mercredi 10 septembre 2014

Syrie, deux témoignages pour comprendre







"Ce qui est dit sur mon pays n'est plus de l'information mais de l'intoxication. Ces gens que l'on appelle les insurgés, qui sont-ils en vérité ? Des mercenaires libyens, afghans et irakiens, payés grassement pour tuer, manipulés par le Qatar et l'Arabie Saoudite qui veulent en finir avec la Syrie à cause de son alliance avec l'Iran. Il y a aussi des intérêts économiques en jeu : le pétrole et surtout le gaz, avec la découverte d'une immense réserve qui pourrait satisfaire les besoins de l'Europe pendant un siècle. Quant à Bachar El-Hassad, bien sûr que tout n'est pas parfait sous son régime. Mais depuis son arrivée au pouvoir en 2000, que constate-t-on : la croissance a atteint 6% en 2008, il a autorisé Internet, accueilli 1,5 million d'Irakiens, rétabli des relations diplomatiques avec le monde et il ne s'est pas enrichi. … François Hollande doit revoir sa copie… La France doit aider … à sortir les terroristes du pays" Jean-Claude Antakli 


Premier témoignage :

«Tant que les historiens n'auront pas compris qu'ils ne peuvent rien faire sans nous tant que nous sommes là, nous risquons demain d'avoir des historiens qui vont « objectiviser » l'histoire. Je crains que « l'histoire objective » supprime tout ce qui est le vécu, tout ce qui est le côté humain qui touche les plus jeunes. Ce n'est pas pour un héritage que l'on se bat, mais pour que les jeunes nous écoutent et qu'à leur tour ils transmettent ». Henri Budawko

Jean-Claude Antakli
En ces temps de désinformation ambiante, agressive et difficilement déracinable, il est à craindre que l’ « objectivisation » dont parle M. Budawko ne dégénère en falsification dogmatisée. Le martyr des Syriens perdrait alors de son sens car on ne connaitrait alors jamais les circonstances réelles de ce martyr et la responsabilité des véritables bourreaux serait minimisée, sinon totalement niée.
Je soumets à votre attention la suite du témoignage de Mr Jean-Claude Antakli, intellectuel franco-syrien, auteur de plusieurs livres dont le dernier, « Syrie, une guerre sans nom » est dédié à la mémoire des 150.000 familles syriennes qui pleurent toutes la disparition d’un être cher emporté par le tourbillon d’une guerre à la fois pétro-gazière et idéologique.

La Voix de la Russie. « Comment est-ce que vous expliqueriez la politique suicidaire de la France en Syrie ? Croyez-vous qu’elle puisse encore revenir sur ses prises de position ou alors il est trop tard, Paris continuera à faire ce qu’il a pris l’habitude de faire depuis sa réintégration au commandement de l’OTAN, c’est-à-dire satisfaire les désidératas rapaces des USA ?

Jean-Claude Antakli. Vous avez utilisé le mot suicidaire. Je trouve qu’il n’est pas assez fort même s’il est tout à fait conforme à ce que je pense. Bien que n’étant ni géopoliticien ni historien, je m’arroge le droit – en vertu de mon vécu – de reprendre votre constat en disant que oui, il s’agit d’une politique suicidaire que la France mène et qui me navre moi qui suis gaulliste de cœur, français et fier de mes deux racines. Pour situer ladite politique, il faudrait remonter jusqu’à 1948 même si elle a véritablement donné ses fruits sous Alain Juppé qui fut ministre des Affaires étrangères sous Sarkozy. En dépit de toutes les règles et des conventions internationales, il a validé la coalition de l’opposition du CNS, c’est-à-dire du Conseil national syrien qui s’était autoproclamé avec l’aval de l’ancien et nouveau gouvernement comme étant le seul interlocuteur du peuple syrien en violation du droit international, réduisant de fait les relations franco-syriennes aux pires moments du colonialisme après un demi-siècle de relations apaisées. Personnellement, je suis arrivé en France en 1962, à un moment où la France rétablissait ses relations diplomatiques avec l’Algérie et du même coup avec la Syrie avec lesquelles elle avait à peu près les mêmes désaccords. Avec le nouveau gouvernement de Hollande, on aurait pu penser – moi le premier – à une inflexion de cette politique suicidaire. Mais c’était probablement ignorer le poids d’un Laurent Fabius qui sur les pas de BHL, prétendu ami de la Syrie, allait imposer une ligne encore plus dure correspondant point par point à la feuille de route de l’ancien W. Bush. De même en fut-il avec le Président Obama qui pourtant avait suscité tant d’espoir mais très vite beaucoup de désillusions durant son premier mandat, cet homme que l’on croyait le plus puissant du monde et qui pouvait au moins tenir ses promesses, notamment celle de la création d’un Etat palestinien ne serait-ce que pour justifier son prix Nobel de la paix. Vous voyez que les résultats d’aujourd’hui montrent combien les puissants ne sont pas à la hauteur de cette paix et de cette justice auxquelles aspirent tous les jeunes et les moins jeunes du monde arabe.

