vendredi 26 septembre 2014

L'histoire ne s'apprend pas à l'école



Résistance au colonialisme.. Une vision sud-américaine



Pour réfuter une fois de plus l’ineptie doctrinaire qui veut nous faire croire que nous vivons dans un monde "post-colonial", voici un article écrit par une journaliste américaine d’origine argentine, qui voit l’affaire coloniale des deux côtés de la lorgnette, à la fois en tant que membre de la société dominante coloniale, mais aussi ayant vécu dans les deux Amériques et y voyant les similitudes concernant les problèmes de terres et d’exploitation des nations indigènes. Le dernier article que nous avons traduit de John Pilger quant à lui donne le ton sur le continent de l’Océanie… Un monde "post-colonial" ? Mensonge ! Nous vivons, nous nageons dans le colonialisme. La situation géopolitique actuelle est le résultat d’une hypertrophie coloniale d’un empire mégalomaniaque, à l’instar de tous ses prédécesseurs. Lutter contre le colonialisme est LA priorité absolue des peuples si nous voulons simplement survivre la psychopathie ambiante.
  – Résistance 71




Manifestation d'indiens en Équateur (2012)



Apprendre la véritable histoire et non pas l’histoire scolaire


Par Jessica Carro
Le 11/09/2014

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~


Si vous êtes un Américain qui est né et a grandi aux Etats-Unis et que vous lisez cet article, alors on vous a presque sûrement raconté enfant, le même conte de fée concernant la fête “de remerciements” (Thanksgiving) qu’à moi. Nous avons donc connu de manière présumée un difficile réveil à la réalité plus tard dans nos vies lorsqu’on nous a dit la véritable histoire derrière cette fête nationale et non pas cette imbécilité de version américanisée.

Je me rappelle lorsque j’étais en seconde année de primaire, les enseignants concoctaient ces concours d’art. Une année, on nous donna à dessiner ce que nous imaginions que fut le premier dîner de Thanksgiving. Ma première pensée fut de demander à mon père de m’aider pour ce projet ; car voyez-vous, à chaque fois qu’il y avait un concours artistique, il y avait un prix à gagner et certains enfants venaient avec ce genre d’œuvre d’art compliquée qui avait clairement été faite soit par leurs parents ou leurs grand-frère / grande-sœur. Je me suis dit “pas cette fois-ci”, sauf que de retour à la maison, j’ai demandé à mon père qui refusa.

Il me dit alors dans son Argentin Castellano: “No tiene sentido si yo lo hago,” ce qui veut dire: “Cela n’a aucun sens si je le fais pour toi”. Son argument était que je n’avais pas besoin de son aide et que j’étais parfaitement capable de le faire par moi-même. “Así es como vas a aprender.” Ce qui veut dire “Comment apprendrai-je alors ?” me dit-il. Ensuite, il me fit assoir et me raconta ce qui s’est vraiment passé, la véritable histoire de Thanksgiving. “Maintenant pense à la façon dont tu vas rendre ton projet artistique”, a t’il dit.

“Donc, ce que tu es en train de me dire est que vous en Argentine, ne célébrez pas la fête du remerciement”, demandais-je.

“Bien sûr que non” me répondit mon père.

“Et le jour de Christophe Colomb (Colombus Day aux Etats-Unis et au Canada).

“Non plus. Nos célébrons “el dia de San Martin”, la personne la plus importante qui a libéré l’Argentine, le Pérou et le Chili du contrôle espagnol. Ceci est un tout autre sujet que nous discuterons un autre jour.”

Être Américaine de première génération m’a permis de mettre pas mal de choses en perspective, spécialement en ayant un père comme le mien sur qui je pouvais toujours compter pour m’apprendre la dure vérité des choses. J’ai toujours vu le monde de la perspective d’un étranger, on m’a enseigné comme si j’étais quelqu’un d’un autre pays vivant ici, ce qui en fait est le plus beau cadeau que mes parents aient pu me faire.

