mardi 31 mars 2015

Au revoir Pepe Mujica


et merci pour tout ...


Les adieux de Jose Mujica, le « président le plus pauvre au monde »
Par Léa Clermont-Dion, le 29 octobre, 2014



On l’appelle le «président le plus pauvre au monde», José « Pepe » Mujica. Ancien membre des Tupamaros, guérilla urbaine, il a marqué l’Uruguay avec sa contribution à la lutte aux inégalités sociales.
L’homme de combat a refusé d’habiter sa luxueuse résidence habituellement réservée aux présidents d’Uruguay. Il a plutôt opté pour demeurer sur sa ferme avec sa femme dans la capitale, Montevideo. 90% de son salaire mensuel de 9 300 euros est remis aux oeuvres caritatives. Et pourtant José Mujica n’a pas besoin de plus. Lui-même avance qu’il n’est pas le président le plus pauvre… il a simplement toujours vécu ainsi. Mais, la légende anticonformiste dont la popularité n’est plus à prouver tire sa révérence comme chef d’État. La Constitution uruguayenne n’autorise qu’un seul mandat présidentiel.
«Le bonheur sur terre (…) ce sont quatre ou cinq choses, les mêmes depuis l’époque de Homère: l’amour, les enfants, une poignée d’amis…», affirmait-il à l’AFP.
Un apport considérable au pays
Depuis 2010, Mujica, avec son gouvernement du Front large, est parvenu à dépénaliser l’avortement, ouvrir l’adoption aux couples homosexuels qui peuvent se marier depuis 2013, en plus d’avoir légalisé la production et la commercialisation du cannabis.
L’Uruguay a donné la voix à un homme progressiste. C’est un pays prospère. On observe un taux d’alphabétisme de 98%. C’est d’ailleurs le plus élevé du continent sud-américain.
Rares sont les personnalités politiques de sa trempe. Quand on lui parle d’environnement et de consumérisme, le quasi octogénaire s’exprime avec humilité :
« Je n’ai rien découvert, c’est une évidence qui crève les yeux. Mais il y a une impuissance des grands pays, qui vivent en pensant à leurs intérêts nationaux, à qui va gagner les prochaines élections ».
Mujica est un homme politique différent. Malgré son âge, l’homme sait se faire aimer des jeunes qui voient en lui un personnage simple, drôle, accessible, anti-matérialiste. Un tel homme se distingue dans cette ère de politiciens de carrière qui semblent, trop souvent, être là pour le gratin plutôt que pour la cause.
Un homme sage
En plus d’être un homme politique intègre qui a donné beaucoup à son peuple, il inspire par sa sagesse. Il accordait une longue entrevue à The Economist. Il raconte avec résilience son passage en prison:
« J’ai passé sept années sans pouvoir lire un livre. Je ne savais pas à quel point les réflexions et la pensée développaient qui j’étais. C’est étrange, mais l’homme apprend parfois plus des moments difficiles que des moments de bonheur. Je ne serais pas devenu la personne que je suis avec ma perspective politique si cela n’avait été de ce moment difficile (…) Ces années noires et horribles m’ont donné beaucoup… (Pause) Par exemple, je ne déteste plus. Vous connaissez le luxe de ne pas haïr? »
Le Président Mujica possède une verve authentique. Il laisse en deuil plusieurs utopistes d’Uruguay et d’ailleurs. Je partage entièrement l’admiration de ma collègue, Monique Crépault, qui présentait dans un billet des citations marquantes de Jose Mujica (lire ci-dessous).
Crédit: MARIO GOLDMAN/ AFP



Le président José Mujica et sa femme Lucia Topolansky au Parlement le 15 février 2011, à Montevideo, en Uruguay. 
(Photo: Santiago Mazzarovich/LatinContent/Getty Images)


Mujica devrait être le président du monde
Par Monique Crépault, le 4 juillet, 2014

le président José Mujica, avant une rencontre avec le président américain Barack Obama, 
à la Maison Blanche, le 12 mai 2014, à Washington, DC. 
(Photo: BRENDAN SMIALOWSKI/AFP/Getty Images)

L’homme que j’admire le plus au monde a 78 ans, il s’appelle José « Pepe » Mujica et il redonne 90 % de son salaire à son pays, l’Uruguay, un tout petit pays d’Amérique du Sud dont il est le président depuis 2010.
Alors que nos dirigeants grassement payés déclarent leurs maisons secondaires comme étant leurs résidences pour se faire plus de fric, que d’autres s’envolent en première classe pour faire quelques kilomètres ou se payent des séjours de golf aux frais de la princesse, le président uruguayen José « Pepe » Mujica vit dans une petite ferme d’une seule chambre à coucher avec sa femme et ses chiens.
Et non, détrompez-vous, l’Uruguay n’est pas un pays pauvre ou sous-développé. Si vous ne le connaissez pas, c’est qu’il est loin, très loin d’ici, tout en bas du Brésil, à côté de l’Argentine.
Sachez que la marijuana, l’avortement et les mariages de même sexe y sont légaux.
Sachez aussi que l’Uruguay a été nommé le « pays de l’année » en 2013 par le magazine The Economist qui l’a qualifié de pays « humble et pourtant audacieux, libéral et bon vivant », à l’image de son dirigeant.
Je voue une admiration sans bornes pour José Mujica et suis convaincue que si tous les dirigeants de monde suivaient son exemple, le paradis sur terre, il existerait. Ou presque.
Ce matin, grâce à mon chum qui est le deuxième homme que j’admire le plus au monde, je suis tombée sur un article recensant quelques unes des meilleures citations de Pepe Mujica et j’ai tout de suite eu envie d’en partager certaines avec vous.
(Si après les avoir lues, vous ne pensez pas que nos dirigeants devraient drôlement s’en inspirer, c’est sûrement parce que vous êtes l’un de nos dirigeants.)
À propos des révolutions et des révoltes
« J’ai vu beaucoup de printemps devenir de terribles hivers. (…) C’est une chose que de renverser un gouvernement ou de bloquer des rues. C’en est une autre de créer et de construire une meilleure société, une qui demande de l’organisation, de la discipline et du travail à long terme. Ne mélangeons pas les deux. Je veux que ce soit clair : j’ai de la sympathie pour cette jeune énergie, mais je crois qu’elle ne va nulle part si elle ne devient pas plus mature ».
Sur la légalisation de la marijuana
« Ça a toujours été comme ça avec les changements. En 1913, nous avons établi que le divorce était un droit pour les femmes en Uruguay. Vous savez ce qu’on disait alors? Que les familles allaient disparaître. Que c’était la fin des bonnes manières et de la société! Il y a toujours une opinion conservative et traditionnelle qui a peur du changement. »
Sur le matérialisme
« Nous avons sacrifié les vieux dieux immatériels et nous occupons maintenant le temple du Dieu-Marché. Il organise notre économie, nos politiques, nos habitudes, nos vies, il nous donne même des taux et des cartes de crédit et l’apparence du bonheur. On dirait que nous ne sommes nés que pour consommer et consommer et quand on ne peut plus consommer on ressent une frustration et on souffre de la pauvreté et on s’automarginalise. »
Sur la consommation globale
« Si nous vivions selon nos moyens, les sept milliards de personnes sur terre auraient tout ce dont elles ont besoin. Les politiques globales devraient aller dans cette direction. Mais nous pensons en terme de personnes et de pays, pas en tant qu’espèce. »
Sur l’avortement et le mariage du même sexe
« Nous (le gouvernement uruguayen) avons mis en pratique un principe bien simple : reconnaître les faits. L’avortement est aussi vieux que le monde. Le mariage de même sexe, c’est plus vieux que le monde. Nous avons eu Jules César, Alexandre le Grand! Dire que c’est moderne, bien voyons, c’est plus vieux que nous. C’est une réalité objective qui existe. Pour nous, ne pas le légaliser, c’est torturer les gens inutilement ».
Sur l’humilité dans l’exercice de ses fonctions
« Dès que les politiciens se mettent à grimper l’échelle, ils deviennent soudainement des rois. Je ne sais pas comment ça fonctionne, mais ce que je sais, c’est que les républiques sont nées pour s’assurer que personne n’est plus que quelqu’un d’autre. »
Sur la distribution des richesses
« Les compagnies ne veulent qu’accroître leurs profits; c’est au gouvernement de s’assurer qu’elles distribuent suffisamment ces profits pour que les travailleurs aient assez d’argent pour acheter les biens qu’elles produisent. Ce n’est pas un mystère — moins de pauvreté, plus de commerce. L’investissement le plus important que nous pouvons faire, c’est dans les ressources humaines. »
Sur les dépendances
« Pire que les drogues, c’est le trafic de drogue. Vraiment pire. Les drogues sont une maladie et je ne pense pas qu’il y ait de bonnes drogues ou que la marijuana soit bonne. Pas plus que les cigarettes. Aucune dépendance n’est bonne. J’inclus l’alcool. La seule bonne dépendance, c’est l’amour. Oubliez tout le reste. »
Sur le fait d’être surnommé le président le plus pauvre au monde
« Je ne suis pas le plus pauvre. Le plus pauvre est celui qui a besoin de beaucoup pour vivre. Mon style de vie est la conséquence de mes blessures (José Mujica a été détenu comme otage par la dictature de 1973 à 1985). Je suis le fils de mon histoire. Il y a eu des années où j’aurais été heureux juste d’avoir un matelas. »
Sur le fait de donner 90 % de son salaire à des oeuvres de charité
« J’ai un style de vie que je ne change pas juste parce que je suis un président. Je gagne plus que ce dont j’ai besoin, même si pour d’autres ce n’est pas assez. Pour moi, ce n’est pas un sacrifice, c’est un devoir. »
Sur le fait d’être président
« Un président est un fonctionnaire de haut niveau qui a été élu pour accomplir une fonction. Ce n’est ni un roi ni un dieu. Il n’est pas le sorcier d’une tribu qui sait tout. C’est un fonctionnaire. Je crois que la façon idéale de vivre est de vivre comme la majorité des gens que l’on tente de servir et de représenter. »
Sur le secret du bonheur
« Vivre selon ce qu’on pense. Être soi-même et ne pas essayer d’imposer ses critères aux autres. Je ne m’attends pas à ce que les autres vivent comme moi. Je veux respecter la liberté des gens, mais je défends ma liberté. Et ça vient avec le courage de dire ce que l’on pense, même si parfois les autres ne partagent pas ces points de vue. »
 Conclusion…
Toute ma vie, on m’a traitée d’utopiste et d’idéaliste. C’est vrai. Mais maintenant, quand je lis ce que dit et fait cet homme, je sais que je ne suis pas la seule.
Et vous, vous ne vous sentiriez pas un peu plus fiers d’être québécois (ou canadiens si ça vous chante) si Couillard ou Harper nous en sortaient des comme ça?





