le «président le plus pauvre au monde», José « Pepe » Mujica. Ancien membre des Tupamaros, guérilla urbaine, il a marqué l’Uruguay avec sa contribution à la lutte aux inégalités sociales.
L’homme de combat a refusé d’habiter sa luxueuse résidence habituellement réservée aux présidents d’Uruguay. Il a plutôt opté pour demeurer sur sa ferme avec sa femme dans la capitale, Montevideo. 90% de son salaire mensuel de 9 300 euros est remis aux oeuvres caritatives. Et pourtant José Mujica n’a pas besoin de plus. Lui-même avance qu’il n’est pas le président le plus pauvre… il a simplement toujours vécu ainsi. Mais, la légende anticonformiste dont la popularité n’est plus à prouver tire sa révérence comme chef d’État. La Constitution uruguayenne n’autorise qu’un seul mandat présidentiel.
«Le bonheur sur terre (…) ce sont quatre ou cinq choses, les mêmes depuis l’époque de Homère: l’amour, les enfants, une poignée d’amis…», affirmait-il à l’AFP.
Un apport considérable au pays
Depuis 2010, Mujica, avec son gouvernement du Front large, est parvenu à dépénaliser l’avortement, ouvrir l’adoption aux couples homosexuels qui peuvent se marier depuis 2013, en plus d’avoir légalisé la production et la commercialisation du cannabis.
L’Uruguay a donné la voix à un homme progressiste. C’est un pays prospère. On observe un taux d’alphabétisme de 98%. C’est d’ailleurs le plus élevé du continent sud-américain.
Rares sont les personnalités politiques de sa trempe. Quand on lui parle d’environnement et de consumérisme, le quasi octogénaire s’exprime avec humilité :
« Je n’ai rien découvert, c’est une évidence qui crève les yeux. Mais il y a une impuissance des grands pays, qui vivent en pensant à leurs intérêts nationaux, à qui va gagner les prochaines élections ».
Mujica est un homme politique différent. Malgré son âge, l’homme sait se faire aimer des jeunes qui voient en lui un personnage simple, drôle, accessible, anti-matérialiste. Un tel homme se distingue dans cette ère de politiciens de carrière qui semblent, trop souvent, être là pour le gratin plutôt que pour la cause.
Un homme sage
En plus d’être un homme politique intègre qui a donné beaucoup à son peuple, il inspire par sa sagesse. Il accordait une longue entrevue à The Economist. Il raconte avec résilience son passage en prison:
« J’ai passé sept années sans pouvoir lire un livre. Je ne savais pas à quel point les réflexions et la pensée développaient qui j’étais. C’est étrange, mais l’homme apprend parfois plus des moments difficiles que des moments de bonheur. Je ne serais pas devenu la personne que je suis avec ma perspective politique si cela n’avait été de ce moment difficile (…) Ces années noires et horribles m’ont donné beaucoup… (Pause) Par exemple, je ne déteste plus. Vous connaissez le luxe de ne pas haïr? »
Le Président Mujica possède une verve authentique. Il laisse en deuil plusieurs utopistes d’Uruguay et d’ailleurs. Je partage entièrement l’admiration de ma collègue, Monique Crépault, qui présentait dans un billet des citations marquantes de Jose Mujica (lire ci-dessous).
Crédit: MARIO GOLDMAN/ AFP



Le président José Mujica et sa femme Lucia Topolansky au Parlement le 15 février 2011, à Montevideo, en Uruguay. 
(Photo: Santiago Mazzarovich/LatinContent/Getty Images)


Mujica devrait être le président du monde
Par Monique Crépault, le 4 juillet, 2014

le président José Mujica, avant une rencontre avec le président américain Barack Obama, 
à la Maison Blanche, le 12 mai 2014, à Washington, DC. 
(Photo: BRENDAN SMIALOWSKI/AFP/Getty Images)