Je ne voudrais pas m’arrêter essentiellement sur cet aspect suicidaire. Je dois vous dire que dieu merci il y a encore des voix qui s’élèvent en France contre cette politique absurde. J’ai retenu celle du peuple français qui à 65 % de majorité a dit clairement « non » à une intervention étrangère en Syrie au moment où l’on a voulu faire croire que le gouvernement d’Al-Assad avait franchi la ligne rouge en recourant au gaz sarin. On sait aujourd’hui grâce à de nombreux experts, y compris américains et même grâce à l’enquête menée par Carla Del Ponte qui a été mandatée par l’ONU que les armes chimiques ont été utilisées par les djihadistes, qu’il s’agissait d’armes artisanales dont les Syriens n’avaient pas besoin parce qu’ils avaient des moyens bien plus perfectionnés. Pour en revenir aux Français, ceux-ci dans leur sagesse et leur bon sens ont conçu avoir été l’objet de cette immense manipulation qui est toujours inhérente à la stratégie anglo-saxonne et dont le but était de s’accaparer des ressources énergétiques du Proche-Orient avec la complicité des Émirats et des pétromonarchies. Je vous citerais bien quelques voix de généraux français comme celles de Jean Salvan que j’ai cité dans mon livre ou de Dominique Delawarde ou encore une voix d’un ancien chef du service de renseignement, Alain Chouet qui dénoncent tous courageusement toutes ces manipulations bassement géopolitiques motivées par la découverte d’importantes réserves de gaz en Syrie et dans la Méditerranée.

Ceci dit, si on avait interrogé, même au niveau de la gauche, des figures politiques comme Hubert Védrine et Roland Dumas, c’est-à-dire des anciens ministres des Affaires étrangères bien ancrés dans la gauche (je ne parle même pas de Couve de Murville sous de Gaulle !) ou Julien Dray que j’ai entendu à BFM et qui disait que dans l’affaire ukrainienne comme dans l’affaire syrienne la même approche était adoptée, on comprendrait vite qu’il serait préférable de se rapprocher de la Russie plutôt que de l’Outre-Atlantique. Ce n’est que de cette seule façon qu’on aurait pu élaborer des solutions politiques apaisées, des solutions tout à fait envisageables et qui expliquaient mon élan d’espoir. J’ai d’ailleurs été reçu à deux reprises par la conseillère du Président Hollande qui avait lu mes livres et qui m’a interrogé pendant 80 minutes. J’ai essayé de lui donner mon point de vue hors de toute idéologie car j’agis en homme libre et n’appartient à aucun parti, ni en Syrie ni en France. J’ai donc tenté d’expliquer à la conseillère du Président que les attentes des Syriens que j’ai côtoyés pendant trois ans ne correspondent pas du tout à ce qui se passe actuellement avec l’intrusion de ces djihadistes qui sont venus de 50 pays différents, qui ne parlent même pas l’arabe et qui ont semé la discorde avec l’aval de ces élites anglo-saxonnes que la France s’est aveuglément empressée de suivre.

LVdlR. Les médias occidentaux trempés dans la bien-pensance mentent. Plus ils sont bien-pensants, plus ils mentent. Platement. C’est ainsi qu’ils affirment que la côte de popularité de Bachar el-Assad est presque nulle, que le peuple ne veut plus d’un Président qu’il a démocratiquement élu en 2000 parce qu’il ne voudrait plus d’un tyran. Qu’est-ce que vous seriez tenté de leur répondre ?

Jean-Claude Antakli. Je me suis rendu compte que depuis presque 70 ans – c’est-à-dire quasiment depuis le début du conflit israélo-arabe qui a commencé en 1947 – que l’Amérique avait revêtu un rôle impérialiste totalitaire qui au fil des années allait tout écraser sur son passage avec la démocratie comme maître-mot. En parlant des mensonges que vous avez cités il faut aussi évoquer ces manipulations gigantesques dont la création d’Al-Qaïda fait partie car cette organisation fut conçue pour diviser l’islam en opposant radicalement ses deux branches en vue de s’emparer avec plus d’aisance des richesses du monde arabe. Le bilan de la politique étrangère des USA en sept décennies est catastrophique. Il suffit de relire l’Histoire : du Vietnam jusqu’à l’Afghanistan en passant par le Pakistan, le Liban, l’Irak, la Libye et aujourd’hui la Syrie avec comme prochaine destination l’Iran qui n’a pas été touché puisqu’il y a eu des tractations qui ont momentanément apaisé les passions.