lundi 30 mars 2015

Opérations sous faux-drapeau




Dans « La guerre est une raquette », major-général Smedley Butler (1881-1940) ayant reçu par deux fois la "Médaille d'Honneur, plus haute distinction militaire des États-Unis, a écrit: «J’ai passé 33 ans et quatre mois de service militaire actif et pendant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps comme un homme de muscles de grande classe pour Big Business, pour Wall Street et les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster pour le capitalisme. J’ai aidé à faire au Mexique et en particulier Tampico un lieu sans danger pour les intérêts pétroliers américains en 1914, j’ai aidé à faire d’Haïti et de Cuba un endroit convenable pour les garçons National City Bank à percevoir des recettes. J’ai aidé dans le viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au profit de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua pour la Banque Maison Internationale de Brown Brothers en 1902-1912. J’ai apporté la lumière à la République dominicaine pour les intérêts sucriers américains en 1916, j’ai aidé à faire Honduras droit pour les entreprises de fruits américains en 1903, en Chine, en 1927, j’ai aidé à veiller à ce que la Standard Oil a continué son chemin sans être inquiété. »
Joe Crubaugh, écrivain et artiste


"Je pense, personnellement, que tout le monde – journalistes, universitaires, politiciens – doit réfléchir sur les implications de la stratégie de la tension et des False flag. Nous sommes là, il est vrai, en présence de phénomènes qui échappent à tout entendement. C’est pourquoi, chaque fois qu’il y a des attentats terroristes, il faut s’interroger et chercher à comprendre ce que cela recouvre. Ce n’est que le jour où l’on admettra officiellement que les False flag sont une réalité, que l’on pourra établir une liste des False flag qui ont eu lieu dans l’histoire et se mettre d’accord sur ce qu’il faudrait faire.
La recherche de la paix est le thème qui m’intéresse. Il est important d’ouvrir le débat sur la stratégie de la tension et de prendre acte qu’il s’agit d’un phénomène bien réel. Car, aussi longtemps que l’on n’a pas accepté de reconnaître son existence, on ne peut pas agir. C’est pour cela qu’il est important d’expliquer ce que la stratégie de la tension signifie réellement. Et, une fois que l’on a compris, de ne pas se laisser gagner par la peur et la haine contre un groupe. Il faut se dire que ce n’est pas uniquement un pays qui est impliqué là-dedans ; que ce ne sont pas seulement les États-Unis, l’Italie, Israël ou les Iraniens, mais que cela se produit partout, même si certains pays y participent de manière plus intense que d’autres. Il faut comprendre, sans accuser tel pays ou telle personne. La peur et la haine n’aident pas à avancer mais paralysent le débat. Je vois beaucoup d’accusations contre les États-Unis, contre Israël, contre la Grande Bretagne, ou alternativement, contre l’Iran, la Syrie. Mais la recherche sur la paix nous enseigne qu’il ne faut pas se livrer à des accusations basées sur le nationalisme, et qu’il ne faut ni haine ni peur ; que le plus important est d’expliquer. Et cette compréhension sera bénéfique pour nous tous." Daniele Ganser


11 Signes indiquant un attentat sous faux drapeau (false flag)

Cet article tombe à pic en vue des « false flag » de ces derniers temps. Sans tous les nommer nous avons récemment eu le tireur fou parisien, l’attentat de Boston ou bien la fusillade de LAX. Sans oublier le king des false flag, le 9/11.

Hermann Göring a déclaré: «Naturellement, les gens ordinaires ne veulent pas la guerre; ni en Russie, ni en Angleterre, ni en Amérique, ni en Allemagne. C’est entendu. Mais après tout, ce sont les dirigeants du pays qui déterminent la politique, et il est toujours facile à entraîner le peuple, que ce soit une démocratie, ou une dictature fasciste, d’un parlement ou d’une dictature communiste. Voix … ou pas de voix, les gens peuvent toujours être portées à l’appel d’offres des dirigeants. C’est facile.Tout ce que vous avez à faire est de leur dire qu’ils sont attaqués, et dénoncer les pacifistes pour manque de patriotisme et d’exposer le pays au danger. . Cela fonctionne de la même dans tous les pays  » 
Adolf Hitler dans Mein Kampf, un livre encore interdit dans certains pays (comme la France), a écrit: « Dans la taille du mensonge, il est toujours contenu un certain facteur de crédibilité, étant donné que la grande masses populaires … seront plus facilement victime d’un grand mensonge que d’un petit   »


Tout au long de l’histoire, diverses versions d’attentats sous faux drapeau (« false flag » en anglais, terme que je garderai dans la traduction) ont été utilisées avec succès par les gouvernements pour diriger la force du peuple vers la finalité recherchée par la classe dirigeante. Selon les époques, la finalité peut être la guerre ou la restriction des libertés civiles privées et des droits humains basiques ou un agenda économique.
En fait, les false flags peuvent prendre toute une variété de formes – nationales ou en rapport avec la politique étrangère, à petite ou grande échelle, économiques ou politiques, et avec de nombreux autres buts qui peuvent souvent se fondre les uns dans les autres. Chacun peut servir un dessein spécifique et peut être ajusté et adapté en vue de ce dessein spécifique selon ce qu’exigent les conditions de la communauté.
Par exemple, l’attaque aux armes chimiques qui a eu lieu en août 2013 en Syrie peut servir d’exemple pour un false flag à l’étranger prévu pour stimuler la ferveur des américains vers la guerre, sur la base de la Responsability to Protect (ou R2P, le Devoir de Protection, établi en 2005 par les Nations-Unies, NdT) comme pour le golfe du Tonkin.
Au plan national, un false flag à grande échelle comme celui du 11 septembre peut servir à susciter un soutien massif du public pour la guerre et une volonté populaire d’abandonner des libertés civiles, une procédure constitutionnelle et les droits humains. Les false flags économiques peuvent prendre la forme de « paralysies du gouvernement » fabriquées ou de « défauts de paiement du gouvernement » conçues pour créer une demande d’austérité ou autres solutions en faveur de Wall Street. Enfin, les false flags nationaux à petite échelle comme Sandy Hook ou Aurora, impliquent souvent la mise en place de mesures de contrôle des armes ou un état policier plus important.
Il existe, bien sûr, de nombreuses versions différentes d’attentats par false flags et aucun ne correspondra exactement à un classement précis dans la rubrique « false flags ». Comme exposé ci-dessus, certains false flags peuvent en fait contenir un élément de chacune des différentes versions listées précédemment, aussi bien en termes de méthodologie que de but.
Cela dit, il est également vrai, malgré une possibilité constante d’attentats par false flags massifs, qu’on en voit se produire à petite échelle sous l’apparence de « tireurs » (le plus souvent la variété des « tireurs isolés » ou « tireurs fous »), que la classe dirigeante et ses porte-paroles médiatiques ont utilisé avec beaucoup d’efficacité ces dernières années. Bien que l’échelle des attaques ait diminué, leur fréquence a rapidement augmenté.

