samedi 10 janvier 2015

Spécial Charlie Hebdo (1)




Honoré



"L’Union Nationale" et "l’Union Sacrée" que l’émotion autour du massacre qui vient d’être commis essaie de nous imposer, manipulent les sentiments d’horreur et de révolte légitimes au service d’autres significations bien plus complexes et douteuses. La liberté d’expression n’est pas menacée en France, même la plus raciste. Nous ne sommes pas dans le camp de ceux qui soutiennent le racisme d’État ou les interventions impérialistes. Nous n’acceptons pas le "choc des civilisations" et la logique "terrorisme/antiterrorisme". Nous refusons d’avance toutes les nouvelles lois "sécuritaires" et toutes les nouvelles formes de discrimination ou d’injonction à l’égard des musulmans que cette union nationale ne peut manquer de produire.Union Juive Française pour la Paix (UJFP)





De la consommation d'une tragédie

À travers le massacre immonde dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo, un système tout aussi immonde récupère l'émotion populaire pour en faire son usufruit. La pourriture gagne du terrain, et il devient ces temps-ci de plus en plus difficile de rester soi-même, de penser par soi-même, de partager son quignon de pain dur. Le déchaînement de passions haineuses, de réactions grotesques qu'ont suscité les macabres événements de ces trois derniers jours révèlent à quel point les français s'ennuient mortellement. Il est loin le temps où, par exemple,  un Charlie Chaplin, entre pleurs et éclats de rire, faisait l'unanimité des foules prolétaires devant un un film muet en noir et blanc. 

Pour la première fois en France, le 7 janvier 2015, la rédaction d'un journal a été pulvérisée à coups de kalachnikov - quasiment en direct - à une heure de grande écoute. Images chocs, meurtres en série, course poursuite délirante, disparition/réapparition, suspense, folle équipée sauvage, dédoublement de situations, otages et fusillades. Le pays tout entier en eut le souffle coupé. Radios et télés chauffées à blanc, l'audimat en arriva presque au bord de l'explosion fatidique. A peine les dernières balles tirées, le Président François, parfaitement dans son rôle de rassembleur de tous les français, en appela à l'Union nationale. Comme en 14, comme en 39 ! Une marche blanche (manif officielle) a été rapidement programmée à laquelle se joindront pour défendre les valeurs de notre république tous ses fossoyeurs : Merkel, Schultz, Rajoy, Renzi, Junker, le ministre US de la justice, le secrétaire général de l'Otan, Orban, Porochenko, sans compter les ténors de l'UMP, les dealers du PS ... etc ... Netatanyaou en sera-t-il ? Rien que du beau monde gratiné et pour finir la France se retrouvera plus indéfectiblement otage du filet de plus en plus serré du Nouvel Ordre Mondial. A quelle sauce honteuse sera-t-elle mangée toute crue, cette bougresse mère-patrie des droits de l'homme ? L'union sacrée des beaufs ordinaires et des brebis galeuses politiciennes en prenant du plomb dans ses ailes bleu blanc rouge se fait inconsciemment la porte-parole de la petite bête brune qui monte, qui monte, qui monte ...  Comment Reiser, s'il avait été encore vivant, aurait-il croqué la scène actuelle ?

Désormais il y a d'un côté l'attroupement en masse des "Je suis Charlie", c'est à dire d'une grande majorité qui ne veut pas voir les vautours perfides de la mondialisation économique tourner au-dessus du charnier et d'un autre côté, un groupuscule d'attardés mentaux critiques ayant cessé de lire Charlie Hebdo depuis belle lurette (2001), c'est à dire depuis que son directeur Philippe Val, ex chansonnier libertaire, avait hideusement pactisé avec l'ennemi déclaré en se ralliant à la mouvance  de l'ordre établi en prenant comme "couverture" le fallacieux prétexte d'une vitrine de farces et attrapes humoristiques. Liberté d'expression ? Laissez-moi rire ! Une Caroline Fourest n'est pas drôle du tout qui coupe la parole à tout bout de champs aux terroristes-complotistes qui ne pensent pas sionisme comme elle. Et Siné, alors ? L'anar de service, lorsqu'il fut foutu à la porte comme un malpropre pour un dessin somme toute bien innocent comparé à la production à la chaîne souvent graveuleuse du journal satirique, personne n'en fit une affaire d'État. D'ailleurs il n'est que de comparer l'esprit de révolte du Charlie Hebdo originel (1969 /1981) à sa pâle copie frondeuse d'aujourd'hui (première parution : 1992) - qui a fait de l'islam son fond de commerce nauséabond - pour se faire une idée du fossé qui les sépare en dépit de la présence de quelques unes des  figures fondatrices (Cavanna, Willem, Wolinski, Cabu).  D'un côté l'obscurantisme dit éclairé de la bien-pensance, de l'autre le refus catégorique d'abandonner le terrain des luttes révolutionnaires d'une résistance toujours à l'oeuvre.  Entre les deux ? Une guerre des classes complètement occultée par les sonneries assourdissantes des trompettes patriotiques. 