Pour ma part, cette histoire d’Axe du Mal et ce système de diabolisation des états non-alignés avec ce slogan récurrent : « Si vous n’êtes pas avec nous vous êtes contre nous » nous mènent droit à la catastrophe. J’ai cessé de croire à la capacité des élites politiques au pouvoir de mener ce monde vers la paix. On va directement vers une IVème Guerre Mondiale. On me demande souvent pourquoi la IVème et pas la IIIème ? Parce qu’à mon sens le bilan de la III Guerre Mondiale a déjà été atteint depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948. Quand on voit le bilan des morts entre les guerres au Liban, en Irak, en Afghanistan, en Libye et en Syrie aujourd’hui, on dépasse de loin les millions de personnes. C’est sans parler des handicapés et des réfugiés. Ce bilan est tel que les populations – je dirais surtout européennes ou plus strictement occidentales – ne réalisent plus son impact et s’imaginent que la IIIème Guerre Mondiale n’arrivera jamais alors qu’elle est maintenant à nos portes. Aussi bien en Syrie qu’en Europe.

Par rapport aux mensonges, je vous donnerai un exemple marquant. Au moment où la Libye était en train de tomber, un BHL qui paradait à l’arrière-plan de toutes ces horreurs illustre cette politique digne des guignols d’hier. Je vous donnerai deux autres exemples scandaleux avec Alain Juppé : Eric Chevalier qui est notre ambassadeur de France à Damas, dès le début de tous ces printemps que j’appelle « pourris », avait mis en garde son ministre de tutelle Alain Juppé en disant de ne pas faire de confusion avec la Lybie, car les Syriens ne souhaitent en aucun cas une révolution ou un renversement du régime. Ils veulent simplement une accélération des réformes, des salaires plus élevés et surtout un coup d’arrêt à la corruption. Alors est-ce que Alain Juppé a fait remonter ces mises en garde en en faisant part à Sarkozy ? Je pense que oui. Mais quand on voit comment Sarkozy s’est précipité dans les bras de l’OTAN effaçant du même coup toute la souveraineté acquise par de Gaulle au nom de la France, on ne se pose plus aucune question. Deuxième exemple : se trouvant l’année dernière en visite en Jordanie, à la frontière avec la Syrie, Fabius est allé à la rencontre des réfugiés syriens. Les médias internationaux, au lieu de trouver un discours apaisant, réconciliateur, ne trouvent pas mieux que de dénoncer sur un ton péremptoire la politique de Bachar el-Assad en disant que celui-ci « ne mériterait même pas de vivre sur terre ».

Mettez-vous donc à la place des Syriens, même des plus modérés qui ont le sens de l’Etat et du patriotisme, que peuvent-ils penser de quelqu’un qui déjà dans son pays, en France, a les mains sales suite à cette histoire de sang contaminé de plusieurs centaines de victimes ? La moindre des décences aurait été de se lamenter sur le sort de tous ces réfugiés et de trouver une solution plutôt que d’exprimer son indignation.

D’ailleurs, loin d’arriver à distiller sa haine, Fabius se rallie par là même aux discours des imams les plus radicaux de la région qui, dois-je vous dire, proclament encore haut et fort sur la chaîne qatarie Al-Jazzera qu’il convient « d’égorger tous ces chiens de mécréants que sont les chrétiens, les juifs et tous [ceux qui n’adhèrent pas au salafisme] parce que leur sang est si impur qu’il faut veiller à le verser dans les caniveaux ».

Quand vous relevez des propos de ce type qui n’échappent pas à Fabius ainsi qu’à nos dirigeants d’hier et d’aujourd’hui, on ne pense tout de même pas que des gens qui se disent dévoués aux idéaux des droits de l’homme ne comparaîtront pas devant les tribunaux de demain pour crimes contre l’Humanité.
Heureusement qu’en Russie ou en France il y a encore des médias courageux. J’ai été ainsi invité par Radio Notre-Dame comme j’ai été invité par Eric Naulleau, un journaliste indépendant, pour m’exprimer en tant que citoyen, pour dire que les Syriens attendent qu’on vienne à leur secours et que l’on arrête ce carnage qui persiste. Au-delà de tous ces slogans démocratiques, il y a le projet pharaonique de Gazprom et la réalité du gaz qui a été découvert et qu’on veut acheminer via la Turquie et des pays méditerranéens dont Homs est l’épicentre. Le Président Bachar a refusé de souscrire à ce projet en étant toujours fidèle à l’Iran et à la Russie parce qu’il sait que cette dernière est un allié fidèle. Il est donc devenu l’homme à abattre. Tout cela est bon à rappeler non seulement au peuple russe mais aux peuples civilisés qui ont encore le sens du discernement ».




