dimanche 11 janvier 2015

Spécial Charlie Hebdo (2)





"Nous vomissons sur ceux qui, subitement, disent être nos amis"

Willem, dessinateur "survivant" de Charlie hebdo
(Entretien au journal néerlandais Vokskrant)









Même s'il juge "formidable" le soutien dont bénéficie l'hebdomadaire satirique, le dessinateur Luz, "rescapé" de l'attentat, estime qu'il est "à contre-sens de ce que sont les dessins de Charlie".

Par Luz, (membre historique de Charlie Hebdo seconde version - 1992)

Il donne son regard sur le mouvement "Je suis Charlie" :



"C'est formidable que les gens nous soutiennent mais on est dans un contre-sens de ce que sont les dessins de Charlie"


"Cet unanimisme est utile à Hollande pour ressouder la nation. Il est utile à Marine Le Pen pour demander la peine de mort"
"Je n'étais pas à la manifestation spontanée du 7 janvier. Des gens ont chanté la Marseillaise. On parle de la mémoire de Charb, Tignous, Cabu, Honoré, Wolinski : ils auraient conchié ce genre d'attitude".

"Charlie est la somme de personnes très différentes les unes des autres qui font des petits dessins. La nature du dessin changeait en fonction de la patte de son dessinateur, de son style, de son passé politique pour les uns, ou artistique pour les autres".

" ... Au final, la charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé : détruire les symboles, faire tomber les tabous, mettre à plat les fantasmes"


Source : à partir de propos soulignés et  recueillis par Sud Ouest





Autoportrait





LE PEUPLE INSOUMIS NE MANIFESTERA PAS DIMANCHE !



Il n'y a pas d'unité nationale derrière les chefs d'États !
Il n'y a pas de liberté d'expression quand tous les médias appartiennent et sont sous contrôle de la haute bourgeoisie qui oppresse les populations pour leurs profits personnels sans limite, qui impose la dictature économique en écrasant la majorité dans la misère, la soumission et l'aliénation quotidienne.

La terreur mise en représentation étouffe la rébellion pour un moment, mais la guerre sociale reprendra de plus belle pour que la vie soit plus belle partout et pour tous.




Lukas Stella






Il était une fois Charlie Hebdo




"L'Union fait la Force" premier film à grand spectacle hollywoodien européen avec la participation des fameux acteurs internationaux :

Merkel, Netanyaou, Porochenko, François Hollande, Nicolas Sarkozy, le roi Abdallah de Jordanie, David Cameron, Martin Schultz, Jean-Claude Juncker, Antonis Samaras, Ali Bongo, M. Rajoy, M. Renzi ...

et aussi la prestation bénévole du secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg.

Parmi la liste nombreuse des figurants : Avigdor Lieberman chef de la démocratie israëlienne, Lavrov (Russie), Mahmoud Abass, le cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane (Emirats arabes unis), Jean-Luc Mélenchon (FG), François Bayrou, Alain Juppé, Jack Lang, Yann Moix, Roger Cukierman (président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Crif), Dalil Boubakeur (président du Conseil français du culte musulman et recteur de la Grande mosquée de Paris, liée à l’Algérie), Plantu (dessinateur au journal Le Monde, décoré par le Quatar en 2009)


Quant à Barak Obama il a assuré qu'il prierait pour les victimes de l'attentat qui a mis la France en dessus-dessous) ... etc ... etc ...

«Paris est aujourd'hui la capitale du monde», s'est réjoui le Président des françois. N'aurait-il pas été plus pertinent de dire : "capitale de la mondialisation galopante"? 
Merdre ! La machine à décerveler fonctionne à plein sur la grand' place, Vive le père Ubu !!!
Gaël Hadey





Couverture de Cabu





"Dépose ici et maintenant la tombe que tu portes
et donne à ta vie une autre chance
de restaurer le récit.Mahmoud Darwich (poète palestinien et universel)




