lundi 13 octobre 2014

Jean-Marc Le Bihan, chanteur de rue et poète





"Jean-Marc Le Bihan est chanteur de rue et son écriture populaire proche des gens. Il n'écrit que sur ce qui le touche sans souci de plaire ou d'aller dans le sens du poil. Il parle « des vieux qui s'aiment », de la terre qu'on pourrit, des gens sans importance."


Je suis un chat de gouttière
        "Les textes de ce livre sont seuls. Je veux dire qu'ils sont l'envie d'un homme fou, mais fou ! Rien ne s'explique, on n'explique rien. Les choses de la vie existaient bien avant nous; quand je dis «nous», je veux dire tous, mais tous. Enfant de passage, gosse tranquille, colérique aussi, mais d'une vraie colère. Il est vrai que chacun cherche une part de vie; il me faudrait cent mille oiseaux pour noircir cent mille pages, mais les oiseaux d'hier ne sont pas foncièrement ceux d'aujourd'hui. Si vivre ne sert à rien, rien ne sert à rien. Cela peut vous faire peur, mais c'est ainsi ! La vie ne se brade pas, à nous de la vivre comme nous voulons. Mes chansons sont des lieux communs, les suicidaires ne sont pas ceux que l'on croit.
Mes textes sont des histoires parfois vécues, elles viennent d'un regard sur les autres qui n'est que le mien. On ne voit pas tous les mêmes choses au même moment, à la même seconde. Toutes mes chansons ne sont pas foncièrement moi, mais elles expriment un désir de rencontre, elles sont les idées d'un homme seul qui ne peut pas vivre sans les autres. Ma solitude se peuple très vite de visages disparus, de pays âges jamais vus, comme un enfant qui se couche dans un pré, regardant le ciel, il se met à jouer avec les nuages; nuage devient un autre personnage. On ne peut pas vivre sans imagination. Malheur à ceux qui se moquent de l'enfance, qui ricanent devant un nez de clown, pauvres esprits sont-ils ! Rien n'est plus beau qu'un rire de gosse, rien n'est plus triste que ses larmes..,
J'aime les gens du voyage, plus que tout que le voyage soit imaginaire ou réaliste, du vagabond à la putain, de la vieille au vieillard meurtris, de l'espérance au désespoir, de la femme à î'homme, de Fez à Paris, de Moscou à Syracuse, d'un village perdu aux trottoirs du Brésil, d'un champ de blé à une terre en jachère, d'un océan à la source d'un ruisseau, et de celui qui meurt à celle qui va naître. La vérité ne peut mentir, mais il y a des mensonges qui sont des vérités. Si la poésie existe, elle ne sert à rien, elle le sait, cela l'arrange, car elle déteste le statut des vainqueurs, leurs monuments d'airain, leurs grands noms dans l'histoire, leurs plaques en avenues. La poésie aime les sentiers perdus, les chemins de traverse, la poésie est nomade, elle ne sédentarise pas ses idées, elle les sculpte au jour le jour comme un enfant fait d'un morceau d'écorce le plus beau et le plus libre des voiliers. Le vent. la pluie, la neige, le souffle du berger, l'oiseau, la nuit, le jour qui se lève en sachant qu'il faudra qu'il se couche, les amoureux enlacés sur leur couche, l'enfant qui te réveille la nuit et te demande de rester près de lui. L'ombre dans cette ruelle sombre qui avance seule en essayant de ne pas tomber. L'étrange regard de cet étranger dans un camp de rétention, je veux dire de concentration, qui se demande encore où sont les siens et pourquoi fallait-il les quitter. C'est dur de gagner son pain; ce policier qui frappe avec violence la tête de ce pauvre type qui n'a rien fait à personne. Pourquoi ce même policier, le soir, en rentrant chez lui, embrassera femme et enfant ?
Tous ces politiciens menteurs qui se forgent un pouvoir sur le déséquilibre humain, jusqu'à devenir des assassins de l'ordre, ces religieux faux prophètes qui n'ont rien dans la tête et qui se croient plus grands que Dieu et Dieu lui-même qui se croit grand. Pourquoi faut-il souffrir et pourquoi faire souffrir ? Au royaume des hommes devenus masochistes, cette tendresse errante sans frontière, sans papiers, dérange l'ordre établi. Nous sommes tous des errants. Il n'y a pas d'élus. Les races ne sont que les vêtements du corps, la pensée mise en tendresse est de toutes les couleurs, elle ne se soumet pas à la connerie universelle, au troupeau. La pensée est poésie, elle voyage sans drapeau, sans pays. Elle solitude l'homme pour le rendre à lui-même. Elle n'est pas un numéro ni un compte en banque, elle ne s'agenouille pas devant le pouvoir de l'argent, elle déteste les puissants, elle sait que toute action qui conduit à la destruction de l'autre est une infamie Elle est émigrante, cela fait cent mille ans qu'elle émigre, qu'elle dépasse tout horizon, elle ne sert à rien d'autre qu'à nous faire rencontrer. Nous sommes la pensée. Ce petit livre, si tu le gardes, mets-le dans ta poche, lis-le de temps en temps, cela te rapprochera de moi, je n'ai ni tort ni raison, je cherche sans savoir quoi chercher. Sache que mes chansons sont des petites chansons qui ne servent à rien, mais si elles peuvent t'aider, je suis le plus heureux des hommes. Je ne suis qu'un porteur de chansons, un griot de l'espoir, inutile en tout, mon indépendance pour vérité. Je suis un chat de gouttière. "
Jean-Marc Le Bihan   






La misère et la mort



Jean-Marc Le Bihan à Aurillac, le 24 aoôt 2013 : 




Le Migrateur 




Jean-Marc Le Bihan au micro

(Prises de parole dans la rue, à la fête de l'Huma ...etc...)







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