mercredi 17 décembre 2014

Le mauvais exemple nord-américain



« Je n'ai jamais pu comprendre comment les mêmes idéologues, qui vantaient l'économie de marché avant la grande dépression, ont pu dominer, la fin des années 70, les années 80 et 90 du siècle dernier. Cette même idéologie a mené le monde, par la pauvreté, la misère, le chômage, à une catastrophe épouvantable. Les experts sont des ignares qui ferment les yeux devant la réalité. L'homme a une mémoire courte. Nous les historiens écrivons sur les crimes et la folie de l'humanité. Nous rappelons ce que l'homme veut oublier. » Eric Hobsbawm (Historien, décédé en 2012, à l'âge de 95 ans). Propos recueilles en 2009 pour le magazine allemand Stern





« La ploutocratie continue de déployer la police militarisée et d’autres outils de répression politiques financés par l’État dans le but d’étouffer les démonstrations publiques de contestation. Pourquoi ?
Le chômage de masse et la stagnation des salaires empoisonnent la vie des travailleurs depuis les six dernières années, depuis la crise du banksterisme financier de 2008, malgré l’intervention des contribuables et de l’État pour sauver l’économie américaine de l’anéantissement par la catastrophe capitaliste. Autrement dit, la richesse a plus que doublé pour les super-riches, en ne remontant pas plus loin que 2009. La dernière édition du Carnet de données sur la richesse globale du Crédit Suisse retient que 10 % des américains possèdent plus de 75 % de la richesse. Ainsi, les États-Unis s’avèrent être la plus inégale des économies dites avancées dans le monde. » Matteo Pimentel


« Le monde d’aujourd’hui est confronté à des problèmes plus menaçant pour la vie, plus dangereux pour la planète, et plus grands que jamais : des guerres un peu partout, la pollution massive, le réchauffement planétaire, l’oppression des femmes, le désastre écologique, le néocolonialisme, le terrorisme d’Etat, l’industrie carcérale, les génocides, le cancer, le sida, le trafic des morts – trafic d’organes –, la xénophobie, les pesticides, les OGM et le brevetage du vivant – et la liste continue encore et encore. Perpétuellement bombardés de reportages, d’images et de sons d’informations d’une catastrophe après l’autre, la plupart des gens n’ont pas idée de ce qu’ils ou elles pourraient faire, ainsi confinés à la paralysie. Sur le front idéologique, cette passivité générale, elle même problème social majeur, est maintenue par ce qu’André Breton appelait le misérabilisme, la rationalisation cynique de la misère, de la souffrance et de la corruption – l’idéologie dominante du pouvoir de notre temps. En outre, à toute heure, des sommes astronomiques, des millions sont dépensés dans la propagande, la publicité et autres mystifications pour perpétuer l’illusion que la société en crise dans laquelle nous vivons aujourd’hui est la meilleure et la seule possible. » Penelope Rosemont




« Nous sommes une démocratie représentative. Mais comment sommes-nous arrivés à ce résultat ? Nous y sommes parvenus par l’action directe. Et cela est inscrit au plus profond de notre Constitution et de nos valeurs. Nous avons le droit de nous révolter, de faire la révolution. La révolution ne se fait pas nécessairement toujours par les armes et la lutte armée. Elle a aussi à voir avec les idées révolutionnaires. Elle a à voir avec les principes que nous estimons être représentatifs du type de monde dans lequel nous voulons vivre. Un ordre politique donné peut, à un moment donné, ne plus être capable de représenter ces valeurs, et même travailler contre elles. Je pense que c’est la dynamique à laquelle nous assistons aujourd’hui. Nous sommes face à des partis politiques traditionnels qui répondent de moins en moins aux besoins de la population, c’est pourquoi les gens sont à la recherche de leurs propres valeurs. Si le gouvernement ou les partis n’apportent plus de réponses à nos demandes, alors c’est ce que nous ferons. Ce sera l’action directe ou même la désobéissance civile. De son côté l’État nous dit : « Bien, pour que nous puissions légitimer l’idée de désobéissance civile, alors vous devez suivre par ailleurs ces règles ». Il découpe notre liberté d’expression en « zones contrôlées ». Il nous dit : « Vous ne pouvez la pratiquer qu’à tel moment et que de cette façon, et vous ne pouvez pas interrompre le fonctionnement du gouvernement  ». Il restreint l’impact que peut avoir la désobéissance civile. Nous devons nous rappeler que la désobéissance civile doit être une désobéissance si on veut qu’elle ait quelque efficacité. Si nous nous contentons de suivre les règles que nous impose un État lorsque cet État agit à l’encontre de l’intérêt général, nous ne faisons pas vraiment progresser les choses. Nous ne changeons rien. »






