mardi 3 février 2015

La dette grecque selon Aristote






"La forme d’obtention d’argent associée à la gestion d’une famille possède une limite ; l’acquisition illimitée de la fortune n’est pas son affaire " (Aristote, Le Politique, IX).

"… certains sont conduits à penser que gagner une fortune est l’objectif du chef de famille, et que ce qui donne sens à leur vie est d’augmenter leur fortune de manière illimitée, ou en tout cas de ne pas la perdre. La source de cette manière de voir est qu’ils se préoccupent uniquement de vivre et non pas de vivre bien, et comme ils constatent que leurs désirs sont illimités, ils veulent aussi que les moyens dont ils disposent pour les satisfaire soient eux aussi illimités" (ibid.).
Lire l'article de Paul Jorion consacré à Aristote et l'argent sur : Le blog de Paul Jorion









Prions pour la Grèce d'Aristote et de Syriza

Le Dr. Paul Craig Roberts qui fut assistant au Secrétariat du Trésor des États-Unis, chargé de la politique économique sous le gouvernement de Ronald Reagan, éditeur associé du Wall Street Journal, journaliste pour Business Week, Scripps Howard News Service, et Creators Syndicate, qui a enseigné dans de nombreuses universités lance une alerte concernant la Grèce dont le nouveau ministre de l'économie, Yannis Varoufakis révolutionne les conceptions du prêt à porter de la Troïka (FMI, CE, BCE) en lui opposant une conception philosophique et humaniste de la dette :  




Priez pour Yanis Varoufakis

.../...


Comme le démontre l’entretien ci dessous [1], la BBC s’est excitée sur lui. Le pire est à venir. De plus, si le nouveau gouvernement grec est capable de rester ferme et d’empêcher la poursuite du pillage horrible du peuple hellène, l’assassinat de ceux qui, parmi eux, assurent la direction n’est pas impossible. Washington ne permettra pas qu’un gouvernement indépendant se lève en Europe. Si un gouvernement grec réussit à se dresser pour le peuple et, en fait, à le représenter, l’idée pourrait s’étendre à l’Italie, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande et ensuite en Europe de l’Est. Le contrôle qu’exerce Washington sur l’Europe se disloquerait.
BBC, le média presstitué [néologisme de PCR, NdT], a remplacé ce qui devait être une entrevue par une incrimination. Elle puait l’hostilité envers le ministre, indiquant la furie que les institutions financières étrangères et leurs vassaux gouvernementaux ressentent envers le nouveau gouvernement grec. Comme je l’ai écrit l’autre jour, s’il y a une chose que les élites occidentales détestent plus que tout, c’est d’avoir des responsabilité à rendre pour eux-mêmes. Vous pouvez être certain que des médias presstitués comme la BBC serviront d’hommes de main à l’élite contre le nouveau gouvernement grec, tout comme ils le font contre le gouvernement russe, le gouvernement chinois, le gouvernement iranien, tout comme ils l’avaient fait contre les Serbes, les Irakiens, les Libyens et le gouvernement syrien et les talibans.


Paul Craig Roberts
Traduit par Lionel, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

Note :
[1] Interview du ministre des finances grec (vidéo en anglais)


Sanctions???

"Si Podemos ne gagne pas en Espagne, alors les plans de Syriza pour changer l’Europe avec l’appui d’un des grands pays de l’UE seront compromis. Inutile de dire que l’Espagne a infiniment plus de poids au sein de l’UE que la Grèce. Un gouvernement Podemos en Espagne peut se permettre de faire cavalier seul sur les sanctions et défier les autres grandes puissances de l’UE. Syriza ne peut pas.
À mon avis la décision de jeudi était la meilleure que l’on pouvait attendre dans les circonstances. Comme je l’ai dit, les grandes décisions sont encore à venir. Il n’aurait été d’aucune utilité pour la Russie ou la Grèce que Syriza provoque une crise dans l’UE jeudi dernier sur la question de l’extension de sanctions secondaires. Cela aurait provoqué une escalade dramatique de la crise économique en Grèce, crise qui à son tour aurait entraîné le risque que Syriza soit balayé du pouvoir ou incapable de prendre des décisions indépendantes au moment des grandes échéances de juillet.
Je voudrais terminer en répétant à nouveau ce que je ai dit auparavant dans mon article de Russia Insider et ici.
La Grèce est un petit pays, économiquement très faible. Pour ses habitants, les sanctions ne sont pas la priorité. La crise économique en revanche l’est. C’est pourquoi ils ont voté pour Syriza: pour résoudre la crise économique, pas pour obtenir la levée des sanctions contre la Russie. Sur cette question des sanctions, les gens ne devraient pas attendre plus de Syriza que ce qu’il a promis et peut raisonnablement offrir.Alexander Mercouris
Traduit par jj relu par Diane pour le Saker Francophone.






