samedi 3 janvier 2015

La Syrie déchiquetée


Minaret Alep avant la guerre




La guerre en Syrie a fait plus de 130 000 victimes.
Les images montrent qu’elle anéantit aussi des bâtiments historiques et des sites classés par l’Unesco.
Il fut un temps où les gens vivaient et travaillaient sur de paisibles boulevards bordés d’arbres, où ils allaient faire leurs courses sur d’antiques marchés et où ils priaient à l’intérieur de somptueuses mosquées centenaires. De tout cela, il ne reste que des ruines. La guerre ne décime pas seulement des générations de Syriens, elle détruit tout ce qui les entoure, y compris des sites remontant aux premiers jours de la civilisation. Déchirée par une guerre longue de bientôt trois ans et qui semble impossible à arrêter, la Syrie voit son patrimoine cinq fois millénaire disparaître chaque jour un peu plus sous les décombres. Sur Internet, des vidéos amateures souvent très choquantes montrent régulièrement la destruction de villes et de villages entiers. Peu de gens les regardent encore. Les images mal cadrées ne révèlent que rarement les dégâts infligés en dehors du champ de bataille à de vieilles églises, à des forteresses de croisés ou à d’autres vestiges qui avaient résisté à plusieurs milliers d’années de purges et de rébellions et sont aujourd’hui réduits en cendres par une guerre impitoyable.
  Martin Chulov




Minaret Alep aujourd'hui


Ces violences visent le mode de vie unique au monde des Syriens, dit Ayssar Midani, très émue. La Syrie est un pays qui a 10 000 ans et qui a vu naître l’alphabet, la musique, les premiers traités de paix. 600 civilisations s’y sont succédé et ont donné naissance aux civilisations du monde entier. Aujourd’hui encore, il y a des villages qui parlent araméen, d’autres syrien. Toutes les communautés ont gardé leur culture mais vivent ensemble.
Les djihadistes s’en sont pris aussi à tous les signes de cette civilisation : les mosquées et les églises anciennes, les temples ; cette mémoire des Babyloniens, Chaldéens, Nabatéens, Phéniciens. Car c’est cela la Syrie. Christine Bierre


Le groupe terroriste de Daesh est en train de vendre les trésors pillés en Irak et en Syrie aux collectionneurs occidentaux. Le prix des lots atteint plusieurs dizaines de millions de dollars, et ces lots sont notamment vendus au Royaume-Uni. Seulement 1% des lots est intercepté par les forces de l'ordre, le reste s'éparpillant pas les pays d'Europe et les Etats-Unis. Rien n'arrête les collectionneurs qui achètent les trésors aux terroristes. Washington et Bruxelles affirment en unisson qu'il faut lutter contre Daesh, tout en ajoutant appelant à couper tout moyen d'entrée d'argent aux terroristes. Mais ces affirmations n'ont rien à voir avec les faits. Les valeurs morales, comme la lutte contre les terroristes, peuvent être facilement remplacées par des valeurs matérielles, que livre ce groupe terroriste en Occident. Les terroristes vendent non seulement des reliques anciennes, mais aussi du pétrole, en tirant des centaines de millions de bénéfices de ce commerce.
L’agression contre les énormes héritages culturels et les grandes civilisations du Moyen-Orient et des pays arabes, est devenue monnaie courante, ces dernières années. Un jour, c’est l’occupation et la présence étrangère qui fournissent le prétexte au pillage et à la destruction des œuvres et des lieux historiques. Un autre jour, le pillage et le trafic des héritages culturels de tout un pays et de toute une nation se pratiquent, sur fond d’émeutes et d’activités terroristes. Et dans toutes ces animosités, ces agressions ou destructions culturelles, les puissances mondiales, dont et surtout les Etats-Unis, ont été, directement ou indirectement impliquées. A ce propos, l’expert politique syrien, Towfiq Jarrad, tient à dire que la destruction du patrimoine culturel du monde arabe a été planifiée, il y a bien longtemps, aux Etats-Unis. «Suivant ces planifications, les villes anciennes et les héritages culturels des Arabes sont détruites, dans la foulée des agitations organisées ; or, la destruction de toute une civilisation ferait, premièrement, augmenter les prix des antiquités et, deuxièmement, effacerait de la mémoire collective des gens, leur culture et leurs civilisation», précise l’expert syrien, pour conclure qu’il n’y a pas que des objectifs absolument matériels derrière les agissements des terroristes : ils cherchent, effectivement, à faire de leurs victimes, des gens abandonnés, sans avenir, et dépourvus de leur passé historique. Irib 




"L’EI, qui estime que les statues sont de l’idolâtrie, a ainsi dynamité de nombreuses églises et autres monuments, sanctuaires des patrimoines chrétiens, juifs ou musulmans, ont souligné de nombreux interlocuteurs. On se souvient de Maaloula en Syrie et ailleurs bien sûr."
Allain Jules




Syrie: près de 300 sites du patrimoine touchés par la guerre

Syrie - Bosra

Près de 300 sites du patrimoine culturel syrien ont été détruits, endommagés ou pillés en plus de trois ans de guerre, notamment à Alep ou Palmyre, selon un rapport alarmant de l'ONU basé sur des images satellite.
"Des régions comme Alep, où le peuplement remonte à 7.000 ans, Damas, le Krak des Chevaliers, Raqa et Palmyre ont subi d'importants dégâts", a indiqué mardi l'Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (Unitar).

Grâce à son Programme opérationnel pour les applications satellitaires (Unosat), cet institut a analysé 18 zones, où il a repéré 290 sites directement touchés.
Parmi eux, 24 ont été détruits, 104 ont subi des dégâts importants, 84 ont été partiellement endommagés et 77 le sont probablement.
"Cette analyse est un témoignage alarmant des dégâts qui continuent d'affecter l'énorme patrimoine culturel de la Syrie", a souligné Unitar.



"Les efforts nationaux et internationaux pour la protection de ces zones doivent redoubler en vue de sauver le plus possible cet important patrimoine de l'Humanité", a poursuivi l'institut.
Parmi les 18 zones citées, six sont inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco: les Vieilles villes d'Alep (nord), de Bosra (sud) et de Damas (centre), les Villes mortes du nord de la Syrie, le Krak des Chevaliers (centre) et Palmyre (est).
Syrie - Palmyre


Ainsi à Alep, l'ex-capitale économique de la Syrie, le minaret seljoukide de la Mosquée des Omeyyades datant du 11e siècle s'est effondré et le célèbre hôtel Carlton a été pulvérisé par les takfiristes, laissant la place à un énorme cratère, selon les images satellitaires.
A Palmyre, célèbre pour ses vestiges notamment la rue à colonnade romaine ou encore les tours funéraires dans la vallée des Tombeaux, les images montrent qu'une route a été construite à travers la nécropole, endommageant plusieurs tombeaux anciens.

Syrie - Krak Chevalier

"Ce qui se passe est triste pour la Syrie et pour le monde. L'Humanité est en train de perdre (...) des milliers d'années de patrimoine", a dit à l'AFP Einar Bjorgo, directeur de l'Unosat.


Citadelle d'Alep




Source: Al Manar


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