samedi 9 août 2014

Spécial Irak : le califat sanglant




"L’armée irakienne a découvert des armes fabriquées en Israël dans une cache qui appartenait à des combattants Takfiri soutenus par l’étranger dans les provinces d’al-Anbar et de Saladin"
Source: whatsupic



Photo : AFP
Pour Israël et ses alliés proches, il ne s’agit pas seulement de détruire physiquement la Palestine, les Arabes et les Musulmans. La propagande doit y contribuer. C’est ainsi qu’une fausse rumeur a été répandue par nul autre personnage que la représentante de l’ONU en Irak, Jacqueline Badcock, à savoir que l’Etat Islamique (EI), dont l’influence ne dépasse pas deux poches de territoires autour de Mossoul entendait, par une fatwa, y introduire l’excision pour les femmes. Or, cette pratique n’a jamais existé en Irak, sauf pour une petite minorité chez les Kurdes. On aurait pu penser que Mme Badcock avait vérifié ses sources avant d’être démentie par les journalistes et l’AFP d’autant que ce faux était déjà paru en 2013 sur les réseaux sociaux. D’autres rumeurs sur l’Etat Islamique circulent comme celle de l’église Saint Ephrem, à Mossoul, incendiée alors que la vidéo diffusée sur You Tube était celle d’une église copte brûlée en Egypte… ou d’un supposé hold-up de 400 millions de dollars lors de la libération de la ville, début juin. Comme si la réalité n’est pas suffisamment dramatique avec ses nettoyages religieux de chrétiens, de chiites turkmènes, de yézidis et de mandéens, d’autres rumeurs circuleront encore en Irak et en Syrie sur Daash… et en Palestine sur le Hamas et l’OLP… ou sur les musulmans en général pour participer au dépeçage des pays arabes et à l’islamophobie ambiante.
Xavière Jardez




Avant-hier, mardi 5 août 2014, une députée irakienne, Vianne Dakhil, a éclaté en sanglots en évoquant le triste sort de la communauté yazidite, la sienne, et des autres minorités en Irak, et particulièrement des femmes vendues en esclaves dans les régions occupées par l’Etat islamique. Arrêt sur Info


Les Irakiennes vendues comme des esclaves au souk de Mossoul

Le 05 août 2014


Une députée irakienne, Vianne Dakhil, a évoqué mardi, le sort de la communauté yazidite et des autres minorités en Irak. En sanglots elle relate le triste sort des femmes vendues en esclaves dans les régions occupées par l’Etat islamique.
« Elles sont conduites comme un troupeau de bétail au souk de Mossoul et vendues à la criée comme esclaves » dit-elle !
« Le Croissant rouge irakien appelle la communauté internationale à intervenir pour sauver les femmes chrétiennes, vendues dans les souks du Mossoul par l’Etat islamique« , information relayée par le site Kapitalis.
Kapitalis -« Les djihadistes de l’Etat islamique imposent désormais leurs lois d’un autre âge dans les zones qu’ils occupent au centre et au nord de l’Irak, et notamment à Mossoul. Toutes les communautés sont malmenées et humiliées, et particulièrement les chrétiens.
Ces derniers, qui vivent dans cette région depuis 2000 ans, sont aujourd’hui dépouillés de leurs biens et chassés de chez eux. Ceux d’entre eux qui résistent sont carrément exécutés. »
Selon la député
30 000 familles prisent en otage dans les collines de Sinjar, sans eau ni nourriture en train de mourir. Déjà 70 enfants sont morts de soif ainsi 50 vieillards
Les Irakiennes vendues comme des esclaves au souk de Mossoul
source : azouzimedblog








Pourquoi l’EIIL veut-il exciser les femmes irakiennes ?

