lundi 27 octobre 2014

Journaux achetés, journalistes vendus




« J’ai été journaliste pendant près de 25 ans, et on m’a appris à mentir, à trahir, et à ne pas dire la vérité au public, » a déclaré Ulfkotte lors d’une interview sur Russia Today.


« Udo Ulfkotte est un personnage peu reluisant qui a fait tant de mal au cours de sa carrière en écrasant la voix des rares journalistes qui voulaient, comme nous, faire connaître la vérité. Même si on peut se féliciter de son « retournement », il ne fut pas, comme on le décrit maintenant, un « grand journaliste ». Il nous parait impératif de remettre à sa place véritable celui qui ne fut durant de nombreuses années qu’un sinistre agent double. Un parmi des milliers de faux journalistes toujours en poste, que nous avons identifiés et que nous avons vus, depuis le début des années 90, relayer la propagande mensongère des services secrets qui devait préparer l’opinion publique aux guerres qui ont jeté des innocents en prison, détruit des pays et plongé des millions de gens dans l’horreur. Nous sommes las d’écrire et encore écrire pour redire ce que nous avons dit et répété durant de longues années. C’est pourquoi nous nous bornons ici à signaler quelques articles de contre information éclairants sur des pratiques journalistiques honteuses. » Silvia Cattori




Journalistes achetés, journaux achetés : 

l’exemple de la campagne de dénigrement menée par George Soros contre la Russie




Début octobre 2014, Udo Ulfkotte, ancien journaliste au sein du grand média allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, a publié un livre intitulé Journalistes achetés – Comment les politiciens, les services secrets et la haute finance dirigent les médias de masse allemands [1].




Dans ce livre, il révèle que pendant toute sa carrière de journaliste d’investigation, dont il ne renie pas
par ailleurs l’essentiel (notamment des enquêtes sur le poids acquis par l’islamisme en Allemagne), il a publié, sous son nom et sans changements, des articles écrits par des agents de la CIA ou d’autres agences américaines. Ces articles visaient à soutenir les interventions des États-Unis sur la politique allemande ou européenne, et à discréditer toutes réactions politiques poussant l’Allemagne à s’affranchir de ces influences.

Udo Ulfkotte reconnaît avoir, pour ce faire, été rémunéré par les services secrets américains, ce qu’il avait accepté pour une raison simple : être journaliste d’investigation indépendant ne nourrit pas son homme. Il ne dissimule pas le fait que, du temps de l’URSS, des agents du KGB opéraient de même en Allemagne auprès d’autres journalistes. Mais selon lui, ils le faisaient sur une bien moindre échelle et d’une façon qui a disparu à la chute du Mur. Au contraire, plus l’Allemagne prenait de l’influence au sein de l’Union européenne et dans l’Otan, plus il devenait important pour le gouvernement américain et ses services que l’opinion et le gouvernement allemand soutiennent les stratégies américaines. Pour cela la mobilisation de medias réputés comme indépendants devenait essentielle. 

Il est remarquable de constater que le livre de Udo Ulfkotte, bien qu’il ait fait le tour des cercles alternatifs et des blogs politiques allemands, n’a pratiquement pas été cité par la presse, qu’il faut bien nommer officielle, qu’il faut bien aussi nommer subventionnée par des flots de dollars souterrains. Seule à ce jour, La Voix de la Russie en a parlé. Pour connaître le contenu du livre, il faut donc se référer à cet organe, qui a publié une interview de l’auteur. Rien d’étonnant, diront les lecteurs animés d’une hostilité à la Russie encore très générale en Europe. La Voix de la Russie n’est-elle pas directement inspirée par les gouvernements et les services secrets russes ? Peut-être, mais la question n’est pas là : elle est de pouvoir écouter ce que Udo Ulfkotte a à dire [2].

La presse allemande n’est pas la seule à être sous contrôle.

Or, lorsque l’on y réfléchit un tant soit peu, il ne fait aucun doute que les opinions publiques qui en Europe font de l’anti-poutine systématique ne le font pas par conviction personnelle, mais parce qu’elles sont influencées par le discours – la propagande à la Goebbels faudrait-il dire – émanant des grands journaux et des chaines de télévision. Il en est en France et dans les autres pays européens de même qu’en Allemagne. Comment pouvoir juger indépendamment si l’on est abreuvé en permanence de désinformation. Or cette désinformation, s’exerçant systématiquement en faveur des intérêts géostratégiques et économiques américains, ne tombe pas du ciel. A la lecture du livre d’Udo Ulfkotte, l’on comprend qu’elle est financée directement par des dollars contribuant à l’équilibre économique des grands médias, et aux bénéfices de leurs actionnaires.

Il faut reconnaître que les lanceurs d’alerte, tel Udo Ulfkotte (que l’on peut comparer en son domaine à un autre dénonciateur de la CIA et de la NSA devenu célèbre), ne sont pas les seuls. Philippe Grasset, qui s’oppose quotidiennement, sur son site Dedefensa, à ce qu’il nomme le Système de l’américanisme, vient d’en porter témoignage. Il relate les pressions et les menaces qu’il avait reçues, notamment, lorsque pratiquant le journalisme indépendant en Belgique, il avait, avec de bons arguments techniques et politiques, critiqué le choix fait par le gouvernement belge de l’époque d’un avion de combat américain, face à l’offre française reposant sur l’avion Rafale, offre beaucoup plus avantageuse à tous égards pour la Belgique [3].