2014, l’année où l’Empire a refusé de mourir dans son lit


Le 15/12/2014 


On espérait un peu naïvement que l’Empire US mourrait dans son lit (1). Il n’en est rien. Gangrené par sa faillite financière, morale et sociale, il décline bien sûr comme prévu et le Système atlantiste avec lui. Sauf que tout se passe beaucoup plus vite qu’attendu. Saisi de panique, l’Empire a donc mis à profit l’année 2014 pour semer partout le chaos pour tenter de conjurer son déclin, allant jusqu’à construire toutes les conditions d’une Troisième guerre mondiale. Il aura évidemment pris soin de fixer l’épicentre de la chose loin de son sanctuaire (2), avec l’assentiment d’une élite européenne de groupies-technocrates, et autres idiots utiles, encadrés par un proconsul allemand rétabli dans sa grandeur (3). 2014 aura donc été l’année d’un emballement stupéfiant et d’une montée aux extrêmes terrifiante, l’année où l’Empire aura refusé de mourir dans son lit, ouvrant une nouvelle séquence historique plus folle que jamais. 


Du grand frère protecteur au tortionnaire

Lorsque des clowns formatés dans des écoles de com’ prétendent lui commander, l’Histoire peut se montrer d’une cruauté infinie. Ainsi en va-t-il du dernier POTUS, Barack Hussein Obama, à la fois Prix Nobel de la Paix, geôlier en chef du camp de torture de Guantanamo et artisan d’une nouvelle guerre froide à l’issue potentiellement apocalyptique.

Le mythe hollywoodien du grand frère américain protecteur, un peu couillon mais bienveillant, est bel et bien définitivement enterré, malgré la puissance de la machine de propagande mobilisée pour l’entretenir.

Aujourd’hui, la plupart des peuples du monde sont ainsi passés de la fascination pour l’American Dream au dégoût à l’égard d’une hyperpuissance aussi vorace que brutale, qui n’hésite pas à semer la mort et le chaos pour «perdurer dans son être».
2014 fait à ce titre un peu figure de point d’orgue, où l’on aura vu l’Empire étrenner l’année par une alliance avec des groupes néonazis ukrainiens – pour perpétrer le coup d’Etat que l’on sait–, puis la terminer dans la puanteur exhumée de ses habituelles pratiques tortionnaires (4).
Et c’est aux pieds de cet Empire-là que les élites européennes n’en finissent plus de ramper, se soumettant à tous ses diktats, couvrant tous ses crimes, se prêtant à toutes ses manigances les plus folles.
A cet égard, le cas de l’Allemagne mérite désormais une attention particulière.


«We've beaten the Germans twice,
and now they're back!
»

On se souvient des craintes de Mitterrand et de la Dame de fer à l’aube de la réunification allemande, craintes parfaitement résumées par Margaret Thatcher lorsqu’elle s’était écriée : «Quoi, nous avons battu deux fois les Allemands et les voilà encore de retour ! (5)». 

De facto, l’Allemagne est en effet (re)devenue la puissance dirigeante en Europe, au point que certains observateurs, comme Emmanuel Todd, n’hésitent plus à parler d’un Empire allemand reconstitué (6).

Or la soudaine adhésion de la chancelière allemande à l’hystérie guerrière antirusse de l’Empire US pose de graves questions. 

Suite au scandale des écoutes perpétrées par la NSA sur son téléphone portable, on pensait pourtant que la lune de miel avec Washington ne serait pas pour demain, la chancelière allemande faisant savoir qu’«entre des amis proches et des pays partenaires comme le sont la République fédérale d'Allemagne et les Etats-Unis depuis des décennies, une telle surveillance d'un chef de gouvernement ne saurait exister. » Parlant même d’un «coup sérieux porté à la confiance mutuelle entre les deux pays».

C’était en octobre 2013, peu avant le début du coup d’Etat de Kiev.
Mme Merkel s’était ensuite joint à la meute des toutous pour hurler avec l’Empire contre Moscou, mais toutefois sans excès. Du moins jusqu’au discours de Sidney, le 17 novembre dernier, où la chancelière a attaqué la Russie avec une agressivité inédite, affirmant notamment «que les agissements de la Russie mettaient en péril la paix en Europe» (7).

