lundi 22 décembre 2014

Le président cocalero




Histoire d’un Aymara


Issu d’une famille aymara, Evo Morales voit le jour le 26 octobre 1959 à Orinoca, une ville minière de l’altiplano bolivien. Cultivateur, il s’engage dans les rangs des producteurs de coca de la région du Chapare, au centre du pays. Majoritairement indiens, les colaceros sont diabolisés au nom de la lutte contre le trafic de drogue. Morales devient leur leader bien qu’il ne parle ni l’aymara, ni le quechua. 



Pour faire avancer ses idées, il crée un parti politique de gauche, le Movimiento Al Socialismo (MAS). Élu député en 1997, il se présente une première fois à l’élection présidentielle de 2002, sans succès. Il remportera finalement le scrutin présidentiel du 18 décembre 2005. Il est le premier président de la République de Bolivie d’origine amérindienne. Intro­nisé en janvier 2006, Evo Morales annonce le 1er mai la nationalisation des hydrocarbures – le  gaz étant l’une des grandes richesses du pays –, et la renégociation « dans les 180 jours » de tous les contrats passés avec les compagnies étrangères. L’objectif étant que 82% des revenus soient réservés à l’Etat.




Evo Morales a remporté l'élection présidentielle bolivienne le 12 octobre avec 61 % des voix, soit une différence de 37 points avec son principal adversaire, le candidat de centre droit. Son troisième mandat le maintient au pouvoir jusqu'en 2020. D'après les spécialistes, les raisons de la nouvelle victoire d'Evo Morales se trouvent dans l'essor économique du pays, son orientation vers une politique de conciliation avec les entrepreneurs et l'absence d'une force politique d'opposition. C'est le troisième mandat de ce premier président indien de l'Amérique latine.



«Je ne m’habitue toujours pas à être appelé Monsieur le Président. Je suis très heureux, je n’imaginais pas qu’un jour notre pays pourrait être gouverné par des Indigènes. […] Mais nous avons dû travailler dur pour démontrer notre honnêteté, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, expliquer que la feuille de coca n’est pas de la cocaïne, que les cocaleros ne sont pas des trafiquants. La feuille de coca fait partie de notre identité. (…) » Evo Morales cité par Le Monde.fr



«Cette satanisation des peuples indigènes n’est pas acceptable. Historiquement, les Indiens ont dû faire face à bien des menaces. Nous nous sommes défendus dans nombre de pays comme le Guatemala, le Mexique, le Pérou. Ailleurs, nous avons été exterminés. Mais nous sommes aujourd’hui majoritaires en Bolivie. Au recensement de 2001, nous étions 72,2% de Quechuas, d’Aymaras, de Warayos, de Chichitamos, de Chipayas et d’une mosaïque d’autres nations. […] Et si nous sommes la majorité, nous pouvons peut-être résoudre les problèmes de ce pays.» Le Monde.fr




« L'Etat récupère la propriété, la possession et le contrôle total et absolu de ses ressources »
Evo Morales








Le gouvernement bolivien enmené par son président atypique a, depuis son élection en 2005, transformé en profondeur la société bolivienne. Les avancées en termes de réduction de la pauvreté, de gratuité totale des soins de santé, d’éradication de l’analphabétisme sont remarquables. Néanmoins, le chemin reste long car, de tous les pays victimes du colonialisme espagnol et du néocolonialisme états-unien, la Bolivie est sans doute un de ceux qui en a été le plus sévèrement affecté(7). La pauvreté y est toujours importante et les inégalités subsistent. Par ailleurs, les tentatives de déstabilisation du pays par les Etats-Unis restent fortes, notamment depuis que Morales a décidé de ne plus coopérer avec ce simulacre de "guerre contre le narcotrafic" qui a permis aux Etats-Unis d’intervenir de nouveau en Amérique du Sud.




Bilan de la politique d'Evo Morales


Alors que le socialisme est en voie de dépérissement en France, la Bolivie semble vivre une longue lune de miel socialiste. Avec 61% de voix aux dernières présidentielles/législatives, Evo Morales n’a rien perdu de sa superbe depuis ses débuts. Les Boliviens confirment qu’ils vont bien avec Evo, comme le proclamait son slogan de campagne (« Avec Evo, nous allons bien »). Mais tout est-il parfait dans le meilleur des mondes socialistes ? Rien n’est moins sûr malgré tout l’éloge qu’on peut en faire.
Evo Morales, 55 ans, et un ancien cultivateur de coca d’origine aymara. En passant par le syndicalisme, il se révèle un fin politique au sein du MAS (mouvement vers le socialisme), parti de gauche radicale, et devient vite le chef de l’État bolivien. Et depuis ce jour, il est toujours à la tête de l’État et depuis peu pour un  troisième mandat (constitutionnellement parlant, son dernier mandat).

