mercredi 17 septembre 2014

Le poète bouffon




« Monstrueux est celui qui est né
Des entrailles d’une femme morte.
Et moi, fœtus adulte, j’erre
Plus moderne que tous les modernes,
À la recherche de frères qui n’existent plus. »

Pier Paolo Pasolini, In Poésie en forme de rose, Poesia in forma di rosa, 1964




À travers une poésie qui ne veut pas se définir comme engagée ou militante, qui ne veut pas constituer une « forme » reconnaissable, Pasolini fonde pourtant un nouveau modèle de poète : le « poète bouffon », qui transforme et nuance l’urgence de son écriture viscérale par la force de l’ironie. L’auteur lui-même affirme que ce nouveau type de poésie vit dans une zone de la réalité où la réalité est en train de se perdre ou de se dissoudre. Le poète n’est plus indispensable à l’humanité ; c’est pourquoi Pasolini se définit comme un poète amateur, comme un poète dilettante Il remplace la poésie engagée, fondée sur l’argumentation rationnelle et idéologique, par un langage qui s’appuie sur le parler, la fonction phatique de la parole (laquelle est au-delà de tout code poétique) pour toucher, enfin, une réalité de moins en moins saisissable. Il crée une poésie sans symboles et sans métaphores, un discours poétique didactique et follement autobiographique, où l’Histoire pourrait à nouveau restaurer l’harmonie entre l’individu et le corps social dont il fait partie.

Flaviano Pisanelli, Extrait de La violence du pouvoir : le regard de Pier Paolo Pasolini



« Sous couleur de démocratie, de pluralité, de tolérance et de bien-être, les autorités politiques, inféodées aux pouvoirs marchands, ont édifié un système totalitaire sans nul autre pareil. »



Pier Paolo Pasolini, In Écrits corsaires

« Le centralisme fasciste n’a jamais réussi à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation. Le fascisme proposait un modèle, réactionnaire et monumental, qui est toutefois resté lettre morte. Les différentes cultures particulières (paysanne, prolétaire, ouvrière) ont continué à se conformer à leurs propres modèles antiques : la répression se limitait à obtenir des paysans, des prolétaires ou des ouvriers leur adhésion verbale. Aujourd’hui, en revanche, l’adhésion aux modèles imposés par le Centre est totale et sans conditions. Les modèles culturels réels sont reniés. L’abjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la « tolérance » de l’idéologie hédoniste, défendue par le nouveau pouvoir, est la plus terrible des répressions de l’histoire humaine. Comment a-t-on pu exercer pareille répression ? A partir de deux révolutions, à l’intérieur de l’organisation bourgeoise : la révolution des infrastructures et la révolution du système des informations. Les routes, la motorisation, etc. ont désormais uni étroitement la périphérie au Centre en abolissant toute distance matérielle. Mais la révolution du système des informations a été plus radicale encore et décisive. Via la télévision, le Centre a assimilé, sur son modèle, le pays entier, ce pays qui était si contrasté et riche de cultures originales. Une œuvre d’homologation, destructrice de toute authenticité, a commencé. Le Centre a imposé - comme je disais - ses modèles : ces modèles sont ceux voulus par la nouvelle industrialisation, qui ne se contente plus de « l’homme-consommateur », mais qui prétend que les idéologies différentes de l’idéologie hédoniste de la consommation ne sont plus concevables. Un hédonisme néo-laïc, aveugle et oublieux de toutes les valeurs humanistes, aveugle et étranger aux sciences humaines. »

idem









A écouter et visionner : Guy Debord - La société du spectacle ( 1 de 9 )


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