Comme le souligne Philippe Grasset dans dedefensa (8), «aucun élément nouveau décisif, dans les trois ou quatre derniers mois, ne paraît devoir justifier le revirement de Merkel exprimé dans des termes si dramatiques et alarmistes, et encore moins l’expliquer

D’où l’hypothèse, de plus en plus répandue, que les écoutes de la NSA ont finalement payé, et que les USA feraient tout simplement chanter la chancelière. Les Etats-Unis disposeraient donc de «moyens de pression pouvant aller aussi bien de documents récupérés de l’ex-RDA, par exemple des archives de la Stasi, que de certaines affirmations et confidences de la chancelière interceptées par la NSA.»

C’est bien évidemment possible, la politique étrangère étasunienne relevant davantage du gangstérisme que de la diplomatie.


«Une autre guerre en Europe ?
Pas en notre nom !»

Il n’en reste pas moins que la volonté des Etats-Unis de faire de l’Allemagne leur principal supplétif en Europe ne date pas d’hier, et qu’ils estiment apparemment depuis longtemps déjà qu’Angela Merkel a le profil idéal pour le rôle (9).

De son côté, en jouant ainsi la carte US de l’affrontement contre la Russie, l’Allemagne d’Angela Merkel paraît tentée par un nouvel impérialisme (10) qui soulève des questions il est vrai dérangeantes compte-tenu de l’Histoire du siècle dernier.

Bien sûr, en Allemagne même, les critiques commencent à fuser. Le Spiegel a ainsi récemment ouvert les feux avec un article fleuve très mordant contre la politique de la chancelière (11).

Puis ce fut le discours fantastique tenu à la tribune du Bundestag devant la représentation nationale par Sahra Wagenknecht (12), vice-présidente du parti Die Linke (La Gauche). Un discours où tout est dit avec les mots les plus justes.

Enfin, il y a eu cet appel lancé par des personnalités allemandes (anciens présidents, intellectuels, artistes ou industriels) dont le titre se passe de commentaire : «Une autre guerre en Europe ? Pas en notre nom !» (13).

On voit toutefois mal Angela Merkel reculer, à plus forte raison s’il y a chantage.
Aujourd’hui l’Empire US semble donc avoir trouvé dans l’Allemagne le pivot européen idéal pour articuler sa croisade contre la Russie. Servie par la quasi dissolution d’une France qui ne pèse strictement plus rien en matière de politique étrangère, Berlin peut en effet s’appuyer pour ce faire sur la russophobie «naturelle» d’anciennes républiques soviétiques qu’elle contrôle largement (14).


L’Empire aux abois
De son côté, l’Empire poursuit furieusement sa montée aux extrêmes. Le 12 décembre dernier, le Congrès US a ainsi autorisé la livraison d’armes létales à l’Ukraine en votant à l’unanimité un texte que d’aucuns considèrent comme une véritable déclaration de guerre contre la Russie (15).

Nous en sommes donc là, en cette fin 2014.

En s’appuyant sur les faiblesses, les aveuglements ou les rêves de grandeur inavoués d’acteurs européens parfaitement lamentables dans cette affaire, l’Empire a décidé de privilégier la politique du pire pour tenter de conjurer son déclin, fixant une guerre en Europe de l’Est en acceptant avec une inconséquence inouïe la possibilité d’une confrontation militaire entre puissances nucléaires.
C’est peut-être que pour lui le temps presse de plus en plus.

L’offensive menée contre la Russie a en effet convaincu les pays du Brics de passer à la vitesse supérieure et les rapprochements entre Moscou et Pékin, et même plus récemment New Delhi, font paniquer Washington (16).

Sur le plan intérieur, la situation étasunienne se détériore d’heure en heure. Un Américain sur 5 bénéficie désormais de bons d’alimentation pour vivre (17), et une réplique amplifiée de la crise des subprime de 2008 est d’ores et déjà sur dans les starting blocks.

Pour éviter la rébellion des 99% contre les prédateurs du corporate power US, c’est-à-dire du peuple contre le gouvernement, l’administration Obama a même exhumé la vieille technique de la division raciale pour noyer le poisson (18), ce qui est tout de même un comble pour un premier Président noir US. Mais passons.

La faillite des Etats-Unis est consommée tant sur les plans financier que moral ou social.

Ne reste dès lors que l’Empire en tant que structure, en tant que Système, en tant que machine à dominer et à écraser, dans toute sa froideur et toute sa brutalité.

Un Empire aux abois, qui refuse de mourir dans son lit.




Source : entrefilet.com



Aucun commentaire: