lundi 19 janvier 2015

Hadiths, Fatwas et Charia en Mauritanie



Un jeune musulman, Mohamed Cheikh Ould Mohamed, a été condamné à mort à Nouadhibou (ci-dessus) en Mauritanie pour apostasie. Il lui est reproché d’avoir parler avec «légèreté du prophète Mohamed » | Crédit : Looklex





Le 24 décembre 2014, le système beydane mauritanien a, par l'intermédiaire de ses organes judiciaires, décidé de condamner à mort un de ses citoyens par peloton d'exécution pour APOSTHASIE, à Nouadhibou, dans le nord-ouest du pays, avant de faire appel deux jours plus tard. Cette décision inédite en Mauritanie a suscité de fortes critiques et surtout, beaucoup d’incompréhension. ( Lire notre article précédent intitulé  : "Laisserons-nous mourir un innocent ?)
Mohamed Ould Mkeitir n'a pas blasphémé. Il s'en défend, et l'explique de manière fort limpide et précise. Une explication que seul un système hypocrite comme celui de cette justice indigne pouvait ignorer, et balayer d'un revers de main, au profit d'une cabale juridique pour détourner le pauvre mauritanien lambda, des VRAIS problèmes de ce pays : de l'augmentation de l'extrême pauvreté, de la gabegie endémique, du problème de l'emploi des jeunes, du racisme d'état, de la poursuite d'assassins avérés, qui siègent à vos côtés.


Pourquoi Daech attire plus de volontaires que la lumière, le livre, la raison et l’humanité ? Dieu est-il une propriété ? Un Prophète est-il illumination ou condamnation à la mort ? Une lame triste et monstrueuse traverse le monde de l’Islam, tue, emporte, transforme l’homme en animal, dépèce, lapide, égorge. La vague kidnappe les femmes et les vend et grimpe sur les arbres imaginaires, veut soumettre les fables, les récits, les raisons, les films, les esthétiques, la créativité et la foi et l’interrogation et la dignité. Elle fait peur. Elle est sombre, nocturne, asphyxiante. D'après un éditorial de Kamel Daoud



Le Coran. Crédit : Issam Rimawi



Hadiths

Ce qu’a dit Mohamed Cheikh Ould Mohamed MKHAITIR, aujourd’hui condamné à mort en Mauritanie, Taha Housseynou l’avait déjà dit : « les compagnons du Prophète Mohamed l’ont critiqué et lui ont dit une fois, deux fois et trois fois « Soit juste Mohamed », mais le prophète ne leur a pas répondu. Ils lui ont dit si Toi tu n’es pas juste, personne ne le sera.» cf Al Fitnatou al Koubra, page 199, Le Caire, Koursiche Nil, 1947, Tome 1.
Cet ouvrage est toujours édité et étudié depuis 1949 et je n’ai jamais entendu les Musulmans le critiquer.
Comme le système beydane minoritaire en Mauritanie veut garder le pouvoir, il tient à prouver au Monde Arabe et aux Musulmans leur appartenance supérieure à ces communautés.
Quant à ces Hadiths dont on parle, ils sont pour la plupart fabriqués de toutes pièces bien après le Prophète selon Docteur AJJAH AL KHAYDIBI Mohamed, Al Iilaamou fi Sadri Al Islaami, Damas, 1987, p. 126 : « Abou ANAS nous a informés que Mokhtar Al SAQHAFI, l’un des Bani Oumayat a dit aux gens des hadiths « rédiges- moi des hadiths au nom du Prophète et en contrepartie je te paye 10 000 dirhams, des habits, une monture et un esclave. »
De ce fait, beaucoup de hadiths actuels ne datent pas de la période du Prophète et que beaucoup de notables dans le Monde arabe payaient pour la production de cette littérature pour leur propre prestige.
Cheikh Oumar Ba Spécialiste gestion et des résolutions des conflits 


Fatwa 

 Le chef d’un courant islamiste radical mauritanien dénommé "Ahbab Errassoul" (les amis du prophète) a édicté une fatwa de mort contre la célèbre militante des droits de l’Homme mauritanienne et présidente de l’Association des chefs de familles, Aminetou Mint El Moctar.
a décrété qu’il était licite de verser le sang de la militante des droits de l’Homme car "elle est coupable d’apostasie et prend de haut les commandements de la charia".
Yadidh Ould Dahi reproche à la militante des droits de l’Homme d’avoir pris la défense de Cheikh Ould Mkheitir, 28 ans, arrêté au début de l’année et placé sous mandat de dépôt à la prison de Nouadhibou sous l’accusation d’"apostasie".
Yadhih Ould Dahi, le chef de ce mouvement, Yadidh Ould Dahi reproche à la militante des droits de l’Homme d’avoir pris la défense de Cheikh Ould Mkheitir, 28 ans, arrêté au début de l’année et placé sous mandat de dépôt à la prison de Nouadhibou sous l’accusation d’"apostasie".

