dimanche 1 février 2015

Dessinateurs de presse engagés (1)




Pour mémoire ---- Les grands ancêtres du dessin engagé et satirique :




1 - Honoré Daumier (1808 - 1879), graveur, caricaturiste et peintre censuré et emprisonné sous Louis Philippe. Il fut le premier artiste à se pencher sur le sort des opprimés et à dénoncer les raisons profondes de leur misère matérielle et morale. La bourgeoisie et les classes moyennes étaient allergiques à sa vision de la société de son temps. Il a longtemps travaillé au fameux journal satirique "Le Charivari". « l'un des hommes les plus importants, je ne dirai pas seulement de la caricature, mais encore de l'art moderne. » a dit de lui Charles Baudelaire.

L'oeuvre exposée :
C'était vraiment bien la peine de nous faire tuer !" 
Le message porté par cette image est limpide : non seulement la révolution de 1830 a été détournée de son but – l’instauration d’une véritable République –, mais la monarchie de Juillet se solde par la fin des libertés et le retour à l’ordre moral traditionnel. L’organisation de la composition n’est pas sans rappeler par ailleurs le modèle social de l’Ancien Régime, en principe aboli en 1789 : clergé, noblesse et tiers état… Dépourvue cependant de toute dimension fantastique, cette oeuvre représente sur un mode réaliste des héros de la révolution parisienne des 28, 29 et 30 juillet 1830 – les « Trois Glorieuses » –, comme l’indiquent les inscriptions portées sur la colonne et la croix funéraires qui surplombent leurs sépultures. Ces personnages aux types populaires – l’émouvante figure d’ouvrier plantée au centre de la composition témoigne de la grandeur que Daumier sait donner aux plus humbles – assistent avec un air effaré ou désolé au triomphe de la religion, que symbolise la procession solennelle esquissée à l’arrière-plan à gauche, et à la politique de répression des idées démocratiques et des mouvements sociaux que résume la cavalerie chargeant la foule, sabre au clair, à l’arrière-plan à droite. 

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2 - Jules Grandjouan (né le 22 décembre 1875 à Nantes - mort le 12 novembre 1968 dans la même ville) est un dessinateur, peintre, affichiste et syndicaliste révolutionnaire libertaire français. Il fut un précurseur en matière d'affiches sociales et politiques. (Source Wikipédia).


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3 - Frans Masereel, né à Blankenberge en 1889 et décédé en 1972
Frans Masereel, n’était pas un dessinateur de bande dessinée, mais un artiste, ami de Stefan Zweig et du peintre allemand George Grosz. L’idée selon laquelle ses « romans en images » seraient en réalité les ancêtres du « roman graphique » d’aujourd’hui tient à la découverte récente d’une « histoire secrète de la bande dessinée », selon les mots d’Art Spiegelman, l’un des maîtres actuels du genre.Frans Masereel est souvent considéré comme un maître de la gravure sur bois. Caricaturiste politique, issu de la bourgeoisie flamande francophile, Frans Masereel, n’avait aucun lien avec l’industrie des comics de son époque. Militant pacifiste et antifasciste, c’était un expert de la gravure sur bois, la xylographie, dont il se servait pour réaliser ses « romans en images » : des histoires graphiques sans dialogue, formées d’une succession de gravures e (...)
nombre de ses gravures sont teintées d'anticapitalisme. Il illustra notamment Baudelaire, Verhaeren, Maeterlinck, Kipling, Blaise Cendrars, ainsi que Pierre Jean Jouve et Romain Rolland dont il partageait les convictions pacifistes.


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4 - Gustave-Henri Jossot (1866-1951) a grandi dans une famille bourgeoise. Elève médiocre et révolté, il se sent une vocation artistique.
Pilier de L'Assiette au Beurre, Jossot s'est très tôt singularisé par un trait épais et rond, héritier de la tradition de la caricature du XIXème siècle, influencé par les tendances artistiques du tournant du siècle, notamment les courbes de l'art nouveau. Il est l'un des plus important dessinateur de son époque dans la presse anarchiste.
Il sera l'un des plus virulents caricaturistes du début du xx° siècle. Les dessins de Jossot traversent sans peine le siècle qui nous sépare d'eux : ils font mouche, mettant dans le mille à chaque fois, en ridiculisant des traits de caractères dont la constance à travers les âges nous parle évidemment toujours. Jossot écrivait avec le même talent et la même fureur qu'il dessinait, et son analyse au vitriol des travers de la société qu'il a fuit au début du XXème siècle résonne avec un écho encore à ce point assourdissant, qu'on la croirait vilipender notre début de XXIème siècle. C'est dire si Jossot n'a rien perdu de sa puissance, de sa hargne, et si son influence a pu être reconnue encore aujourd'hui par les plus grands dessinateurs de presse. Anarchiste-libertaire pur jus, n'ayant jamais fait allégeance à aucune bannière, se méfiant même du grégarisme et du sectarisme de ses camarades contestataires, Jossot, déçu par ses pairs et les usages de la presse française, affecté par des malheurs personnels (la mort de sa fille) finit par quitter en 1913 la France honnie pour la Tunisie, où il se mêla aux indigènes, embrassant temporairement l'islam pour mieux rejeter son passé. Il abandonne alors la caricature pour se tourner vers l'écriture, collabore à divers journaux tunisiens et commet quelques pamphlets cinglants où l'on retrouve la causticité de ses dessins.
Il n'aura de cesse de fustiger la bêtise, le travail, l'argent ou l'enseignement bourgeois.
Ayant renoncé à toute religion, il sera enterré civilement.

à suivre




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