samedi 30 août 2014

Patchwork poétique


de André Chenet


"Il semble que de toutes parts la civilisation bourgeoise se trouve plus inexorablement condamnée du fait de son manque absolu de justification poétique." André Breton




Qui exquis
Qui nous vit?
Nous éclaire? Nous éteint?
Qui s'échine
dans les no man's lands de la nuit?
Qui parle sans nous?
Qui passe de rêve en rêve
sans laisser de traces?
Qui s'esquive entre des mots
et ce qu'ils essaient de nous faire dire?
Qui nous regarde? Nous darde
nous confond?
Qui passe en ombre sournoise
parmi les fûts d'une forêt noire?
Qui tourne se retourne se détourne
du crépuscule à l'aube
en arrachant des masques rêches
comme des morceaux d'écorces?
Qui se soustrait à ce que nous sommes?
Qui s'exclut
s'approchant malgré tout
de ce que nous désirons?
Qui entend les suppliques des esprits itinérants?
Qui vient à notre secours?
Qui nous ensorcelle avec ses formules
abracadantesques?
Qui nous traduit? nous crée? Nous détruit?
Qui entre et sort?
Qui nous hèle et se dissimule
tandis que nous le cherchons?
Qui va là?!
Qui respire encore?
Qui est-ce qui?


GROS TITRE : Prix Nobel de la Paix
Il serait question d'attribuer le prochain prix Nobel de la Paix à Pepe Mujica. Interrogé sur ce point, le président de l'Uruguay a déclaré qu'il le refuserait. Effectivement, après Obama, ce Prix a pris un sacré coup de plomb dans ses ailes de colombe.







au-delà du poème 

J'écris avec mes larmes
et l'eau de la pluie
aujourd'hui je suis si triste
que je ne sens plus
mon sang couler dans mes veines
ni le parfum du jasmin
s'exhalant dans l'air après la pluie
j'écris en contemplant ce monde
qui bat dedans dehors
j'attends un ami j'attends un amour
j'ai trop de souvenirs
trop de choses à dire
mais ce quartier de lune de mai
là haut dans le ciel clair
et cet oiseau solitaire
dont la plainte éraille le silence
me montrent l'ombres de la mort
ma page est toute tâchée
d'étoiles d'encres diluées
de rêves presque effacés 
qui saurait maintenant me relire ?













"Qu'en est-il de ces gens ne se lèvent pas en signe de défi et d’indignation lorsqu’ils ne peuvent faire autrement que constater l’inhumanité ? Comment ne pas affirmer qu'ils ne sont pas les complices des crimes commis. Une culture schizophrénique, dissimulant un programme de haine et de rapine, s'est ainsi mise en place dans le but de les justifier tout en culpabilisant, après coup, des innocents. Tel est le sens de l'Histoire occidentale, telle qu'elle fut sans cesse réécrite et surtout enseignée, qui commence par refouler l'abjection de sa propre trajectoire et finit par sacraliser ses mensonges au dépend des peuples sacrifiés à ses objectifs inavouables, présentés comme des bienfaits civilisateurs." André Chenet, In "Journal d'un égaré"





Itinéraire

J'ai peuplé quelques contrées
au bout de la conscience
entre l'eau et l'écume
le vide et la courbe terrestre

J'ai soupesé les poids morts
du dieu qui hante la mémoire
J'ai pâli sous la lune de septembre
quand se retirait l'été en catimini

J'ai amarré ma barque 
sur des rives défendues
étreint des nuages rouges
sur des crépuscules en cendres

Je me suis enduit d'argile
avant de revenir dans la ville
pour y déposer le nid de ma parole
d'herbes d'ailes de silex et de soleil. 





"Comme Aragon, Nazim Hikmet ou Mahmoud Darwich, Yannis Ritsos, Rafael Alberti, Miguel Hernandez, Neruda n’a jamais dissocié l’écrivain de l’homme public et politique qu’il fut. Comme ses frères-poètes, il voulait toucher le cœur et l’âme de tous les hommes. Le 19 octobre 1972, alors ambassadeur du Chili à l’Unesco, il raconte, devant une docte assemblée, un souvenir qui ne l’a jamais quitté. «Il y a bien des années, on me demanda de venir à une réunion d’un syndicat, à Santiago du Chili. (…) Tous étaient nu-pieds. La seule chose que je pouvais faire était de leur lire mes vers d’España en el corazón; c’était un ouvrage difficile, dans lequel la méditation côtoyait la poésie. (…) Mais vint le moment où mon livre prenait fin. L’ayant refermé, je regardai devant moi. Avec leurs visages de pierre et leurs tabliers de grosse toile, mes auditeurs étaient aussi silencieux et immobiles qu’auparavant. Au fond de la salle, l’un de ces hommes se leva: “Camarade poète, me dit-il, je tiens à vous déclarer – et sa voix se cassait – que personne ne nous avait jamais dit pareilles choses, que nous ne les savions pas, que nous n’avions jamais éprouvé pareille émotion.” L’homme ne put poursuivre, car sa voix s’étrangla dans un grand sanglot.»" José-Marie Sirach





Le Chaos a toujours servi
de résidence provisoire 
à l'homme

jusqu'à la brutale découverte du grand large"

Didjeko, In "Les secrets du vin"






"L'humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement." Jean Jaurès



Voyageur du temps qui passe

Poète, pauvre moine
Va sur les routes du monde
Goûte les fruits de la Terre
Abreuve-toi aux sources de la lumière
et dors profondément avec les chevaux de l'avoine

Loin de ta mystérieuse patrie
Tu as sacrifié la vache enragée
tu as relevé des femmes outragées
Tu as joué avec les innocents
Va sur les routes du monde

Bien des hommes se diront tes amis
Que la griffe d'un démon avilit
Va, sans crainte
Tu les reconnaîtras sûrement
dans l'obscène ronde 
Qui caracole et s'agite sans cesse
et s'éprend d'une folle vitesse
Ceux-là portent des masques
La flatterie grossière voile leur esprit

Les vrais, les justes, et les sages
Auprès d'eux tu apprendras beaucoup
et avant de vous séparer
Vous partagerez le pain
De votre propre faim
En buvant dans la coupe de l'amour blessé
Le vin généreux de l'Amitié
Et, sous les constellations nocturnes du destin,
Tu souriras calmement à ta fiancée
Ta maîtresse, ton amante, ta solitude
LA MORT _____

Vallée Klaa M'Gouna (Maroc)





« Je pense depuis longtemps que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles et la vengeance qu’elle s’attire, mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. Les horreurs auxquelles nous avons assisté, les horreurs encore plus abominables auxquelles nous allons maintenant assister, ne signalent pas que les rebelles, les insubordonnés, les réfractaires sont de plus en plus nombreux dans le monde, mais plutôt qu’il y a de plus en plus d’hommes obéissants et dociles ». Georges Bernanos




LA POÉSIE

La poésie est dans ma poche
Ou bien dans ma sacoche
Elle est dans le sac de ma mère
Ou bien dans les chaussures de mon père

Dans le cartable de mon grand frère
Ou dans le grenier de mon grand-père
Elle est dans la cuisine de ma grand-mère
Ou les jouets de mon petit frère

Elle est dans les secrets de mes copains
Ou dans les aventures de mes cousins
La poésie est partout
Et...elle nous met sens dessus dessous

Léopoldine BOUCHER - 9 ans - Rhône

Ce poème a reçu Prix du Jury du concours de la RATP





"De bon matin respirer l'air frais. Des sifflements lointains de martinets véloces, queques roucoulements brefs de tourterelles. Les toits de tuiles rouges s'illuminent, les murs de pierres blanches dorment encore dans l'ombre bleutée de cette matinée d'été. Bonjour aux lève-tôts, à tous ces frères et soeurs qui prennent le temps de contempler le ciel et d'écouter les confidences silencieuses des choses."
André Chenet, In "Journal d'un égaré"




longtemps après minuit
longtemps longtemps longtemps
longtemps jusqu'à l'aurore
longtemps après la vie
longtemps devant la mort
longtemps longtemps et puis
dessous les astres d'or
quand nous berce l'infini
longtemps longtemps longtemps
longtemps pendant l'amour. 













Méditation :
"La vie telle que nous "l'expérimentons" de la naissance à la mort, se situe entre plaisir et douleur et non au-delà. Chacun se créé un ego "protecteur" (ou agressif)) en fonction de cet écartèlement inhérent au fait d'exister. Tout déterminisme accentué en philosophie ne produit que des succédanés aléatoires et pervers envers autrui puisque personne ne contrôlera jamais le rêve fondamental de "l'ici et maintenant" (ou ainseité). Le sage, l'éveillé ne serait-il pas cet être humain qui après avoir abolit en lui-même les concepts antinomiques plaisir/douleur, naissance/mort, et ainsi de suite, a fondé son rapport au monde, pour ainsi dire "amoureusement", dans le mouvement perpétuel de l'interdépendance. Il n'exclut plus rien, accepte totalement et sans résignation aucune tout ce qui se présente. Les anciens disaient : "il agit sans agir, du fond de la non-pensée". Ce qui signifie que la portée de ses actions s'en trouve illimitée puisque celles-ci ne lui appartiennent plus en propre." André Chenet In "Journal d'un égaré"





L'absente

Elle avait oublié qu'elle avait des yeux
elle abattait des mots
comme des cartes à jouer
sur une table d'équarissage

Sur le bord de ses paupières aux cils soyeux
scintillaient des pensées nocturnes
Elle les laissait couler jusqu'au matin
et en avait les joues bleuies de chagrin

Au soleil elle se rendait invisible
pour laisser toute la place au poème. 





"La métaphore il faut la faire craquer comme une allumette
pour que notre nuit profonde brièvement s'illumine."
André Chenet, In "L'enfant voudrait savoir"






C'est un oeil ! Regardez !







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