En quelques jours à Paris on a assassiné des citoyennes et des citoyens, juifs, musulmans, pratiquants ou pas, athées, agnostiques, je ne sais pas… Des femmes et des hommes, des parents, des amis, des collègues. Nous avons tous perdu. Chaque vie perdue est une douleur et une insulte, à la raison, à l’humanité. Je ne veux pas marcher aujourd’hui derrière ceux qui n’ont comme religion que le profit, le pouvoir et leur ego, et qui nous chient à la gueule, nous la masse, nous la plèbe, nous les serfs, nous le sang qui fait tourner leur système.
Je ne dis pas ‪#‎jesuisCharlie‬ parce que je ne suis pas hypocrite, et je leur dois au moins ça. Je sais que pour certains ça veut dire : Je défends la liberté d’expression. Mais moi, j’offre ce respect-là. J’aimais Hara-kiri et Choron, et je ne lisais pas Charlie car je trouvais leurs caricatures pas drôles du tout ( le rire non plus ne se commande pas ) et souvent racistes, dégradantes et insultantes. Les faux musulmans vrais criminels qui ont sévi m’ont privée de mon droit de les combattre loyalement, les attaquer en justice ou leur balancer des caricatures à mon tour, la possibilité d’établir un dialogue, d'exprimer mon point de vue : pourquoi je trouvais qu’ils avaient dérapé. 

Je reste chez moi, j’ai mal, mais je vais me battre, avec mon stylo, mon crayon, avec ce que j’aurai. Même si c’est dérisoire. Et ce sera aujourd’hui, mais aussi demain, et chaque jour. Une voix parmi des millions. Oui, j’ai pleuré ce que nous avons perdu à Paris en quelques jours. Des vies et la raison. Mais ça peut nous faire ouvrir les yeux, et le coeur. Pleurer les milliers de vies perdues, chaque jour, à travers le monde, victimes de cette unique guerre en cours. Guerre contre la raison, contre l’humanité. 

je vous tends mon coeur
PAZ


Elli Medeiros est actrice, chanteuse et artiste

















Morts de rire

Les dessinateurs de Charlie sont morts pour avoir voulu jouer au plus con et ils ont perdus. Ils sont morts pour avoir caricaturé le prophète, ce qui est interdit dans la religion musulmane ; ils sont morts, assassinés par des fanatiques qui veulent imposer un tabou de leur religion à tout le monde.

Si demain ces fanatiques se mettent à tuer tous ceux qui mangent du porc parce que leur religion le leur interdit ça va être un massacre ! Mais les dessinateurs de Charlie ne  savaient- ils donc pas qu’on ne joue pas au plus con avec l’obscurantisme et la bêtise humaine à qui on ne peut pas demander de réfléchir. Les caricatures dessinées de Cabu ne touchaient pas la religion musulmane, mais le fanatisme en tant que tel, aveugle et fou. 

Après ce drame l’on a organisé des rassemblements, on a fait bruler des bougies sur les fenêtres, et sur les réseaux sociaux un slogan s’est inscrit sur fond noir: « Je suis Charlie ». Bien sûr certains en ont profité pour déverser leur haine sous couvert de défense de la liberté de la presse et des français, alors je voudrais  signaler  à tous ceux  qui ne pourront s’empêcher d’amalgamer, de surfer sur la vague anti-islamique que le premier policier arrivé sur les lieux et froidement abattu s’appelait Ahmed, il avait 42 ans. Quant à tous les complotistes qui dans leurs délires désignent les sionistes, les illuminatti ,ou prétendent que cela est un coup monté par la DGST et que les victimes ne seraient pas mortes, je me demande comment on peut dire autant d’âneries…! Les Dupont La Joie de notre temps ressemblent à des BdB ! Et si ces personnes sont en manque d’imagination, je peux leur livrer une petite théorie : celle de fanatiques d’extrême droite déguisés en jihadistes pour promouvoir la guerre des civilisations et faire monter le vote extrémiste … remarquez que ce ne serait pas la première fois que les fachos font des attentats sous fausses bannières !