Dossier: Aggravation de la situation en Irak

Le 04/08/2014
Entretien avec Dr Talib Ibrahim*

Les djihadistes irakiens en passe de créer leur propre Etat


Irak: plus de 5.000 civils tués depuis le début de l’année (Onu)

Irak: les extrémistes ont saisi du matériel nucléaire (diplomate)

Syrie: les islamistes imposent la charia aux habitants de Rakka

Le directeur adjoint de l’Institut des études stratégiques de Damas le Dr Talib Ibrahim donne sa vision des faits dans un entretien accordé à La Voix de la Russie.
Les rebelles du groupe extrémiste L’Etat islamique, qui contrôlent actuellement toute la partie Nord de l’Irak et plusieurs régions en Syrie, ont émis une fatwa (un avis juridique) exigeant d’exciser toutes les femmes âgées de 11 ans à 46 ans, qui vivent dans la région. Près de 4 millions de femmes irakiennes pourraient être concernées.
Contrairement aux croyances populaires, cette procédure n’est ni obligatoire, ni souhaitable par l’Islam. Elle est pratiquée dans certains endroits dans le respect des coutumes locales et n’a rien à avoir avec la religion. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’excision risque d’avoir des complications, allant jusqu’à l’infertilité ou le risque accru de décès pendant l’accouchement.
Cette ablation d’une partie du tissu biologique chez la femme est pratiquée dans une trentaine de pays du monde, dont la Somalie, le Djibouti, la Guinée, l’Érythrée, le Soudan, l’Ethiopie et le Mali. Moins répandue, cette procédure est également pratiquée en Arabie saoudite, aux Emirats Arabes Unis, au Yémen, en Oman et au Bahreïn. En ce qui concerne l’Irak et la Syrie, l’excision n’était pas très courante dans ces pays jusqu’à présent. C’est pourquoi la représentante de l’ONU en Irak Jacqueline Badcock a exprimé sa profonde préoccupation au sujet de la nouvelle fatwa des rebelles.  » Pour beaucoup de femmes, cette opération pourrait entraîner la mort « , a-t-elle indiqué.
Depuis plusieurs décennies, la communauté internationale emploie des efforts considérables pour lutter contre l’excision. En 2012, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution qui qualifie cette pratique de forme extrême de discrimination à l’égard des femmes.
Le correspondant de La Voix de la Russie a pris contact avec le directeur adjoint de l’Institut des études stratégiques de Damas le Dr Talib Ibrahim, qui a donné une évaluation de cette situation.
 » Nous nous trouvons sur un tournant terrible de l’histoire du Moyen Orient « , explique-t-il.  » Nous sommes témoins de la barbarie pratiquée par des factions barbares sauvages rebelles, dont le niveau de culture, d’intellect et de la spiritualité est excessivement bas. Ce sont des gens non satisfaits sexuellement. Se trouvant sur les territoires occupés, au lieu de reconstruire par exemple l’infrastructure, ils s’occupent de la régulation de la vie sexuelle des femmes. Ils accordent une attention particulière à l’excision, sous prétexte de mettre les femmes en garde contre la promiscuité. Et selon eux, le  » djihad sexuel  » en fait partie. Ces décisions ne sont qu’une couverture du manque catastrophique de discipline dans les rangs de ces groupes armés.
Quant à l’excision, cette procédure est pratiquée de manière tout à fait barbare. L’ablation ou la mutilation de la partie extérieure des organes génitaux sexuels féminins entraîne l’inflammation et des saignements, qui peuvent provoquer la mort. Ces  » opérations  » sont souvent menées avec des instruments non stérilisés, ce qui conduit à l’apparition d’une variété d’infections. Pour réduire les saignements, les rebelles utilisent le sel, ce qui provoque des douleurs terribles chez les femmes. Après l’intervention, la femme perd la sensibilité de ses organes sexuels et elle devient indifférente par rapport à son partenaire. N’est-ce pas une ruée de la barbarie et de l’obscurantisme?
Récemment, les militants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL ) ont introduit certains nouveaux concepts dans leur doctrine, comme  » un mariage pour une, deux, ou 24 heures « , ou encore le « djihad sexuel « . Ils dressent également des listes des femmes célibataires, pour lesquelles ils recherchent des partenaires. C’est de la prostitution légalisée, rien d’autre ! D’un point de vue religieux, c’est de l’irréligion ! D’après les canons musulmans, le mariage de la femme doit avoir lieu nécessairement après son consentement. Quant aux militants de l’EIIL, ils ne respectent aucune règle religieuse. Ce sont des athées – et que Dieu vous protège de ces hommes. »

*Dr Talib Ibrahim, le directeur adjoint de l’Institut des études stratégiques de Damas