Je fus abassourdie et ne pouvait pas comprendre pourquoi on nous enseignait quelque chose de si différent à l’école. Comment ceci pouvait-il même être permis ? Peut-on changer l’histoire de cette façon ? La minimiser ? Vous savez comment c’est quand on est enfant, vous pensez que toutes les règles sont suivies à la lettre et que rien n’est laissé en dehors des histoires qu’on vous raconte. Ah l’ignorance de la jeunesse, si courte, mais pour d’autres, cette ignorance dure toute la vie, pour le meilleur ou pour le pire. Mais revenons à notre concours artistique…

Je pensais donc dessiner les pèlerins avec leurs longs fusils et les indigènes avec des arcs et des flèches se battant pour leur survie, le sang giclant partout, sur la dinde et les patates douces. Je ne gagnerai pas le grand prix avec ce dessin pensais-je.

Je choisîs alors de ne pas le faire, de ne pas entrer dans trop de controverse comme je le faisais souvent en classe d’histoire et je décidais de les dessiner tous assis autour de la table joyeusement. Je pense que je voulais vraiment gagner le prix, j’y mis beaucoup de temps et de cœur, j’y collais même de vrais plumes sur la tête du chef Indien pour donner un effet 3D, soignant l’écriture avant de me coucher, excitée de l’évènement du lendemain.

Bien sûr un petit con est arrivé avec une bande dessinée de style chef-d’œuvre, les Indiens y étaient dessinés avec des corps musclés, scultés, mâchoires viriles, style statues grecques. Bien sûr il emporta le prix à la maison ce jour-là et je demeurais avec le regret de penser que j’aurai dû me dire “Rien à foutre” et dépeindre la vérité. J’ai appris une bonne leçon ce jour là. Bien que Thanksgiving ne soit pas célébré en Amérique du Sud, les peuples indigènes ont enduré le même résultat au travers de l’histoire.

***

A chaque fois qu’on me demandait d’où je venais lorsque j’ai voyagé à travers l’Amérique du Sud, on me rappelait constamment que les gens y étaient aussi des “Américains”. Les gens de là-bas appelle ceci les “Etats-Unis” laissant de côté le “d’Amérique” et ils nous considèrent commes des estadounidenses, c’est à dire des états-uniens et non pas des “Américains”.

Peut-être à cause de mes parents ou peut-être à cause de ma fascination personnelle qui explique ma proximité avec ma culture sud-américaine et le peuple, je me considère plus sud-américaine que quoi que ce soit d’autre. J’ai donc une tendance à voir leur point de vue plus facilement et plus clairement.
Ceci m’a aidé à en venir à la conclusion que ce n’est pas tant notre utilisation égoïste du mot “américain” qui les dérange que le manque d’attention que nous leur accordons. La perspective tiers-mondialiste que nous avons d’eux les fait vraiment grimper aux rideaux, ainsi savoir que peu de choses sont écrites au sujet des peuples indigènes sud-américains vient sans surprise. En tout cas en anglais.

Alors que j’écris ceci, je me souviens de ces enfants adorables, bronzés, à la bouille ronde et aux petits yeux, qui tendaient les mains pour offrir de petits cadeaux faits de laine d’Alpaca en échange pour de la nourriture ou un peu d’argent alors que je marchais dans les rues de Humahuaca Jujuy en Argentine. Tout comme les Indiens natifs de l’Amérique du Nord, les peuples indigènes d’Argentine furent les premières nations de la terre, et pourtant ils sont constament ignorés par leur gouvernement et sont soumis à la violence, à la faim, à la discrimination et à l’extorsion. Ils souffrent d’un manque de ressources, d’éducation, souffrent de la pauvreté, de problèmes de santé et d’un manque de logement parmi d’autres disparités.

La théorie du Détroit de Béring tendrait à suggérer que les premiers peuples du continent nord-américain se soient dispersés sur la nouvelle terre et se soient diversifiés en centaines de nations et tribus culturellement distinctes. Ainsi, ces premiers occupants se seraient ensuite déplacés vers le sud, vers l’Amérique centrale et du sud. Que vous soyez d’accord avec cette théorie est votre choix. Quoi qu’il en soit, les Européens sont arrivés sur le continent bien des siècles (millénaires) plus tard, pour s’approprier la terre depuis, comme si elle était la leur. Pour eux, les peuples indigènes n’étaient que des barbares païens, des sauvages, sans aucune forme légale d’ancrage à leur terre ancestrale. (NdT: bon résumé de la vision et de l’imposition ethno/euro-centrique de l’affaire…).