Après cet acmé de l'horreur qui ne nous laissera pas en paix pour longtemps, nous avons tout de même l'immense  soulagement de savoir que, parmi les victimes de la tuerie au siège de Charlie Hebdo, le dessinateur Riss, le journaliste Fabrice Nicolino (ex politis), et Philippe Lançon (critique littéraire à Libé) sont hors de danger mais resteront probablement traumatisés pour le restant de leurs jours. J'adresse mes très profondes condoléances aux proches des hommes et des femmes qui ont été si lâchement assassinés.
 André Chenet, les 10 et 11 janvier 2015






Charlie Hebdo décapité : la paix c’est quand la guerre est ailleurs


Depuis le 11-Septembre 2001, un chapelet planétaire d’attentats et d’enlèvements s’égraine jour après jour dans le cycle infernal action-répression, engendrant tant d’exactions qu’il semble impossible d’en faire un récapitulatif exhaustif.
De fraîche date…
Le 16 décembre 2014, à Peshawar (Pakistan), un attentat sanglant tue 141 personnes, dont 132 enfants écoliers (bilan provisoire). Ce type d’action a fait 40 à 50 000 morts en 10 ans dans ce pays depuis l’après-11-Septembre. Cet acte effroyable a échappé à la Une de nos médias, peut-être à cause de l’habitude qui blase.
Le 6 janvier 2015, à 15 h (GTM), à Istanbul (Turquie), une « combattante martyr » se fait exploser, tuant un policier.
Hier, 7 janvier 2015, vers 7 h du matin, à Sanaa (Yémen), un attentat à la voiture piégée a tué 37 jeunes hommes sans travail qui attendaient sur un trottoir dans l’espoir d’être embauchés dans la police…, et fait 70 blessés (bilan provisoire).
Ce même 7 janvier 2015, à 11 h 30 (4 h et demie plus tard), à Paris, une expédition fanatique mitraille et assassine la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo. Elle déclenche une émotion nationale. Elle est relayée tout azimut en boucle sur tous les médias d’autant plus que les victimes sont pour la plupart des journalistes, comprenant de surcroît des plumes et des crayons qui ont accompagnés toutes les générations de la société française dans leur émancipation face aux « valeurs anciennes », militaires et religieuses, d’après la Deuxième guerre mondiale. Naturellement, c’est la liberté d’expression qui est visée, et nous devons bien sûr la défendre bec et ongles. Cependant, dans le contexte politique particulier de nôtre pays, il semblerait que seul cet acte odieux soit rassembleur. Aussi tout ce que compte la France de sensibilités et de partis s’insurge, y compris les plus enclins à bâillonner : méfions-nous d’un Patriot Act à la française.
Nous devons avoir conscience que cette spirale infernale et fanatique est alimentée par la conquête des puissances occidentales de l’après Guerre froide, menée visant à s’approprier énergies et richesses du monde dans la poursuite d’une géostratégie accablante, et comme nos pays voisins, nous sommes suiveurs de notre mentor et meneur états-unien. Une menée belliqueuse sur l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, et ses répercussions dans les pays d’Asie Centrale, dont la préchauffe permanente est le conflit israélo-palestinien, débordant au Liban, puis en Syrie, et aussi en Iran, sans oublier Somalie, Yémen, Soudan, Libye, Mali et autres pays attenants. D’ailleurs, il suffit de regarder la carte du monde où ont lieu les rassemblements « Je suis Charlie » pour s’apercevoir en creux où sont les germes de la vengeance : Asie Centrale, Moyen-Orient, Afrique.
Il est urgent et  pertinent de réaliser que l’argent de nos impôts participe à un budget militaire « sanctuarisé » qui accompagne, voire mène, et alimente ce qui nous réunit aujourd’hui.
André Bouny







"Qu'est-ce que le terrorisme d'État ? Une stratégie machiavélique en vue d'instituer, soit de façon progressive - par la répétition d'attentats ciblés - soit de façon directe - par un événement aux répercutions insoutenables -, un état d'exception dans tel ou tel pays dans lequel les populations, selon l'intensité et la violence du choc provoqué, seront détournées de leur conscience citoyenne et de leur volonté de résistance collective contre un ordre inique et/ou corrompu. Le terrorisme, d'où qu'il provienne, induit immanquablement une régression de la psychologie des masses terrorisées.G. Hadey



LES ATTENTATS : STRATÉGIE DU CHAOS, STRATÉGIE DE LA TENSION

Stratégie islamiste ou stratégie mondialiste ?


Par Michel Lhomme, le 09/01/2015 

Georges Wolinski

LE SOCIALISME, C'EST FINI, 1979
Au cœur de l'indignation et de l'émotion devant la tuerie de Charlie Hebdo, les Français oublient que François Hollande a fourni des armes aux terroristes en Syrie, que Nicolas Sarkozy a abattu froidement le colonel Kadhafi et qu'en Centrafrique par des décisions opérationnelles irrationnelles, elle laisse le champ libre aux extrémistes antichrétien du Séléka

La France a choisi aussi son camp en Ukraine et on aura noté au passage le silence des médias autour des réactions de la Fédération de Russie et de son Président Vladimir Poutine qui a pourtant exprimé ses vives condoléances au peuple français suite à l'attaque terroriste contre le journal satirique. Pas un mot alors que la Russie a toujours été présente, en particulier en Tchétchénie dans la lutte contre le terrorisme islamique. La République islamique d'Iran a elle-aussi condamné fermement l'attentat par la voix de son porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, Marzie Afjam. Il a aussi décrit comme  « inacceptable » toute forme d'abus de la liberté d'expression et dénoncé le radicalisme intellectuel d'où qu'il vienne puis l'Iran a ajouté qu'on peut parler dans la lutte contre le terrorisme des « double standards », de « double langage », de « deux poids deux mesures » de la politique américaine sans nommer directement son plus fidèle allié : la France.

Il y a quelques mois dans un entretien au journal français Vingt Minutes, François Hollande se vantait d'avoir livré une cargaison d'armes aux rebelles intégristes de Syrie qu'il considérait alors comme des combattants révolutionnaires. Or, par un tel soutien logistique, la France violait la Résolution 2170 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la lutte contre le terrorisme. Tout le monde le sait maintenant : des groupes islamistes rivaux sont armés et généreusement financés par les Etats-Unis, la France et ses partisans contradictoires (Royaume-Uni, Arabie saoudite, Qatar, Turquie, Israël).

L'opération de Charlie Hebdo est une opération militaire de professionnels. Elle vise indéniablement à déstabiliser la France, maillon le plus faible du cadre européen actuel. La France réunit les conditions de la guerre civile par la désorganisation de ses services publics, en particulier sécuritaires, planifiée et orchestrée depuis des mois par une habile politique d'austérité et de réduction des effectifs engagée par Nicolas Sarkozy, par le clivage de sa vie politique, l'intolérance de ses débats intellectuels joint au dépassement des seuils démographiques tolérables dans la composition de ses quartiers. Cette opération commando vise donc clairement à encourager le début d'une telle guerre civile. Bernard-Henri Lévy a insisté hier : « l’Union Nationale c’est le contraire de la France aux Français ». Serait-ce donc cela ?

Il s'agit de toutes évidences de transposer un conflit international en interne et de creuser un fossé entre les musulmans français et les Français non-musulmans. Il nous faut dès lors considérer l'événement non comme une menace contre la liberté de la presse mais comme le premier épisode d'un processus en cours de création d'une situation de guerre civile et en ce sens comme Michel Onfray, on peut en effet parler au sens fort du terme d'un « onze septembre français », mais au sens bien sûr que la version officielle du 11 septembre 2011 est fausse et manipulée.

Il  faut donc nous rappeler quelques stratégies actuelles ou passées comme :
- la stratégie du chaos et de la tension de l'opération otannienne Gladio .
- la stratégie définie par les Frères Musulmans.
- la stratégie du « choc des civilisations ».

Nous ne reviendrons pas dans le détail sur les deux premières stratégies. Précisons seulement que pour les Frères Musulmans, il ne s'agit en aucune façon de prêcher ou de provoquer une guerre civile dans l'Occident, mais, au contraire, de déclencher une guerre civile en Orient.

Au contraire, pour Bernard Lewis, le penseur de la stratégie du « choc des civilisations », la fracture doit être portée à l'intérieur des frontières occidentales ou sur ces territoires limes. Cette stratégie a ensuite été vulgarisée par Samuel Huntington, en se présentant non pas comme une stratégie de conquête mais comme une politique de défense, de victimisation occidentale qui pourrait se produire pour consolider l'Etat d'exception. Le but est bien sûr de convaincre les populations des pays membres de l'OTAN qu'une confrontation civilisationelle est inévitable pour asseoir définitivement le modèle libéral et le système anglo-saxon de la « paix démocratique ». Avant la grande confrontation, il importe de justifier par le chaos et la déstabilisation intérieure le caractère préventif de mesures d'exception liberticides et de gouvernance mondiale économique absolument nécessaires pour réaliser le pouvoir mondial comme les Patriot Act. 

C'est la rhétorique de la  « guerre juste » de la « guerre  contre le terrorisme », la guerre contre le terrorisme n'étant en réalité qu'une guerre contre la Tradition qu'elle soit musulmane ou orthodoxe, la guerre contre les cultures enracinées. Il y a aujourd'hui une abondante littérature sur cette stratégie qui correspond en gros à la position des néo-conservateurs américains à Washington, des militants sionistes en Israël, des nouveaux faucons socialo-libéraux en Europe (Hollande, Sarkozy, Juppé).

Qu'est-ce donc que l'islamisme ou le terrorisme islamisme ? 

C'est d'abord et avant tout une arme de guerre psychologique que l'hyper-empire américain utilise depuis le 11 septembre pour enclencher le plus souvent de nouveaux scénarios de conflit : soit l'invasion de pays, soit le renversement de gouvernements dans les pays arabo-musulmans (cas par exemple de la Libye et de la Syrie, de certains pays africains comme la Somalie ou le Nigéria). A ce propos, voir par exemple ce qui s'est passé jeudi au Nigeria avec Boko Haram . Soit aussi et ce peut être le cas pour notre pays pour établir en interne des mesures autoritaires et liberticides de contrôle de la population. 

La synthèse de toutes ces stratégies constitue ce qu'on peut appeler d'un terme vague car trop général la « guerre antiterroriste » à l'échelle mondiale, la mondialisation de la guerre mais sa vraie dénomination serai plutôt : la guerre du mondialisme, la guerre de l'occidentisme. Elle a commencé en 1914, il y a cent ans et elle comporte trente-neuf marches ! Cette guerre souterraine mais idéologique alimente aussi largement l'économie mondiale par une industrie de l'armement multimilliardaire qui n'a jamais, ces temps-ci, été aussi florissante et dont on parle effectivement peu. C'est le fameux complexe militaro-industriel américain, le pilier central des opérations secrètes extérieures décidées en haut lieu. Mais dans ce marché militaire, la Russie comme la France tire aussi certaines ficelles lucratives.

Ce qui est certain, c'est que la « lutte antiterroriste» a pour les Etats-Unis, depuis Sarkozy un allié fidèle devançant même dans les instances internationales les propositions israéliennes. Cet allié, ce fantassin d'exception, c'est la France.

L'opération commando qui vient de frapper la France entre tout à fait dans la logique d'un tel cadre d'analyse. La France, par la dégradation de sa sécurité intérieure et ses échecs économiques se retrouve un peu aujourd'hui comme l'Italie des années 70, le pays européen le mieux préparé à développer une psychose intérieure qui permettra à sa classe politique de délibérer rapidement et de voter d'un côté la protection américaine absolue, de l'autre un traité transatlantique qui la liera à tout jamais à la finance internationale. Dans un tel contexte de chaos, même Marine le Pen pourrait en théorie gouverner mais il s'agit tout au contraire en ce moment de la destituer moralement. Marine le Pen malgré tous ses efforts n'est pas et ne sera jamais une Charlie.

On sait que la France dans la politique anti-russe imposée à l'Europe ces derniers mois en Ukraine a manifesté un zèle tout particulier contraire aux intérêts de ses entrepreneurs mais encore plus dans les négociations concernant l'avenir du nucléaire iranien, où la position française de Laurent Fabius s'est particulièrement faite remarquer par une intransigeance exceptionnelle, alors même que le groupe des négociateurs, parmi lesquels les Etats-Unis eux-mêmes visaient des positions plus conciliantes. La France était ici directement le porte-voix de Tel-Aviv souhaitant faire des Iraniens, des ennemis irréconciliables. Pour quelles raisons ?

Posons ici la question qui dérange : qui sauve sur les marchés depuis quelque mois la banqueroute de l'économie française ?  Qui renfloue discrètement les caisses dans la salle des marchés souterraine de Bercy ? L'Arabie Saoudite et le Qatar, nouveaux alliés aussi de Jérusalem.

Il ne s'agit donc pas dans l'affaire Charlie Hebdo de se soulever pour une factice liberté de la presse, liberté d'une presse elle-même liberticide pour ce qui concerne Charlie Hebdo, Libération ou Le Monde mais de se soulever contre la nouvelle servitude française, l'esclavage réel auquel nous conduisent ses dirigeants, tout comme les Musulmans doivent se soulever politiquement contre les impies de La Mecque.

Les méfaits de l'islamisme radical sont en réalité utilisés pour jeter toujours plus les Européens dans les bras de l'axe occidentiste de Washington-Tel Aviv où les fous d'Allah ne sont que des alliés objectifs, des idiots utiles au sens où ils ont été instrumentalisés et même enrôlés comme mercenaires en Syrie et en Irak. Il nous faut donc garder la tête froide et ne pas se prêter au jeu, un jeu malsain et dès le départ truqué. En mettant en avant un argument d'une grande simplicité (la thèse houellebecquienne en somme), l'argument machiavélique et machiavélien qu'il n'y aurait d'autre choix qu'entre l'Islamisme et l'Occident, on met en avant la vraie terreur, la terreur occidentale elle-même qui affirmait avec Thatcher « there is no alternative" ou qui dans un raccourci gigantesque ose dire que refuser la terreur islamiste, c'est aussi refuser Poutine !


Michel Lhomme (Métamag)












Qui profite d’avoir tué Charlie ? [Russia Today]
Par Pepe Escobar, le 8 janvier 2015




Dessin de Cabu



Un commando djihadiste au style professionnel livre une attaque en plein cœur de Paris. Cui bono?

Une préparation et une organisation minutieuses, des Kalachnikovs, un lance-roquettes, des cagoules, une veste à munitions couleur sable bourrée de chargeurs supplémentaires, des bottes de l’armée, une évasion facile à bord d’une Citroën noire…

Et le glaçage sur ce gâteau particulièrement mortel: un soutien logistique basé à Paris impeccable, pour tout mener à bien. Un ancien officier militaire de haut rang, Frédéric Gallois, a mis l’accent sur le fait de l’application parfaite des « techniques de guérilla urbaine » (où sont ces fameux « experts » en contre-terrorisme occidentaux quand vous en avez besoin?).

Certains ont affirmé qu’ils parlaient un Français parfait, tandis que d’autres ont soutenu que leur maîtrise de la langue était mauvaise et hésitante. Quoiqu’il en soit, ce qui importe est qu’ils aient prononcé le mot magique: « Nous sommes al-Qaeda. » Encore mieux, ils ont dit à un homme dans la rue: « Dites aux médias qu’il s’agit d’al-Qaeda au Yémen, » ce qui signifie, dans la terminologie US de la terreur, al-Qaeda dans la péninsule arabique (AQAP), qui avait mis l’éditeur/dessinateur de Charlie Hebdo (« Charb ») sur liste noire dûment promue par le magazine de luxe d’AQAP, « Inspire« . L’accusation: « Insulte envers le Prophète Mohammed« .

Et, histoire d’être sûrs que tous avaient bien enregistré les coupables, les tueurs ont également ajouté: « Allahu Akbar« , « Nous avons tué Charlie Hebdo« , et « Nous avons vengé le Prophète« .

Affaire classée? Hé bien, il n’a fallu que quelques heures à la police française pour identifier les suspects (classiques?): les frères algériens Said et Cherif Kouachi. Le troisième homme, le chauffeur de la Citroën noire, apparemment le jeune Hamyd Mourad, 18 ans, s’est plus tard livré à la police avec un alibi en béton armé. Le troisième homme demeure donc un mystère.
Ils portaient tous des cagoules. Les frères Kouachi n’ont pas été capturés, mais la police semble très bien savoir qui ils sont. Parce qu’ils ont trouvé une carte d’identité abandonnée dans la Citroën noire (oh, les soucis d’être sur une commande pressée…). Comment se fait-il qu’ils n’aient rien su avant le carnage?
À point nommé, la bio’ de Cherif Kouachi a été diffusée dans tous les coins. Il était sur une liste de surveillance globale. Avec six autres, il avait été condamné en mai 2008 à 3 ans de prison pour « terrorisme »; en fait d’avoir livré une douzaine de jeunes Français via des madrassas en Égypte et en Syrie à nul autre qu’Abou Moussab al-Zarqaoui, l’ex-chef d’al-Qaeda en Irak tué-par-un-missile-US et père spirituel de Daesh/ISIS/ISIL.

Des journalistes slovènes tiennent des crayons et des pancartes lisant en français « Je suis Charlie » pendant un rassemblement en hommage aux victimes de l’attaque de l’hebdomadaire satyrique français Charlie Hebdo, le 8 janvier 2015 à Llubljana, un jour après que deux hommes armés aient tué 12 personnes dans une attaque islamiste aux bureaux éditoriaux de Charlie hebdo à Paris – Photo AFP/Jure Makovec
Aussi à point nommé, un récit complet était prêt à la consommation de masse. Selon les « experts » de la police française, cela pouvait être une attaque « ordonnée depuis l’étranger et exécutée par des Djihadistes revenant de Syrie qui nous ont échappés, » ou cela pourrait être « des idiots banlieusards qui se sont radicalisés et ont concocté cette attaque militaire au nom d’al-Qaeda.«
Jetez l’option 2, s’il vous plaît; c’était du travail de pro. Ne restant que l’option 1, ceci pointe tout droit vers – quoi d’autre – un retour de bâton. Oui, ils pourraient être des mercenaires de Daesh/ISIS/ISIL entraînés par l’OTAN (essentiel, la France aussi) en Turquie et/ou en Jordanie. Mais cela pourrait être un faux drapeau encore plus nauséabond. Ils pourraient aussi être des anciens ou des agents en activité des forces spéciales françaises.
Il fallait s’y attendre, les camelots de l’islamo-fascisme s’en prennent déjà à cœur-joie. Pour les simplets/trolls/hordes qui exhibent un QI de niveau sub-zoologique, en cas de doute, diabolisez l’Islam. C’est tellement commode d’oublier que des millions sans nombre depuis les zones tribales du Pakistan aux marchés urbains à travers l’Irak, continuent de ressentir la douleur dévaster leurs cœurs et leurs vies puisqu’ils sont les victimes sacrifiables de l’état d’esprit djihadiste – ou « culture de la Kalachnikov« , telle qu’elle est connue au Pakistan – qui a bénéficié à L’Occident directement ou indirectement, pendant des décennies. Songez aux attaques de drones rituelles de civils pakistanais, yéménites, syriens, irakiens ou libyens. Songez à Sadr City subissant un carnage dix fois plus grave que Paris.
Ce qu’a décrit le Président français François Hollande comme « un acte de barbarie exceptionnelle » – et il l’est – ne s’applique pas quand l’Occident, la France en première ligne, du Roi Sarko au Général Hollande lui-même, arme, entraîne et contrôle à distance un assortiment de coupeurs de têtes et de mercenaires de la Libye à la Syrie. Oh ouais, tuer des civils à Tripoli ou à Alep là il n’y a pas de problèmes, mais ne le faites pas à Paris.

Les gens observent une minute de silence à Istanbul le 8 janvier 2015 pour les victimes d’une attaque par des hommes armés sur les bureaux du journal satyrique français Charlie Hebdo à Paris le 7 janvier, qui a fait au moins 12 morts et plusieurs blessés – Photo AFP/Bulent Kilic
Donc ceci, au cœur de l’Europe, est ce à quoi ressemble un retour de bâton. C’est ce que ressentent les gens au Waziristan quand une fête de mariage est incinérée par un missile Hellfire. Parallèlement, il est absolument impossible d’apporter du crédit à la notion que le réseau sophistiqué de contre-espionnage occidental n’ait pas vu venir ce retour de bâton – et été incapable de l’empêcher.
Bien entendu le réseau ultra-élaboré de contre-terrorisme occidental – si efficace pour nous dénuder dans tous les aéroports – l’avait vu venir; mais sur le terrain des guerres de l’ombre, « al-Qaeda » et ses légions de déclinaisons, y compris les « renégats«  de Daesh/ISIS/ISIL, sont utilisés autant comme armée de mercenaires que comme menace domestique commode « contre nos libertés« .
La pataugeoire intellectuelle US (Think Tankland), de façon également prévisible, s’occupe à raconter le scénario d’une scission « intra-musulmane » qui fournit aux Djihadistes beaucoup d’espace géopolitique à exploiter – tout ceci aspirant le monde occidental dans une guerre civile musulmane. C’est totalement ridicule. L’Empire du Chaos, déjà dans les années ’70, était occupé à cultiver la culture djihadiste/Kalachnikov pour combattre n’importe quoi, depuis l’URSS à des mouvements nationalistes à travers tout le Sud global. Diviser Pour Mieux Régner a toujours servi à ventiler les flammes « intra-musulmanes« , depuis l’administration Clinton faisant copain-copain avec les Talibans jusqu’au régime Cheney – avec l’aide de vassaux du Golfe Persique – approfondissant le schisme Sunnite/Chiite.
Cui bono, donc, d’avoir tué Charlie? Seulement à ceux dont l’agenda est de diaboliser l’Islam. Même une bande de fanatiques ayant subi un lavage de cerveau ne se livrerait pas au carnage de Charlie pour montrer aux gens qui les accusent d’être des barbares qu’ils sont, en réalité, des barbares. Le renseignement français a au moins conclu qu’il ne s’agissait pas là d’une affaire de bombe fourrée dans un slip. C’était un boulot de professionnel qui s’est déroulé tout juste quelques jours après que la France ait reconnu le droit à un état palestinien. Et juste quelques jours après que le Général Hollande ait demandé la levée des sanctions contre la « menace » russe.
Les Maîtres de l’Univers, qui jouent sur les vrais leviers de l’Empire du Chaos, flippent du chaos systémique dans le racket qu’ils avaient jusque là l’illusion de contrôler. Ne vous y trompez pas, l’Empire du Chaos fera ce qu’il peut pour exploiter l’environnement post-Charlie – que ce soit un retour de bâton ou un false flag.
L’administration Obama mobilise déjà le Conseil de Sécurité de l’ONU. Le FBI « aide » avec l’enquête française. Et comme un analyste italien le dit mémorablement, les Djihadistes ne s’attaquent pas à un fonds spéculatif vampirique; ils s’attaquent à un torchon satyrique. Ce n’est pas de la religion, mais de la géopolitique pure et dure. Qui me rappelle David Bowie: « Ceci n’est pas du rock’n’roll. C’est du suicide.«
L’administration Obama s’est déjà mobilisée pour offrir une « protection » – de type Mafia – à une Europe de l’Ouest qui commence juste, tout juste à manquer d’assurance face à la « menace » russe pré-fabriquée. Et comme il se trouve, juste quand l’Empire du Chaos en a le plus besoin, la maléfique « terreur » pointe encore le bout de son nez.
Et oui, je suis Charlie. Pas seulement parce qu’ils nous ont fait rire; mais parce qu’ils ont été des agneaux sacrificiels dans des jeux de l’ombre beaucoup, beaucoup plus méchants, horribles et perpétuels.



Source : Russia Today


Pepe Escobar est le correspondant itinérant du journal Asia Times/Hong Kong, un analyste pour RT et TomDispatch, et un contributeur fréquent de sites web et d’émissions de radio, des USA à l’Asie Orientale.





Dessin de Charb




Charlie Hebdo. Je ne veux pas partager mon deuil et ma douleur avec eux

par Jean Ortiz, le 09 janvier 2015



Les monstres qui ont commis ce crime inqualifiable au siège de Charlie Hebdo, l’hebdo insoumis, provocateur, antiraciste, humaniste (mais qui fut injuste envers ce site où j’écris), sont des hommes formatés par des courants religieux fascisants, par des Etats théocratiques « fondamentalistes », « amis de la France », pour faire taire l’esprit critique, l’humour, l’anticonformisme, la pensée libre, la laïcité, la création sans rivages... Ils n’ont aucune excuse.