Propos recueillis par Natalia Chtcherbakova et Naowaf Ibrahim sur La Voix de la Russie
Source : Orient XXI


Mausolée de Cheikh Adi, figure majeure du yézidisme, à Lalish (Irak)

Si l’expulsion des derniers chrétiens de la ville de Mossoul le 19 juillet dernier a entrainé une réaction rapide et légitime à travers le monde, d’autres minorités religieuses se trouvent dans une situation critique face à la montée en puissance de l’État islamique dans le nord-est de l’Irak. C’est notamment le cas de la minorité yézidie. Kurde et non-musulmane, elle constitue une cible toute désignée pour les djihadistes qui ont conquis la région du Sinjar, son chef-lieu éponyme et les villages environnants.
D’après des témoignages rassemblés dans la journée du dimanche 3 août, l’entrée des hommes de l’État islamique dans le Sinjar aurait été immédiatement suivie d’atrocités et d’exactions visant spécifiquement la communauté yézidie. Trente personnes auraient été exécutées par l’État islamique pour avoir refusé de se convertir à l’Islam. Des rapports de viols à grande échelle et d’enlèvements massifs concernant notamment des femmes et des enfants ont également émergé dans l’après-midi. Les sanctuaires et les lieux de culte de la communauté yézidie, qui se distinguent par leur architecture caractérisée par des dômes cannelés surmontés d’une flèche, auraient été détruits systématiquement par des djihadistes, de même qu’un mausolée chiite de la ville de Sinjar. Ces violences ciblant la population civile ont conduit des dizaines de milliers de personnes à se réfugier vers les monts du Sinjar où les attendent une pénurie certaine de vivres et d’abris, tandis que les batteries de leur téléphones se déchargeaient les une après les autres, les coupant de leurs familles et du reste du monde. Une dizaine d’enfants et de personnes âgées y seraient mortes d’épuisement dans la nuit de dimanche à lundi. Des milliers d’autres ayant pris la route plus tôt ont pu rejoindre des localités yézidies situées plus avant en territoire kurde tels que Shariya, Khanik et Baadre, respectivement au sud, au sud-ouest et au nord-ouest de la ville de Dahuk, capitale du gouvernorat du même nom. En tout, d’après l’ONU, près de 200 000 personnes auraient été jetées sur les routes en 24 heures suite aux avancées de l’État islamique dans la région. Les yézidis d’Irak connaissent en ce début de mois d’août une catastrophe humanitaire qui n’a eu que trop de précédents dans leur histoire meurtrie.
Une croyance dérivée de l’islam
Adhérant à un système religieux syncrétique, les yézidis sont les héritiers lointains d’une confrérie religieuse musulmane orthodoxe fondée par un mystique soufi. Cheikh Adi était venu de la Bekaa pour s’établir avec ses disciples dans les montagnes du Kurdistan au XIIe siècle. Si son enseignement ne différait initialement guère des autres confréries de l’époque, l’isolement de la région et le milieu montagnard kurde qui n’était alors islamisé que de manière superficielle a conduit à l’intégration graduelle de mythes, de rites et de symboles de plus en plus hétérodoxes par les disciples de cheikh Adi. Ils gagnèrent progressivement des partisans au sein de nombreuses tribus kurdes. Cette évolution aboutit à la formation d’une pratique religieuse mêlant à des innovations dérogeant aux dogmes de l’islam lettré des apports gnostiques extérieurs et des rémanences préislamiques. Malek Taous, l’ange-paon qui constitue la figure majeure du yézidisme, est identifiée par les musulmans à Satan, ce qui a valu aux yézidis le titre d’adorateurs du diable et d’être l’objet de persécutions meurtrières et répétées à partir du XIIIe siècle.
Visés par des massacres de masse au XIXe siècle, une partie des yézidis de l’Empire ottoman a trouvé refuge dans le Caucase méridional. Ils y forment aujourd’hui encore une communauté active, notamment en Géorgie et en Arménie, elle-même liée à une diaspora soudée. Ayant pratiquement disparu du territoire de l’actuelle Turquie, les yézidis sont plus nombreux au Kurdistan irakien. La vallée sacrée de Lalish - leur sanctuaire principal - se situe au nord de Mossoul, elle abrite la tombe de Cheikh Adi, ainsi que plusieurs temples. Les plus hautes autorités politiques et religieuses héréditaires de la communauté séjournent à proximité. Les yézidis d’Irak sont cependant divisés en deux zones de peuplement non contiguës. La première qui jouxte la région de Lalish se trouve dans le gouvernorat de Dahuk et dans certaines portions du gouvernorat de Ninive situées au cœur des zones de peuplement kurde. L’autre est isolée autour de la région du Sinjar. Symboliquement très importante pour la communauté car historiquement peuplée exclusivement de yézidis, cette région toute proche de la Syrie est au cœur des combats entre les djihadistes et les forces kurdes dans un contexte où la frontière syro-irakienne tend à disparaître.
Chaîne de basse montagne isolée se dressant au milieu des immenses plaines de Ninive majoritairement Arabes, le Sinjar a servi de refuge des siècles durant aux yézidis de la région. Les communautés de pasteurs et de cultivateurs qui occupaient ses hauteurs ont conservé une certaine autonomie jusqu’à ce que les monts du Sinjar soient vidés de leurs habitants par les mesures de collectivisation du régime baasiste irakien au milieu des années 1970. Forcés de quitter leurs villages et leurs sanctuaires — bientôt détruits et livrés à la ruine — pour rejoindre les plaine avoisinantes et leurs villes collectives aux plans rectiligne, les yézidis du Sinjar se sont trouvés, trente années plus tard et après la chute de Saddam Hussein au cœur des luttes. Ces dernières opposaient les Kurdes soucieux d’étendre leur zone d’influence vers le sud, l’État central irakien désireux de maintenir une présence dans cette zone stratégique et l’insurrection sunnite dont la région de Mossoul, voisine, constituait l’un des foyers les plus importants.