Aujourd’hui, La corruption permanente qu’exercent sur les médias européens les intérêts stratégiques et économiques américains saute aux yeux de tout observateur un tant soit peu averti. Ainsi, pour ne citer que cet exemple, le grand journal français de référence qu’est resté pour de nombreux lecteurs Le Monde, vient de publier un long article du grand philanthrope et milliardaire George Soros, titré curieusement de deux façons différentes : L’Europe soit sauver la nouvelle Ukraine (version papier) et Ukraine : « L’Europe est indirectement en guerre » (version électronique). Soros y conjure les Européens à se ressaisir face à une menace russe grandissante. Si l’Europe ne soutient pas l’Ukraine de Kiev, tant au plan économique que politique, elle devra (écrit-il quasiment) s’attendre à une invasion prochaine par l’Ogre russe [4]. La diatribe guerrière est soutenue par une illustration représentant un ours immense déchiquetant entre ses dents une Europe en lambeaux.


Copie du tout début de l’article de George Soros publié dans l’édition papier du journal Le Monde datée du 24 octobre




George Soros est devenu milliardaire, et donc logiquement philanthrope, par des comportements économiques souvent proches de ceux de la maffia. Par ailleurs, il a financé toutes les révolutions Orange en mettant en place des gouvernements corrompus de par le monde. Il vient de dépenser sans compter pour porter vers la victoire, d’abord Marina Silva, puis Aecio Neves, l’adversaire conservateur, et sous influence américaine, qui s’oppose à Dilma Roussef lors du second tour de l’élection présidentielle brésilienne en cours [5].
Dans ces conditions, on devrait s’étonner du fait que Le Monde et les principaux journaux dits occidentaux (car la communication de Soros est largement européenne, comme le montre par exemple le communiqué de Soros en espagnol) aient publié ce tissu de mensonge et de désinformation, d’incitation à la guerre, qu’est cet article de George Soros, et cela sans préambule, sans mise en garde. Dans la version électronique, le nom de l’auteur de l’article, en l’occurrence George Soros, n’est même pas mentionné sous le titre, ce qui peut faire croire que c’est un article de la rédaction du Monde (voir copie d’écran ci-dessous). Déontologie journalistique, où es-tu ?


Copie d’écran du début (la partie accessible gratuitement) de l’article de George Soros publié le 23 octobre dans l’édition en ligne du journal Le  Monde






Mais peut-on encore s’en étonner, quand, depuis des mois, on lit quasiment chaque jour, en première page de ce journal (il n’est pas le seul, mais c’est un archétype), au moins un gros titre dénigrant la Russie, férocement ou insidieusement ? Un travail de sape méthodique (le fameux Bashing anglosaxon), qui s’attaque à l’inconscient collectif d’un peuple. Il est loin le temps où ce journal était un lieu de débats, cherchant à peser le pour le contre : il ne reste plus de cette idée initiale que la mention Débats, en haut à gauche de la version papier. Il est loin le temps où les clients de ce journal étaient ses lecteurs…
Cependant, pour ne pas sombrer dans le pessimisme, on pourra constater, à la lecture de leurs commentaires, que la plupart des lecteurs du Monde ne s’en laissent pas compter [6]. Sans doute est-ce là un des bons effets de la numérisation de la communication politique. Ceux qui proposent sur le web, à titre individuel ou collectif, des propos quelque peu alternatifs parviennent de plus en plus, ne fut-ce que faiblement, à se faire entendre.


Note de Tlaxcala
L'article de Soros publié par Le Monde est paru en anglais dans la New York Review of Books (Wake Up, Europe), repris par le Kyiv Post en Ukraine et divers sites ouèbe anglophones, et commenté/paraphrasé dans un bref article par Julian Borger dans The Guardian (George Soros: Russia poses existential threat to Europe). En français, à part Le Monde, le quotidien La Tribune a publié une interview de Soros (Le plan de George Soros pour sauver l'Europe), présentée ainsi : "Le légendaire créateur du fonds éponyme et de l'Open Society était de passage à Bruxelles jeudi pour promouvoir son dernier livre, « Wake up Europe !», qu'il vient de publier dans la New York Review of Books". L'article de Soros est devenu un livre…  Le même article est paru  en espagnol dans La Vanguardia (Despierta, Europa). Il n'est paru à notre connaissance dans aucune autre langue, certains médias européens se contentant de reproduire des dépêches d'agence le résumant. Cela paraît d'autant plus bizarre que Soros est propriétaire du Project Syndicate, qui diffuse des centaines de   tribunes libres de "grandes plumes" – de Desmond Tutu à Bill Gates en passant par Michel Rocard et Javier Solana - dans 181 quotidiens internationaux et dans une douzaine de langues. Alors que son précédent article (Sauver l'Ukraine pour sauver l'Europe), de mai dernier, avait été diffusé par cette entreprise, celui dont il est question ici ne l'a pas été. Bizarre, vous avez dit bizarre ?

[3] Le journalisme made in CIA, aujourd’hui et hier (dedefensa.org, français et anglais, 20-10-2014)
[4] Ukraine : « L’Europe est indirectement en guerre » (lemonde.fr, édition abonnés, français, 23-10-2014)
[5] Soros et la CIA misent maintenant sur Neves pour vaincre Rousseff (vineyardsaker, français, 22-10-2014)
[6] Citons une lectrice du Monde, à qui « on ne la fait pas » :
« Soros, un « philanthrope » qui défend l’État de Droit ! Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! L’Europe se retrouve bien avec une guerre civile à sa porte, à cause de l’ingérence de monsieur Soros et de ses amis américains, qui ont voulu jouer au grand échiquier, et, tout comme au Moyen-Orient, c’est le reflet de l’interventionnisme et de l’ingérence néocoloniale de l’Open Society. Il y a déjà fort à faire en termes d’état de droit et de philanthropie dans votre pays, monsieur Soros, restez-y !


Source : Tlaxcala




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