vendredi 19 décembre 2014

Il ne faut pas pleurer, il faut pleurer




La violence fait et défait l’histoire. La violence est en l’homme, dit-on. Sa maîtrise technique, technologique appartient aux États et aux industries qui se la revendent pour en tirer profit et se préparent à la retourner contre des peuples consciencieusement désarmés physiquement, matériellement, intellectuellement au cours de décennies de pacifisme vulgaire. La violence de la police n’est que la surface visible, barbare, odieuse, de la violence encore plus odieuse qui gère, structure, écrase et ravage chaque instant de nos existences. Celle-là n’est même plus à catégoriser en genres, classes, âges, elle est polymorphe, nous sommes nombreux à le savoir, nous le savons tous, au fond, puisque nous la subissons et la portons dans chacun de nos gestes, de nos pas, de nos mots. Nous savons tous qu’étant non violents notre violence s’abat sur la planète entière, que nos vêtements tuent des enfants, que nos téléphones et nos ordinateurs tuent des enfants et infiltrent la terre de poisons mortels, que nos laits de soja bio tuent des forêts que notre électricité exproprie des paysans contamine des mers et des continents que nos vacances enterrent les derniers Indiens vifs dans des musées que nos comptes en banque endettent les frères pauvres européens que nos boîtes de conserve exterminent les poissons que nos déplacements ravagent la beauté des paysages que nos plats sont servis par des esclaves noirs que nos mégatonnes de déchets sont enfoncés au cœur battant de la terre et que l’avenir poussera dessus que notre confort tue l’aventure que c’est à ce prix que nous mangeons du chocolat sans sucre en Europe...

La liste est longue, il ne faut pas pleurer, il faut pleurer.
La plus grande violence que nous acceptons est d’accepter toutes les violences que nous portons en conscience, dans la servilité et la soumission, en connaissance de notre absolue impuissance. Nous dégradant à nos propres yeux il nous faut encore continuer à nous sourire, à nous rire, à nous aimer parce qu’effectivement ce n’est plus dans nos mains mais évanoui dans les airs. La société du désastre nous éduque à assassiner à chaque instant dans l’invisible. Voilà la société non violente que nous sommes.
(ne cessera-t-il jamais le son des agonies invisibles ?)

Métie Navajo
Le 8 novembre 2014 
Lire l'intégralité de cet écrit sur : Cahier de sable


Aucun commentaire: