mardi 19 août 2014

Prier le diable pour éloigner le mal





"Les Yézidis forment une communauté religieuse forte d’environ 800000adeptes qui vivent essentiellement dans le nord de l’Irak. Mais depuis que la guerre embrase l’Irak, un nombre significatif de Yézidis a choisi l’exil en Europe, au Canada et aux Etats-Unis. Le malheur des Yézidis, c’est de vivre coincés à cheval sur la ligne de démarcation entre deux territoires, coincés entre deux peuples, les Kurdes d’un côté, les Arabes de l’autre. Précisément, ils habitent les contreforts montagneux au nord de Mossoul et le Djebel Sinjar entre Mossoul et la frontière syrienne. Deux zones qu’on qualifie de «territoires disputés». De fait, les gouvernements de Bagdad et d’Erbil se les disputent âprement, avec des arguments symétriques et opposés. Depuis l’invasion américaine en 2003, le gouvernement kurde les a pris sous son aile. Pour les protéger autant que pour occuper le territoire qu’ils revendiquent, il a dépêché ses peshmergas. Mais ces derniers n’ont pu empêcher les Yézidis d’être endeuillés par de nombreux attentats. Les musulmans, notamment les plus extrémistes, leur reprochent leur croyance et, par ignorance, les taxent de suppôts du diable. Peut-être les serpents que les Yézidis peignent sur leurs temples sont-ils à l’origine de la détestation dont ils sont l’objet."




Le diable va-t-il sauver les Yézidis d’un deuxième génocide ?


Par La Voix de la Russie
 Les membres de la communauté des kurdes yézidis de Russie vont bientôt pouvoir rencontrer les dirigeants du ministère russe des Affaires étrangères pour discuter de la question de la livraison de l’aide humanitaire aux Yézidis d’Irak, a indiqué le président de la société russe pour la solidarité et la coopération avec le peuple kurde Iouri Nabiev.
Les rebelles du mouvement extrémiste sunnite l’Etat islamique d'Irak et du Levant ont pris le contrôle de vastes territoires dans le Nord de l'Irak. Selon les dernières informations des autorités irakiennes, les extrémistes ont tué au moins 500 kurdes yézidis et violé environ 300 femmes dans le pays.
La communauté mondiale n’a pas remarqué leur présence pendant très longtemps, mais les Yézidis, une toute petite nation avec une religion à part, s’est retrouvée à nouveau au centre des discussions, victime d'une nouvelle tentative de génocide.
Au cours des dernières années, j'ai pu rencontrer certains d'entre eux, des hommes et des femmes, mais j’ai su que ces personnes pratiquaient la religion yézide uniquement lorsqu’ils me le disaient. Ce ne sont pas des Mormons, ce ne sont pas des Amish qu’on ne peut confondre avec l’adepte d’une aucune autre religion, même lorsqu’ils vivent en dehors de leur communauté. Tant que les Yézidis ne pratiquent pas leurs rituels religieux, rien ne les distingue des gens ordinaires. Ils ne possèdent pas de style vestimentaire particulier, et ne se coiffent pas autrement que les autres. Beaucoup d'entre eux ont sans contrainte quitté leur terre natale et se sont déplacés vers d'autres pays, notamment pour travailler.
Malgré le fait que la religion de cette population soit l’une des plus anciennes du monde (le début de la chronologie des Yézidis correspond à 4750 ans av. J.-C.), c’est peut-être pour cette raison que la religion représente un exemple de syncrétisme. Au fil du temps, elle a absorbé beaucoup d'éléments des religions d’autres peuples avec lesquels les Yézidis communiquaient. La même chose s'est produite avec le judaïsme, qui a été emprunté à Zarathoustra la notion du bien et du mal, celle du bonheur éternel et du tourment éternel, ainsi que le concept du Paradis et de l’Enfer. Après tout, le christianisme provient principalement de la religion hébraïque et porte l'empreinte de certains cultes païens. Même chose pour l'islam, dont les racines remontent aux mythes juifs et chrétiens.
La religion yézide découle surtout du zoroastrisme (prêché par Zarathoustra), ayant absorbé des rituels et des croyances de l'islam, du christianisme et certains rituels des adeptes de la Kabbale. Tout comme chez les juifs et les musulmans, les Yézidis pratiquent la circoncision.
Selon les croyances des Yézidis, le créateur est unique. Mais il existe aussi un « mauvais ange », un diable sous forme d'un paon, qui porte le mal. Tant que le créateur aime la nature humaine et est entièrement autonome, il est inutile de lui vouer un culte. Il faut donc adresser toutes les prières au diable et lui apporter des offrandes pour qu’il calme son caractère féroce et soit moins méchant avec les gens. Aussi improbable que cela puisse paraître pour nous, ce raisonnement a une logique : du moment où le bien et le mal existent, il faut redouter le mal. Quant à la prière, elle n’est pas un symbole d’adoration, mais seulement un appel à la pitié.
Néanmoins, le plus intransigeants parmi les islamistes considèrent que les Yézidis sont des adorateurs du diable, et par conséquent, cruels par nature. Cela explique la manière dont les intégristes islamiques traitent les Yézidis.
Mais les Yézidis se distinguaient au contraire par leur religion et leur tolérance. Contrairement aux chrétiens, ils ne se sont jamais engagés dans la prédication et ne se sont jamais engagés dans le prosélytisme. Dans leur hiérarchie interne, les Yézidis font la distinction entre l'autorité séculière et religieuse. Récemment, la nécessité d'une telle distinction et a été évoquée par le Dalaï-lama. Contrairement aux musulmans, les Yézidis sont monogames, bien que les dirigeants de cette communauté sont autorisés à avoir plusieurs épouses. Généralement ils ne se marient pas avec des adeptes des autres religions, et ne font pas de prière en présence des étrangers. Ils doivent prier deux fois par jour, en se tournant vers le soleil ou leur maison. Samedi est la journée de repos pour eux, mais la journée sainte, c’est le mercredi.
Certains Yézidis, surtout parmi les fidèles, croient que le Créateur ayant beau être unique, il y a en tout six Dieux. Les adeptes de cette religion croient aussi que la réincarnation de l’âme est possible après la mort. Etant donné qu’ils ne permettent pas aux personnes avec une autre foi de se reconvertir, l’avenir des Yézidis, vu le nombre d’adeptes aujourd’hui, reste incertain. Les experts évaluent la communauté des Yézidis dans le monde à 400.000-800.000 personnes, dont près de 300.000 vivant sur le territoire de l'Irak entre Mossoul et Sinjar, où ils sont attaqués par les terroristes du califat islamique. Les autres adeptes de cette religion vivent dans le Moyen-Orient et dans d'autres parties du monde. En Allemagne, où on compte environ 30.000 Yézidis, l'un d'eux, devenu citoyen d’Allemagne, a été élu député au Parlement européen.
Ce n’est pas la première fois que des tentatives de détruire cette nation sont entreprises. À la fin du XIXe siècle, l'Empire ottoman a déjà essayé de le faire, en massacrant froidement plusieurs milliers de Yézidis. Cette tentative a échoué, et le nombre de membres de la communauté yézidie a été reconstitué. Reste à espérer qu’il en sera de même cette fois-ci. /N


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