Le pays est en deuil. Nous sommes choqués de ce qu’on s’en prenne ainsi à des journalistes. Cependant, nous avons la mémoire courte. Car le premier à avoir fait des journalistes une cible militaire, souvenez vous en bien, c’est l’OTAN avec l’assassinat de 16 personnes lors du bombardement de la Radio Télévision Serbe en 1999, et ce n’est pas moins odieux que la tuerie des 10 journalistes de Charlie hebdo. La belle affaire, me direz-vous, ils ne s’appelaient pas Cabu, ni Wolinski, ni Charb, et donc on s’en fout. Non ? Nous avons l’indignation sélective, nous nous croyons épargnés lorsqu’un terroriste norvégien se cache derrière la foi chrétienne et la défense de la civilisation occidentale pour massacrer  69 personnes, pour la plupart des adolescents. Nous fricotons avec les dictatures du golfe, nous acceptons que l’argent du Qatar soit investi sur notre territoire et dans nos clubs de foot en fermant les yeux autant sur les droits de l’homme que sur les droits sociaux. Nous soutenons des nazis en Ukraine et nous protestons mollement lorsque Israël massacre des civils à Gaza… nous voulons le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière, mais surtout ne pas payer les pots cassées. Et maintenant l’on découvre que l’on est en guerre !

Certes une guerre est déclarée, mais quelle guerre ? Cette guerre c’est nous qui l’avons fomentée. Pensions nous qu’elle ne sèmerait le deuil que chez les autres ? Les USA ont formé et armé les musulmans les plus extrémistes en Afghanistan pour combattre les russes et depuis la chute du mur de Berlin, nous avons bombardé et détruit la Serbie, la Libye, l’Irak, et  la Syrie est en pleine guerre civile grâce à nos soins. Nous avons même exporté nos bienfaits au Mali, ce qui finira par déstabiliser toute la région.  Nous avons piétiné tous les principes, la non ingérence, le respect des prisonniers de guerre, l’abolition de la torture et la vérité de l’information, si nous pouvions en tirer un avantage. Nous nions le droit à la justice des peuples victimes de massacres et d’humiliations en pratiquant une politique de « deux poids deux mesures » et en garantissant l’impunité à certains massacreurs. Nous avons joué aux apprentis sorciers, foulant aux pieds tous les principes de l’humanité, l’argent et le pouvoir guidant nos actions.

Quelle est le degré d’horreur que nous pouvons supporter ? Des journalistes se faisant tuer à coup de kalachnikovs ou des otages se faisant égorger ? Est ce moins horrible qu’un jeune diplômé assis derrière un bureau et guidant un drone qui va assassiner des innocents et des présumés coupable ? Que se passe-t-il dans la tête de jeunes gens bien formés, intelligents qui pilotent des bombardiers et déversent leurs bombes sur des populations civiles ? Le bombardement des écoles de Gaza n’est pas moins terroriste que le massacre d’écoliers au Pakistan. La rafle de fillettes au Kenya n’est pas moins exécrable que la soumission de dizaines de milliers de femmes à l’esclavage sexuel par des mafias occidentales. La mise à mort de dizaines de milliers de nourrissons, sciemment privés de nourriture et de médicaments à des fins de pillage économique n’est pas moins criminelle que l’exécution de 43 étudiants au Mexique … et plus prosaïquement les 58 suicidés de France Telecom ne nous ont pas trop perturbé ! 

C’est bien, les gens se sentent sensibilisés, se mobiliser pour des actions ciblées et médiatisées par l’émotion est une chose, mais comprendre que le problème est un problème politique, social et économique est mieux. L’on ne peut pas déconnecter ces événements d’une vision globale de notre société, ou alors notre indignation ne sert à rien. Comprendre  le désespoir des jeunes de banlieue qui n’ont plus de perspective, pas de travail. Comprendre que le profit financier assassin emmène les gens à la désespérance, ce profit qui pour faire des petits sans se fatiguer attaque nos retraites, nos salaires, notre protection sociale. C’est le système capitaliste marchand pourri jusqu’à l’os et ceux qui le servent qui sont responsables de ce qui s’est passé au siège de Charlie Hebdo. 

Comprendre que si vous ne comprenez pas, c’est le fascisme qui gérera vos vies … et là ! 