Cependant, en raison d’une recrudescence de médias alternatifs et d’une communauté de recherche, au fur et à mesure du lancement des attaques, il se publie une volée de démolition des récits officiels. À côté de nombreuses critiques absolument non crédibles de la version officielle des événements, frisant la paranoïa et l’invraisemblance, on trouve des articles de chercheurs qui peuvent exposer le false flag pour ce qu’il est. D’ailleurs, c’est pour cette raison que les false flags ont dernièrement essuyé de sérieux revers en terme d’efficacité et que c’est toujours le cas.

Comme l’attaque est prévue pour instiller la peur, la panique et une réponse téléguidée de la part du public, il est important de déconstruire le récit de cette attaque tel qu’il est présenté. Nous ne pouvons cependant pas passer simplement notre temps à tenter d’exposer et déconstruire toutes les attaques par false flag. Nous ne pouvons ignorer les grands problèmes, les batailles où l’on sort vainqueurs et les revendications qui doivent être faites simplement pour exposer tous les false flags. Nous ne pouvons ignorer le feu de forêt en éteignant un feu de broussailles occasionnel. Le false flag, après tout, n’est qu’un symptôme de la maladie.
Il est important pour cette raison de permettre au public de reconnaître le false flag lui-même, pas uniquement les éléments contestables d’un false flag en particulier qui sera bientôt suivi d’un nouveau. Nous devons nous former et former le public à reconnaître les signes d’un false flag quand il se produit et ainsi rendre l’attentat neutre.