L’homme que j’admire le plus au monde a 78 ans, il s’appelle José « Pepe » Mujica et il redonne 90 % de son salaire à son pays, l’Uruguay, un tout petit pays d’Amérique du Sud dont il est le président depuis 2010.
Alors que nos dirigeants grassement payés déclarent leurs maisons secondaires comme étant leurs résidences pour se faire plus de fric, que d’autres s’envolent en première classe pour faire quelques kilomètres ou se payent des séjours de golf aux frais de la princesse, le président uruguayen José « Pepe » Mujica vit dans une petite ferme d’une seule chambre à coucher avec sa femme et ses chiens.
Et non, détrompez-vous, l’Uruguay n’est pas un pays pauvre ou sous-développé. Si vous ne le connaissez pas, c’est qu’il est loin, très loin d’ici, tout en bas du Brésil, à côté de l’Argentine.
Sachez que la marijuana, l’avortement et les mariages de même sexe y sont légaux.
Sachez aussi que l’Uruguay a été nommé le « pays de l’année » en 2013 par le magazine The Economist qui l’a qualifié de pays « humble et pourtant audacieux, libéral et bon vivant », à l’image de son dirigeant.
Je voue une admiration sans bornes pour José Mujica et suis convaincue que si tous les dirigeants de monde suivaient son exemple, le paradis sur terre, il existerait. Ou presque.
Ce matin, grâce à mon chum qui est le deuxième homme que j’admire le plus au monde, je suis tombée sur un article recensant quelques unes des meilleures citations de Pepe Mujica et j’ai tout de suite eu envie d’en partager certaines avec vous.
(Si après les avoir lues, vous ne pensez pas que nos dirigeants devraient drôlement s’en inspirer, c’est sûrement parce que vous êtes l’un de nos dirigeants.)
À propos des révolutions et des révoltes
« J’ai vu beaucoup de printemps devenir de terribles hivers. (…) C’est une chose que de renverser un gouvernement ou de bloquer des rues. C’en est une autre de créer et de construire une meilleure société, une qui demande de l’organisation, de la discipline et du travail à long terme. Ne mélangeons pas les deux. Je veux que ce soit clair : j’ai de la sympathie pour cette jeune énergie, mais je crois qu’elle ne va nulle part si elle ne devient pas plus mature ».
Sur la légalisation de la marijuana
« Ça a toujours été comme ça avec les changements. En 1913, nous avons établi que le divorce était un droit pour les femmes en Uruguay. Vous savez ce qu’on disait alors? Que les familles allaient disparaître. Que c’était la fin des bonnes manières et de la société! Il y a toujours une opinion conservative et traditionnelle qui a peur du changement. »
Sur le matérialisme
« Nous avons sacrifié les vieux dieux immatériels et nous occupons maintenant le temple du Dieu-Marché. Il organise notre économie, nos politiques, nos habitudes, nos vies, il nous donne même des taux et des cartes de crédit et l’apparence du bonheur. On dirait que nous ne sommes nés que pour consommer et consommer et quand on ne peut plus consommer on ressent une frustration et on souffre de la pauvreté et on s’automarginalise. »
Sur la consommation globale
« Si nous vivions selon nos moyens, les sept milliards de personnes sur terre auraient tout ce dont elles ont besoin. Les politiques globales devraient aller dans cette direction. Mais nous pensons en terme de personnes et de pays, pas en tant qu’espèce. »
Sur l’avortement et le mariage du même sexe
« Nous (le gouvernement uruguayen) avons mis en pratique un principe bien simple : reconnaître les faits. L’avortement est aussi vieux que le monde. Le mariage de même sexe, c’est plus vieux que le monde. Nous avons eu Jules César, Alexandre le Grand! Dire que c’est moderne, bien voyons, c’est plus vieux que nous. C’est une réalité objective qui existe. Pour nous, ne pas le légaliser, c’est torturer les gens inutilement ».
Sur l’humilité dans l’exercice de ses fonctions
« Dès que les politiciens se mettent à grimper l’échelle, ils deviennent soudainement des rois. Je ne sais pas comment ça fonctionne, mais ce que je sais, c’est que les républiques sont nées pour s’assurer que personne n’est plus que quelqu’un d’autre. »
Sur la distribution des richesses
« Les compagnies ne veulent qu’accroître leurs profits; c’est au gouvernement de s’assurer qu’elles distribuent suffisamment ces profits pour que les travailleurs aient assez d’argent pour acheter les biens qu’elles produisent. Ce n’est pas un mystère — moins de pauvreté, plus de commerce. L’investissement le plus important que nous pouvons faire, c’est dans les ressources humaines. »
Sur les dépendances
« Pire que les drogues, c’est le trafic de drogue. Vraiment pire. Les drogues sont une maladie et je ne pense pas qu’il y ait de bonnes drogues ou que la marijuana soit bonne. Pas plus que les cigarettes. Aucune dépendance n’est bonne. J’inclus l’alcool. La seule bonne dépendance, c’est l’amour. Oubliez tout le reste. »
Sur le fait d’être surnommé le président le plus pauvre au monde
« Je ne suis pas le plus pauvre. Le plus pauvre est celui qui a besoin de beaucoup pour vivre. Mon style de vie est la conséquence de mes blessures (José Mujica a été détenu comme otage par la dictature de 1973 à 1985). Je suis le fils de mon histoire. Il y a eu des années où j’aurais été heureux juste d’avoir un matelas. »
Sur le fait de donner 90 % de son salaire à des oeuvres de charité
« J’ai un style de vie que je ne change pas juste parce que je suis un président. Je gagne plus que ce dont j’ai besoin, même si pour d’autres ce n’est pas assez. Pour moi, ce n’est pas un sacrifice, c’est un devoir. »
Sur le fait d’être président
« Un président est un fonctionnaire de haut niveau qui a été élu pour accomplir une fonction. Ce n’est ni un roi ni un dieu. Il n’est pas le sorcier d’une tribu qui sait tout. C’est un fonctionnaire. Je crois que la façon idéale de vivre est de vivre comme la majorité des gens que l’on tente de servir et de représenter. »
Sur le secret du bonheur
« Vivre selon ce qu’on pense. Être soi-même et ne pas essayer d’imposer ses critères aux autres. Je ne m’attends pas à ce que les autres vivent comme moi. Je veux respecter la liberté des gens, mais je défends ma liberté. Et ça vient avec le courage de dire ce que l’on pense, même si parfois les autres ne partagent pas ces points de vue. »
 Conclusion…
Toute ma vie, on m’a traitée d’utopiste et d’idéaliste. C’est vrai. Mais maintenant, quand je lis ce que dit et fait cet homme, je sais que je ne suis pas la seule.
Et vous, vous ne vous sentiriez pas un peu plus fiers d’être québécois (ou canadiens si ça vous chante) si Couillard ou Harper nous en sortaient des comme ça?





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