On lira avec intérêt le témoignage de Geneviève et Jean-Claude Antakli "Syrie, une guerre sans nom ! / Cris et Châtiments", François-Xavier de Guibert éditeur, 2014, 

"Les Antakli ne se contentent pas de produire des témoignages. Dans les deuxième et troisième parties de leur livre respectivement intitulées « La vérité sur les auteurs des massacres » et « Les vraies raisons des massacres », ils reproduisent aussi des documents irrécusables. Ces documents émanent par exemple d’un officier de la DGSE sur l’aveuglement de notre diplomatie, ou d’un prêtre islamologue, le Père Gallez, sur l’accablante responsabilité de l’administration Obama, de l’Arabie saoudite surarmant les insurgés et de nos médias, « y compris l’Agence France Presse (à capitaux saoudiens aujourd’hui) » pratiquant la pire désinformation. « On ne peut plus se taire », conclut le Père Gallez.
Mais on peut toujours lire, et l’ouvrage des Antakli fournit en munitions ceux qui ne supportent plus « les mensonges qui nous ont fait tant de mal »… y compris dans nos banlieues, comme le prouvent les tristes exploits de « Français » djihadistes en Syrie, tel Mehdi Nemmouche qui a poursuivi à Bruxelles sa guerre sainte commencée à Alep."
Camille Galic
6/06/2014






Biologiste-écrivain et ex-correspondant de presse, Jean-Claude Antakli est né en 1940 de père syrien et de mère grecque. Ce chrétien d’Orient quitte la Syrie pour faire ses études de biologie à Montpellier.
Chaque année, il passe plusieurs mois dans son pays d’origine. Son épouse Geneviève, biologiste elle aussi, y a créé une école d’infirmières. Malgré la situation actuelle,
Jean-Claude Antakli garde l’espoir chevillé au corps, car la majorité du peuple syrien, quelle que soit sa religion, est soudée.
Sur les écrits et les témoignage de Jean-Claude Antakli et de son épouse Genevieve  lire : ImagiLÉOnation
http://www.imagileonation.com/jean-claude-antakli.ws

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Lors de la présidentielle syrienne du 27 mai 2007 à laquelle avaient participé 11,2 millions de citoyens, Bachar al Assad avait été plébiscité par 97,62% des votants. Sept ans plus tard, dont près de trois années de guerre civile, le chef d’Etat syrien a recueilli, le 3 juin, 88% des suffrages : 11,6 millions de personnes s’étaient déplacées sur les 15,8 millions d’inscrits dans les zones sécurisées.
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Deuxième témoignage : 


Propos recueillis par Christine Mo Costabella 

Le 13 octobre 2012


De confession catholique, Samar[1], 58 ans, a été forcée de prendre la route de l’exil, comme tant d’autres Syriens, pour fuir un conflit qu’elle n’a pas voulu. Elle a trouvé refuge à Genève, où vit un membre de sa famille. Loin de partager le parti pris occidental pour une rébellion qu’elle ne croit pas spontanée, elle nous livre ici, sur fond de guerre médiatique, le point de vue des Syriens hostiles à un changement de régime.



Sur son compte Twitter, le Front islamique publie cette photo dont il affirme qu'elle montre l'explosion du Carlton d'Alep, un attentat revendiqué par ce groupe rebelle syrien. (Photo :l'Orient Le Jour)


Selon vous, les Syriens sont loin d’être unanimes à soutenir la rébellion ?

A Alep, où j’habite, il ne se passait presque rien jusqu’à il y a huit mois (NdlR: en 2012). Quand des jeunes sortaient dans la rue, pour crier « on veut la liberté », les gens les prenaient dans le hall d’un immeuble et les frappaient, et ensuite ils appelaient la police. Alep, c’est la ville commerçante. On ne voulait pas de la révolte. Mais un jour, à 9 heures du matin, j’ai entendu un grand bruit. A la télé, j’ai vu le résultat des explosions : on voyait un trou, des morceaux de corps humains… c’était horrible, j’ai eu une crise de larmes. J’ai vite arrêté de regarder les nouvelles toute la journée. Ça me stressait, et je ne pouvais rien faire.