Les différentes violences qui minent la société et la facilité qu’ont les rabatteurs à alimenter les réseaux terroristes, sont incontestablement amplifiés par des gouvernements qui imposent aux populations des politiques d’austérité dont l’effet est de jeter des millions de personnes dans la misère, la souffrance et le désespoir,  par des multinationales qui exploitent la richesse de certains pays, en spoliant les hommes de leurs ressources et de leur dignité. Pour pouvoir vivre dans ce que nous croyons une société sure, nous fermons les yeux sur le fait que pour consommer et continuer à profiter de notre style de vie, le système capitaliste et ses organismes officiels comme le FMI pressurisent les trois quarts de la planète. Mais la pauvreté progresse à grands pas et arrive chez nous avec son lot de violence, de souffrance… et d’insécurité !
« Au lieu des haines nationales qu’on nous inspire sous le couvert du patriotisme, il faut enseigner aux enfants l’horreur et le mépris de la carrière militaire, qui sert à diviser les hommes, il faut leur enseigner à considérer comme un signe de sauvagerie la division des hommes en États, la diversité des lois et des frontières ; que massacrer des étrangers inconnus sans le moindre prétexte est le plus horrible des forfaits dont est capable l’homme tombé au dernier degré de la bête. » …  Léon Tolstoï





Dessin de Wilhelm Reich


.../...
Depuis la nuit des temps
je fais la guerre totale
au petit homme gris
C'est sans doute lui
qui l'emportera
Mais cette guerre-là
vaut mieux, bien mieux
que toute paix séparée
Le petit homme gris
n'a pas encore gagné !

André Laude
In "Liberté Couleur d'Homme"(1980)







"L'horreur se déploie un peu partout, comment suivre si on ne va pas à la racine de ce qui engendre cet état de chose inique ! N'est-ce pas à nous occidentaux de remettre en cause complètement notre système perverti qui a fini par engendrer tant de haine et de crime dans le monde entier avec ses pillages, ses guerres, ses colonies, ses hiérarchies, sa finance toute-puissante, ses gouvernements au service d'intérêts vampiriques ... Bientôt on ne pourra plus remonter ces chaînes de malheur et de désespérance et nous-mêmes seront à genoux dans la boue et le sang ....

 Le problème fondamental de ce début de siècle c'est que beaucoup trop de gens ne savent plus ou on perdu la capacité lucide de choisir leur camp en regardant la réalité en face, c'est en cela que la société du spectacle triomphe et à cet égard nous assistons aux préparatifs de son couronnement dont l'issue catastrophique pour les peuples du monde entier ne fait désormais plus aucun doute." 
André Chenet











« Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne.  »
Achille Chavée





NON, JE N’IRAI PAS MANIFESTER AVEC LE PS ET L’UMP !

OUI, Bien sûr, j’emmerde les intégristes de tous bords,
Et j’emmerde aussi les pseudo-remparts fachos qui ne valent pas mieux,
MAIS, j’emmerde AUSSI les Sarkollande et Valsuppé qui ont tué Rémi Fraisse et plusieurs de mes sœurs et frères anonymes de toutes les couleurs,
Qui raflent les Roms et détruisent leurs maisons de fortunes et leurs affaires personnelles,
Ces tyrans en cravates et limousines qui se servent cette semaine de la mort de mes confrères de Charlie,
Pour justifier leurs lois sécuritaires, inégalitaires, destructrices et répressives au service du capitalisme débridé,
Ces clones du PASOK et de Nea Demokratia qui ont mis à genoux des millions de personnes martyrisées en Grèce
Et qui provoquent avec leurs copains du PSOE et du PP l’expulsion et le suicide de milliers de familles désemparées en Espagne,
Alors,
NON ! NON, C’EST NON !
Même à la mémoire de mon ami Tignous,
Je ne manifeste pas avec ces gens-là,
Qui sont tous, en réalité, derrière les mots, des ennemis de la liberté et de l’égalité
Et qui sont également des intégristes assassins,
Des intégristes du Dieu Argent.
NON ! JE NE MANIFESTE PAS AVEC LE PS ET L’UMP !
Je ne manifeste qu’avec les amoureux de la liberté et de l’égalité,
Pas avec leurs ennemis,
Pas avec les assassins de Rémi Fraisse,
Pas avec les rafleurs de Roms,
Pas avec les bourreaux des Grecs et des Espagnols en lutte.
J’emmerde les intégristes, J’emmerde le Front National,
Mais j’emmerde aussi le PS, dont Thierry Carcenac, le président du Conseil Général du Tarn,
Vient d’annoncer sa candidature à la même fonction, avec le soutien de son parti, malgré la mort retentissante de Rémi.
Et j’emmerde l’UMP, qui servira sans vergogne de marche-pied, le moment venu,
Pour donner le pouvoir à Marine Le Pen, en échange de strapontins.
On ne transige pas avec ces gens-là :
INTÉGRISTES DE LA RELIGION, DE LA NATION OU DE L’ARGENT.
On ne manifeste pas aux côtés des uns contre les autres.
On les combat tous.
Car ils se servent les uns des autres
Pour nous écraser,
Pour nous empêcher de changer ce monde.
REFUSONS DE MANIFESTER AVEC EUX.
Dégagons-les.
Partout.
Yannis Youlountas
membre du comité de rédaction de Siné Mensuel
écrivain et réalisateur