J’ai du mal à concevoir que des hommes aient pu à ce point s’aliéner, s’avilir, se fanatiser, se laisser manipuler, s’animaliser, pour produire une telle barbarie.

Je suis en deuil. Le crime de ces assassins vise notre République, celle des Lumières, du contrat social, des droits de l’homme, de l’égalité entre eux, de la liberté pleine et entière... Cette « gueuse » que sociaux et néolibéraux n’ont de cesse, depuis plus de trente ans, de dépecer, de démonter, d’affaiblir par l’explosion des inégalités, le communautarisme, l’instrumentalisation du racisme, la concurrence à tout crin, par le rabougrissement de l’Etat, la multiplication des brisures sociales, la ruée contre les services publics et les biens communs, la casse de l’ascenseur social scolaire, jadis intégrateur, la pratique de l’amalgame délétère « Islam = terrorisme » , le « no future » pour des millions de jeunes Français, quelle que soit leur origine.

Et on voudrait aujourd’hui que je défende, au nom de la douleur, ma République sociale et démocratique bras-dessus bras-dessous avec ses fossoyeurs, avec ceux qui, à force de déifier le marché, de le débrider toujours plus, de tout marchandiser, de dépolitiser, ont laissé le champ libre aux intégrismes de toutes sortes ?

Oui, je crois à la nécessaire, à l’urgente unité populaire et républicaine, mais avec tous les Républicains sincères, tous ceux qui partagent ces valeur de base, la tolérance, l’ouverture à l’autre, la justice sociale, le débat sans corsets, la liberté sans demi-mesure, et notamment celle des médias ; oui, je crois à l’unité avec tous ceux qui défendent le pluralisme de l’information... pas avec les hypocrites qui pleurent aujourd’hui sur la République menacée et qui n’ont cessé d’attiser les haines raciales, les vieilles peurs, de stigmatiser l’autre, de détruire toute espérance progressiste...

Qu’ont-ils fait pour éradiquer la Bête ?

Que viennent-ils pleurnicher aujourd’hui sur la liberté de la presse alors que Charlie Hebdo était sur le point de déposer le bilan, que le pouvoir rend chaque jour la vie plus difficile, par des dispositions mortifères à « l’Humanité », au « Monde Diplomatique » ? De quelle liberté d’information parle-t-on ? De celle sous la coupe des marchands d’armes, des bétonneurs, des chiens de garde de l’oligarchie, du latifundium médiatique désinformateur, de la pensée unique et cynique.

Oui, je crois à l’unité populaire et républicaine face à la barbarie, mais avec tous ceux qui consacrent beaucoup d’énergie à solidariser, à « faire pays » quand les autres l’atomisent, le livrent à la guerre de tous contre tous, le blessent, le défigurent, en font une jungle. Je me souviens que lorsque Charlie Hebdo nous gratifiait de quelques « unes » décapantes, les moralisateurs venaient faire la leçon à ces « dangereux agitateurs ».

Alors, oui, je suis en deuil, je l’assume, je le revendique. Il y a danger, il faut se rassembler. Oui, j’ai mal, mais je ne veux pas partager ce deuil et cette douleur avec ceux qui ont contribué à créer le climat nauséabond et létal qui ronge notre pays depuis des années. Oui, l’islamisme, comme tous les intégrismes, est un danger. Mais qui arme et entraîne ces monstres ? Le Qatar, l’Arabie Saoudite, les Emirats, ces Etats voyous, extrémistes, obscurantistes, valets de l’impérialisme français, qui blanchissent les milliards sales dans des paradis fiscaux, garantissent aux multinationales occidentales une chasse gardée pétrolière, piétinent les droits de l’homme et des femmes, combattent les laïques et la gauche... Comment peut-on à la fois s’ériger en gendarme international contre les groupes terroristes, et livrer, par exemple, le Paris-Saint-Germain au Qatar ?

Alors, oui, je manifesterai, le cœur et la colère gros, mais en prenant soin d’éviter les infréquentables. Je ne veux pas, je le redis, partager ce deuil et cette douleur avec eux.

Source : Le Grand Soir




Dessin de couverture de Riss






    Tout le monde n'est pas Charlie. Pour vous en donner quelques motifs, je relaie ici, in extenso, l'article publié tout à l'heure par Claude Guillon, dont le blog, Lignes de force, est un des plus libres, des plus roboratifs et des plus rentre-dedans de ce temps. Guillon n'a pas toujours bon caractère, j'espère donc qu'il ne m'en voudra pas trop. Je précise qu'à quelques billevesées sémantiques près (Je ne m'appelle pas Claude, et j'avoue que certains proches, dans la stricte intimité, en viennent à me donner du "Charlie", affectueux diminutif de mon prénom), j'adhère à toutes les propositions qui suivent. L'essai de Claude Guillon La Terrorisation démocratique a été publié par Libertalia ( ICI ). Et Suicide mode d'emploi (cosigné par Yves Le Bionnec) reste bien sûr, trente-trois ans après sa publication chez Alain Moreau, d'une lecture indispensable.