Vous aviez confiance dans les informations ?

On en est arrivé à un point où on ne peut plus savoir où est la vérité. Il y a des chaînes qui inventent des choses : Al Jazeera, Orient, la BBC… ils fabriquent des images, ils montrent : Voilà, le président tue son peuple. Une fois, ils ont même montré qu’on tuait des enfants. Mais on s’est rendu compte après que les images avaient été tournées en Irak ! Ces chaînes sont payées par l’Arabie saoudite et le Qatar. Les rebelles aussi touchent de l’argent. Et on découvre des étrangers parmi eux, ils ne sont pas tous syriens ! Ils veulent faire de tous les pays du Moyen-Orient des pays musulmans salafistes. Même la Turquie, avant qu’il ne se passe quoi que ce soit en Syrie, avait préparé des camps pour recevoir les familles des rebelles. Les choses ont été planifiées.


Mais les Etats-Unis ?

Ils défendent les intérêts d’Israël. La Syrie est un des seuls pays qui s’oppose à Israël, qui soutient les Palestiniens

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Les médias occidentaux nous montrent surtout les exactions du régime, et un peuple qui souhaiterait le départ de Bachar.

Pour nous, les chrétiens, il est bien. Les Alaouites sont les plus proches des chrétiens parmi les musulmans. Il a fait des études en Angleterre, sa femme aussi ; il est médecin ophtalmologue. Il est civilisé. Sa femme n’est pas voilée. Et puis il n’est pas comme son papa, il a ouvert la Syrie. Il a ouvert les portes au commerce, il a fait enseigner les langues étrangères à l’école, le français ou l’anglais.


La révolte, à la base, est pourtant bien le fait de Syriens ?

Ce qui a fait cette révolte, c’est que dans sa famille, où ils sont tous alaouites, ils ont profité de sa situation de président pour s’enrichir. Leurs projets n’étaient pas ouverts aux autres. Des personnes sont devenues trop riches et tenaient tout entre leur main. Au début, c’est sûr, il y a eu des jeunes révoltés ;  tous les vendredis, au sortir de la prière, des gens ont commencé à crier « Liberté, liberté ! ». Mais ensuite ils se sont mis à sortir les armes, à tuer. Nous, les vendredis, on ne sortait plus. Puis ça a commencé les autres jours aussi. Moi je travaille pour faire la cuisine dans d’autres familles ; ça devenait dangereux de sortir pour aller travailler. Je faisais une prière avant de sortir dans la rue. En plus, comme je travaillais pour des familles étrangères, des Français, des Brésiliens, ils sont tous partis, je n’ai plus eu de travail. Et puis il n’y a plus de gaz, il y a des coupures d’électricité, il n’y a pas de pain parce que les rebelles interceptent les camions de farine. Ils tuent le chauffeur et empêchent la farine d’arriver.


Pourquoi font-ils cela ?

Pour que le peuple ait faim, et qu’il dise au président : « Allez, va-t’en, on veut en finir avec cette histoire ». Sur les routes, les rebelles arrêtent les bus, les voitures… Ils tuent les gens, violent les femmes. Comme ça les gens se disent : « Il n’y a plus de police, plus de sécurité, le gouvernement ne fait rien ! » C’est vrai que chez nous, tout est censuré, il y a beaucoup de monde qui est agent secret, tout est surveillé. On pensait que jamais rien ne pourrait se passer dans ce pays. Aujourd’hui on se réveille et on se dit : « Comment le gouvernement a-t-il pu laisser passer tout ça ? »


Vous aviez déjà pensé à quitter la Syrie ?

Non. Je suis attachée à ce pays… Même si je suis ici maintenant, mon cœur est là-bas. Ma famille est là-bas. Je ne pense pas seulement à elle mais aussi aux Arméniens, aux Palestiniens, aux Irakiens, et aux Kurdes qui ont trouvé refuge chez nous, à Alep, après les massacres. Voilà qu’ils connaissent à nouveau la guerre… Je pense aux personnes âgées chez moi qui ne touchent plus leur retraite, qui ne peuvent plus sortir acheter de la nourriture… Alors moi, à chaque fois que je fais la prière, je suis tellement émue. L’autre jour je suis venue prier ici, à la Trinité, j’ai crié vers Dieu, je lui ai dit : « Mais pourquoi tu ne m’écoutes pas ? Je te confie ce pays ! » C’est difficile. J’ai confiance qu’Il a la solution, mais c’est pour quand ?


Note :
[1] Prénom fictif




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