samedi 13 septembre 2014

Lettre de la Résistance grecque au Président de la Russie



Manolis Glezos et Apostolos Santas
décrochent le drapeau nazi sur l'Acropole
le 30 mai 1941

"La démocratie est un problème immense en Grèce, et pas seulement le mien  ! Toutes les organisations de résistance, et tous les combattants avaient les mêmes buts pour l’avenir et la même hiérarchie des buts. Premièrement, ils voulaient la liberté ..... nous sommes sous le régime de Merkel, de Sarkozy et d’Obama  ! " Manolis Glezos (Extrait d'un entretien)



"La situation nous remue émotionnellement et intellectuellement. C'est une crise anthropologique, qui concerne le monde entier.Yannis Kiourtsakis

"L'Europe a transformé la démocratie en idéologie. Mais la démocratie, ce n'est pas une réponse toute faite, c'est une expérience au jour le jour. Périclès devait se faire réélire chaque année et il rendait des comptes." Takis Theodoropoulos

"Oui, nous devons faire des réformes. Mais notre faillite annonce ce qui va se passer en Europe. Comme Marx disait à ses lecteurs allemands a propos de sa description de l'Angleterre industrielle dans "le Capital": c'est votre futur que vous lirez ici.Constantin Tsoukalas





Manolis Glezos attaqué par la police (1988)
Outre ses activités politiques, Manolis Glezos a publié des livres sur la géologie et la linguistique, deux sciences apprises, pour l’essentiel, à l’université de la prison. Le linguiste poursuit sa leçon. “Polis a donné polites, le citoyen, et politismos, la culture. Nous avons donné tout ça à l’Occident et qu’avons-nous reçu en échange ?” Il laisse passer un moment de silence et répond en français : “La police !” 




A aujourd’hui 92 ans, l’homme politique et écrivain grec Manolis Glezos (Μανώλης Γλέζος) résiste toujours. Contre la politique européenne qui "réduit la Grèce en esclavage", contre les politiques budgétaires de son pays qui accordent une part trop importante aux budgets de la défense et aux actions en faveurs des plus aisés... 

En Grèce, Manolis Glezos est incontournable. Il est entré dans l’histoire le 30 mai 1941. Seulement âgé de 19 ans, il décide sur un coup de tête et avec un jeune camarade, Apostolos Santas, de grimper de nuit au sommet de l’Acropole. Les deux garçons décrochent alors le drapeau nazi qui flotte depuis trois jours sur la célèbre colline. Par ce geste, ils signent le premier acte de résistance de la Grèce occupée et invitent à l’insoumission face à l’occupant allemand. L’opération sera alors saluée à travers toute l’Europe qui résiste. 

Avec le compositeur Mikis Theodorakis, il combattra entre 1969 et 1974 la dictature des colonels. Aujourd’hui, il fait de la politique de l’Union européenne contre son pays son principal combat, fustigeant les diktats de Bruxelles et l’arrogance de ceux qui humilient les Grecs.



Préambule


Voici le texte intégral de la lettre envoyée le 8 août dernier au Président de la fédération de Russie, Vladimir Poutine, par Manolis Glezos, ancien résistant, personnalité historique de la Gauche grecque et député au parlement européen pour le parti Syriza. Manolis Glezos appelle Poutine à reconsidérer sa décision de boycott à l’encontre des agriculteurs grecs, compte-tenu des difficultés extrêmes que subit le peuple grec en ce moment. Manolis vient d’avoir 92 ans, le 9 septembre, c’est un peu notre cadeau d’anniversaire (avec léger retard) de publier sa lettre aujourd’hui.

Pour ceux qui ne connaitraient pas ce vieux monsieur et résistant infatigable qu’est Manolis Glezos, nous les invitons à consulter la note au bas de l’article.

Cette lettre touchante est à mettre en perspective avec tout ce qu’a subi le peuple grec, ainsi que nous le rappelait le 28 août dernier Charles Von Bordelius dans son article L’histoire de la Grèce, intoxiquée à la croissance depuis 40 ans. Cette détresse du pays est aussi à mettre en perspective avec les gisements pétroliers et gaziers d’une importance et d’une richesse exceptionnelles qui se trouvent dans ses eaux maritimes et qui sont en train d’être littéralement spoliées, comme Caroline Porteu l’a fort bien expliqué en juillet 2013 dans son article Grèce : Trop, c’est trop… J’ACCUSE !.

Elle est aussi à rapprocher de la lettre qu’Armand Conan, 94 ans, également ancien résistant, a remise le 15 août dernier à notre président de la République, François Hollande. Les anciens montrent la voie.
La lettre nous a été communiquée par Les Éditions Démocrite, elle fait partie du no 162 des dossiers du BIP, daté d’août 2014.
The French Saker












Camarade d’alors, Monsieur d’aujourd’hui Vladimir Poutine

Personnellement, je comprends parfaitement les raisons qui vous ont poussé à décider d’imposer un boycott sur les produits agricoles de l’Union européenne. Toutefois, au nom du peuple grec, qui traverse une période de privation extrême, je fais appel à vos sentiments humanistes afin que vous reconsidériez votre décision concernant les agriculteurs grecs.