François Cavanna et le professeur Choron (Georges Bernier, 1929-2005)
fondateurs de Hara-Kiri et de Charlie Hebdo




"A mi-chemin. Et à mi-chemin entre ce qu'est la bête et ce que devrait être l'homme, il y a le con. Et le con s'octroie sans problème la propriété absolue de la Terre et de tout ce qui vit dessus, et même l'univers entier, tant qu'une espèce plus forte ou plus avancée techniquement mais tout aussi con ne l'aura traité lui-même comme il traite ce qui lui est « inférieur », « inférieur »! Rien que ce mot ! Il y a même toute une hiérarchie..." François Cavanna (1923-2014)



Dessin de Gila (Laporteplume)





Pourquoi je n’irais pas à la marche du dimanche 11 janvier 2015

Par Nicole Barrière

Lorsque Latif Pedram écrivait sur les atrocités commises par les talibans en Afghanistan, il disait ceci :
La vieille Europe et la jeune Amérique, mère des talibans, considèrent l'Humanité et les droits de l'Homme comme un devoir cérémoniel[1]

et lorsqu’il citait, à propos des talibans, les atrocités commises pendant la guerre d’Espagne :

« Dans l'un de ses poèmes, Federico Garcia Lorca évoque la Guardia Civil espagnole ciselant les seins des gitanes de Grenade pour « orner » leurs corps mutilés... J'avais toujours pensé qu'il fallait n'y voir qu'exagération poétique ; une exagération, il est vrai, qui conduisit son auteur à la mort, par une nuit glaciale de pleine lune, celle qu'il aimait tant... »

je vivais en sympathie et compassion l’impuissance de sa résistance dans la littérature des chambres noires.

« Censure. Ce mot n’épuise pas la tragédie. Il ne reste tout simplement rien des fondements sacrés de l'acte d'écrire. L’art et la littérature ont été diabolisés. Dans ce pays, malheur au créateur de beauté, à celui qui nourrit une pensée responsable. La mort le guette. Arrêté, un écrivain pourrit en prison, oublié des belligérants, même en cas d’échange de prisonniers.

Nous avons créé une forme de littérature dénommée "littérature des chambres noires". Elle ne se répand que dans l'obscurité, ne contient aucune graine de joie. Une odeur de mort et de camphre imprègne tout. Notre sommeil est tourmenté, assailli de visions hallucinantes. Notre réveil et notre quotidien sont cauchemardesques. Même notre façon de rire a changé. Du reste, nous ne rions plus guère. Pour ce faire, il convient en effet de consulter les Textes. Et l'ordre de la Charia comme la tradition du Prophète sont formels : un rire du fond du cœur, un rire sonore et gai est un rire du Diable. 

Nous avons peur la nuit, nous avons peur le jour. Il faut, passé vingt heures, éteindre toutes les lumières. Il faut éteindre la lune et les étoiles.