Les populations indigènes de l’Amérique centrale et du sud ont fait face à la même destinée que leurs frères autchtones des Etats-Unis et du Canada il y a bien longtemps et ils continuent de souffrir dans des circonstances similaires aujourd’hui, comme la discrimination et la négligence des gouvernements (coloniaux) en place. Pourtant, nous ne semblons pas insister suffisamment sur la population sud-américaine ici aux Etats-Unis.

J’ai vécu en Argentine pendant plus de 3 ans et pendant que j’y étais, j’ai été témoin de beaucoup de manifestations indigènes au sujet de leur terre ancestrale et de leurs droits humains. Leur drapeau arc-en-ciel carré flottait au vent tandis qu’une personne harranguait la foule des manifestants en parlant dans un mégaphone orné de beaucoup d’autocollants. Des pancartes et banderoles foisonnaient où on pouvait lire de puissants slogans et les noms mal orthographiés des politiciens et des officiels du gouvernement, qui passent leur temps à ignorer leurs nombreuses requêtes.

Une réforme s’est produite en 1994, garantissant tous les titres légaux sur la terre aux peuples aborigènes. Ceci est en fait inscrit dans la constitution argentine. Et pourtant, ces gens continuent de faire face au manque de mise en application de ces lois et de l’inattention généralisée des gouvernements. Malgré ce que stipule la loi, les peuples indigènes sont complètement ignorés, traités comme des étrangers sur leur propres terres.

Une des premières choses que j’ai apprise en Argentine a été qu’en fait personne ne semble suivre les règles et les lois. Ceci vaut pour la très vaste majorité des pays d’Amérique du Sud. La corruption et un manque total de contrôle, font que les gens au pouvoir font exactement ce qu’ils veulent et ils créent leurs propres règles et règlementations au fur et à mesure. De plus, si vous vous faites prendre à faire quelque chose d’illégal, vous pouvez juste payer, acheter qui de droit. Pas de problème, c’est comme ça ici.

Au quotidien, le laxisme peut sembler parfait pour bien s’amuser, pour ceux qui voudrait par exemple tenir une bière à la main sur un trottoir aux Etats-Unis en fumant une cigarette, mais à plus grande échelle, ceci peut avoir de très sérieuses conséquences.

Après la conquête espagnole, le système de propriété foncière qui fut établi ne tint absolument pas compte des peuples indigènes, ce qui les laissa sans aucune protection légale et leurs territoires tombèrent dans les mains des expropriateurs locaux et des autorités. La destruction de leurs terres traditionnelles et de leur source de nourriture étaient une façon de les pousser hors de leurs terres dans des endroits de plus en plus isolés ou dans les villes (pour en faire un sous-prolétariat à exploiter).

C’est assez compliqué lorsque deux systèmes légaux existent dans un seul pays. Tandis que la société pré-existante croit en un système de tradition informelle oral fondé sur la culture et les pratiques coutumières depuis des temps historiques immémoriaux, les conquérants eux, pratiquent un processus bien plus formel et écrit, renforcé par des gouvernements bureaucratiques. Cela vous rappelle t’il quelque chose ? …

Les peuples indigènes croient que la terre est destinée à leur développement par une profonde relation spirituelle et que ceci est absolument non-transférable. Les Européens en revanche, voient la propriété foncière comme une richesse et un profit à faire dans le marché immobilier et de l’occupation commerciale des sols, et la propriété est parfaitement transférable.

Même si le pays a reconnu de manière supposée la présence d’une loi coutumière indigène dans la réforme qui vit le jour en 1994, le pays ne reconnaitra jamais sa multi-ethnicité car il n’y a pas de place pour ce concept dans la psychologie occidentale.

Ainsi, il a été dit 20 ans après la réforme que la loi constitutionnelle n’a pas dérivé de garanties légales claires. Afin de mettre fin aux expulsions en rapport aux droits territoriaux, la loi fut étendue jusqu’à 2013. Une étude fut menée par les Territorial Survey of Indigenous Communities, incluant la reconnaissance de terre, l’enregistrement de la propriété immobilière et foncière pour le titre des territoires ancestraux et de la surveillance des sols.