Le texte de la fatwa publié intégralement par le site mauritanien 28 Novembre est sans équivoque et il fait froid dans le dos: 
"Cette malveillante qui défend Mkheitir et dit qu’il est un détenu d’opinion et qui a demandé sa libération et qu’on lui rende son épouse, celle qui décrit le groupe des amis de prophète comme des Boko Haram et des Takfiri car ils n’ont fait que demander de l’équité pour le prophète et le respect de son honneur, qu’elle soit damnée par Allah, les anges et les gens réunis. Aujourd’hui j’annonce avec la bénédiction d’Allah son apostasie pour avoir minimisé les atteintes à l’honneur du prophète. C’est une infidèle dont le sang et le bien sont licites. Quiconque la tue ou lui arrache les deux yeux sera rétribué chez Allah"


Charia 


Pourquoi la Mauritanie condamne-t-elle à mort pour apostasie ?
L’apostasie, qui consiste à renier sa religion ou à mettre en doute la parole du Prophète est inscrite dans le code pénal mauritanien. L’article 306 (alinéa 4) stipule que "toute personne coupable du crime d’apostasie ("zendagha") sera, à moins qu’elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort." Cette disposition a été invoquée par la Cour criminelle de Nouadhibou le 24 décembre, pour condamner à la peine capitale Mohamed Cheikh Ould Mohamed (dit Ould Mkheitir).
Âgé d’une trentaine d’années, ce jeune homme jusqu’ici anonyme est poursuivi pour un écrit dénoncé comme blasphématoire - une première dans le pays -, dans lequel il accuse la société de son pays de perpétuer un "ordre social inique hérité" de l’époque du Prophète. Bien qu’il se soit excusé, son repentir n’a pas été retenu en sa faveur, contrairement à ce que prévoit le Coran.

Le système judiciaire mauritanien est-il entièrement fondé sur la charia ?
Le quatrième volet du Code pénal mauritanien est entièrement consacré aux "attentats aux moeurs de l’Islam". Outre l’apostasie, sont ainsi punis l’hérésie, l’athéisme, le refus de prier ou l’adultère. Par exemple, l’article 308 condamne les homosexuels à la lapidation publique. 
Reste que ces dispositions ne sont plus appliquées depuis longtemps. Mais le président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, semble désormais vouloir se poser en garant des valeurs islamiques.
Le 10 janvier dernier, au lendemain de l’arrestation de Ould Mohamed, il avait promis de "prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre l’islam et son Prophète", l’islam étant "au-dessus de tout, de la démocratie et de la liberté". Déjà en avril 2012, après l’arrestation de Biram Ould Dah Ould Abeid pour l’incinération de plusieurs ouvrages musulmans, "Aziz" avait assuré qu’il appliquerait la charia avec la plus grande sévérité. Le militant anti-esclavagiste avait finalement été libéré pour raisons de santé en septembre 2012, après plus de quatre mois de détention préventive.
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Quelle a été la réaction des Mauritaniens à l'annonce de la peine de mort ?
L’arrestation en janvier dernier de Mohamed Cheikh Ould Mohamed avait été accueillie avec soulagement par les Mauritaniens, qui avaient exprimé leur colère dans les rues de Nouadhibou et de Nouakchott. Un homme d’affaires avait même mis publiquement la tête du jeune homme à prix. Selon plusieurs témoins, l’annonce du verdict a cette fois été accueillie sous quelques acclamations à Nouadhibou, mais personne n’a manifesté à Nouakchott.