Varoufakis, Ministre grec de l'économie, propose une solution éthique à la dette grecque                                                                                                      




Ce matin dans un interview au Financial Times (1), le nouveau Ministre des Finances , Varoufakis , a fait une nouvelle proposition concernant la dette Greque  : 
Plutôt que de demander une nouvelle restructuration  ou annulation de la dette, paraissant impossible du point de vue politique, le ministre grec des finances propose aux autres pays européens créanciers un vaste programme d’échanges obligataires, qui permettrait d’alléger la charge financière d’Athènes.

Les modalités de ce programme d'échange reposeraient sur deux produits : 
DES OBLIGATIONS INDEXEES SUR LA CROISSANCE NOMINALE de  la GRECE 
et un programme d'obligations perpétuelles 
La notion d'obligations indexées sur la croissance nominale de la Grèce est quelque chose de très important qui pourrait modifier tout le modèle économique Européen   . 
Un prêt devenant de ce fait une relation de partenariat  et non plus une relation dominant (le prêteur) /dominé  (l'emprunteur). 
Les deux parties ont intérêt à la réussite du modèle !!!
De plus , cela inciterait les établissements prêteurs à injecter les liquidités dans la réussite du modèle et dans la production de richesses réelles  au lieu de les laisser cantonnées dans une spéculation financière outrancière , destructrice de valeur par les bulles qu'elle ne cesse de créer. 
Lorsque les instances Européennes ont imposé le modèle d'austérité à la Grèce  pour lui permettre de bénéficier d'une restructuration de sa dette , elles sont devenues juges et parties puisque les Etats étaient impliqués dans ces accords .  En fait , les programmes d'austérité ont empiré la situation  au lieu de permettre à la Grèce de se relever .  Le programmes de privatisations qui n'était rien d'autre qu'un véritable dépeçage des actifs publics Grecs , vendus à prix bradés, et de ses ressources, en particulier énergétiques (hydrocarbures du bassin Méditerranéen) , était l'une des conditions à l'obtention de ces nouvelles tranches d'aide financière . 
Ce sont ces programmes de privatisation  que Tsipras vient de bloquer . Et que propose-t-il en échange :  de remplacer les financements actuels par une nouvelle catégorie d'obligations qui permettraient à l'état Grec de profiter pleinement des richesses de son sol  et de son peuple, sans le dépecer , et en en faisant profiter également les prêteurs par le biais de cette indexation . 
Ce que vient de proposer le Gouvernement Grec est un débat de fond essentiel sur le modèle de la dette en lui même . C'est un débat philosphique avant même d'être économique  qui pourrait transformer toutes les habitudes de nos dirigeants Européens . Avec un tel modèle, la crise des Subprimes n'aurait jamais pu avoir lieu , car au lieu de se débarasser de leurs créances douteuses par le biais de la titrisation , les banques américaines auraient déjà fait en sorte qu'il y en ait moins  et n'auraient pas étranglé les ménages emprunteurs  ; elles auraient  au contraire aidé ces ménages à  recouvrer une certaine solvabilité , au lieu de les enfoncer encore plus par les saisies sauvages auxquelles elles se sont livrées (procédures qui ont d'ailleurs été condamnées par la justice américaine) . 
La crise Espagnole n'aurait pas pu avoir lieu non  plus pour des raisons identiques . Les banques auraient pu choisir de rallonger les délais des prêts des ménages espagnols , en abaissant les taux d'intérêt pour permettre à ces ménages de surmonter les difficultés conjoncturelles auxquelles ils faisaient face  du fait de la crise .  Elles y auraient moins perdu que ce qu'elles ont perdu dans la crise qui a touché l'Espagne . 
A partir du moment ou prêteurs et emprunteurs se partagent les risques et éventuellement les bénéfices d'un montage financier, les deux parties ont intérêt à ce que le contrat soit un succès  .. Le prêt n'est plus un étouffoir  ou le moyen d'obtenir des richesses à prix bradés , mais il devient un levier économique  .. 
Si les instances Européennes refusent ces propositions , elles se dévoileront  et mettront en lumière les vrais objectifs qui étaient les leurs , une mise sous tutelle et un dépeçage permettant aux multinationales  si efficaces dans leur lobbying à Bruxelles, de s'approprier les richesses du peuple Grec à prix bradés . 
Philosophiquement ces notions sont très importantes .  Car c'est tout le principe de l'usure et de l'enrichissement sans cause qui sont concernés . Un prêt comportant un aléa , et une participation au risque  n'est plus un enrichissement sans cause . C'est d'ailleurs la méthode utilisée par la finance islamique pour contourner l'interdiction de l'usure en Islam . 
C'est Aristote qui expliquait que l'argent ne devait pas "servir à l'argent" ..  (Merci Marie Anne Kraft et à son livre  : "la révolution humaniste") . Alexis Tsipras se montre à tous points de vue le digne élève d'Aristote  et le fond de ce débat essentiel est bien philosophique .
 Il semble  que le nouveau Gouvernement Grec montre la voie à tous les Européens pour limiter les effets destructeurs d'une finance prédatrice  hors de tout contrôle et de toute éthique .   L'ennemi pouvant devenir partenaire !

Caro pour WikiStrike




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