Et maintenant cette question me taraude : qu’est ce qui se creuse en nous de l’Autre que nous ne voyons pas ?
Leur misère à eux, qui l’a entendue ?
Leurs pleurs à eux, qui les a accueillis ?
Leurs désespoirs à eux, qui les a sondés ?
Nous sommes prêts à écrire pour des idéaux, « nos valeurs », déjà ce mot sonne mal, puisqu’il met en marchandise et en marchandage ce qui ne se vend pas.
Nous voilà à ce bord de l’Autre
Solitaire et inséparable.
Nous voilà à ce bord des bourreaux qui assassinent des innocents.
Nous voilà avec la peur, non de l’Autre, mais de nous-mêmes
De nos mesquineries de pays d’opulence sur la misère de l’Autre
De nos certitudes, croyances et lumières sur l’obscurité d’indicibles souffrances.
Et l’angoisse nous ronge, fusionne avec nos culpabilités
Qui survivra à la dérive des déserts que nous avons créés ?
On veut le peuple vent debout, mais pour défendre quoi ?

Sur quels mots menteurs veut-on faire pacte :
Liberté, Egalite et Fraternité.

Qui a dévoyé le sens des mots, et l’a accaparé à ses fins pour accabler toujours le faible ?
Quelle bonne conscience habite ceux qui confisquent la voix et au nom de quelles valeurs ?

Oui j’ai lu Charlie et avant Hara Kiri, j’aimais les caricatures des Reiser, Wolinski et Choron, leur grivoiserie et leur impertinence, oui, j’aimais le grand Duduche comme un grand frère, et tous les autres, morts maintenant. Assassinés sauvagement.

Mais la parodie de l’après, qui se joue en ce grand rassemblement où viennent communier ceux qui mettent à genoux les peuples, leur fierté et leur dignité, je n’irais pas à cette marche mascarade qui fait honte à ceux qui résistent, qu’il les faille morts pour qu’on s’émeuve.
Qui met les pseudos symboles de la démocratie en danger ?

La menace se rapproche, depuis les indifférences dans la mise au pas de pays lointains, de l’Afghanistan au Mali.
Il fallait au nom du droit d’ingérence y porter la guerre, re-coloniser là où il eût fallu autonomiser, laisser les peuples se déterminer quant à leur vie.

Que savons-nous d’eux ? Alors on voit fleurir dans les journaux les pouvoirs de fascination du Moyen-Orient, l’ambivalence entre l’enthousiasme des djihadistes et la terreur qui suscite l’emprise de leurs méthodes.

N’a-t-on pas en d’autres temps pactisé avec d’autres diaboliques desseins ? N’a-t-on pas collaboré ? Il me semble à certains discours en renifler la trace.

Et nous voilà face l’immonde assassinat, tel l’ouragan sur les bien-pensantes consciences.

Nous sommes dans ce cauchemar :

« - Tel l’ouragan sur la grève, -
D’une main tenant un glaive
Et de l’autre un sablier »[2]

L’élimination ne suffira pas, puisque de relais en relais d’autres viendront célébrer la violence, la folie meurtrière de l’obscur.
Il serait bon de réfléchir à ce prolétariat d’un genre nouveau fondé sur les religions.
On ne pourra pas s’en absoudre en stigmatisant les criminels et en faisant la grande messe communautaire des valeurs de l’Occident.
Là se perpétue le mensonge des élites et la trahison des peuples, là est l’imposture démocratique.

Il ne nous reste que l’écriture, que la culture et l’art.

Oui cher Pedram, nous voilà ce bord, et je pense à ces vers de Shamloû que tu cites :

L'on flaire sur tes lèvres
La trace de mots d'amour
 L’on flaire ton cœur
Drôle, drôle de temps, ami

 L'amour est flagellé
Aux croisées des chemins
Il faut celer l'amour dans l'alcôve

 Et voici les bouchers
Tapis dans les passages
Le billot et le hachoir sanglants

Drôle, drôle de temps, ami
 Ils sabrent le sourire sur les lèvres
Et le chant dans la gorge
Il faut celer la joie dans l'alcôve »

Alors nous devons nous poser les questions qu'Aderno ou Horkheimer posent à savoir :

Pourquoi l'humanité n'entre-telle pas dans des conditions humaines et se noie-t- elle dans une forme nouvelle de barbarie ?





Nicole Barrière
Le samedi 10 janvier 2015




Notes


[1] Lettres de Kaboul Latif Pedram
[2] Paul Verlaine, Cauchemar



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