Le tournant de l’invasion américaine
À partir de 2003, les partis politiques kurdes, et notamment le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), s’installent à Sinjar. Ce dernier substitue progressivement son autorité aux institutions officielles chargées de l’administration du district, à savoir le Conseil provincial du gouvernorat de Ninive qui siège à Mossoul. En offrant des postes et des salaires à la population kurde yézidie, le PDK construit une base sociale garantissant son ancrage dans la région. Les services de sécurité du parti sont également présents. Cette configuration de double autorité est alors caractéristique de la situation qui prévaut dans les territoires dits «  disputés  » entre l’État central et la région autonome kurde. Cette dernière revendique Sinjar qui, majoritairement yézidi et donc kurde, est appelé à faire partie intégrante du Kurdistan irakien — tandis que Bagdad y dénie aux acteurs kurdes leur légitimité. Sinjar se trouve par ailleurs au cœur d’une zone particulièrement troublée durant l’occupation américaine. Établis à proximité de la frontière syrienne par où transitent déjà des djihadistes, de Mossoul et de Tel Afar qui comptent parmi les hauts lieux de l’insurrection sunnite, les yézidis de Sinjar subissent de plein fouet la montée du terrorisme dans leur environnement immédiat.
En août 2007, suite à d’importantes tensions entre yézidis et sunnites dans la région de Sinjar — liées comme c’est souvent le cas à des questions matrimoniales — quatre attentats suicides simultanés dans plusieurs localités du district provoquent la mort de près 800 personnes. La communauté de moins de 500 000 âmes est touchée par l’attentat le plus meurtrier depuis le 11 septembre 2001. Au-delà de la menace terroriste, les yézidis demeurent une communauté en marge, louée officiellement pour son authenticité kurde et protégée par les responsables politiques et les intellectuels nationalistes mais largement méprisée par le reste de la population pour ses croyances jugées déviantes dans un contexte de durcissement identitaire et religieux généralisé. Malgré tout, ils demeurent sous la protection des partis kurdes et plus exactement du PDK, hégémonique dans leurs régions d’origine et auquel ils ont historiquement fait allégeance malgré les tentatives de certains acteurs politiques chrétiens, chiites ou sunnites qui tâchent chacun à leur manière de clientéliser une partie de la communauté.
La montée en puissance de l’État islamique et la chute de Mossoul le 10 juin 2014 provoquent des bouleversements importants dans les zones de peuplement yézidis. La fuite de l’armée irakienne prive la communauté d’un rideau de protection face aux militants radicaux. Si les peshmergas kurdes investissent la région et prennent le contrôle d’une localité arabe, Rabiyah, qui permet de sécuriser la route entre le cœur du Kurdistan irakien et l’enclave de Sinjar en même temps qu’un point de passage avec la Syrie, les yézidis de Sinjar doivent faire face à un risque croissant d’isolement. Le contexte est en effet hostile : l’État islamique affermit ses positions autour de Mossoul et les réfugiés chiites de Tel Afar tombés le 11 juin affluent dans la région, en désespoir de cause. Dans les semaines qui suivent, un calme relatif est maintenu, le PDK et l’État islamique évitant la confrontation à grande échelle, toutefois, les évènements en cours depuis le 3 août changent la donne pour les habitants du Sinjar.