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« Je ne doute pas qu’il existe des "Charlie" sympathiques et plein(e)s de bonnes intentions. Je suis inondé, comme tout le monde, de leurs courriels indignés. Je n’en suis pas.
« Je ne suis pas Charlie, parce que je sais que l’immense majorité de ces Charlie n’ont jamais été ni Mohamed ni Zouad, autrement dit aucun de ces centaines de jeunes assassinés dans les banlieues par "nos" policiers (de toutes confessions, les flics !) payés avec "nos" impôts. Si je recours aux outils du sociologue, je comprends pourquoi il est plus immédiatement facile pour des petits bourgeois blancs de s’identifier avec un dessinateur connu, intellectuel et blanc, qu’avec un enfant d’immigrés ouvriers du Maghreb. Comprendre n’est ni excuser ni adhérer.
« Je ne suis pas Charlie, parce que je refuse de me "rassembler", sur l’injonction du locataire de l’Élysée, avec des politicards, des flics et des militants d’extrême droite. Je ne parle pas en l’air: une connaissance m’explique que sur son lieu de travail, ce sont des militants cathos homophobes de la dite "Manif pour tous" qui s’impliquent dans l’organisation d’une minute de silence pour l’équipe de Charlie Hebdo.
« Je ne suis pas Charlie, parce que je refuse de pleurer sur les cadavres de Charlie Hebdo avec un François Hollande qui vient d’annoncer que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes sera construit, autrement dit qu’il y aura d’autres blessé(e)s graves par balles en caoutchouc, et sans doute d’autres Rémi Fraisse.
« Je ne suis pas Charlie, parce que je suis viscéralement — et culturellement — hostile à toute espèce d’"Union sacrée". Même les plus sots des journalistes du Monde ont compris qu’il s’agit bien de cela; ils se demandent simplement combien de temps cette "union" peut durer. Se "rassembler" derrière François Hollande contre la "barbarie islamiste" n’est pas moins stupide que de faire l’union sacrée contre la "barbarie allemande" en 1914. Quelques anarchistes s’y sont laissés prendre à l’époque; ça va bien comme ça, on a donné !
« Je ne suis pas Charlie, parce que le "rassemblement" est l’appellation néo-libérale de la collaboration de classes. Certain(e)s d’entre vous s’imaginent peut-être qu’il n’existe plus de classes et moins encore de lutte entre elles. Si vous êtes patron ou chef de quelque chose (bureau, atelier…), il est normal que vous prétendiez ça (et encore ! il y a des exceptions) ou que vous puissiez le croire. Si vous êtes ouvrier, ouvrière, contraint(e) à des tâches d’exécution ou chômeur/chômeuse, je vous conseille de vous renseigner.
« Je ne suis pas Charlie, parce que si je partage la peine des proches des personnes assassinées, je ne me reconnais en aucune façon dans ce qu’était devenu, et depuis quelques dizaines d’années, le journal Charlie Hebdo. Après avoir commencé comme brûlot anarchisant, ce journal s’était retourné — notamment sous la direction de Philippe Val — contre son public des débuts. Il demeurait anticlérical. Est-ce que ça compte ? Oui. Est-ce que ça suffit ? Certainement pas. J’apprends que Houellebecq et Bernard Maris s’étaient pris d’une grande amitié, et que le premier a "suspendu" la promotion de son livre Soumission (ça ne lui coûtera rien) en hommage au second. Cela prouve que même dans les pires situations, il reste des occasions de rigoler.
« Je ne suis pas Charlie, parce que je suis un militant révolutionnaire qui essaie de se tenir au courant de la marche du monde capitaliste dans lequel il vit. De ce fait, je n’ignore pas que le pays dont je suis ressortissant est en guerre, certes sur des "théâtres d’opération" lointains et changeants. De la pire manière qui soit, puisque partout dans le monde et jusque dans mon quartier, des ennemis de la France peuvent me considérer comme leur ennemi. Ce qui est parfois exact, et parfois non. Au moins, sachant que la France est en guerre, je n’éprouve pas le même étonnement que beaucoup de Charlie à apprendre qu’un acte de guerre a été commis en plein Paris contre des humoristes irrespectueux envers les religions.
« Je ne suis pas Charlie, parce que faute de précisions, et du fait même de l’anonymisation que produit la formule "Je suis Charlie", cette formule s’entend nécessairement, et au-delà des positions sans doute différentes de tel ou telle, comme un unanimisme "antiterroriste". Autrement dit: comme un plébiscite de l’appareil législatif dit "antiterroriste", instrument de ce que j’ai appelé terrorisation démocratique.
« Je ne suis pas Charlie. Je suis Claude. Révolutionnaire anarchiste, anticapitaliste, partisan du projet communiste libertaire, ennemi mortel de tous les monothéismes — mais je sacrifie à Aphrodite ! — et de tout État. Cela suffit à faire de moi une cible pour les fanatiques religieux et pour les flics (j’ai payé pour le savoir).
« Je suis disposé à débattre avec celles et ceux pour qui la tuerie de Charlie Hebdo est une des horreurs de ce monde, auxquelles il est inutile d’ajouter encore de la confusion, à forme d’émotion grégaire. »
Claude Guillon









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