jeudi 9 octobre 2014

Le massacre des Innocents (1)





Par André Chenet

Je me souviens d'une époque pas si éloignée de nous où la presse française commémorait, au moins par respect pour les populations durement éprouvées, les terribles massacres qui sont les tragédies et les crimes de l'Histoire. Un coeur battait encore dans la poitrine des journalistes témoins de leur époque, et leur conscience à vif éclairait un passé douloureux que de nos jours recouvre un trop plein de réalités et d'imaginaire numériques, d'informations plus ou moins falsifiées se déversant dans les fosses à purin de la modernité. 

Tout va trop vite, si vite qu'il ne reste plus guère de temps pour penser l'essentiel et l'urgence et c'est ainsi que l'oubli bâtit son oeuvre léthale d'une génération à l'autre tandis que les tueries se répètent d'années en années avec la bénédiction des affairistes et des banquiers dont la moralité et la vertu ne soulèvent guère de remords dans les chancelleries et les ambassades. Tueries et massacres de la guerre israélo-arabe de 1948, suivis d'horreurs telles que Sabra et Chatila en 1982, complétés récemment encore par des bombardements sur la population de Gaza.  Génocide cambodgien en 1975 et 1979. Massacre de Mỹ Lai, au Viêt Nam en 1968. Génocide des Tutsi au Rwanda, en 1994. Massacres de Srebrenica en Yougoslavie en 1995. Massacre de Bentalha, Algérie 1997. Massacre et Génocide au Congo qui dure depuis 1994 sous le regard bienveillant de la France et des États-Unis, ces défenseurs fantasques de la démocratie partout où il y a du pétrole ou du gaz en quantité. Massacres de populations  en Ukraine perpétrés en 2014 par des soudards néo nazis encouragés par l'ogre US et sa meute de chacals européens. La liste est longue, longue, sans fin, s'étirant dans la nuit de notre temps, écrite avec le rouge du sang de toutes les peuplades de notre petite planète. Babi Yar (1941) a fait des émules et la barbarie se dissimule dans les ors des palais présidentiels. Les charniers ont pourtant la vie dure qui remontent régulièrement comme des bulles glauques à la surface des eaux épaisses du mensonge. Tout le monde s'accorde à revenir religieusement sur l'extermination insensée des juifs pendant la Shoah tandis que le lourd rouleau compresseur laïque du grand Capital écrase et aplatit en silence la mémoire humaine dans son ensemble. Wounded Knee n'est plus qu'une banalité, un fait divers relaté dans des archives poussiéreuses qui ne concerne au mieux que les "peaux rouges" et ceux qui les défendent encore. D'éminents historiens continuent le travail de mémoire, mais qui les lit ? Le citoyen lambda ne s'intéresse plus guère a la vérité qu'il trouve par trop encombrante, malsaine et dérangeante. La vérité empêche de dormir et de digérer, il faut bien le reconnaître. Rares sont les journalistes contemporains qui s'intéressent encore à la vérité. La plupart de  "nos correspondants" puisent leurs matériaux dans les dépêches et rapports que leur procurent les agences de presse aux ordres des ordures qui les financent. Ce ne sont plus des journalistes mais au mieux des "chroniqueurs", des "spécialistes" ou des "experts" attelés à boucler leurs articles dans des bureaux climatisés ou des chambres d'hôtels de luxe. Au pire, ce sont des pisses-copies sans scrupules. Ils font leur métier, comme on leur a appris, comme on leur demande de le faire, c'est à dire "objectivement" et sans états d'âme. Et les marchands de canon prospèrent avec tout le business de la mort  généré par les multinationales apatrides qui engraissent au passage les grandes ONG des "causes humanitaires".

Parmi tant et tant de massacres jalonnant l'histoire de l'Algérie, il y eut celui de Bentalha, le 22 septembre 1997 sur lequel nous reviendrons dès demain parce que justement il reste un puissant révélateur de l'horreur qui s'exerce sous le couvert de cette abjecte manipulation politique dénommée terrorisme d'État.


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Eh oui, sommes-nous donc condamnés a toujours repeter l'horreur en tant qu'espece? Ajouter a votre triste liste le massacre qui a eu lieu la semaine derniere a Iguala, au Guerrero, sud du Mexique: 6 passants tués, 43 normaliens disparus depuis, probablement au fond des fosses communes qui constellent maintenant le pays (nous en sommes officiellement a 100,000 morts et 30,000 disparus, et je dis officiellement). Deux de ces innombrables fosses clandestines ont été découvertes cette semaine pres des lieux du massacre.

REVOLUTION ici et maintenant a dit…

Ces massacres du Mexique eurent lieu pendant que j'écrivais cet article. Et puis ça continue de plus bel en irak, en Syrie, en Afghanistan ... Depuis 20 ans seulement, tous les records d'assassinats de masse ont été battus. Avec la complicité de nos chers hommes d'États. Notre pays n'a pas rejoint l'Otan pour rien. la voici la démocratie trahie avec ses peuples baîllonnés.