Une première déroute des peshmergas
Chassés de certaines zones du gouvernorat de Deir Ez-Zor en Syrie par le soulèvement local de groupes rebelles, des unités de l’État islamique passent en Irak afin de reprendre position dans une zone où la frontière n’a plus grand sens. Les relations de relatif bon voisinage entre le PDK et les représentants de l’État islamique dans le gouvernorat de Ninive n’ont alors plus cours. Zoumar, au sud de Mossoul, et les champs pétroliers avoisinants, sont enlevés aux peshmergas dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 juillet. L’État islamique attaque ensuite Sinjar qui tombe dans la matinée du 3 août après le retrait de combattants kurdes mal armés et inaptes à contenir l’assaut puis c’est Rabiyah, le poste frontière capital pour la survie des yézidis de Sinjar, qui tombe à son tour quelques heures plus tard. Et dans un développement encore inimaginable la semaine passée, les Unités de protection du peuple ou YPG — affiliées au Parti de l’union démocratique, la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui contrôle les zones kurdes de Syrie — passent la frontière et interviennent pour la première fois en territoire irakien contre l’État islamique.
La première déroute des peshmergas jusque-là épargnés par l’État islamique se déroule donc sur le territoire des yézidis, ceux-là même qui dépourvus d’autres recours sont condamnés sans leur protection. Avec la chute de Sinjar dans le chaos, les yézidis sont touchés au cœur et leur existence en Irak se trouve menacée. Non seulement du fait des profanations et des exactions meurtrières des djihadistes dont nous n’avons eu pour l’instant que des échos et qui pourraient révéler toute leur horreur mais parce que le Sinjar, leur montagne sacrée qui les avait sauvés de l’extermination à de multiples reprises au cours de leur histoire, se trouve aujourd’hui au cœur d’un champ de bataille régional. À ce titre, elle n’appartient plus à son peuple mais à ceux qui s’y entretuent.
Allan Kaval

Source française : Le blog d'Odomar
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En Irak, les Yézidis, appelés à tort « adorateurs du Diable », sont menacés de génocide