Ce qui suit est une liste des éléments les plus courants d’un attentat par false flag auxquels on devrait prêter immédiatement attention dans le cas d’un nouvel accident qui jouera sur la corde sensible et les émotions des gens:
1. Envergure de l’événement : la première question à se poser sera « Est-ce un accident à haut profil ? » La réponse, bien sûr, est tout à fait évidente. Si l’attaque se passe au World Trade Center avec explosion et effondrement des bâtiments, ou à la Maison Blanche ou au Pentagone, c’est clairement un haut niveau. Donc le lieu peut être pris en considération. Dans d’autres circonstances, l’acte-même peut être un facteur majeur comme dans le cas de l’école primaire de Sandy Hook, endroit sans importance au plan national, mais acte horrible qui a fait néanmoins les gros titres nationaux. Le facteur le plus important est sans conteste l’attention des médias. Quel que soit le lieu ou l’acte, si les médias récupèrent l’histoire et la répandent en simultané sur toutes les grandes chaînes majeures, l’accident peut être vu comme un « événement à haut profil ».
2. Récits qui changent : dans les cercles informés de recherche, il est bien connu que l’information qui sort peu après l’événement est en général la plus fiable. Il faut aussi tenir compte de la confusion qui règne à cause de l’affolement des témoins. Malgré tout, l’information primitive n’a pas été sujette à une révision complète des médias, ce qui se produira forcément quand l’histoire sera moulée pour s’adapter au récit mis en avant par les individus qui ont dirigé l’attaque aux plus hauts niveaux ou qui ont au moins des liens avec ceux qui peuvent contrôler le moyen de faire rapporter l’événement par les divers médias.
Par exemple, au moment des attentats, les rapports initiaux peuvent signaler 5 tireurs. Très peu de temps après, on peut n’en mentionner que deux. Rien que quelques heures après l’attentat, toute référence à plus d’un tireur a entièrement disparu, il ne reste plus dans l’affaire qu’un « tireur isolé ». On ridiculise toute mention ultérieure d’autres tireurs comme une « théorie de la conspiration ».
3. Manœuvres d’entraînement en simultané : une marque de fabrique d’une opération false flag est le déroulement de manœuvres d’entraînement peu de temps avant ou pendant l’attaque. Ces manœuvres impliqueront souvent une séquence d’événements qui se passent pendant l’attentat proprement dit. Ces manœuvres d’entraînement ont eu lieu pendant des false flags à grande échelle comme le 11 septembre ainsi que pendant des attaques à plus petite échelle comme la tuerie d’Aurora.
Par exemple, comme le documente Webster Tarpley dans son livre 9/11 Synthetic Terror : Made in USA (11 septembre, Terreur de synthèse, fabriqué aux USA), au moins 46 manœuvres étaient en cours dans les mois précédant le 11 septembre et le matin même de l’attaque. Ces 46 manœuvres avaient toutes un rapport d’une manière ou d’une autre avec les événements qui se sont passés le 11 septembre. De même pendant les attentats à la bombe du 7 juillet 2005 à Londres, des manœuvres étaient en cours avec exactement le même scénario que ce qui s’est produit exactement aux mêmes heures et aux mêmes endroits.
Bien qu’un prétexte puisse l’emporter sur l’autre selon la nature et le but de l’opération, les manœuvres d’entraînement sont utiles aux créateurs de false flag pour au moins deux raisons. La première est de provoquer une confusion intentionnelle quand les manœuvres se passent pendant l’attaque réelle. L’autre, d’un aspect plus rentable, est de se servir des manœuvres comme d’une couverture pour programmer l’attaque ou même donner le « feu vert » quand c’est le moment de lancer l’événement. Qui plus est, elles fournissent aux auteurs du programme un élément de couverture, surtout avec la structure compacte de la chaîne hiérarchique de commande de l’agence de renseignements/de l’armée et le besoin de rester informé. Si un officier de l’armée ou un agent des services secrets tombe par hasard sur le planning de l’attaque, on peut toujours dire que ces individus n’étaient que des témoins du programme de l’exercice d’entraînement. Cette réfutation se poursuit jusqu’au « feu vert » des manœuvres. Après achèvement de l’attentat false flag, l’hypothèse de la coïncidence servira à expliquer les tragiques résultats.
4. Cui bono ? La question la plus importante à se poser immédiatement après un accident à haut profil est « cui bono ? » ou « à qui bénéficie le crime ? » Si on peut voir un évident bénéfice du gouvernement, d’une société ou d’une banque, l’observateur devient alors capable d’y voir clair immédiatement. On peut répondre à nombre de ces questions en regardant de plus près le comportement de ces organisations avant l’attaque et peu de temps après.
Par exemple, la présence d’une loi qui n’aurait eu que peu de chance de passer avant l’attaque mais qui est vite passée (ou au moins lourdement suggérée) après, est un indice que l’attentat qui tombe à pic est en fait un false flag. La loi du type Patriot Act avait été en réalité rédigée avant le 11 septembre mais n’avait que peu de chance de passer au Congrès en raison du climat politique de l’époque aux US. Après le 11 septembre, le Patriot Act est rapidement passé sans virtuellement aucune discussion et avec la bénédiction du peuple américain.
En parlant du 11 septembre, c’est un fait qu’au moment de l’attentat, beaucoup d’individus au pouvoir au sein du gouvernement américain voulaient désespérément envahir plusieurs pays du Moyen-Orient. Après les attentats, une psychose guerrière s’est emparée de la classe dirigeante des US et le public américain a suivi sans tarder.
Après le « Underwear Bombing » (Le terroriste aux sous-vêtements piégés), nous avons vu l’inauguration des scanners corporels de la TSA (agence de sécurité des transports, NdT), technologie qui aurait été acceptée de mauvaise grâce avant l’incident et sa campagne de propagande. Les scanners avaient été pourtant achetés un an auparavant par une firme dont le propriétaire était l’ancien patron de la Homeland Security (département de la sécurité intérieure, NdT), Michael Chertoff.
Dans le même registre, parlant de la fusillade de LAX (à l’aéroport international de Los Angeles, le 1er novembre 2013, où un employé de la TSA a été tué, NdT), la TSA a acheté en août 2013 pour 3,5 millions de dollars de munitions. Pourtant en août, la TSA n’était pas une agence armée. Après la fusillade de Los Angeles, le discours s’est orienté vers un armement de l’agence, indiquant donc que quelqu’un de haut placé dans la structure du gouvernement avait eu une connaissance préalable de l’événement.
On peut dire bien sûr la même chose pour l’explosion de fusillades meurtrières par des tireurs fous qui se sont produites dans tous les US accompagnant la propagande qui poussait à des mesures accrues de contrôle des armes.
5. Questions sans réponse : une autre marque de fabrique d’une opération false flag est relativement évidente – la présence de questions sans réponse concernant les détails de l’attaque, les auteurs, le mobile etc. Bien que les récits des médias qui prennent forme peu après l’attaque veulent ignorer ces questions, elles subsisteront inévitablement si les observateurs peuvent réfléchir par eux-mêmes et se concentrer uniquement sur l’information. Un exemple de ces questions serait le bâtiment 7 pour le 11 septembre ou les questions des tireurs supplémentaires à Aurora et à Sandy Hook.
6. Le dossier est rapidement bouclé : une fois le choix fait par les médias d’un bouc-émissaire acceptable et d’un scénario de couverture, toute autre opinion ou question se voit refusée à l’antenne. Tout ce qui pourrait contredire légèrement l’histoire officielle est reconnu illégitime. Ceci fait, le bouc-émissaire, s’il est toujours en vie (dans de rares circonstances) est inculpé, poursuivi et reconnu coupable dans un vague procès à huis clos. Dans la plupart des cas, le suspect est tué dans l’affaire ou peu de temps après, ce qui réduit à néant toute contradiction de première main dans le récit officiel. Quoi qu’il en soit, le dossier est très rapidement bouclé après l’événement.
7. Lien des suspects avec la CIA, le FBI ou autre agence de renseignements : un aspect-clé qui suggère un false flag à rechercher rapidement après l’attaque est une quelconque connexion du suspect ou du groupe de suspects avec des agences de renseignement. Un lien avec l’une de ces organisations et institutions peut rendre difficile une explication sur la manière dont l’attaque a été coordonnée, la motivation des participants, l’implication réelle (ou non) des suspects et l’auteur véritable de l’opération. Par exemple, le 11 septembre, les nombreux pirates de l’air supposés auraient eu de proches contacts avec le FBI, la CIA et autres agences de renseignement de haut niveau (autant intérieures qu’étrangères). De même, les frères Tsarnaev qui ont été accusés de l’organisation de l’attentat de Boston avaient des liens avec le FBI avant l’attaque.
Dans de nombreux exemples, les connexions à certaines agences et communautés de l’armée devraient autant servir de signal d’alarme que les liens aux agences de renseignement car ces institutions ont été largement mélangées.
8. Bouc-émissaire commode : un indice conduisant un observateur informé à suspecter un attentat false flag est l’existence d’un bouc-émissaire commode. Toute opération de false flag comportera un récit soigneusement ficelé réalisé par le groupe d’individus mis en place pour la diabolisation. L’attentat d’Oklahoma City (1995) avait McVeigh et donc des « extrémistes de droite » et la « milice ». Pour le 11 septembre, le groupe était les musulmans. Dans de nombreuses fusillades à l’intérieur du pays, la diabolisation se faisait sur des propriétaires d’armes. Avec le récent attentat de Los Angeles, « l’auteur » était un « théoricien de la conspiration opposé au gouvernement. » À l’occasion d’un false flag, un « pigeon » facilement identifié montrera tous les aspects du groupe ou du moins la plupart, ainsi que l’environnement démographique social à diaboliser.
9. Les médias encouragent des récits en défaveur des groupes de bouc-émissaires, et/ou un agenda qui confisque les libertés : un indice qui suggère un false flag est qu’immédiatement après l’attentat et après « identification » des auteurs par les « officiels » et les médias, la corporation médiatique commence non seulement à diaboliser le groupe démographique auquel appartient « l’auteur », mais commence aussi à promouvoir des « solutions » pour empêcher qu’une telle attaque ne se reproduise un jour. Ce récit comportera toujours l’érosion des libertés, une plus importante mise en œuvre d’un état policier, une politique économique spécifique ou une marche vers la guerre.
Dit simplement, les médias mettent en avant le PROBLÈME, autorisent et guident une RÉACTION et ensuite fournissent une SOLUTION déterminée à l’avance.
10. Le gouvernement commence à « passer à l’action » contre le bouc-émissaire ou s’oriente dans le sens du récit des médias : après une saine dose de propagande des médias dominants qui repassent en boucle l’attentat pour entretenir la terreur, montrent l’auteur et présentent les solutions de l’état policier, le gouvernement commence alors à passer à l’action. Des discours politiques sont faits pour capitaliser la peur et l’angoisse ressenties par le public et pour renforcer l’idée que le gouvernement est là pour le protéger. On offre ensuite des solutions sous forme de lois, d’ordres d’exécution ou de mandats politiques, en vue soit d’une réduction du 4ème amendement, un contrôle des armes ou des frappes militaires dans un pays étranger.
11. Indices dans les médias populaires : les indices dans les médias populaires, qu’on peut définir plus précisément de programmation prédictive, sont plus facilement identifiés après coup. Cela implique souvent de mettre en scène un incident qui apparaîtra dans un film ou dans une émission de télévision. Dans d’autres cas, des détails fortuits de l’attaque sont insérés de manière visible ou même moins visible dans des films et à la télévision. Par exemple, le scénario d’un épisode de The Lone Gunman (en français « Au cœur du complot », NdT), une série dérivée de X-Files, montrait un avion piraté par contrôle à distance qu’on envoyait dans les tours du WTC. Dans The Dark Knight Rises (film de 2012, série Batman 3), il y avait une très curieuse référence à Sandy Hook avec une carte de Newtown, Connecticut, sur le mur.
Conclusion
Bien qu’il soit extrêmement important d’éduquer le public quant à la nature et au but des false flags, l’éducation ne peut être un but en soi. Le public a besoin non seulement de connaître la vérité autour des événements spécifiquement false flags lorsqu’ils apparaissent, mais il a besoin de comprendre la méthodologie pour les identifier par eux-mêmes et en temps réel.
Créer une culture où le public est capable de reconnaître une attaque false flag sans recourir à l’aide des sources médiatiques, des chercheurs ou des activistes, est la première étape pour rendre la tactique inutile et rassembler la force des gens vers une action réelle ou en dernier ressort, créer une culture dans laquelle cette force ne peut être rassemblée par la classe dirigeante.
Bien que devant aborder les attentats false flag, nous ne devons pas nous permettre d’être si facilement détournés d’une voie d’action politique, d’une mobilisation de masse et de formuler de vraies demandes réalisables.

Source française : Bistrot Bar Blog (traduction) via Archives millénaires dissidentes

samedi 28 mars 2015

Chantage électoral




Par le Groupe Déjacque de la Fédération Anarchiste
 Le 25 mars 2015

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Nous apprenons que les « écologistes » défendent le projet de criminaliser l’abstention. S’ils réclament une peine, c’est qu’ils la considèrent comme un délit. Or, le vote consistant pour les anarchistes en un abandon de souveraineté et en une parodie d’acte politique, l’encourager, c’est encourager le renoncement. Nous pouvons donc considérer que punir l’abstention revient à criminaliser l’engagement politique réel.
Un autre façon d’inciter artificiellement les récalcitrants au vote consiste à agiter le spectre du fascisme, celui des nationalistes ou bien du fondamentalisme religieux, lesquels s’alimentent réciproquement. Aussi, pour faire face à ces danger, on nous conseille d’opter pour un moindre mal, pour une autorité diluée dans une pseudo-démocratie. Or il n’y a de salut que dans la fin de l’autorité et non dans une autorité travestie en prestataire de service.

 Les politiciens, pour défendre leur « profession », considèrent les habitants comme des amateurs, des handicapés de la politique. Ils peuvent l’être en effet dès lors qu’on les encourage dès le plus jeune âge à déléguer leurs responsabilités à des chefs, en maintenant l’ignorance des techniques de gestion autonome. Or, en réalité, ce ne sont pas les habitants qui sont incompétents mais ceux qui pensent pouvoir les représenter dans les administrations confortables. Les politiciens, classe privilégiée à l’abri des problèmes réels, n’en ont qu’une vision abstraite et technocratique. Ils ne travaillent véritablement que pour leurs maîtres, leurs sponsors, les décideurs, les promoteurs, les actionnaires et les puissants, et non pour leurs sujets. En réalité, ce sont les politiciens les réels incompétents qui n’ont d’autre ambition que de travailler leur image, de promouvoir leur carrière et de se vendre dans les médias comme des biens de consommation à l’aide des pires mensonges.


 Les habitants ne sont pas dupes, c’est pourquoi ils sont déjà nombreux à s’abstenir de voter. Ce qu’on leur cache, c’est la manière dont on peut gérer les affaires de la cité autrement, en se passant des élus. Pourtant les savoir-faire existent en matière de contestation, de réquisition, d’autogestion et de fédération. Quittons les isoloirs, organisons-nous, détrônons les accapareurs et partageons les richesses pour que l’émancipation des peuples devienne effective et non promise sur fond de catastrophes déjà bien entamées.


Texte transmis par : Résistance 71


vendredi 27 mars 2015

Poésie, socialisme et "bien vivre"



Paul Ariès : « La politique des grandes questions abstraites, c’est celle des dominants »
Entretien inédit pour le site de Ballast

(© AFP Photo/Nikolas Giakoumidis)

Qu'est-ce que le « socialisme gourmand » ? Le « Bien vivre » ? Et quid de la poésie ? De la violence révolutionnaire ? La décroissance est-elle de gauche (et qu'est-elle vraiment, d'ailleurs ?) et le bio une marotte des coins branchés ? Paul Ariès, rédacteur en chef du mensuel Les Zindigné(e)s et auteur du très récent ouvrage Écologie et milieux populaires, les modes de vie populaires au secours de la planète aux éditions Utopia, a répondu à toutes nos questions — non sans avoir, auparavant, tenu à nous laisser cette citation de Marx, dans une lettre à Ruge :  « Laissons les morts enterrer les morts, et les plaindre… Notre sort sera d’être les premiers à entrer vivants dans la vie nouvelle. »

Vous êtes l'un des rares essayistes militants, avec Edgar Morin, à louer la poésie. Qu'est-ce que « vivre poétiquement », pour reprendre vos mots ?
Je voudrais déjà lever une équivoque. Il ne s’agit nullement de renouer avec la tradition poétique du XIXe siècle. Il s’agit de faire du neuf ; même si on ne fait jamais du neuf qu’avec du vieux. Repoétiser nos existences, c’est prendre au sérieux le fait que la crise actuelle est aussi une crise du sens, une crise qui tient autant à la désymbolisation qu’au pic de pétrole. Repoétiser nos existences, c’est soutenir que les solutions sont du côté des dimensions non-économiques de nos existences actuellement écrasées par les logiques dominantes. Repoétiser nos existences, c’est aussi changer notre langage politique, c’est se souvenir de ce que fut la place des poètes aux heures les plus sombres de l’Histoire. Nous avons besoin aujourd’hui d’une parole qui ne soit pas d’abord celle de l’économisme, nous avons besoin de profondeur, de passion, d’étonnement, de décolonisation de nos imaginaires. Faisons comme la région Martinique : nommons à la tête de nos conseils scientifiques des poètes, comme Patrick Chamoiseau – cela aidera les experts à revenir à leur rôle, qui est de montrer qu’il y a toujours des alternatives, que le dernier mot doit revenir au peuple des citoyens.
Dans La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance, vous appelez à puiser dans la tradition libertaire. Que lui trouvez-vous de plus fécond et d'intemporel ?
Je ne suis pas un libertaire mais j’ai mes moments libertaires auxquels je tiens profondément. Je crois au caractère salutaire de ces moments, pas seulement à titre personnel mais politique : je suis convaincu qu’ils sont porteurs d’un morceau de vérité – mais d’un morceau seulement. Le socialisme (communisme) antiautoritaire a toujours été un antidote au pouvoir des chefs, mais aussi au productivisme, au mode de vie capitaliste, bref, à tout ce dont on crève. Le principal enseignement du XXe siècle pour quelqu’un qui a le cœur véritablement à gauche, c’est de reconnaître que le grand problème pour la gauche ce n’est pas tant la conquête du pouvoir, ni même d’apprendre à le partager, que d’apprendre à s’en défaire… J’aime croire que ce sont les puissants/dominants qui sont du côté de la peur des foules sans chef, alors que les milieux populaires sont davantage du côté de la haine des petits chefs et des grands chefs. Ils sont davantage du côté de la coopération, du partage de la puissance et non de sa captation. Je parlais plus haut du communisme (socialisme) antiautoritaire car l’anarchisme en France a toujours été presque exclusivement de gauche, contrairement à d’autres pays (États-Unis). Je suis inquiet car je vois monter aujourd’hui des idées « anars » de type libérales-libertaires… Le refus de l'État, ce n’est surtout pas casser le code du travail au nom de la liberté contractuelle ni revendiquer le droit à des stages non rémunérés au nom du réalisme. Le IVe Forum national de la décroissance m’a permis d’entendre ce type de propos… C’est pourquoi j’ai demandé à un vieux copain anar, Philippe Godard, de répondre à cette dérive dans un article à paraître en mai 2015 dans le mensuel Les Zindigné(e)s.
On sent, à lire vos rejets de « l'anesthésie de la vie », l'influence de Raoul Vaneigem sur votre pensée. Partagez-vous son profond rejet de la violence révolutionnaire, comme moyen d'émancipation ?
Je le partage maintenant et j’avoue humblement que ce ne fut pas toujours le cas. Je n’ignore rien de la violence économique, sexiste, raciste, ni de celle de l'État et de la nécessité parfois d’y faire face. Je suis cependant convaincu que ce terrain n’est pas le nôtre et que, même si nous parvenions à y remporter quelques victoires, nous y laisserions finalement notre âme. Déjà, parce que le choix de la violence révolutionnaire ne peut qu’être celui d’une minorité – c'est donc une façon de poursuivre la division des uns et des autres par d’autres moyens. On sait aussi que ce type de posture violente attire surtout des profils militants qui ne sont pas les plus adaptés à la belle vie que nous souhaitons partager avec tous/toutes. Choisir la violence, c’est se constituer en avant-garde éclairée, c’est combattre l’adversaire avec ses propres armes, ses propres valeurs, c’est accepter d’être nécessairement contaminé. Je ne suis pas pour autant un pacifiste intégral, un non-violent absolu, mais je n’accepte plus de refouler ce que nous savons tous sur la dangerosité qu’il y a à retourner contre l’adversaire des armes qui lui sont davantage adaptés culturellement qu’à nous-mêmes. J’avais eu ce débat avec des militants antifascistes qui usaient de la violence contre les fachos… On finit toujours par exclure les femmes des manifs (trop dangereux), par s’entraîner aux sports de combats (aux armes ?), par être infiltré par la police et par être manipulé… On n’oppose pas au slogan fasciste « Viva la muerte ! » un autre « Viva la muerte ! », mais « Vive la vie ! ».
Vous affirmez que les combats populaires sont souvent « conservateurs ». Vous risquez de heurter les rangs « progressistes », en prêtant à ce mot des vertus positives, non ?
Cette affirmation est bien sûr une provocation… à penser ! Il serait facile, déjà, de dire qu’il s’agit bien de conserver une Terre-pour-l’humanité. Je crois que nous devons nous libérer de la foi béate dans le Progrès (économique, technique, etc.) pour apprendre à différencier ce qui relève de la conservation (des conditions de la vie) et ce qui relève de la réaction (notamment religieuse). J’avoue que ma fréquentation des milieux de la décroissance de droite a réveillé mon anticléricalisme, tant leurs postures de dames-patronnesses empuantissent. La réaction est tout ce qui défend les intérêts matériels et moraux des possédants/dominants. Je suis adepte du pachamamisme, car si le système soumet la nature aux lois de l’économie, il s’agit bien de soumettre l’économie aux lois du vivant – voilà ce qu’est pour moi la conservation. J’ai montré aussi dans mon dernier ouvrage, Écologie et milieux populaires, les modes de vie populaires au secours de la planète, que les gens ordinaires ont un bilan carbone bien meilleur que les riches et même que beaucoup d’écolos déclarés, car ils possèdent encore d’autres rapports au travail, à la consommation, à l’espace, au temps, aux loisirs, à la maladie, au vieillissement, à la mort, donc à la vie. C’est tout cela qu’il faut conserver/développer. Nous serons en droit de désespérer lorsque les modes de vie populaires se seront éteints totalement. Tant que les gens du commun ne sont pas que des riches auxquels ils ne manqueraient que l’argent, il y a de bonnes raisons d’espérer. Conserver c’est aussi bien sûr transformer. Il ne s’agit surtout pas d’idéaliser le passé : la télévision nous décérébralise, mais la religion hier, aussi.
Vous réfléchissez sur notre rapport au temps et établissez un lien entre la folie de l'hybris [démesure] hypercapitaliste et l'évacuation de la mort dans nos sociétés. En somme, vous appelez, rien moins, à repolitiser notre anthropologie ?
J’aimerais profiter de votre question pour faire une autocritique sur la notion même d’hybris. Nous n’avons pas été assez vigilants, dans les milieux écologistes et décroissants, sur le bon usage et le mésusage de ce terme. Nous avons trop donné le sentiment que notre dénonciation de l’hybris était de même nature que celle que font toutes les églises et les réactionnaires. Il ne s’agit pas pour nous, sous prétexte de dénoncer le fantasme de l’homme auto-construit, d’en rabattre sur l’exigence d’émancipation pour finir par préférer les droits de Dieu à ceux de l’Homme. Notre condamnation de l’hybris n’est pas un quelconque appel au sacrifice. Nous sommes du côté de la jouissance, d’un plus à jouir – qui n’est cependant pas le plus à jouir du capitalisme, du productivisme, celui de la jouissance d’avoir, mais celui de la jouissance d’être. Nous ne devons jamais oublier que l’être humain est un être social et ce que nous devons mettre au cœur de notre pensée/pratique, c’est la fabrique de l’humain, pas la peur. Les religions promettent le Paradis céleste et on a connu l’Inquisition, le fondamentalisme, et on connaît aujourd’hui le retour de l’intégrisme et des sectes. Le stalinisme promettait le Paradis terrestre pour après-demain matin et on a connu le goulag, la bourgeoisie rouge… Toutes ces tragédies ont en commun d’être des idéologies appelant au sacrifice des autres et de soi. Le capitalisme semble nous avoir libéré de la peur de la mort mais il l’a seulement évacuée. Nous faisons comme si nous ne savions pas que nous sommes mortels, nous faisons donc comme si nous pouvions accumuler sans fin… oubliant ainsi que le but est bien de transmettre. Remettons la mort au centre de la vie, nous pas pour être morbides, mais, au contraire, pour être pleinement jouisseurs, pour jouir d’une jouissance d’être et non d’avoir.
Vous vous montrez critique, dans Le socialisme gourmand, de l'idée de la conquête du pouvoir central, de l'État. Vous en appelez aux îlots, à la périphérie, à la sécession, aux « petits bouts ». Jean-Loup Amselle a raillé ce passage de la « totalité » aux « fragments ». Que répondez-vous à tous ceux qui considèrent qu'il s'agit là d'un début de renoncement ?
J’entends d’autant mieux cette critique que je viens de là. Amselle a raison de nous mettre en garde, même si le style de sa polémique n’est peut-être pas le meilleur. Je pourrais déjà lui répondre par l’Histoire : nous sommes aujourd’hui dans un rapport plus défavorable car nous avons justement choisi majoritairement, au XXe siècle, de casser le syndicalisme à bases multiples (section syndicale, bibliothèque, centre culturel, coopérative, club de sport ouvrier non compétitif, etc.), de casser le mouvement coopératif, de tarir le socialisme/communisme municipal, car nous étions convaincus que tout ce qui détournait de la conquête du pouvoir central était contre-productif. Nous devons reconnaître que nous nous sommes trompés. Nous avons aujourd’hui des Comités d’entreprise qui ne proposent plus de productions autonomes mais sont devenus des sous-traitants de la FNAC ; nous avons des CE qui fantasment de la même façon que les marchands de voyage : toujours plus loin pour toujours moins cher ! Conséquence : nous avons perdu en autochtonie, nous avons perdu les milieux populaires. La stratégie des « pas de côté » que nous proposons n’est pas une stratégie du « moins-disant ». Elle vise à reconquérir des espaces pour permettre des expérimentations, pour réveiller les cultures populaires, pour reprendre pied en créant des dynamiques de rupture… Ne rejouons pas, par pitié, au XXIe siècle, le vieux débat du XIXe sur « réformes ou Révolution » ! Ces deux courants ont failli, avec d’un côté un « socialisme réellement existant » (auto-définition du stalinisme), qui a disparu de la scène de l’Histoire et sali jusqu’au mot de communisme, et d'un autre une social-démocratie reconvertie en social-libéralisme et même en nouveaux démocrates... Nous choisissons d’essayer de commencer à changer la société, dès maintenant, avec des objectifs de lutte qui soient conformes aux buts que nous nous donnons…
 C’est pourquoi nous considérons que le grand combat pour le XXIe siècle n’est pas la défense du pouvoir d’achat monétaire mais la défense et l’extension de la sphère de la gratuité du service public. C’est une façon de commencer à déséconomiser et à décapitaliser nos existences, c’est une façon de renouer avec la logique du don et du contre don, contre la logique de la marchandisation. Il ne s’agit donc pas d’opposer la totalité aux fragments mais de constituer une masse critique. Il s’agit d’apprendre à, (re)penser autrement les rapports de l’Universel et du particulier. L’Universel se trouve dans chaque particulier mais ce n’est bien sûr pas toujours le même. Lorsque EELV milite pour la taxation des ordures ménagères en fonction du tonnage, les technocrates verts choisissent une écologie libérale contre une écologie populaire… Nous sommes, nous, du côté des relocalisations contre les délocalisations, du ralentissement contre le culte de la vitesse, de la coopération contre l’esprit de concurrence, de la planification écologique contre le, tout-marché, de la gratuité contre la marchandisation, etc.
En même temps, vous êtes favorable à « la planification ». Cela ne passe-t-il pas forcément par le contrôle de l'État ?
Je n’ai pas, aujourd’hui, je veux dire sur cette planète du début du XXIe siècle, de solutions toutes faites. Je ne crois plus ni aux totalisations a priori ni même a postériori. Je prendrai un détour pour vous répondre : beaucoup de militants de SEL [Sinistra Ecologia Libertà] se sont confrontés au même dilemme : que faire des personnes qui ne peuvent plus contribuer parce que trop malades ou trop âgées ? Nous voyons bien les limites d’un modèle qui serait seulement contractualiste. Nous avons besoin d’institutions. Je pense même que nous avons besoin de représentation, au double sens de mise en scène, de théâtralité, du politique et de délégation de pouvoir. Nous savons tous que l’échelon local n’est pas par nature plus démocratique que l’échelon national. Décentraliser sans démocratiser a été une façon de renforcer les petites seigneuries locales ! Les tendances oligarchiques sont aussi détestables dans le syndicalisme qu’ailleurs… J’invite donc à beaucoup de modestie dans la prise en compte de ces réalités extrêmement complexes. Parler de planification démocratique est déjà une façon de s’opposer au tout-marché ; c’est aussi prendre position contre tous ceux qui même dans les milieux écolos ne rêvent que de tyrannie éclairée (Hans Jonas) et de gouvernement des sages (Dominique Bourg). La planification, c’est le choix du collectif contre le contractuel, c’est le choix du politique. Je serais volontiers preneur d’un autre terme car celui de planification a été sali en URSS. Ma seule conviction, c’est qu’il nous faut plus de démocratie, une démocratie réelle… pas la démocratie seulement électoraliste actuelle, une démocratie des citoyens, mais aussi une démocratie des usagers maîtres de leurs usages, une démocratie qui se dote des moyens d’entendre ce que dit le peuple, une démocratie qui parte du quotidien, de l’ordinaire. Faire de la politique à partir des grandes questions abstraites, c’est faire de la politique du point de vue des dominants. Demander aux usagers quelle quantité d’eau doit être gratuite ou quel gaspillage doit être interdit, c’est bien être du côté de la planification démocratique. J’avoue ne pas savoir comment se passer aujourd’hui de l’appareil d'État… Le Medef le sait, lui, mais je reconnais que je préfère encore le statu quo au tout-libéral, au tout-marché… Je sais en revanche comment commencer à construire ce que je nommerais un État anti-État, un État qui saperait le pouvoir des « spécialistes », un État qui interdirait de faire carrière dans la représentation des autres (on peut se reporter, pour plus de détails, à mon livre Nos rêves ne tiennent pas dans les urnes).
Vous préférez le terme d'a-croissance à celui de décroissance. Qu'entendez-vous par là ?
Le mot de décroissance n’est pas et n’a jamais été un concept scientifique. J’ai toujours dit que ce n’était qu’un mot-obus qui sert à décoloniser notre imaginaire. La solution n’est pas dans le « toujours plus » et le « toujours plus » conduit à l’effondrement social et écologique. L’a-croissance est la volonté de chercher des solutions en dehors du mythe de la croissance salvatrice. Les milieux de la décroissance ne vivent pas sur une île déserte ; ils souffrent comme tous les autres courants de la droitisation des idées qui balaie l’Europe. On a vu ainsi une partie de l’extrême droite prôner la décroissance car elle a bien vu comment elle pouvait la faire fonctionner à son profit en instrumentalisant l’idée de relocalisation. Ce qui nous a obligé à reprendre dans l’urgence l’idée que, pour nous, la relocalisation c’est le local sans les murs… On a vu aussi se développer une décroissance de droite catholique, celle dont Vincent Cheynet, le patron du mensuel La Décroissance, est le meilleur symptôme. Cette décroissance de dame-patronnesse et de directeurs de conscience confond décroissance et austérité, elle vomit toute idée de revenu universel, elle défend la « valeur » travail, elle refuse la réduction du temps de travail, la gratuité des services publics, elle n’aime pas les Indignés, etc. Ce que cette décroissance bigote n’aime pas, surtout, c’est que les humains se soient émancipés de Dieu – c’est ce qu’ils nomment le fantasme de l’homme auto-construit… Cette décroissance bigote n’aime pas plus la publicité ou les grandes surfaces que nous mais, elle, elle était du côté de Sarkozy lors des émeutes dans les banlieues au nom de la défense de l’Ordre. Cette décroissance se veut non seulement une avant-garde éclairée destinée à apprendre au peuple à se passer de ce qu’il n’a pas, mais elle fait le sale boulot des puissants.
On imagine volontiers les écologistes radicaux comme des gens austères et raides, comme des policiers des passions. Votre position est tout autre : quels sont les principaux traits de votre « socialisme gourmand » ?
Je ne suis pas venu à la décroissance par l’écologie mais par le conseillisme, par le syndicalisme révolutionnaire, bref, par une critique de gauche du stalinisme. « Buen vivir », vie bonne, jours heureux, vie pleine, socialisme gourmand… autant de nouveaux gros mots pour dire la nécessité de penser et d’organiser autrement les chemins de l’émancipation. Il n’est pas indifférent que ce renouveau vienne d’abord des pays du Sud. Ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas de nouveaux motifs de mécontentement (le réquisitoire contre le capitalisme est devenu si lourd qu’il finit par nous assommer), ce dont nous avons besoin, c’est d’assumer pleinement une double mutation des gauches : celle de l’antiproductivisme et celle du Bien vivre. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche qui sache être du côté des forces de vie, d’un socialisme gourmand qui ait compris en quoi les logiques mortifères et les nécrotechnologies nous éloignent toujours plus des jours heureux ; ce dont nous avons besoin, c’est d’en finir avec l’acceptation des passions tristes, celles du capitalisme, mais aussi celles des fausses alternatives comme jadis les « socialismes réels » et aujourd’hui certains courants réactionnaires de l’écologie et de la décroissance du « ni droite ni gauche ». Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche qui préfère chanter au présent plutôt que la perspective de lendemains qui chantent, d’une nouvelle gauche qui en ait fini avec la foi dans la techno-science salvatrice et le mythe de la croissance économique, avec l’idée de générations sacrifiées au nom de l’Histoire. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche qui sache qu’elle fut responsable de ses impasses, que c’est elle qui a choisi majoritairement de combattre dans les conditions qui sont celles de son adversaire, que c’est elle qui a choisi de sacrifier les Bourses du travail, le mouvement coopératif, que c’est elle qui n’a pas voulu mener la lutte des classes dans le domaine des modes de vie, que c’est elle qui a choisi d’intégrer les milieux populaires dans la nouvelle économie matérielle et psychique du capitalisme ; ce dont nous avons besoin, surtout, c’est d’une nouvelle gauche qui reprenne espoir, car ce qu’elle a (mal) fait, elle peut le défaire, elle peut faire tout autrement.
Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche consciente que cette mutation exige qu’elle fasse sécession d’avec ce monde, d’avec ses adversaires, d’une nouvelle gauche qui multiplient les expérimentations individuelles, collectives institutionnelles, qui réinvente un syndicalisme à bases multiples, un socialisme municipal, une économie solidaire et sociale. Ce dont nous avons besoin, c’est de fabriquer du réel, des petits morceaux d’un autre monde, avec l’espoir qu’ils atteignent une masse critique permettant de basculer vers une autre société. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche maquisarde, d’une gauche rebelle, d’une gauche inventive, créative, d’une gauche buissonnière qui sache faire école. Ce dont nous avons besoin, c’est à la fois d’investir les marges mais aussi d’ouvrir des zones extérieures au-dedans du système. Ce dont nous avons besoin, c’est d'une gauche qui choisisse l’homo-ludens contre lhomo-faber, une gauche qui n’est de cesse de créer du réel, de fabriquer des communs, d’étendre la sphère de l’amitié ; d’une gauche qui guérisse l’humain des blessures capitalistes de la sensibilité, qui reconnaisse le droit à l’intensification et au raffinement du sensible, d’une gauche qui en finisse avec le vieil idéal antique de l’ataraxie, qui choisisse d’être du côté de ce qui dérange, de ce qui excède. Ce dont nous avons besoin, c’est aussi de concevoir autrement nos engagements et nos organisations, c’est d’en faire des lieux de libre circulation de la parole, plutôt que des instruments de conquête du pouvoir, c’est d’en finir avec un militantisme rébarbatif, excluant le plus grand nombre, n’offrant que des formes de jouissance masochiste ; ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche comprenant que le monde de demain ressemblera déjà à ce que nous sommes capables de vivre entre nous, d’une gauche qui sache donner envie de changer de vie, d’une gauche qui comprenne que le désir de socialisme dépendra de la capacité collective à inventer un socialisme du désir, du grand désir de vie, un socialisme de la jouissance d’être, un socialisme qui dise que l’événement a déjà eu lieu, que non seulement la planète est déjà assez riche pour faire vivre tous ses enfants, mais qu’un autre socialisme se cherche, qu’il existe déjà même si nous ne savons plus le voir.