Quelle est la suite à attendre du procès ?
Mohamed Cheikh Ould Mohamed devrait échapper à la peine de mort, son procès ayant surtout valeur d’exemple. Bien que la peine capitale n’a pas été abolie en Mauritanie, la dernière exécution remonte à 1987. Il s’agissait de trois officiers accusés de tentative de coup d’État contre Maaouiya Ould Taya. Ces dernières années, quelques condamnations à mort ont été prononcées pour assassinat ou terrorisme, mais elles ont par la suite été commuées en emprisonnement à perpétuité. ( Lire aussi : Mohamed Ould Abdelaziz, droit dans ses bottes )


Sur qui applique-t-on la chari'a en Mauritanie ? (Extrait)
Par Bâ Sileye

En réalité, nous (les musulmans, NdlR) subissons ce qu’ont traversé les religions en Occident, à savoir  l’imposition d’une pensée unique et le maintien des fidèles dans l’ignorance de tous les préceptes. Au lieu d’éclairer, leur logique consiste à diriger, définir et trancher. De ces agissements obscurantistes, découlera inévitablement l’abandon de la morale religieuse. Nous avons déjà fait un long chemin vers la décadence, à présent la chute vers les tréfonds s'accélère. Recrudescence de l’arbitraire, occultation de la misère, vols des deniers publics, viols en série de mineurs : qu’avons-nous conservé des enseignements du Prophète Mohamed (PSL) ? Le défendre, c’est d’abord se comporter selon ses recommandations. Pour ce faire, le Président de la République se doit de montrer l’exemple. Hélas, comme l'exprime avec sagesse l'imam Al Ghazali : « La destruction d’une nation commence par l’incapacité du chef et l’instauration de l’oppression ».

Pourtant, si le peuple mauritanien, ses érudits et ses illettrés, ses dirigeants, ses notables et ses stigmatisés, avait récusé les réalités issues des nos traditions rétrogrades, nous n'en serions pas arrivés au sacrifice d’une vie humaine à l’autel de la complaisance religieuse.

 La vérité est que le maintien de la stratification sociale et le système des castes constitue pour certains un moyen d’accès aux cercles du pouvoir. Les individus  prétendument issus des cercles maraboutiques convoiteront toujours les postes de mouftis de l’Etat et se sentiront visés par toute remise en question du l’ordre établi. D’autres feront prévaloir leur patronyme et leur région pour courtiser les dirigeants et les convaincre de leur prétentieuse noblesse. Incapables de s'adapter aux mutations sociales, leur seul recours sera de convoquer les anciens systèmes féodaux. Morts ou vifs, des jeunes comme Ould Mkheitir déconstruiront cet ordre social anti-islamique. Tuez Ould Mkheitir, un autre naîtra.

S’il faut couper la tête de Ould Mkheitir au nom d’une religiosité galvaudée, alors n’épargnez pas les auteurs des crimes de sang dans les camps militaires. Et s’il faut l'épargner au nom de l’Islam authentique, vous serez honorés auprès d’Allah (SWT) et de son Prophète (PSL) pour avoir sauvé un homme qui témoigne de l’unicité divine. 

Source : Alakhbar.info

Pétition : 
 Les avocats du jeune Mauritanien incarcéré depuis près d’un an pour un écrit considéré comme blasphématoire envers le prophète Mahomet et condamné à mort cette semaine pour apostasie par un tribunal du nord-ouest de la Mauritanie ont interjeté appel, a indiqué à l’AFP dimanche une source judiciaire. Les défenseurs de Mohamed Cheikh Ould Mohamed, 29 ans, ont saisi vendredi la Cour d’appel de Nouadhibou, ville où il est détenu depuis le 2 janvier, a précisé sous couvert d’anonymat cette source jointe sur place - (Maliactu)
Les deux avocats commis d'office pour la défense ont insisté sur le repentir exprimé par l'accusé et estimé que cela devrait être pris en compte en sa faveur.
Le président mauritanien, président actuel de l’Union africaine, détenteur du droit de grâce, pourrait jouer de sa clémence contre le fanatisme d'une partie de la population mauritanienne. "La communauté  internationale est restée silencieuse quant à cet assassinat légalement programmé. Le gouvernement français a-t-il mesuré le rapport existant entre terrorisme et assassinat légal au nom du prophète ?  Mais si l'Arabie saoudite et le Quatar sont nos alliés, comment pourrait-il intervenir sans condamner également la justice rétrograde qui sévit dans le golfe persique ?  Une pétition été lancée sur change.org. À ce jour,  la pétition n’a recueilli environ 3 200 signatures, ce qui est, de loin,  très insuffisant.



A consulter : La chasse aux sorcières



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