 Le 05 août 2014


 Le paon (Malek Taous), symbole sacré des Yézidis
Les djihadistes de l’Etat Islamique (EI) se sont emparés de la ville de Sinjar – entre Mossoul et la frontière syrienne - et de villages proches du barrage Saddam (1), au nord-ouest de la région de Ninive. Les peshmerga qui en assuraient la protection, sans cacher qu’ils envisageaient de les annexer dans la Région autonome du Kurdistan, s’apprêteraient à contre-attaquer. En attendant, la population a fui vers les montagnes kurdes ou est prise au piège entre les lignes des belligérants. On compte des centaines de civils tués et de blessés, voire plus. Et, ce n’est qu’un début.
La principale particularité de cette partie de l’Irak – outre son caractère éminemment stratégique – c’est d’être majoritairement peuplée de Yézidis, adeptes d’une des plus vieilles religions au monde, mais qui ne font pas partie des gens du Livre -chrétiens, juifs et éventuellement mandéens et zoroastriens – sont donc à convertir expressément à la religion musulmane ou être exterminés. Pour eux, considérés à tort comme des « adorateurs du Diable », pas de statut de dhimmi, moyennant le versement de la djzîa, impôt réservé aux non-musulmans –rétabli par les djihadistes de Daash en Irak et en Syrie - assurant leur protection. L’actuel calife Ibrahim, dit Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l’Etat Islamique est, lui, un adepte des méthodes expéditives, ce qui ne présage rien de bon les concernant.
Je me suis rendu en pays yézidi à plusieurs reprises avant l’invasion américaine de 2003, et même vécu parmi eux : je peux témoigner que ce qui leur est reproché est de la pure diffamation.
Qu’est-ce que le Yézidisme (2) ?
La religion yézidie serait une survivance du mazdéisme originel dont les adeptes refusaient la réforme entreprise par Zoroastre. Le yézidisme serait donc une branche des « majous » reconnus comme « peuple de l’Ecriture » par le calife Omar. De ce fait, il devrait jouir de la protection réservée aux religions citées dans le Coran.
Le mot Yézidi dériverait du persan Yezd qui veut dire dieu. Les lettres YZD en écriture cunéiforme, trouvées sur une tablette mésopotamienne, confirment l’existence ancienne de leur croyance.
L’accusation d’être des « adorateurs du Diable », portée contre eux par les musulmans et les chrétiens d’Orient qui cherchent toujours à les convertir ou à s’emparer de leurs terres, est à l’origine des persécutions et des massacres dont ils sont victimes depuis des siècles, notamment sous l’Empire Ottoman. Les Yézidis se considèrent comme les « vrais Kurdes », faisant remarquer que ceux d’aujourd’hui sont issus pour une part de Yézidis convertis à l’islam et de Mèdes ayant envahi la région dans les temps anciens.
Au plan religieux, les Yézidis se présentent comme descendants directs d’Adam. Le premier homme, disent-ils, a mélangé son sperme à de l’argile pour leur donner naissance. Ils croient en un Dieu unique qui a pardonné au bout de 7000 ans à Iblis – le « Diable », dans le Coran - son refus de se prosterner devant Adam et l’aurait alors réintégré à la place qui était la sienne à la tête des Djinns, les Anges.
Le Yézidisme ancien a évolué sous l’influence des enseignements du cheikh Adi Ibn Musafir Al-Dimashqi, un élève du grand Cheikh soufi Abdelkader Al-Guilani (11/12ème siècle).
Cheikh Adi qui descendait, dit-on, du calife omeyyade Yazid - exécré par les chiites pour avoir fait tuer Hussein, petit-fils du Prophète - est enterré dans la vallée de Lalesh au dans le Région autonome du Kurdistan irakien, à une trentaine de kilomètres au nord de Mossoul. Son tombeau est devenu le principal lieu-saint yézidi.
Les Yézidis sont divisés en castes et ne font pas de prosélytisme. La polygamie est autorisée mais peu pratiquée. Ils ne mangent ni porc ni gazelle, mais peuvent boire de l’alcool. Ils reconnaissent Muhammad comme Prophète et Jésus comme Ange. Ils ont deux livres sacrés : le Kitab al-Jalweh – le Livre de la Révélation - dont l’auteur serait le soufi Hassan al Basri, et le Mushaf Resh - le Livre Noir - qui raconte la création du monde. Ils prient matin et soir en direction du soleil, croient à la métempsychose, à la transmigration des âmes, et immolent un taureau - sans doute une résurgence du culte de Mithra - lors de leur principale fête religieuse.
Appel à l’aide du prince Tahseen, chef spirituel des Yézidis
Le sort des chrétiens d’Orient – moins de 300 000 en Irak – préoccupe plus ou moins l’opinion publique occidentale, celui des Turkmènes – 3 millions – rencontre une certaine audience en Turquie et en Iran(quand ils sont chiites), mais celui des Yézidis – environ 600 000 et véritablement en danger de mort - n’intéresse pas grand monde. Ils n’ont aucun pays sur lequel s’appuyer, aucun groupe de pression pour défendre leur cause et leur existence.
Le 3 août dernier, le prince Tahseen Saïd - chef spirituel des Yézidis en Irak et dans le monde - a lancé un appel aux dirigeants irakiens, arabes, des Etats-Unis et de l’Union européenne, pour qu’ils assument leurs responsabilités humanitaires à l’égard de son peuple, actuellement massacré et persécuté à Sinjar et au nord-est de la région de Ninive (3). Sera-t-il entendu ? Ce serait un miracle…