Je n’invoquerai pas le fait que lors de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce fut le seul pays a ne pas envoyer un seul homme se battre sur le front de l’est contre l’Union soviétique. Ce fait a été confirmé par le maréchal Boudienny lors d’une conférence de la FIR [Fédération internationale des Résistants(?), NdT] à Moscou en 1955, il avait déclaré :

« Nous avions fait des prisonniers de toutes les tribus d’Israël, mais pas un seul parmi eux qui fut Grec ».

J’invoquerai cependant avec assurance que notre peuple est le seul qui ait résisté à la volonté de la direction de l’UE. Nous étions opposés au démembrement de la Yougoslavie, et ensuite au bombardement de la Serbie ; nous étions opposés à l’invasion de l’Irak et aux menaces contre la Syrie ; nous étions opposés à la logique de semer des guerres et des conflits civils dans le bassin méditerranéen.
Cela a coûté très cher aux Grecs, en Grèce et à Chypre, devenus des cobayes du nouvel ordre mondial dans sa volonté de s’imposer mondialement. Maintenant que l’Ukraine est devenue la proie de factions fascistes, nous avons de nouveau défendu le droit à l’autodétermination des peuples.

Nous connaissons très bien l’attitude du gouvernement grec. Permettez-moi, toutefois, de vous rappeler qu’il s’agit d’un gouvernement qui a essentiellement perdu sa « légitimité majoritaire » et continue à détenir le pouvoir uniquement pour achever la destruction de la Grèce.

Pour ces raisons, invoquant de nouveau vos sentiments humanistes mais aussi l’historique étroite amitié entre nos peuples, je vous demande de ne pas appliquer le boycott sur les produits agricoles grecs, en espérant vivement que vous m’entendrez.

Avec mes sentiments d’estime et d’amitié,

Manolis Glezos
euro-député Syriza
Le 8 août 2014



Brève biographie de Manolis Gezos


Au pays des mythes, Manolis Glezos est plus qu’une légende : c’est un symbole. Résistant contre le nazisme dès 1941 (il n’a alors pas encore 19 ans), Manolis Glezos est l’actuel doyen d’âge du parlement européen.
Il est né en 1922 sur l’île de Naxos. Son premier combat a fait de lui une icône en Grèce. Dans la nuit du 30 au 31 mai 1941, alors qu’il n’avait que 18 ans, il s’est faufilé avec son ami Apostolos Santas à travers Athènes occupée et sous couvre-feu, puis tous deux se sont glissés par les ruelles du quartier de la Plaka, avant d’escalader la colline de l’Acropole et, à deux, de monter, tout en haut, décrocher le grand drapeau nazi à croix gammée qui flottait au sommet du plus célèbre monument athénien depuis le 27 avril, date de l’entrée des troupes allemandes dans la capitale grecque. Une expédition nocturne incroyable, et extrêmement risquée. Sans appui. Tout au plus sait-on qu’ils furent interceptés lors de la descente par un policier grec en patrouille, qui voyant la grande pièce de tissu roulée dans les mains d’un des deux suspects, choisit de ne pas se montrer vigilant et omit de faire un rapport.

Ce geste fut le premier acte de résistance en Grèce, et probablement un des tout premiers en Europe. Dans la patrie du jeune Manolis, puis dans beaucoup d’autres, ce fut comme un signal. Un à un, les mouvements de résistance émergèrent.

Manolis Glezos et Apostolos Santas furent condamnés à mort par contumace par les nazis. Le 24 mars 1942, il fut arrêté par les Allemands et torturé. Il fut de nouveau arrêté par les Italiens le 21 avril 1943 et emprisonné pendant trois mois. Le 7 février 1944, il fut de nouveau arrêté par des Grecs collaborateurs et passa sept mois et demi en prison avant de s’évader le 21 septembre de la même année.

Manolis Glezos a continué à combattre pendant la terrible guerre civile grecque qui a suivi la guerre mondiale, quand les Anglais décidèrent de désarmer les résistants. Militant communiste, il a connu la prison dans les années 50, puis à nouveau sous la dictature des Colonels (1967-1974).

En 1949, pendant la guerre civile, Manolis Glezos fut condamné à mort pour trahison. Devant la presse et le pays tout entier, incrédules, les dirigeants grecs annoncèrent que sa tombe était déjà prête. C’est alors que, de France, le général de Gaulle s’adressa au gouvernement grec pour qu’il n’exécute pas le premier résistant d’Europe.

Au total, Manolis Glezos a passé 16 ans en prison.







1 commentaire:

Anonyme a dit…

OUI!