Une situation socio-économique favorable doublée d’une amélioration démocratique
La situation économique n’a rien d’ambiguë, c’est une franche réussite. Ainsi, la Bolivie a connu une augmentation de son PIB (produit intérieur brut) par habitant, de 800 €/habitant en 2005 à 2000 €/habitant en 2013. Par ailleurs, le salaire minimum mensuel a plus que doublé, passant de 56 € à 160 €. De même, l’extrême pauvreté passe de 38 % à 21 % de la population en 2012. Tous ces résultats proviennent de deux facteurs, l’hydrocarbure et les nationalisations. Les entreprises d’hydrocarbure payent plus de 75 % d’impôts, manne indispensable pour les politiques sociales. Par ailleurs, beaucoup d’entreprises de secteurs clefs ont été nationalisées. Pour celles-ci, le bénéfice est directement versé pour les politiques sociales d’aide, d’éducation ou d’infrastructure. On en arrive donc à ce que le pays le plus pauvre de l’Amérique du Sud ait la plus grosse réserve de change du monde proportionnellement à sa taille et ce grâce à la politique d’Evo Morales. Malgré sa rhétorique contestataire (il parlait d’un « triomphe pour les anti-impérialistes et les anti-colonialistes »), Evo Morales semble avoir réussi à se faire apprécier du FMI qui le qualifiait de « prudent », ainsi que de tout son pays qui considère globalement qu’il applique une bonne politique macroéconomique.
Sa bonne politique économique n’est pas entachée d’entorses graves à la démocratie. Au contraire, la Bolivie a connu sous Evo Morales un renouvellement constitutionnel. Avant toute chose, la Bolivie est dans une longue période de stabilité, inédit dans un pays qui a déjà connu 160 coups d’État depuis son indépendance en 1825. Par ailleurs, il a été instigateur de la nouvelle constitution de l’État plurinational de Bolivie. Cette constitution institue d’importants droits fondamentaux, tout comme les droits des autochtones longtemps ignorés des autorités. Elle donne donc de nombreux droits aux citoyens tout en étant à l’origine de la « déconstruction de l’État colonial dans lequel s’inscrit le régime issu de la lutte pour l’indépendance. » (1) L’amélioration de la situation des indigènes se révèle par l’apparition de nouvelles élites indigènes qui bouleversent la structure du pays.

Des réserves sur le bilan et des perspectives pas très optimistes
Toutefois, la réalité n’est pas uniforme. Il existe beaucoup de réserves concernant la tournure que prend l’économie bolivienne. En effet, de nombreux détracteurs d’Evo Morales, dont beaucoup d’entrepreneurs, critiquent cette concentration sur l’exploitation des hydrocarbures, l’accusant de délaisser le reste. Ils critiquent ainsi l’absence de diversification de l’économie bolivienne qui pourrait ainsi la mener à sa perte. Cette critique perçoit donc la politique menée comme une politique à court terme qui néglige le long terme. Il est intéressant d’ajouter que la promesse d’anticapitaliste d’Evo Morales ne convainc pas grand monde et l’on constate de plus en plus la différence entre sa rhétorique et la pratique. Horst Grebe de l’institut Prisma va même jusqu’à affirmer que : « les investisseurs ne font pas attention à la rhétorique, mais plutôt aux chiffres macroéconomiques ».
En ce qui concerne la démocratie, Evo Morales récolte de plus en plus de critiques sur ce point. Certains anciens ministres de son gouvernement regrettent la tournure « néo-développementiste et nationale-populiste » (2) que prend Evo Morales. Par ailleurs, la justice est loin d’avoir les conditions d’impartialité. La nouvelle constitution bolivienne institue ainsi  l’élection des magistrats du Tribunal Constitutionnel au suffrage universel direct. On parle aussi d’une discrimination en faveur des indigènes qui serait claire dans la constitution, qui leur donnerait une telle importance que le reste de la population semble fait de citoyens de seconde zone. Pour Juan Carlos Velasquos, secrétaire exécutif de la Pastorale sociale-Caritas, organisation caritative, « les exclus d’hier sont ceux qui excluent aujourd’hui ». L’opposition parle d’un cuisant échec en ce qui concerne l’insécurité, le trafic de drogue et la corruption tout en redoutant une révision constitutionnelle qui permettrait à Evo Morales de se représenter en 2020.
La réalité de l’action du président bolivien n’est donc pas rose malgré beaucoup d’aspects positifs. Il est possible d’évoquer pour finir le conflit de TIPNIS qui vit le gouvernement et ses volontés de développement économique s’opposer aux indigènes et leurs intérêts de protection de l’environnement. Dans ce conflit, on a pu observer une certaine tournure autoritaire d’Evo Morales qui refusait d’obéir à la Constitution, dont il fut pourtant l’instigateur, tout en prenant le risque de se mettre à dos sa base électorale. Finalement, il se rendit. Mais qu’en sera-t-il pour ce troisième et « dernier » mandat ? Le futur nous le dira bien.
Image : Granma.cu
Source : News Youngs
http://newsyoung.fr/bolivie-bilan-de-la-politique-devo-morales/