Malheureusement, ceci n’a causé que plus d’agitation à cause d’un manque de participation indigène et de conflits d’intérêts, ainsi la chambre a décidé d’étendre de nouveau la loi jusqu’à 2017. En fait le gouvernement passe son temps à la prolonger. Combien de temps encore va t’il continuer à ignorer ce problème ?

Que ce soit en Amérique du Sud ou du Nord, les peuples indigènes luttent pour gagner l’attention des masses et spécifiquement celle des entités gouvernementales sur des problèmes qui, pour certains, ont leurs racines dans des siècles d’histoire, peu de temps après l’invasion des territoires indigènes…


~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~


Jessica Carro a un Master in Arts et de journalisme d’enquête de l’université del Salvador de Buenos Aires en Argentine. Elle travaille comme journaliste indépendante et se spécialise principalemet sur l’Amérique du Sud. Elle vit à Jersey City dans le New jersey.

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Au sujet de la fête traditionnelle de “Thanksgiving” aux Etats-Unis ‘toujours célébrée le 4ème Jeudi du mois de Novembre) et de la fête de la “Journée d’action de grâce” au Canada” (célébrée le second Lundi du mois d’Octobre). La tradition coloniale nous dit que cette fête se célèbre en remerciement pour la dernière moisson et le partage avec les peuples autochtones. L’origine américaine remontant à 1621 en Nouvelle-Angleterre et ses pèlerins puritains.

La vérité mentionnée ici par l’auteure Jessica Caro est que la fête de Thanksgiving eut lieu durant une guerre entre les colons et les Indiens locaux (Pécots et Wampanoags) et que la célébration concernait en fait tout autant des réjouissances après des massacres que les colons perpétraient sur les Indiens.

A ce sujet voici un des récits succint de la vérité historique sur la fête de “Thanksgiving” décrite par Russell Means dans son autobiography “Where White Man Fears to Tread” (1995, page 176):

“La plupart des Américains savent que Massasoit, chef des Wampanoag, avait accueilli les pères pèlerins , et les très rarement mentionnées mères pèlerines, sur les côtes où lui et son peuple vivaient depuis des millénaires. Les Wampanoag ont appris aux colons européens comment faire mieux que survivre sur ce continent en leur montrant qu’on pouvait élever les animaux sauvages, le comment, où et pourquoi des cultures à planter et comment faire récoltes et moissons, comment faire sécher et préserver la nourriture recueuillie…

A la mort de Massasoit, il fut remplacé par son fils Metacomet, que les colons appelèrent “le roi Philippe”. En 1675-76, pour montrer leur “gratitude” envers ce que le peuple de Massasoit avait fait pour leurs pères et leurs grand-pères, les puritains fabriquèrent un incident comme prétexte pour désarmer les Wampanoag. Les colons attaquèrent les indigènes avec des mousquets, des épées, des canons et des torches. La plupart des natifs incluant Matacomet furent massacrés. Sa femme et son fils furent vendus comme esclave vers les îles Caraïbes. Son corps fut écartelé, démembré et pendant 25 ans après le massacre, le crâne de Metacomet fut exposé sur une pique au dessus du village des colons blancs. Le véritable héritage des puritains de la Nouvelle-Angleterre est la trahison.


La plupart des Américains croient aujourd’hui que la fête de Thanksgiving célèbre une bonne récolte, mais cela n’est pas le cas. En 1970, les Wampanoag ont retourné une copie de la proclamation de Thanksgiving faite par le gouverneur de cette colonie. Le texte révéla l’horrible vérité: après qu’une milice des colons s’en revint d’un raid de carnage et de meurtres d’hommes, de femmes et d’enfants dans un village indien, le gouverneur proclama un jour de congé et de festivités pour remercier d’avoir pu massacrer les Indiens. Il encouragea également les autres colonies à faire de même, en d’autres termes, chaque automne, après la rentrée de la moisson, allez tuer des Indiens et célébrer vos actions meurtrières par un festin.”





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