Notes :
(2) Large extrait de Les Yézidis dans la tourmente(AFI-Flash, bulletin des Amitiés franco-irakiennes – 25/9/07) et du « Guide de l’Irak », par Gilles Munier (Jean Picollec Editeur, 2000)






Irak : cinq clés pour expliquer les avancées jihadistes


Le 08/08/2014

Les jihadistes de 'l'Etat islamique (EI) ne sont pas aussi nombreux que le laissent penser l'ampleur et la rapidité de leurs conquêtes dans le nord de l'Irak, estiment des experts, qui identifient cinq facteurs pouvant expliquer leur avancée fulgurante. En deux mois d'offensive, les jihadistes se sont emparés de vastes pans du territoire irakien. Et, au cours de la semaine passée, ils ont pris aux Kurdes plusieurs villes dans la région de Mossoul (nord).Or, selon des experts, ces jihadistes, que personne ne semble pour l'instant pouvoir réellement arrêter, ne seraient que quelques milliers.Ce n'est donc pas le nombre qui fait leur force, mais d'autres raisons: 
Des armes récemment acquises
L'EI dispose de chars, humvees, missiles et autres armements lourds pris à ses ennemis lors de son offensive.

Ce matériel, souvent de fabrication américaine, et notamment abandonné par l'armée irakienne lors de son retrait face aux insurgés aux premiers jours de leur offensive, a transformé les capacités militaires de l'EI.

 "Ils ont engrangé des quantités significatives d'équipements dont ils avaient le plus besoin", selon Anthony Cordesman, du Centre pour les études stratégiques et internationales de Washington.


 L'expérience syrienne

Si le groupe est né en Irak -- en 2004 sous un autre nom -- c'est son implication dans le conflit syrien qui lui a permis de devenir ce qu'il est aujourd'hui.Les combats en Syrie "ont offert à l'EI un entraînement et des opportunités d'apprentissage hors-pair", souligne le groupe américain Soufan, spécialisé dans le renseignement.   
Le groupe, présent depuis 2013 en Syrie, où il combat le régime mais aussi les rebelles, s'est taillé une réputation de groupe sanguinaire, avec des combattants qui ne craignent pas de mourir au combat.
  

Des batailles bien choisies   

Pour ses combats, l'EI privilégie les zones sunnites où il peut trouver des soutiens, des infrastructures stratégiques ou des endroits faiblement défendus, évitant ainsi des pertes superflues pour maintenir son élan et son unité interne."Ils ont parcouru une distance considérable au cours des derniers jours, mais c'était des zones très peu peuplées et ils ont rencontré très peu de résistance", estime John Drake, du groupe AKE. "L'EI est très doué pour faire fuir ses opposants quand ceux-ci sont déjà affaiblis", souligne Michael Knights, expert au Washington Institue.   Une propagande efficace   Partout, l'EI est précédé de sa réputation d'extrême brutalité. Et cela lui a permis de s'emparer de villes entières sans rencontrer de résistance.Maîtrisant internet et les réseaux sociaux, le groupe diffuse notamment des photos d'ennemis décapités. Les jihadistes diffusent une image "de cruauté presque surhumaine", selon Patrick Skinner, du groupe Soufan. A Sinjar (nord), les civils paniqués ont ainsi abandonné la ville dimanche quand l'EI a annoncé son entrée imminente. "L'intimidation est une tactique importante pour l'EI", selon M. Drake. "Qu'ils utilisent ou non toutes les armes dont ils s'emparent, ils les photographient à des fins de propagande".   


Des opposants faibles   

Ce qui fait la force de l'EI est avant tout la faiblesse de ses opposants."Les peshmergas (forces kurdes irakiennes) sont assez bons (...) (par rapport aux autres forces irakiennes), mais ils sont vraiment légers en termes d'infanterie. Ceux qui ont l'expérience d'avoir combattu Saddam Hussein ne sont plus là", explique M. Cordesman. 

Ils pâtissent également des problèmes de trésorerie du Kurdistan.Quant à l'armée irakienne, qui a tenté de se ressaisir après la débandade des premiers jours de l'offensive, elle ne rencontre pas de réels succès."L'EI a révélé des lacunes navrantes chez ses opposants, et pour commencer le spectacle réellement lamentable de l'armée irakienne", relève Soufan.






Source : al manar


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