La Banque mondiale estime que durant les deux décennies à venir la Bolivie tirera de la vente de ses hydrocarbures plus de 200 milliards de dollars nets (à valeur constante).
À l'aube du premier mai 2006, l'avion des forces armées boliviennes transportant le cabinet incorporé prit la direction du site de Carapari situé à 1.200 kilomètres au sud de La Paz. Lorsque le président et son cortège arrivèrent devant le portail des installations gazières de San Alberto le directeur accourut demanda au président lequel des champs gaziers il aimerait visiter.
Evo Morales lui sourit et répondit "je ne suis pas venu pour une visite mais pour prendre -au nom du peuple bolivien- le contrôle de vos installations".
Brusquement le directeur et les cadres occidentaux dirigeants comprirent le sens de la visite que leur avait faite la veille un groupe d'INGÉNIEURS ALGÉRIENS et NORVÉGIENS. Agissant au nom de la Yacimentos Petroleiferos Fiscales Bolivianos (YPFB), la compagnie nationale des hydrocarbures ces ingénieurs avaient prétendu opérer des contrôles de sécurité. En réalité ces spécialistes étaient venus poser discrètement des appareils ultra-sophistiqués rendant impossible tout sabotage des installations par les cadres ingénieurs et techniciens des sociétés propriétaires.
Durant cette même journée du 1 mai 2006 partout dans le pays les régiments d'élite de l'armée occupèrent les champs pétrolifères et gaziers.
Source Huffinghton Post, le 12/10/14






Dans une interview à RT (Russia Today), le président bolivien Evo Morales, affirme que les agressions économiques envers le Vénézuela et l’Argentine sont ressenties comme des attaques menées contre l’Amérique Latine et les Caraïbes tout entiers. « Aujourd’hui, comme ils ne peuvent plus manipuler les gouvernements à coups de putshs militaires, ils en viennent aux sanctions économiques », assure-t-il.
Morales a durement critiqué les autorités usaméricaines du fait de leur ingérence, sous forme de sanctions, dans les affaires d’autres pays. Le président bolivien a regretté qu’Obama « s’imagine vivre il y a 500 ans ».
« Obama devrait plutôt s’employer à faire approuver de nouvelles lois, pour en finir, par exemple avec la peine de mort. Il ferait mieux d’adopter de nouvelles mesures pour éradiquer la discrimination », suggère-t-il au représentant des Etats-Unis.
« Aujourd’hui, comme ils ne peuvent plus manipuler les gouvernements à coup de putshs militaires, ils en viennent aux sanctions économiques », soutenait le leader bolivien. Morales s’est également montré persuadé que « Les Etats-Unis manipulent le prix du pétrole à la baisse pour, économiquement parlant, affecter le Vénézuela et la Russie ».
Le leader sudaméricain affirmait ainsi que de telles « politiques d’agression » s’évertuent à « nous soumettre, nous dominer politiquement et nous dépouiller économiquement ».

« Nous choisissons la complémentarité et la solidarité »

Par ailleurs, le président bolivien a souligné que pour les pays de l’Unasur et du Mercosur en particulier « il est important que l’intégration commerciale passe par des politiques claires de complémentarité et de solidarité ».
Il a également insisté sur le fait que « nous ne partageons pas vraiment le libre-échange », car « le libre-échange est synonyme de compétitivité, non de complémentarité ». De concurrence et non de solidarité ».
« Le modèle de Mexico est un fiasco ; le libre-échange l’a pillé. C’est cet accord de libre-échange qui l’a détruit. Ce problème nous préoccupe beaucoup et nous ne voulons pas que les pays de l’ALBA (Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América), ceux du Mercosur ou de l’Unasur soient victimes d’un libre-échanche préjudiciable à nos peuples », insiste-t-il.

RT. Moscou, le 18 décembre 2014


Source en français : El Correo


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