« Nous avons besoin  d’en finir avec un militantisme rébarbatif, excluant le plus grand nombre et n’offrant que des formes de jouissance masochiste. »
Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle pensée, de nouveaux concepts, ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche populaire centrée sur les gens modestes et de nouveaux modes de vie, ce dont nous avons besoin, c’est de prendre au sérieux que « résister c’est créer » et « créer c’est résister », ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche qui chemine pour ne plus « utopiser à l’infini », d’une gauche qui marche vers l’eutopie, le pays du bonheur, d’une gauche qui sache que ce bon lieu restera inaccessible tant qu’elle ne joindra pas l’insurrection des existences à l’insurrection des consciences ; ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche qui sache que ce bon lieu restera inaccessible tant qu’elle ne tirera pas toutes les leçons du passé, tant qu’elle n’aura pas compris qu’elle ne pourra être du côté de l’abondance passionnelle de la vie, si elle ne repose pas d’abord sur un surcroît de démocratie, si elle ne prend pas au sérieux le fait que la vraie démocratie c’est toujours de postuler la compétence des incompétents, si elle ne rend pas la parole au peuple, si elle ne fait pas de la démocratie participative un vrai contre pouvoir, si elle ne mobilise pas l’expertise citoyenne contre l’expertise dominante, si elle ne met pas en place des évaluations publiques et contradictoires. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle gauche qui sache parler au cœur et aux tripes, d’une gauche qui sache tenir le discours de la passion autant que celui de la raison et davantage que celui de l’intérêt. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un retour de la morale en politique, c’est d’en finir avec les modèles verticaux, c’est d’admettre que les gens sont moins idiots qu’angoissés, qu’ils sont moins abrutis que blessés dans leur sensibilité ; ce dont nous avons besoin, c’est d’un nouvel internationalisme pour en finir avec l’occidentalocentrisme, c’est d’entendre ce qui émerge ailleurs sur la planète, c’est d’accepter de repenser un nouveau contrat avec la nature qui rompt avec l’anthropocentrisme. Ce dont nous avons besoin, c’est de reconnaître la dette écologique des pays riches envers les pays pauvres et des individus riches envers les pauvres ; ce dont nous avons besoin, c’est d’une gauche qui défende un vrai projet socialiste, car le socialisme demeure la seule issue à l’effondrement global, mais ce dont nous avons besoin, aussi, c’est tout autant de gourmandise, car on ne pourra construire cet autre monde qu’avec des amoureux de la vie, qu’avec des politiques à même de donner un contenu de classe aux nouveaux gros mots de l’émancipation... Ce dont nous avons besoin, c’est donc d’un véritable socialisme gourmand.
Mais comment expliquez-vous le fait que, si souvent, le souci écologique soit vu comme une lubie de bobos des centres urbains ?
Mon dernier livre est une tentative de réponse à cette question, et surtout une tentative pour proposer des solutions à cette impasse mortelle. Ce livre est déjà un coup de gueule contre l’idée qu’il n’y aurait rien de bon à attendre des milieux populaires au regard de la situation écologique. C’est à qui dénoncera en effet le plus vertement leur rêve de grands écrans de télévisions, leurs vieilles voitures polluantes, leurs logements mal isolés, leurs achats dans les hypermarchés, leur goût pour la viande rouge et les boissons sucrées, leurs rêves de zones pavillonnaires et de vacances bon marché, etc. Les élites auraient donc raison : « Salauds de pauvres qui consommez si mal ! ». Le pire c’est que ce discours d’enrichis finit par contaminer ceux qui, à gauche, se disent le plus conscients des enjeux planétaires et sociaux. Au moins, les riches achèteraient des produits bios, auraient des voitures électriques, des maisons bien isolées, et lorsqu’ils prennent l’avion pour leurs vacances ils achèteraient des compensations carbone auprès d’organismes certifiés, etc. Je démontre donc, chiffres officiels à l’appui, que tous les indicateurs prouvent que les milieux populaires ont un bien meilleur « budget carbone », une bien meilleure « empreinte écologique », un bien plus faible écart par rapport à la « bio-capacité disponible », un bien meilleur indice « planète vivante » (concernant l’impact des activités sur la biodiversité), un « jour de dépassement de la capacité régénératrice de la planète » plus tardif, une moindre emprise sur la « déplation des stocks non renouvelables » en raison d’une moindre utilisation de la voiture/avion mais aussi parce qu’ils font durer plus longtemps leurs biens d’équipements. Bref, par rapport à l’objectif d’émettre quatre fois moins de GES [Gaz à effet de serre] par rapport à 1990, si les riches ont « tout faux », les milieux populaires font déjà bien mieux.
Vous faites souvent, on vient de le voir, l'éloge des milieux populaires, des « gens de peu », et vous n'épargnez pas les avant-gardes et les experts. Vous louez toutefois la vocation de « révélateur » des mouvements alternatifs. Quelle différence précise effectuez-vous ?
La réponse est dans votre question. Les minorités agissantes et les lanceurs d’alerte n’ont d’efficacité que s’ils sont révélateurs d’un déjà-là au sein des milieux populaires. On ne s’opposera efficacement aux OGM qu’en défendant les manières populaires de passer à table, on ne peut s’opposer efficacement aux GPII [Grands projets inutiles et imposés] qu’en partant des besoins des gens ordinaires. Ce fut la stratégie des paysans sans terre brésiliens pour s’opposer aux grands barrages : montrer que les milieux populaires ont déjà bien assez d’énergie pour satisfaire leurs besoins, que ce sont les enrichis et les grandes firmes qui ont besoin de « toujours plus »... C’est pourquoi je choisis Michel Verret contre Thorstein Veblen, Jacques Rancière contre Pierre Bourdieu et Michel Clouscard contre Alain Accardo. Votre question croise celle sur l’éducation populaire : s’agit-il d’apporter la vérité au peuple peuple ou s’agit-il d’aider à réveiller, à prendre conscience d’un déjà-là ? J’aime beaucoup la conférence gesticulée de Franck Lepage sur cette question. Il a tout compris. Tout dit.
Vous disiez récemment, en interview, que vous étiez très pessimiste quant aux prochaines années. L'accession de Syriza au pouvoir et la percée possible de Podemos ne vous donnent aucun espoir ?
Le mensuel Les Zindigné(e)s accompagne depuis leur fondation Syriza et Podémos car ils traduisent politiquement ce (début de) renouvellement de l’offre politique que nous attendons. La grande nouveauté du mouvement des Indignés a été de contribuer à renouveler le répertoire politique : nous avons besoin de gros mots pour rêver, pour penser, pour agir. Les mots utilisés au XXe siècle ont été salis et démonétisés par des tragédies, nous en avons déjà parlé, comme le stalinisme. Ce renouvellement du répertoire politique concerne aussi les formes d’engagement : les Indignés ont fait du neuf en occupant les places publiques, signe de l’importance des communs ; ils s’organisent également de façon moins verticale, plus coopérative, etc. Nous sommes avec les Indignés à l’opposé de tout appel aux générations sacrifiées – tout sacrifice exige toujours un appareil idéologique et répressif pour pouvoir le gérer. Les Indignés ne croient plus aux lendemains qui chantent car ils veulent chanter au présent. Syriza en Grèce et Podemos en Espagne traduisent de façon différente ce grand désir de vie bonne. Nous nous trouvons, en France, dans une situation radicalement différente puisque non seulement le mouvement des Indignés n’a pas connu le même succès qu’ailleurs, mais aussi parce que les mobilisations contre la réforme des retraites (qui auraient pu être notre mouvement des Indignés à nous) ont échoué en raison de la crise profonde du syndicalisme hexagonal. Les appareils syndicaux et politiques français ont une responsabilité dans ce double échec. Ils n’ont pas voulu donner, comme aux États-Unis, en Espagne ou en Grèce, les moyens nécessaires au mouvement des Indignés, de peur d’être simplement dépassés. J’espère de tout cœur le succès de Syriza car son échec signifierait celui de toute la gauche émancipatrice européenne – sans oublier qu'Aube dorée reste, malgré son recul, à l’affût. Les succès de Syriza et de Podemos prouvent cependant que nous sommes capables de faire face à l’extrême-droitisation de l’Europe si nous savons poser d’autres questions que les leurs. Si nous interrogeons les gens sur l’immigration ou la délinquance, nous obtenons des réponses de droite ; si nous les interrogeons sur la nécessité de maintenir des services publics, nous obtenons des réponses de gauche. André Malraux disait : peu importe si vous ne partagez pas mes réponses à partir du moment où vous ne pourrez plus ignorer mes questions…
Quand on a demandé à Marx quelle était sa vision du bonheur, il a répondu « combattre ». Et vous ?
J’avoue que le mot de Marx n’est plus la première réponse qui me vient aux lèvres. Victor Hugo disait aussi que « ceux qui vivent sont ceux qui luttent ». Je me sens plus proche de Pablo Neruda, confiant au terme de sa vie « j’avoue que j’ai vécu ». Je me méfie avec l’âge du dolorisme attaché à certaines formes d’engagement, à certaines formes de combat. Je m’explique : même dans le combat, l’important c’est la camaraderie, la fraternité d’armes. C’est pourquoi le maître-mot pour moi, c’est le partage. Je m’avoue partageux en tout.

Portrait de Paul Ariès en illustration : © Archives Amélia Blanchot


Source : Ballast